DE FRANCE
Siiiènie enfant et troisième fille de Henri IV , Benriette-Marie naquit le 25 novembre 1609, tixmois avant l'assassinat de son père, et mourut vii^ ans après le meurtre de son mari. Elle fiit ttnne sur les fonts de baptême par le nonce , qai devint pape sous le nom d'Urbain YIII. Elle
épousa Charles, roi d'Angleterre (11 mal 1625). Le contrat de mariage, rédigé sous les yeux du pape, contenolt des clauses favorables à fa religion catholique. Henriette-Marie arriva en Angleterre avec les instructions de la mère Madeleine de Saint- Joseph , carmélite, et sous la conduite du père Bérulle accompagné de douze prêtres de la nouvelle congrégation de l'Oratoire : ceux-ci , renvoyés en France , fbrent remplacés par douze capucins. Rien ne pouvoit être plus fatal àCharlesr'que le hasard de cette union catholique, d'ailleurs si noble, dans le siècle du fanatisme puritain. La haine populaire se tourna d'abord contre la reine et rejaillit sur le roi.
Il est impossible de pénétrer aujourd'hui dans le secret des raisons qui firent agir Henriette- Marie au commencement des troubles de la Grande-Bretagne : on la trouve placée dans l'intérêt parlementaire Jusqu'au moment de l'explosion de la guerre civile; elle protège sir Henry Vane, qui brouilla le roi et le quatrième parlement; elle demande la convocation de ce long parlement qui conduisit Charles à l'échafaud; elle arrache au roi la confirmation de l'arrêt qui frappa Strafford ; ce fut par sa protection que le conseil du roi se remplit des ennemis ou des adversaires de la couronne.
Henriette-Marie étoit-elle en mésintelligence domestique avec le roi, comme le prétendoient les parlementaires? Bossuet laissa entendre quelque chose d'une division secrète. « Dieu, dit-il , avolt « préparé un charme innocent au roi d'Angleterre R dans les agréments infinis de la reine son épouse. « Comme elle possédoit son affection , car les nua» « ges qui avaient paru au commencement fu' « rent bientôt dissipés , etc.
Il n'y a plus aujourd'hui de doute sur le genre de division qui régna un moment entre Charles et Henriette-Marie : élevée dans une monarchie absolue, dans une religion dont le principe est inflexible , dans une cour où l'on passe tout aux femmes , dans un pays où l'humeur est mobile et légère, HenrieUefut d'abord un enfant capricieux, qui prétendit à la fois faire dominer sa volonté , sa religion et son humeur. Les prêtres , les femmes et les gentilshommes qu'elle avoit amenés avec elle vouloient , les uns exercer leur culte dans tout son éclat , le autres établir leurs modes et se moquer des usages d'une cour barbare. Charles, accabléde toutes ces querelles, renvoyaen France
LES QUATBB STUARTS.
la suite de la reine. Il se plaint de la conduite d'Heoriette-Marie dans des instructions pour la oour de France datées du 1 2 juillet 1 626. « Le roi de France et sa mère nignorent pas, dit-il ' , les aigreurs et les dégoûts qui ont eu lieu entre ma femme et moi , et tout le monde sait que Je les ai supportés Jusqu'ici avec beaucoup de patience , croyant et espérant toujours que les choses iroient mieux , parce qu'elle étoit fort Jeune, et que cela \enoit plutôt des mau- YBis et artificieux conseils de ses domestiques , qui n'avoient que leur propre intérêt en vue, que de sa propre inclination. £n effet, lorsque Je me rendis à Douvres pour la recevoir. Je ne pouvols pas attendre plus de marques de respect et d*a£fection qu'elle n'en fit paraître en cette occasion. La première chose qu'elle médit fut que, comme elle étoit Jeune et qu'elle venoit dans un pays étranger, dont elle igiioroit les coutumes, elle pourroit ainsi commettre quan* tité d'erreurs, et qu'elle me prioit de ne me point fâcher contre elle pour les foutes où elle pourroit tomber par ignorance , Jusqu'à ce que Je l'eusse instruite de la manière de les éviter.... Mais elle n'a Jamais tenu sa parole. Peu de temps après son arrivée, madame de SaintrGeorges... mit ma femme de si mauvaise humeur contre moi, que depuis ce temps-là on ne peut pas dire qu'elle en ait usé envers moi deux Jours de suite avec les égards que J'ai mérités d'elle.... « Je ne prendrai pas la peine de m'arréter à quantité de petites négligences , comme le soin qu'elle prend d'éviter ma compagnie, si bien que, lorsque J'ai à lui parier de quelque chose, il faut que Je m'adresse d'abord à ses domestiques , autrement Je suis assuré d'avoir un refus ; son peu d'application à l'anglois et d'égards pour la nation en général. Je passerai de même sous silence l'affront qu'elle me fit avant que J'allasse à cette dernière et malheureuse assemblée du parlement; on n*en a déjà que trop discouru , et vous en avez l'auteur sous vos yeux en France.... Après avoir donc supporté si longtemps avec patience les chagrins que Je reçois de ce qui devoit faire ma plus grande consolation , Je ne saurois plus souffrir autour de ma femme ceux qui sont la cause de sa mauvaise humeur, et qui l'animent contre moi ; Je devrois
* Jè me sers de la tradadton de rexoellente édlUon des Mimoirtê de Ludlow , dant la ooUecUoa des Mémoim relati/i à la révolution d^ Angleterre, par M. GuizOT.
