JACQUES V
ces mêmes maux quand il les vit retomber sur sa patrie. « On ne se figure pas , disoit-il, ce que c'est «( que d'entendre de malheureux paysans se plain- « dre en françois. » A une affaire près de Fontainebleau , Buonaparte lui commande d'enlever un retranchement d'où l'ennemi faisoit un feu épouvantable : des files entières de cavaliers tombent dans cette entreprise désespérée et inutile. Tout à coup le général Nansouty arrête les escadrons et s'avance seul hors des rangs : Buonaparte lui envoie demander la raison de cet ordre, et pourquoi ii cesse de marcher sur la redoute : « Dites- « lui que j'y vais seul , répondit le général : il « n'y a là qu'à mourir. » Le général Nansouty ne vit point les nouveaux malheurs de la France : une maladie dangereuse l'emporta le 12 février 1815. Il expira dans ces sentiments religieux qui font de la mort la plus simple une grande action , et qui , donnant de la ndilesse aux moindres faits d'une vie chrétienne, les élèvent à la dignité de l'histoire. Le comte de Nansouty avoit épousé, en 18oa, Adélaïde de Yergennes, et, après avoir pu disposer d'une partie des dépouilles de l'Europe, il laissa un fils sans fortune, qu'il a recommandé, en mourant, aux bontés d'un roi qui a connu l'adversité.
m Des RoncBs récbouigiqocs.
LES QUATRE STUARTS
JACQUES r'.
Il naquit sans doute dans la Grande-Bretagne en 1603 , à l'avènement de Jacques l^'', plusieurs individus qui ne moururent qu'en 1688, à la chute de Jacques II : ainsi tout l'empire des Stuarts en Angleterre ne fut pas plus long que la vie d'un vieil homme. Quatre-vingt-cinq ans suffirent à la disparition totale de quatre rois qui montèrentsurletrôued'Élisabeth,aveclafatalité, les préjugés et les malheurs attachés à leur race.
Jacques, comme beaucoup de princes dévots, fut gouverné par des favoris : tandis qu'avec sa plume il combattoit pour le droit divin , ii laissoit le sceptre à Buckingham , qui usoit et abusoit du droit politique ; le favori prenoit les vices de la royauté dont le monarque retenoit les vertus. Souvent les princes se plaisent à déléguer te
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pouvoir à nn ministre dont ils reconnoissent euxmêmes l*inâlgnité ; imitant Dieu , dont ils se disent IMmage, ils ont l*orgueii de créer quelque chose de rien.
Jacques expira sans violence dans le lit de la femme qui avoit tué Marie d'Ecosse; de cette noble Marie, qui , selon une tradition, créa son bourreau gentilhomme ou chevalier; de cette belle veuve de François de France, laquelle désira avoir lu tête iranehée avec une épée à lafrançoise, raconte Etienne Pasquier. Le bourreau montra la tête séparée au corps ^ dit Pierre de TEstoile, et comme en cette montre la coiffure chut en terre j on vit que Pennui avoit rendu toute chauve cette pauvre reine de quarante* cinq ans, après une prison de dix^huit. Mais Jacques n'en travailla pas moins à établir les principes qui dévoient amener la fin tragique de Charles I^ : il mourut toujours tremblant entre l'èpée qui Favoit effrayé dans le ventre de sa mère, et le glaive qui de voit tomber sur la tète de son flis. Son règne ne Ait que l'espace qui sépara les deux échafauds de Fortheringay et de Whitehall ; espace obscur où s'éteignirent Bacon et Shakespeare.
Jacques étoit auteur, et auteur non sans mérite. Son Basilieon Doron, qui servit de modèle à VEikon Basiliké, renfcrmolt cette inutile leçon pour Charles son fils : « Ne vous en rapportez « point à des gens qui ont des intérêts à vous oa- « cher les besoins de vos sujets , afin de vous te- « nir dans la dépendance, et qui ne portent ja- « mais au souverain les plaintes publiques que « comme des révoltes, donnant aux larmes du « peuple les noms de désobéissance et de rébel- « lion. »
CHARLES r.
MEWIS L*4VAlRnilT DB CHABUS I*' A Là COOBOiaiB JUSQU'A lA OOmroCATION DU LONG PABLEHeilT.
M IMS A 1640.
Chartes parvint À la puissance suprême, rempli des idées romanesques de Buckingham et des maximes de l'absolu Jacques I^. Mais Jacques n'avoit défendu le droit divin que par la controverse ; sa vanité littéraire et sa modération naturelle avoient permis la réplique : de là étoit née ta liberté des opinions politiques; la liberté des opinions religieuses étoit déjà sortie de la lutte entre l'esprit catholique et l'esprit .protestant.
