‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 90 sur 279 · DE LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE CIVILE

f^Htaines modérés; Tesprit des troupes s'exalta jQsqii*aii plus haut degré du fanatisme.

Eo vain Charles, auquel il restoit encore une ombre de puissance, voulut traiter à Huxbridge : la négociation fût rompue et la guerre renouvelée. Montross obtint quelques succès inutiles en « Ecosse. Le comte de Montross , Écossois et chef « de ia maison de Graham , dit le cardinal de Retz , I tsstieseui homme du monde qui m'ait jamais rap-

• pdé ridée de certains héros que l'on ne voit tplasque dans les Vies de Plutarque; il avoit ttonteDU le parti du roi d'Angleterre dans son

• ptys, avec une grandeur d'âme qui n'en avoit « point de pareille en ce siècle. »

Montross n'étoit point un homme de Plutarque ; e'eloit un de ces hommes qui restent d'un siècle qui finit dans an siècle qui commence : leurs andemies vertus sont aussi belles que les vertus nouidlcs, mais elles sont stériles; plantées dans un loi osé, les mœurs nationales ne les fécondent plus.

Tandis qu'on s*égorgeoit dans les champs de FAngleterre, les membres des communes livroient da batailles à Londres , abattoient des têtes sans exposer les leurs. L'archevôque Laud , prisonnier depois plus de trois ans j flit tiré de son cachot , far la vengeance de Prynne, pour aller au suppfiGe( 10 janvier 1645 ). Ce prélat inflexible avoit M beaueoup de mal à Charles , en Tentétant de hsaprématie épiscopale, en persuadant au roi d'entreprendre ce qu'il n'avoit pas ia force d'accomplir. Laud, courbé sur son bâton pastoral, étoit naturellement si près du terme de sa course , qa*oa anroit pu se dispenser de hâter le pas du l'Ieu voyageur. « Agé de soixante-seize ans , vé-

• aérable par ses vertus... il regarda la mort sans « tomber dans la pusillanimité des vieillards qui , « do bord de leur tombeau , font des vœux au ciel « pour en obtenir quelques malheureux moments « qu'ils veulent attacher au grand nombre de leurs «aonées*. »

Battu de toutes parts, défait complètement à Ibseby (juin 1 B4S ) , Charles crut trouver un asile parmi ses véritables compatriotes : il quitta Oxford où il s'étoit réfugié, et s'alla rendre à l'ar- Bce écQBfioise, avec les chefs de laquelle il avoit Mcrètement traité. On le conduisit à Newcastle, OQ s'ouvrirent de nouvelles négociations. Des comnûssaires du gouvernement anglois arrivèrent : tont le inonde pressoît Charies d'accepter les conditions proposées : les Écossois ou les saints

(c'est ainsi qu'ils se nommoient) , les presbyte^ Tiens effrayés des indépendants, l'ambassadeur de France, Bellièvre, la reine même absente, mais se faisant entendre par l'intermédiaire de Montreuil. Charles refusa l'arrangement, parce qu'il blessoit les principes de sa croyance. A cette époque la foi étoit partout , excepté chez un petit nombre de libertins et de philosophes; elle imprimoit aux fautes et quelquefois aux crimes des divers partis quelque chose de grave, de moral même , si Ton ose dire, en donnant à la victime de la politique la conscience du martyr, et à l'er^ reur la conviction de la vérité.

Un ministre écossois , préchant devant Char^ les, commença le psaume 51 : Pourquoi^ tyran ^ te vantes'tu de ton iniquité? Charles se leva et entonna le psaume 56 : Seigneur, prends pitié de moi, car les hommes me veulent dévorer. Le peuple attendri continua le cantique avec le souverain tombé : l'un et l'autre ne s'entendoient plus qu'à travers ia religion.

Ces marques de pitié s'évanouirent; les saints d'Ecosse en vinrent à un marché avec les justes d'Angleterre, et l'armée covcnantaire livra Charles au parlement anglois, pour la somme de 800,000 livres sterling. « Les gardes fidèles de « nos rois, ditBossuet, trahirent le leur. » Lorsque Charles fut instruit de la convention , il prononça ces belles et dédaigneuses paroles : « J'aime mieux « être au pouvoir de ceux qui m'ont acheté chère- « ment que de ceux qui m'ont lâchement vendu. »

Prisonnier des hommes qui alloient bientôt l'immoler, Charles fut conduit au château de Hoimby (0 février 1647). Il reçut partout des témoignages de respect : la foule accouroit sur son passage ; on lui amenoit des malades afin qu'il les touchât pour les rendre à la. santé ; vertu qu'il étoit censé posséder commerot(feFmnce, comme héritier de saint Louis. Plus Charles étoit malheureux , plus on le croyoit doué de cette vertu bienfaisante : étrange mélange de puissance et d'impuissance ! Onsupposoit au royal captif une force surnaturelle , et il n'avoit pas celle de briser ses chaînes; il pou voit fermer toutes les plaies, excepté les siennes. Ce n'étoit pas sa main , c'étoit son sang qui devoit guérir cette maladie de liberté dont l'Angleterre étoit travaillée.

Les presbytériens , libres de crainte du cAté du roi, essayèrent de licencier l'armée où doroinoient les indépendants ; les indépendants l'emportèrent : ils formèrent entre eux dans leurs

US QUATBB STUARTS.

ennipg one espèoe de parlemeiit militaire aux ordres de Gromwell. Les officiers composoient la chambre haute , les soldats , qu'on nommait agitateurs 9 la chambre basse : c'est ainsi que la constitution républicaine de Rome passa aux légions de l'empire. Soixante-deux membres indépendants du vrai parlement , ayant à leur tête les orateurs , allèrent rejoindre l*armée militante, prêchante et délibérante , laquelle vint à Londres et chassa qui bon lui plut de Westminster. En même temps , le cornette Joyce , qui Jadis tailleur avoit quitté raiguille pour i'épée , enleva le roi du château d'Holmby , le conduisit prisonnier de l'armée à Newmarket, et de lÀ h Hamptoncourt. Les hommes qui se Jettent les premiers dans les révolutions sont partis d'un point de repos ; ils ont été formés par une éducation et par une société qui ne sont point celles que les révolutions produisent* Dans les plus violentes actions de ces hommes , il y a quelque chose du passé , quelque chose qui n'est pas d'accord avec leurs actions , e'est«à-dire des impressions , des souvenirs , des habitudes qui appartiennent A un autre ordre de temps. Ces athlètes expirent successivement dans la lice à des distances inégales , selon le degré de leurs forces , ou , s'arrétant tout à coup , refusent d'avancer. Mais auprès d'eux sont nés d'autres hommes, factieux engendrés par les factions; aucune impression, aucun souvenir, aucune habitude ne contrarie ceux-ci dans les faits du présent ; ils accomplissent par nature ce que leurs devanciers a;roient entrepris par passion : aussi vont-ib beaucoup au delà de ces premiers révolutionnaires qu'ils immolent et remplacent.

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