« les éloigner, quand ce ne seroit que pour aod « seule chose , pour l'avoir engagée à aller en dé- « votionàTiburn'. »
On ne peut donc attribuer la mésintelligmi de Charles et d'Henriette qu'à une sorte d'inoompatibilité d'humeur entre les deux époux. Si le temps et l'adversité raffoiblirent , la vie de Qla^ les ne fût pas assez longue pour la faire entièrement disparoltre. Charles avoit quelque chose de doux, de facile et d'affectueux dans le caractère; sa femme étoit plus impérieuse , et l'on s'apercevoit qu'elle avoit un certain mépris pour la foiblesse de Charles. La reine étoit charmante : quoiqu'elle fût née d'un sang et dans une cour qui n'abondoit pas en austères vertus, les républicains même n'osèrent calomnier ses mœoa Nous avons des portraits d'elle laissés par lord Kensington, par Eliis et Howell. Un des historiens françois de sa vie nous la dépeint ainsi an moment de son mariage : « Elle n'avoit pas ea^ « core seize ans. Sa taille étoit médiocre, mais « bien proportionnée. Elle avoit le teint parfaite- « ment beau, le visage long, les yeux grands, «noirs, doux, vift et brillants, les cheveux « noirs, les dents belles, la bouche, le nez et le « front grands, mais bien faits, l'air fort spiri- « tuel , une extrême délicatesse dans les traits, « et quelque chose de noble et de grand dans •I toute sa personne. C'étoit , de toutes les princes- « ses ses sœurs, celle qui ressembloit le plus à « Henri IV son père : elle avoit comme lui le
> Ce docameot, troavé avee les le(fa«s de la iciae et di
loi dani la casseUe de Charles , perdue sur le chaii\p de !»•> taille de Naseby , est évidemment falsifié. Oo ne cooçoiC pu d'abord eommaDt on docaoïeot leniMalile a été ooDscrvépir Cliarles depuis Tannée 1626 Jusqu'à Taunée IG46 parmi dei papiers récents et une correspondance toute relative ii II guerre civile. Ensuite ces paroles , je poMserai mue eUenet l'ajfront qu'elle me fit avant que j*allaese à cette iemiirs et malheureuse ûnembtée du portement, al elles ligoiftent quelque ctioee, présentent un grossier aoachronisoie. Heariette-Marie débarqua à Douvres le II Juin 1025; le roi Charles, ooavcllenMot parvenu au tr6ne , oavrlt son pienier parlement le 18 du même mois, et en prononça la dissolution le 12 août II convoqua un second parlement en ISSS; et ce parlement orageux , a cause de l'accusation de Bockingham , fut cassé au mois de Juin de cette même année. Charles n'alla point à cette dernière et matheurtuse aiêembtée du parle' ment. Il est évident que les faossalres , ne falsaôt point attpo- Uou aux dates, ont voulu parler du long parlem'entoù Charles se transporta en effet le 4 Janvier 1642, pour faire arrêter six membres de la cha\nbre des otfmteunes , lesquels avoieot été avertis des projets du roi par la trahison de la comtesse de Carliste, Jadis maîtresse de Strafibrd, ensoSIe attachée à Pym et favorite de la reine. Enfin le roi parle dans ce docament des dévotions de la reine h TIfoum : Pesprlt de fanatisme accosoit Heoriette-llarie d'être alléa prier devant la poleooe à laquelie avoient été pendus quelques prêtres catholiques. Or il est démontré par les pièces dlplomaliqaes angloises que cette iapalatlon étoit dénuée de toat fondemenU Charles ne pouvoit pas écrire ce que son gouvernement même ne croyoit pas.