De très-bonne foi dans ses doctrines , Charlei tenoit des traditions paternelles que les priviM* ges de la couronne sont inaliénables; qoe le rat régnant n'en est que l'usufruitier; qu'il les doK transmettre intacts à son successeur.
La nation au contraire , commençant à douter de rétendue de ces privilèges, soutenoit que le trône en avoit usurpé une partie sur elle. Les pre* miers symptômes de division éclatèrent lorsque Charles voulut continuer la guerre allumée dans le Palatinat; le parlement refusa l'argent demandé : avant d'accorder le subside, il prétendit obtenir la réparation des griefs dont il se plai-* gnoit; il sojlicltoit surtout l'éloignement d'an insolent favori. Charles crut son autorité attaquée ; il s*entéta à soutenir Buckingham, cassa le parlement, et leva, en vertu de certaines vieille! lois, des taxes arbitraires. Le reste de scm règne s'écoula dans le même esprit.
Charles fit des effoits pour gouverner sans par* lement', mais la nécessité salutaire de la mooar* chie représentative , nécessité qui oblige le prinee à la modération afin d'opérer la levée paisible de l'impôt, ramenoit de force la couronne au pria* cipe constitutionnel. Plus le roi avoit agi seioQ le bon plaisir, plus on exigeoit de lui de garantie : il cédoit ou s'emportoit de nouveau , et ses concessions et ses emportements flnissoient toujours par la reconnoissance de quelques droits.
Dans ce conflit, de grands talents se formèrent, les limites de différents pouvoirs se tracèrent, k chaos politique se débrouilla : à travers beaucoup de passions on entrevit beaucoup do vérités, et quand les passions s'évanouirent , les vérités reitèrent.
Buckingham , mignon de Jaoqoes , et qid trou» bla les premières années du règne de Chartes l*', a fiiit plus de brait dans l'histoirepassée qu'il n'en fera dans l'histoire à venir, parce qu'il nese rsU tache ni à quelque fsnxiA mouvement de l'esprit humain , ni à quelque grand vice ou à quelqm grande vertu dans la chaîne de la morale.
Buckingham étoit un de ces hommes comme il y en a tant , prodigue , débauché , d'une beauté fhde , d'un orgueil démesuré , d'un esprit étroit et fou ; un de ces hommes tout physiques, où la chair et le sang dominent l'Intelligence. Le flivori se croyoit un général, et n'étôit qu'un soldat Fanfe* ron de gatanterle à la cour d'Espagne, Insolent dans ses prétentions d'amourà la oourde France,
CHARLES r'.
iî
é fesMlre à «Ile d'Angietem , il affectoit des triomphes que souvent il n^avoit pas obtenus.
Ilcstnéamnoinsreroarquableque Buekingbam bnva impanément Rlebelîeu, et que ees terribles ptrienentaires qui, quelque temps après trat- ■èrart à l'échafaud un grand homme , Strafford , «MflHffnt, bien qo*en Taoeusant, les insolences fBD courtisan vulgaire. C'est qu'on pardonne pMKà là puissance qu'au génie : reste à savoir More si d'un cAté Richelieu ne méprisa pas un iveatorier, et si de l'autre il n'y avoit pas dans k carMtère impérieux et déréglé de Buckingbim quelque chose qui sympathisât avec le caiMtère national anglois.
Cet homme lût assassiné (1638) de la main d'un autre homme qui n'étott le vengeur de rien : Pfitott poignarda un extravagant patricien par •M extravagance plébéienne.
Backlngham laissa deux fils: le cadet périt au oilieu de bt guerre civile dans le parti de Charks 1^ : rainé, devenu gendre de Fairfax, fut, un Charles II , le chef de ce conseil connu sous le aom de la Cabale. Célèbre héréditairement fsr n passion pour les femmes, il tua en duel leeonti deShrewsbury, tandis que la femme du eooite, déguisée en page, tenoit la bride du ehcTil de ce second Bûekingham. Aussi désorèomé que son père, mais d'un esprit brillant et eoltivé, il éeriirit des lettres, des poèmes, des «tbts, et travailla avec Butler à une comédie qui ikiiigBa le goikt du théâtre anglois.
Depuis ravénement de Chartes I*' au tr6ne fTAûgleterre Jusqu'à la mort du duc de Bnckingliun, trois parlements avolent été convoqués: le premier ne vota qu'une somme insufOsante foor fai eontlmiation de la guerre continentale en knut des prolestants, et le second se montra tafectéde resprit puritain. Déjà l'Angleterre étoit partagée en deux grandes factions appelées le pvti de la eour et le parti de la campagne.
