‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 116 sur 228 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

RécapUulaUon.

Ainsi J'ai montré l'action immédiate de la ré-* volution républicaine de l'Attlque sur la Perse. Elle fit insurger les peuples soumis à cet empire par le ressort des opinions , l'enveloppa dans une guerre funeste qui coûta la vie à des millions d'hommes, sans que les nations y gagnassent beaucoup de bonheur on beaucoup de lil)erté. Il est vrai que la cour de Suze fût humiliée ; mais

* C'est toujours l'homme qui croit et qui veot douter. Par une ibiblesse toute paternelle, j'ai été au moment de me faire grâce pour ces phrases. (N. En. }

BÉVOLimONS ANCIENNES.

la Grèce en ftit-elle plus heureuse? Ses succès ne la corrompirent-iis pas? et le résultat de ces actions , si glorieuses en apparence , ne fut-il pas des \ices et des fers?

Quant à l'effet éloigné produit sur l'empire de Cyrus par la chute de la royauté à Athènes , il n*est personne qui ignore la conquête de T Asie et le nom d'Alexandre.

Tâchons de récapituler en peu de mots les différentes influences que rétablissement du gouvernement {populaire en Grèce eut sur les nations contemporaines. De la somme de ces données doivent naître les vérités qui forment le but de nos recherches dans cet Essai.

La révolution républicaine de la Grèce agit :

Sur r Egypte^ par la voie des armes. Elle y causa quelques malheurs passagers. Elle ne pnt avoir de prise sur les opinions, la subdivision des classes de la société ""et le système théocratique lui opposant des obstacles insurmontables.

Sur Carthage^ encore au militaire. La position locale, l'excellence du gouvernement punique, sauvèrent celui-ci du danger 4es innovations et de l'exemple.

Dans Vlbérie ,

la réaction des troubles de TAttique ne causa que des malheurs. Vraisemblablement l'esclave au fond de ses mines paya la liberté d'Athènes par des larmes et des sueurs.

Chez les Celtes^ elle apporta des lumières, et partant de la corruption *. Elle devint aussi la cause éloignée de la servitude de ces peuples , en facilitant les conquêtes des Romains.

En Italie y l'influence de l'établissement des républiques grecques se dirigea vers la politique; il n'est pas même impossible qu'elle n'y eût produit la révolution de Brutus , par la circonstance du voyage de ce grand homme à Delphes presque au moment de l'assassinat d'Hipparque par Harmodius. Ceux qui savent comment les grandes conceptions naissent souvent des causes les plu3 triviales ' ne mépriseront pas cette conjecturer

Dans la Grande-Grèce ^ la révolution dont nous recherchons les eSets

* Voilà le disciple de Roosscaa. ( N. Éo. )

* La chate d'un? pomme a dévoilé h Kewton le système de Tanlven.

agit au moral. Elle y occasionna quelques rébr-* mes utiles , mais passagères.

En Sicile y elle produisit la guerre et la monarchie : l'une ne fut qu'un fléau d*un moment ; l'autre coûta loag» temps des pleurs et du sang à Syracuse.

EnScythie^ son influence agit philosophiquement dans k sens vicieux; les pasteura pauvres et vertueux de l'Ister se laissèrent corrompre par l'attrait des sciences , et fmirent par se livrer à celui de 1 or.

Dans la Thrace^ elle ne causa que quelques ravages; heureuse' ment la barbarie des peuples les mit à couvert des effets politiques et moraux de la révolution républicaine de la Grèce.

Tyr.enfin^ n'échappa pas aux armes de cette révolution; mais elle en évita la séduction par l'esprit commerçant et occupé de ses citoyens *.

Nous avons parlé de la Perse au commencement de ce chapitre.

Le lecteur, sans doute, en parcourant cette échelle , a déjà trouvé avec étonnement la vérité qui resuite de ses parties. Cette révolution si vantée, cette révolution qui mérite de Têtre, cette révolution toute vertu , toute vraie liberté, n'a donc produit, en exceptant Rome et la Grande-Grèce , que des maux chez tous les autres peuples? Quoi ! lorsqu'une nation devient indépendante, n'est-ce qu'aux dépens du reste des hommes? La réaction du bien seroit-elle le mal? L'histoire ne s'offre-t-elle pas ici sous une perspective nouvelle? Un rayon de lumière nepénètre-t-il pas dans le système obscur des choses , et n'entrevoit-on pas comment les nations sont respectivement ordonnées les unes .aux autres? Si les Grecs du temps d'Aristide , en brisant leon chaînes , n'ont apporté que des maux au genre humain , que peut-on raisonnablement espérer ( système de perfection à part) de l'influence de la révolution françoise? Croirons-nous que tout va devenir vertueux et libre , parce qu'il a pta aux François corrompus d'échanger un roi contn cinq maîtres ** ? Ici l*avenir s'entr'ouvre. Je laisse

* Cette récapitulation des inAnences de la révolatioa ps' pnlaire de la Grèce parott assez raiwnDable quand on Is volt dépouillée du cortège des eomparaiaoïiii entre les tenpi et les hommes. (N. Éd.)

l> Il y a un côté vrai à ces réflexions ; mais lorsqu'on pisct la révolution particulière de la France dans le mottTana| de Tordre social, dans la révolution générale qui s'aper»

Jeiectror à Tabime de réflexions pénibles, de coifjeetDres, de doutes, où ceci conduit.

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