aENBIETTE*ttARIE.
tftnr Aevé, m^naiiime, intrépide, rempli de
• tcodrene et de cluirité , i*esprit doux et agréa-
■ Me, entrant dans les douleurs d'autrui et oom-
• pitiMot aux peines de tout le monde. »
La historiens anglois la représentent petite et hue, nuds remarquable par la l)eauté de ses tant! et réiégance de ses manières.
Charles aimoit Henriette avec passion : il ne psroil pas qu'elle éprouvât pour lui le même dégrade tendresse; et pourtant tandis qu'il ne lui léBOJgnolt aucune inquiétude, c'étoit elle qui se plngDoit et qui sembloit un peu Jalouse. Dans b lettres de Charles , imprimées par ordre du pirieoKnt, respire le sentiment le plus touchant d'ammr pour Henriette.
Le 13 lévrier 1643 , il lui mande : « Je n'avois
• 1» éprouvé Jusqu'ici combien il est quelquefois I < beoreux d'ignorer, car je n'ai appris le danger ! « fie tu as couru en mer par la violence de la I «teoipéte, que lorsque J'avois déjà la certitude ' • que ta en étois heureusement échappée.... L'ef-
• M que m'a causé ce danger ne se calmera pas « Josqn'À ce que J*ale eu le bonheur de te voir, « car ce n'est pas à mes yeux la moindre de mes •iafiNlnnes que tu aies couru pour moi un si
I • gnmd péril , et tu m'as témoigné en ceci tant •f affection, qu'il n'y a chose au monde qui
• BK poisse Jamais acquitter, et des paroles beau- ■eoop moins que toute autre chose; Qials mon
• coeur est si rempli de tendresse pour toi et d'une 'impatience passionnée de reconnolssance en-
• îers toi , que je n'ai pu m'empécher de t'en dire
■ qociqoes mots , laissant à ton noble cœur le •soîBde deviner le reste *. »
n hd écrit d'Oxford , le 3 janvier 1 645 : « En I ■ déchiffrant la lettre qui arriva hier, Je fus bien
• nrpris d'y trouver que tu te plains de ma né-
• gligence à f écrire. ... Je n'ai Jamais manqué au- > eeoe oecasion de te donner de mes nouvelles. ...
■ Si ta n'as point la patience de t'interdire un Ju-
• puent défavorable sur mes actions Jusqu'à ce
• VK je t'en aie marqué les véritables motifs , tu ' coars souvent risque d'avoir le double chagrin
> ■ d'être attristée par de faux rapports et d'y avoir < 9Q trop vite. Ne m'estime qu'autant que tu me
• venas suivre les principes que tu me connois. » Charles lui écrit du même lieu , le 9 avril de
h même année : « Je te gronderols un peu , si Je ' poQvois te gronder, sur ce que tu prends trop •lAt falarme. Songe, je te ^ prie, puisque je
' SvledM Mémoires de Ludlow, ooliect Gmnort.
« t'aime plus que toute autre chose an monde, et « que ma satisfaction est inséparablement unie « avec la tienne, si toutes mes actions ne doivent « avoir pour but de te servir et de te plaire.... « L'habitude de ta société m'a rendu difficile à contenter; nuiis ce n'est pas une raison pour que tu m'en plaignes moins , toi le seul remède à cette maladie. Le but de tout ceci est de te prier de me consoler par tes lettres le plus souvent qu*ii te sera possible. Et ne crois-tu pas que les détails de ta santé soient des sujets agréables pour moi, quand même tu n'aurois pas autre chose à m'écrire? N'en doute pas , ma chère âme , ta tendresse est aussi nécessaire à la consolation de mon cœur que ton secours à mes affaires. »
Lorsqu'on songe que Charles épanchoit ainsi son cœur au milieu des horreurs de la guerre civile , au moment de tomber entre les mains de ses ennemis , on est profondément attendri.