Chwles, après avoir cassé le second parlement, M tarda pas à être obligé d'en convoquer un Mrième (17 mars 1538 )• Ce parlement posa la INorière pierre de la liberté constitutionnelle «i^se*, en faisant passer la fameuse pétition éet iniUj Mil qui tendoit, en vertu des prindfade la grande charte, à régler les pouvoirs de h coorame* Les communes Airent rendues ininiiahles par leur victoire; et après des scènes ^leisato m qnekiues dépotés en vinrent aux
dus, le roi se vil fofeé de les renvoyer.
Bocklngham assassiné , le troisième parlement dissous , douze années s'écoulèrent sans qu'aucun autre parlement fût appelé. Le conseil de Charles se composoit alors de ministres qui présentoient un contraste et un mélange de mérite et d'incapacité.
Le garde des sceaux, sir Thomas Coventry, joignoit à beaucoup d'érudition une éloquence simple et la science des afihires ; mais son caractère intègre manquolt de cette chaleur qui crée des amis, et de ces passions qui font des disci« pies. Peu appuyé à la cour, il vit le mal s'accroître sans en avertir son maître : « Il eut le bonheur de « mourir, dit Ciarendon, dans un temps où tout « honnête homme auroit désiré quitter la vie. »
Sir Richard Weston , premier lord de la tréso« rerie, avoit montré, dans un rang inférieur, un esprit et un courage qui l'abandonnèrent au degré plus élevé du pouvoir : hautain et timide, prompt à l'insulte, prompt à tre.mbler devant Finsulté, il ne laissa à sa fomille qu'indigence et malheur. ' Des vertus, du génie même et une grâce par* ticulière faisoient remarquer le comte de Pem« broke : on ne lui a reproché que sa passion pour les femmes , à laquelle il sacrifia des moments qu'il auroit dû donner aux adversités de soQ pays.
Le comte de Montgomery n'avolt réussi à la cour que par sa beile figure et ses talents pour la chasse : on ne l'eût pas aperçu dans un temps t)r« dinaire. Sa médiocrité fut reprochée à Charles : dans les révolutions on fiiit un crime aux rois de ne pas s'entourer d'hommes égaux aux ciroons* tances.
Unesprit agréable, un savoir universel, étoient le partage du comte de Dorset : il brilla également à la chambre des communes et dans la chambre héréditaire. Malheureusement son caractère fougueux le précipita dans des excès. Brave et passionné, il prodigua son temps à des amours sans honneur et son sang à des combats sans gloire.
Le comte de Carllsle ne profita de la faveur que pour Jouir des plaisirs. Il avoit aux affaires nn talent naturel qu'il n'employa Jamais. Il mourut insouciant , sans avoir été atteint de Tarage qu'il écouta de loin.
Flatteur de Chartes dans la prospérité, lord Holland l'abandonna dans l'infortune : lâcheté vulgaire, commune à tant d'âmes vulgaires : il devint un des i)oute-feox du parlemem. Quand
LES QUATRE STUARTS
les foctkms^commeiioeDt, elles saisissent au hasard leurs chefs; elles plongent ensuite dans l'abtme les singes qu'elles avoient pris pour des hommes.
Enfin, l'archevêque de Gantorbéry ferme la liste des conseillers de Charles, dans les temps qui précédèrent les troubles. Il parut à la cour avec cette roideur de caractère qui le rendit incapable de se plier aux circonstances. Bai des grands dont il méprisoit l'art et les mœurs, il n'eut pour se soutenir que l'autorité d'une vie sainte et la renommée d'une intégrité poussée Jusqu'à la rudesse. De même qu'il dédaigna de s'abaisser devant la faveur des courtisans, il s'opposa aux excès du peuple , et de la persécution des intrigues il tomba dans la proscription des révolutions.
Charles, appuyé de ce conseil , régna l'espace de douze ans avec une autorité illimitée; il n'en fil pas un mauvais usage sous le rapport administratif, mais il cherchoit en théorie ce qui étoit devenu impossible en pratique, une monarchie absolue. Du gouvernement absolu au gouvernement arbitraire, la conversion est facile : l'absolu est la tyrannie de la loi : l'arbitraire est la tyrannie de l'homme.
Si l'Angleterre avoit voulu souffrir la levée d'un impM d'ailleurs fort modéré , elle eût vécu sous un assez doux despotisme. Charles avoit des vertus domestiques, du courage, de la modération, de la probité; mais on lui disputoit , la loi à la main, tous ses actes; ils pou voient être bons, mais ils n'étoient pas légaux. Une seule résistance amenoit l'emploi de la force et un scandale. Au défaut du pouvoir parlementaire, les conseillers du monarque suscitèrent le pouvoir de la chambre étoilée dont on augmenta les attributions : fatal auxiliaire de la couronne.
Le jugement rendu contre Hampden (1636) pour n'avoir pas voulu se soumettre à la taxe du sihpmoney, remua de plus en plus les esprits : une commotion religieuse ébranla l'Ecosse. Par ce concours de circonstances, qui produit le renouvellement des empires , le peuple d^Écosse et celui d'Angleterre inclinoicnt au puritanisme au moment même où les évêques vouloient faire triompher l'église anglicane, et prétendoient introduire quelque chose de la pompe catholique dans le culte protestant.
