‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 88 sur 279 · CROMWELL · texte numérisé non relu

CROMWELL

Tous ces revers tinrent à un homme : non que Cromwell fût l'adversaire de Charles (dans ce cas eûCùre la lutte eût été trop inégale] , mais Cromwell étoit la destinée visible du moment. Char* les , le prinee Bupert , les partisans du roi , remporloient-ils quelque avantage, cet avantage devenoit Inutile par la pressée de Cromwell. Moins les talents de cet homme étoient éclatants , plus il paroissoit surnaturel : bouffon et trivial dans ses Jeux, lourd et ténébreux dans son esiprit, embarrassé dans sa parole, ses actions avoient la rapidité et l'effet de la foudre. Il y avoit quelquechosed'invincible dans son génie, comme dans les idées nouvelles dont il étoit le champion.

Olivier Cromwell , fils de Robert Cromwell et d'Elisabeth Ste wart , naquit à Huntiogdon , le U avril V. s. , la dernière année du seizième siècle. Robert eut dix enfimts, et Olivier fUt le second de ses fils. Les frères d'Olivier moururent ep bas Age. Milton a exalté et d'autres ont ravalé la famille du Protecteur : Il a dit lui-même, dans un de ses discours, qu'il n'étoit ni bien ni mal né, ce qui étoit modeste, car sa nai^sanoe étoit bonne , et ses alliances surtout remarquables. Les premiers biegraphes de Cromw^l, pa^ ticulièrement les premiers biographes Aran^p>is , l'envoient servir d'abord sur le continent, et le font comparoltre devant le cardinal de Richelieu , qui prédit la grandeur future du Jeune Aaglois : ces fables sont a^]ourd'hui abandonnées. Cromwell reçut les premiers rudiments des lettres à Huntingdon, sous un docteur Thomas Beard, ministre dans cette petite ville. Le docteur fût un mauvais maître , quoiqu'il composât des pièces de théâtre pour ses écoliers j Cromwell ne &ut jamais correctement l'orthographe.

Envoyé à Cambridge au collège de Sydn^- Sussex (23 avril 1616), il étudia sous Richard Howlet, apprit un peu de latin : Waller veut qu'il sût bien l'histoire grecque et romaine. Il ai« moit les livres, écrivoit facilement de mauvaise prose et de méchants vers.

Son père étant mort , sa mère le rappela auprès d'elle. Pendant deux années, Olivier fut la terreur de la ville â*Huntlngdon par aea excès. Envoyé à

LES QUATRE STUARTS

Lîucoln-Tnn pours'înstrDîrc dans les lois, au lieu de s'y appliquer, il se plongea dans la débauche. Revenu de Londres en province , il se maria à Elisabeth Bourchier, fille désir James Bourchier, du comté d'Essex. Elle étoit laide et assez vaine de sa naissance : une seule lettre d'elle , qui nous reste, montre qu'elle avoit reçu l'éducation la plus négligée \

Gromwell , qui n'avoit que vingt et un ans au moment de son mariage , changea subitement de mœurs , entra dans ia secte puritaine, et fdt saisi de Tenthousiasme religieux, tantôt feint, tantôt vrai , qu'il conserva toute sa vie. Nous verrons plus tard les contrastes de son caractère.

Une succession ayant donné quelque aisance à Cromwell , il devint ^^nf/^man/ann^r dans l'Ile d'Ely , et fut élu membre du troisième parlement de Charles en 1 628. Il ne se fit remarquer que par son ardeur religieuse et par ses déclamations contre les évêques de Winchester et de Winton. Sa voix étoit aigre et passionnée , ses manières rustiques, ses vêtements sales et négligés. Cromwell étoit d'une taille ordinaire (cinq pieds cinq pouces environ] ; il avoit les épaules larges , la tète grosse et le visage enflammé.

Après la dissolution du parlement de 1628, Cromwell disparoît ; on ne le retrouve qu'à la convocation du parlement de 1 64 0. On sait seulement que les censures et l'intolérance de la Chambre Étoilée, ayant déterminé beaucoup de citoyens à passer à la Nouvelle-Angleterre, Hampden et son cousin Olivier Cromwell résolurent de s'expatrier. Ils avoient choisi pour le Heu de leur résidence, dans des pays sauvages, une petite ville puritaine, fondée en 1635, sous le nom de Say-Brook, par lord Brook et lord Say. Cromwell et Hampden étoient déjà à bord d'un vaisseau sur ia Tamise , lorsque cette proclamation les contraignit de débarquer : « Il est défendu à tous marchands , mat- « très et propriétaires de vaisseaux de mettre en « mer un vaisseau ou des vaisseaux avec des pas- R sagers , avant d'en avoir obtenu licence spéciale M de quelques-uns des lords du conseil privé de « Sa Majesté , chargés des plantations d'outre- « mer. »

Hampden et Cromwell , au lieu de s'aller ensevelir dans les déserts de l'Amérique , furent rete-

• Il ne faut pourtant pas confondre les faates d'orthographe et de langvip, dans les maimscriU de la prt>mière partie du dix-septiëme stècle, avec l'orthographe el les langues de cette époque qui n'éloicut pas fixées et varioieot encore daus chaque p«iys, selon les provinces.

nus en Angleterre par les ordres de Charles V : il n'y a pas, dans les annales des hommes, un exeiBple plus frappant de la fatalité.

Obligé de rester en Angleterre par la Yolonté du roi qu'il devoit conduire à Téchafaud, Cromwell , ne sachant où jeter son inquiétude , s'opposn au dessèchement très-utile des marais de Cambridge , de Huntingdon , Northampton et Lincoln ; dessèchement entrepris par le comte de Bedford. Les personnages puissants qu'il attaquott lui donnèrent le surnom dérisoire de lord des marais; mais )e parti populaire et puritain , à cause même de cette attaque contre de nobles hommes, choishvnt Cromwell , membre de la chambre des communes pour Cambridge , au parlement du 5 mai 1640. Ce quatrième parlement ayant été sqbitement dissous , l'obscur député reparut enfin, la même année, dans ce long parlement qui devoit faire sa puissance et qu'il devoit détruire.

La révolution qui commençoit sa marche ne se trompoit pas sur son chef, bien que ce chef fût encore le membre le plus ignoré de ces fameuses communes. Au premier cri de ia guerre cirile, le génie[du Protecteur s'éveilla. Volontaire d'abord, et puis colonel parlementaire , Cromwell leva un régiment de fanatiques qu'il soumit à la plus se* vère discipline : le moine devient facilement sol* dat. Pour vaincre le principe d'honneur qui ani* moitiés cavaliers^ Cromwell enrôla àson service le principe religieux qui enflammoit les têtes nmdes. Il fdt bientôt Tâme de tout : il refondit et reconstitua l'armée ; et sachant se faire exempter des bilis qu'il inspirqit au parlement, il restoit pouvoir arbitraire au milieu d'une flnction toute démocratique.

DU COxMMENCEMENT

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