Lareine,unanauparavant, lui écrivoitd'York, le 30 mars , ces paroles un peu rudes : « Souve- « nez-vous de ce que je vous ai écrit dans mes « trois dernières lettres, et ayez plus de soin de « moi que vous n'en avez eu Jusqu'ici, ou faites «semblant du moins d*en prendre davantage, « afin qu'on ne s'aperçoive pas de votre négli- « gence à mon égard. »
Charles crut devoir déclarer, en mourant, à sa jeune fille , la princesse Elisabeth, qu'tï avoit tin^ours été fidèle à la reine, et la lettre d'adieux qu'il écrivit à celle-ci se terminoit par ces mots : « Je meurs satisfait, puisque mes enfants sont « auprès de vous. Votre vertu et votre tendresse « me répondent du soin que vous aurez de leur R conduite. Je ne puis vous laisser des gages plus « chers et plus précieux de mon amour. Je bénis « le ciel de faire tomI>er sa colère sur moi seul. « Mon cœur est plein pour vous de la même ten- « dresse que vous y avez toujours vue. Je vais <« mourir sans crainte, me sentant fortifié par le « souvenir de la fermeté d'âme que vous m'avez « fait paroitre dans nos périls conmiuns. Adieu, « madame , soyez persuadée que Jusqu'au dernier « moment de ma vie je ne ferai rien qui soit in- « digne de l'honneur que j'ai d'être votre époux ' . » Cette dernière lettre de Charles , qui n'est pas assez connue , montre que ses sentiments intimes étoient aussi nobles, et peut-être encore plus touchants que ceux qu'il fit éclater sur l'échafaud,
> Fie de HenrieUe-Marie,
LES QUATRE STUARTS
On peut reprocher à Henrietle-Marie da penchant à l'intrigue , penchant qu'elle tenoit du sang des Médicis ; elle se livra aussi à des moines sans prudence , et à des favorites qui la trahirent. Elle avoit le courage du sang ; le courage politique lui manquoit quelquefois; et quand les orages populaires grondoient, quoique femme de tête et de cœur, elle donnoit des conseils pusillanimes. Bienfaisante et magnanime, elle fit souvent accorder la liberté et la vie à ses ennemis. Elle ne vouloit pas même connoître le nom de ses calomniateurs. ^ Si ces personnes me haïssent , di- «soit-elle, leur haine ne durera peut-être pas « toujours, et s'il leur reste quelque sentiment « d'honneur, ils auront honte de tourmenter une « femme qui prend si peu de précaution pour se « défendre. » Les infortunes d'Henriette-Marie avoient été, pour ainsi dire, prédites par François de Sales, qui reste à notre histoire au triple titre de saint, d'homme illustre et d'ami de Henri IV.
Quoi qu'il en soit des altercations religieuses et domestiques qui troublèrent la paix intérieure de Charles et d'Henriette ; quoi qu'il en soit des causes qui amenèrent la liaison. Jusqu'à présent inexplicable , de la reine et des premiers parlementaires, quand les malheurs de Charles éclatèrent , la fille du Béarnois retrouva comme lui dans la guerre civile le courage et la vertu.
Lorsqu*en 1635 elle alla recevoir la couronne de la Grande-Bretagne , la reine Marie de Médicis sa mère, la reine Anne d'Autriche sa bellesœur, l'accompagnèrent Jusqu|à Amiens. Toutes les villes sur son passage lui rendoient des honneurs extraordinaires : par une pompe digne de la royauté chrétienne, les prisons étaient ouvertes à son arrivée , et elle votjoit devant elle une infinité de malheureux qui la remercioient de leur liberté et la combloient de bénédictions*. Les trois reines se quittèrent à Amiens. Vingt vaisseaux qui attendoient Henriette de France à Boulogne la transportèrent à Douvres : elle y fût reçue au bruit de l'artillerie et aux acclamations du peuple. U y eut des combats à la barrière , des Jeux et des courses de I>agues.