La nouvelle liturgie est repoussée (1637) à Edimbourg. La foule s'écrie : Là pape ! le pape !
l'an^tfcAm^' le royaume se soulève et le eot»eiiaiil est signé.
C'est pourtant de cet acte fimatique, mystique, inintelligible, exprimant dans un jargon barbare les idées les plus létrécies, que sont émanées la liberté, la tolérance et la civilisation coustitiitionnelle d'Angleterre. C'est ainsi que des horri* blés comités de 1793 est pour ainsi dire sorti le paete de notre nouvelle monarchie. Chaque trouble politique chez un peuple est fondé sur vue vérité qui survit à ce trouble. Souvent cette vérité est confusément enveloppée dans des mots sauvages et dans des actions atroces; mais daos les grands changements des États, les mots et ks actions passent : le fiait politique et moral qui reste d'une révolution est toute cette révolutlmi. Quand celle-ci ne réussit pas, c'est qu'elle a été tentée ou trop têt ou trop tard, en deçà ou au delà de l'époque où elle eût trouvé les choses et les hommes au degré de maturité propre à sa fructification.
Une assemblée générale de la nation écossoise succéda aux premiers troubles d'Edimbourg. L'é* piscopat fût aboli ( 1638) , et l'on commença des levées pour soutenir des opinions avec des soldats.
Sir Thomas Wentworih , membre du troisième parlement , avoit fortement provoqué dans ce pa^ lement la fameuse ji^'/tft'on des droits; mais lorsque le fondement de l'indépendance constitutionnelle eut été posé, Wentworth devint le soutien de la prérogative royale attaquée , comme il avoit été le défenseur de la liberté populaire méconnue. Charles l'avoit nonmié pair d'Angleterre et viceroi d'Irlande. Ce monarque, dans les circonstances difficiles ou il se trouva engagé, consulta le nouveau lord Wentworth. Cesujet fidèle donna à son souverain des conseils énergiques. Que sert de reoonmiander la force à la foiblesse?
Dans toute révolution, il y a toujours quelques moments ou rien ne semblerait plus facile que de l'arrêter; mais les hommes sont toujours faits de sorte, les choses arrangées de manière, qu'on ne profite jamais de ces moments. Au lieu de résister, Charles fit lui-même un covetumtf comme Henri III avoit fait une ligue. Les oovenantaires écossois traitèrent de saianique le covenant du roi. Après d'inutiles concessions, le roi réunit des troupes; lord Wentworth lui fournit de l'argent et pouvolt lui amener une seeoode armée : il ne s'agissdt que d'avancer; Charks
HENRIETTE-MARIE
renia :UcoDc1ot une trêve (17 Jain 1639), lors-
fi*f I étoit assuré d'une victoire.
Bientôt les Écossois reprirent les armes. Lord Wentworth, créé comte de Strafford, vouloit qa'on portAt la guerre dans le cœur du royaume Rbelle, et qu'on assemblât un parlement anglois : Oisries ne suivit que la moitié de ce conseil.
Od auroit pu croire que ce quatrième parle- Beat, rassemblé après un intervalle de douze unées, édateroit en Justes reproches : Straiford le ménagea avec tant d'habileté, que les comttimes se montrèrent d'abord assez dociles. Elles étaient divisées en trois partis : les amis du roi , ks partisans de la monarchie constitutionnelle (t les puritains : ceux-ci vouloient un changement radical dans les lois et la religion de l'État ; ces triHS partis furent cependant au moment de se lénnlr pour voter les subsides. La trahison du xoétaire d'État , sir Henry Vane , que protégeolt la reine, perdit tout.
Le roi et le parlement également trompés par ee ministre, se crurent brouitlés, lorsqu'ils s'entendoient Charles, avec-sa précipitation accoutomée, s'imaginant qu'on lui alloit refuser les SQbndes, fit pour la dernière fois usage d'une fférogative dont il avoit abusé. U cassa encore ce quatrième parlement ( 5 mai 1 640 ) , lequel devoit (tre suivi de l'assemblée qui brisa à son tour la eooronne.
A l'instigation des puritains, les Écossois, ayant envahi de nouveau l'Angleterre , surprirent ks troupes du roi à Nevirbom. Charles, arrivé à York pour repousser les Écossois, manda un gmd conseil des pain. Il lui déclara tout à coup que la reine désiroit la réunion d'un cinquième pariement.
Arrétons-Dous ici pour parler de cette reine fait l'influence fut si grande sur la destinée de Charles P' son mari, et sur celle de Jacques II fils.
HENRIETTE-MARIE