Quand la reine d'Angleterre revint en France, en 1644 , elle y rentra en fugitive ; les prisons ne s'ouvroient plus par le charme de son sceptre ; elle se déroboit elle-même aux prisons. Voyageant d*un royaume à l'autre, échappant à des tempé-
I rit de HtHTiçUe-Marit,
tes pour arriver à des combats, quittant des combats pour retrouver des tempêtes , Henriette étoit saisie par la fetalité qui poursuivoit les Stuarts. On vit cette courageuse femme, canonnée Jusque dans la maison qui lui servoit d'abri contre les flots, obligée de passer la nuit dans un fossé où les boulets la couvroient de terre. Une autre fois, le vaisseau qui la portoit étant près de périr, elle dit aux matelots ce mot qui rappelle celui de César : « Une reine ne se noie pas. ^
Dbre d'esprit au milieu de tous les dangers, elle écrlvoit au roi , de Newark , le 27 J uin 1 643 : <t Tout ce qu'il y avoit actuellement de troupes à « Nottingham s'est rendu à Leicester et à Deri)y, « ce qui nous fait croire qu'elles ont dessdn de « nous couper le passage.... J'emmène avec moi « trois mille hommes d'infanterie, trente compa- « gnies de cavalerie ou de dragons, six pièces d'ar- « tillerie et deux mortiers. Henri Germyn, en M qualité de colonel de mes gardes, commande « toutes ces forces ; il a sous lui sir Alexandre Les- « ley qui commande l'infanterie , Gérard la cava- « lerie , et Robert Legg l'artillerie ; Sa Majesté est « madame la généralissime , pleine d'ardeur et « d'activité; et en cas que l'on en vienne à une « l>ataiile, J'aurai à commander cent cinquante « chariots de l)agages '. »
Après de nouveaux revers, privée de presque toute assistance dans la petite ville d'Exeter que le comte d'Essex se préparoit à assiéger, elle mft au monde, le 16 Juin 1644, sa dernière fille.
A peine accouchée, elle fût forcée de fuir de nouveau , n'ayant pour tout aide que son confes* seur, un gentilhomme et une de ses femoies, qui avoient de la peine à la soutenir à cause de son extrême faiblesse. Elle avoit été obligée d'abandonner à Exeter sa fille nouvellement née : c'étoit cette princesse prisonnière dix-sept jours après sa naissance , cette princesse frappée par la mort à Saint-Cioud dans toute la fleur de la beauté et de la jeunesse, cette duchesse d'Oriéans, cette seconde Henriette que la gloire de Bossuet devoit atteindre comme la première.
Une cabane déserte, à l'entrée d'un bois, s'offrit à la fuite d'Henriette-Marie. Elle y demeura cachée pendant deux Jours. Elle entendit défiler les troupes du comte d'Ëssex qui parloicnt de porter à Londres la tête de la reine ^ laquelle tête avoit été mise à prix pour une somme de 6,000 liv. sterl.
' /Vo(e des mémoires de Ludhw, coUect. GuizOT.
HENRIETTE-MARIE
BeOfiette, arrivée à Plymoath à travers mille périls, s'einJ)arque pour Tile de Jersey : Tamiral Batty la poursuit. Alors, comme la femme de sûnt Louis, elle fait promettre à un capitaine de la toer et de la jeter dans la mer avant qu'elle Umbât aux mains de ces infidèles d'une nouvelle sorte. Elle aborde avec quelques matelots parmi des rochers sur la c6te de la Basse-Bretagne; les pajsaos, prenant ces étrangers pour des pirates , l'arment contre eux; Henriette-Marie se fait recoonoftre, part pour Paris, arrive au Louvre, et tonbedans de nouveaux malheurs.
Outragée par des lil>elles Jusque sur le continent, elle tomboit des mains de la populace fénee de Londres dans celles de la populace insolente de Paris. Ballottée entredeux guerresciviles, SOT les bords de la Tamise elle rencontre les crimes sérieux des révolutions , sur les rivages de la Seine les pasquinades sanglantes de la Fronde; làledramedela liberté,ici sa parodie. Les bouftoset les boulangers d'Angleterre veulent tuer Benriette-Marie dans le palais des Stuarts ; les bonchers et les boulangers de France lui refusent dcsalimoitsdans le palais des Bourbons , oubliant ({K leurs pères avoient été nourris par celui dont flidédaignoient de nourrir la fille.
■Cinq ou six Jours avant que le roi sortit de «Puris, dit le cardinal de Retz, j'allai chez la « reine d'Angleterre , que je trouvai dans la cham- >he de Mademoiselle , sa fille , qui a été depuis •madame d'Orléans. Elle me dit d'abord : Vous ■ voyez, je viens tenir compagnie à Henriette; la «pauvre enfant n'a pu se lever aujourd'hui faute « de feo.... La postérité aura peine à croire qu'une * petite-fille de Henri le Grand ait manqué d'un «fiigotpourse le^er au mois de janvier dans le > Louvre et sous les yeux d'uçe cour de France. »
Elle étoit souvent obligée de se promener des (iprès-dinées entières dans les galeries du Loutrepour s'échauffer.... Elle appréhendait nonélément les insultes du peuple de Paris , mais kdureié de ses créanciers.... Les Parisiens ne kpouvmentsouffnr, et un jour que le roi Chark^UySonfils, se promenoit sur une terrasse 9^ donnait du côté de la rivièrCy quelques mari» ^n lui firent des menaces , ce qui l'obligea de ^retirer de peur de les aigrir davantage par sa présence'.
Triste et extraordinaire complication et ressem- Jilaace de destinée 1 Henriette-Marie , eu 1630 ,
' ^kieHtnrùUe'Marie.
CR\TEAVBRIAnD. — TOME If.
avoit reçu à Whltehall sa mère exilée, Marie de Médicis. Les habitants de Londres , déjà soulevés contre la reine d'Angleterre , se portèrent à des excès contre l'ancienne reine de France. La fille de Henri lY, qui se défendoit à peine contre la haine publique, fut obligée de demander une garde pour protéger la veuve de Henri IV : et Anne d'Autriche fut impuissante, à son tour, dans Paris, pour mettre à l'abri la sœur fugitive de Louis XIII et la tante de Louis le Grand.
Une fausse nouvelle parvint d'abord à la reine d'Angleterre sur la catastrophe du 30 janvier 1 649 : le bruit courut que Charles V^ avoit été délivré sur l'échafaud par le peuple ; mais la lettre d'adieu de l'infortuné monarque, qui fut remise à Henriette le 9 février, dans le couvent des Carmélites à Paris, la tira d'erreur; elle s'évanouit. Le lendemain, madame de Motteville la vint complimenter de la part de la reine régente. Le malheur donnolt le droit à la reine d'Angleterre de faire des leçons : elle chargea madame de Motteville de dire à Anne d'Autriche « que le roi son seigneur (Char- « les F') ne s'étoit perdu que pourn'avoir jamais « su la vérité... que le plus grand des maux qui « pouvoient arriver aux rois , et celui qui seul « devoroit leurs empires, étoit d'ignorer la vé- « rite. »
Cette insistance d'Henriette n'expliqueroit-elle pas son premier penchant pour les parlementaires, et son antipathie pour Strafford, dont elle trouvoit peut-être l'esprit trop absolu ? Elle ajouta dans cette conversation « qu'il falloit prendre « garde à irriter les peuples. « Si Charles P"^ ne s'étoit perdu que pour n'avoir pas connu la vérité , au dire de la reine , cette reine ne partageoit donc pas l'entêtement du roi sur l'étendue de la prérogative? £lle aimoit les parlements : lorsqu'elle songea à quitter l'Angleterre avec Marie de Médicis sa mère , les deux chambres lui présentèrent une humble pétition pour la supplier de ne pas s'éloigner. Henriette répondit en anglois par un gracieux discours qu'elle resteroit, et qu'il n'y avoit point de sacrifice que le peuple ne pût attendre d'elle '.
Après la mort de son mari, elle se donna le surnom de reine malheureuse , et elle porta le deuil toute sa vie.
L'épreuve la plus rude que cette reine eut à soutenir fut de solliciter un douaire de veuve auprès de l'homme qui l'avoit faite veuve : Crom-
' Journaux du P., iVt 314.
LES QUATRE STDÀBTS.
well répondit an cardinal Mazarin qu'Henriette de Franee n'avoit Jamais été reconnue reine d'Angleterre. Cette réponse sauvage, qui transformoit en concubine d'un prince étranger la fille d*un de nos plus grands rois y étonne moins que la demande même de cette petite-fiUe de Jeanne d*AIbret. Lorsque Henriette apprit ce refiis , elle dit noblement : « Ce n'est pas à moi ^ c'est à la • France que cet outrage s'adresse. » Telle étoit , en effet, l'abjection où la politique d'un ministre Bans honneur avoit alors réduit notre patrie. MaiBarin étoit descendu Jusqu'à se faire l'espion de Cromwell auprès de la famille royale exilée : ce ftiit résulte d'une lettre de Gromwell , qui n*étoit lui-même qu'un grand espion couronné.et armé.
Quelque temps auparavant , Henriette-Marie avoit été forcée de demander au parlement de Paris ee qu'elle appeloit une aumône.
Retirée à Ghaillot , ches des sœurs de la Visitation étabHes dans une maison bâtie par Catherine de Médids, Henriette devint bigote : il est asses curieux de lire que Port-Royal lui avoit offert de l'argent et un asile. Sans les htetoires de sa viC) tristes sont ees petits contes de religieux et de religieusesi ces conseils de nonnes qui parlent des plus grands événements dont elles entendent à peine le bruit , qui Jugent du fond de leurs cellules les choses de la politique, et qui , immobiles dans leurs saints déserts , ne s'aperçoivent pas même que le monde marche et passe au pied des murs de leur ddtre. Henriette-Marie essaya de rendre ses en&nts à l'Église romaine. Charles II, indifférent à tout prindpe, préféra sa couronne à sa foi : il ne se fit catholique qu'en mourant , l<Nrsqu'il n'avoit plus rien à perdre des biens de la terre. Le due de ûlocester et la princesse d'Orange restèrent sélés protestants ; le duc d'York seul (Jacques II ) reçut des impressions qui le dévoient ramener un Jour à Paris, pour y mourir dépouillé comme sa mère. La princesse H«iriette , depuis duchesse d'Orléans , fut élevée dans la reUgkm romaine*
A la restauration de Charles II , la veuve de Charles I*' passa en Angleterre et ne put se résoudre à y demeurer. Elle ne connoissolt plus personne ; elle allolt pleurant dans les palais de Whitehall, de Saint-James et de Windsor, poursuivie qu'elle étoit par quelques souvenirs. Après avoir vu mourir deux de ses enfimts (la princesse d'Orange , veuve de vingt-six ans , et le due de 6lo<» cester ), elle s'embarquaavecsa fille Henriette )
pour revenir en France. Son vaisseau édiMa; Henriette fut saisie d'une rougeole dangereose, et resta , soignée par sa mère , un mois entier à bord du vaisseau. La compagne éprouvée de l'iih fortuné Charles maria Henriette au due d'Oriésm, et reçut à Chaillot le bref de la béatifleatiOB iê saint François de Sales : dernières grandeurs de la terre et du ciel qui la visitèrent danslaioiitode.
Vers l'an 1668, Henrlette-Marle fit an dernier voyage à Londres. Enfin , rentrée pour toujours dans sa patrie , die tomba malade à Saiote* Colombe, petite maison de campagne située à peu de distance de la Seine, lin grain d'opina qu'dle prit la plongea dans un sommdl donteHe ne se réveilla plus. Elle expira vers minuit, le 10 septembre 1669. Un historien a dit ^*elli avait faii un saint usage de ses mawt. Bien fM son corps fut porté à Saint-Denis et son eœur i la Visitation de Chaillot , die serait morte es* bliée, si Bossuet ne s'étnit emparé de ce grsnf débris de la fortune pour le fhçonner à la msnière de son génie.
Le grand orateur, en envoyant PoralsoD IM* bre de la reine d'Angleterre et de madame Hc«« riette à l'abbé de Rancé , lui écrivoit : « J'd laisii « ordre de vous fiiire passer deux oraisons ftmè- « bres qui, parce qu'dies font vdr lenéuit da * monde , peuvent avoir place parmi Ie9 liTrei « d'un solitaire , et qu'en tout cas il peut regarder « comme deux têtes de mort asses touehantee. >