TROISIÈME PARTIE
Le combat moral et intellectuel se termina de
k même manière que le combat politique. Après
fe sac de Bome , Tidolâtrie accusa les fidèles d*è-
tre la cause de toutes les calamités publiques,
lecQsatton qu'elle avoit souvent reproduite, et
^dle renouveloit à sa dernière heure. Des chré-
fiensfoiblesjoignoient leur voix à celle des païens,
tt disoient : « Pierre , Paul , Laurent , sont enter-
• rés à Rome , et cependant Bome est sacca-
«gée*. » Pour réfuter cet argument rebattu,
Mit Angnstin composa le grand ouvrage de la
Oêé de Dieu. Son but, en relevant la beauté , la
^Mé et la sainteté du christianisme , est de prou*
^qae les Romains n'ont dû leur perte qu'à la
^tniption de leurs moeurs et à la fausseté de leur
Mlgkm. Il les poursuit leur histoire à la main.
« Vous dites proverbialement : « Il ne pleut
' pas, les chrétiens en sont la cause. » Vous oubliez
les fléaux qui ont désolé Tempire avant
, c«p. ocxui , pag. 1040.
1 y^^WOoP^T, Monmnsnii du ntoyem dgê à Rome. **«*•• ^tt. ad Sinuji.; et a IUkt., TAm. jânecd. * Aoc,aeim,pag,l)OOL
Ut
quH sesoumttàlafoit VansvoQseoaflezenvoa dieux : quand vous ont-ito protégés? Les Barbares , rttpeetant le mnn de Jésns-Ghrist , ont épar-* gné tant ee qui s'étoit rMigié dans les églises dq Borne : les gueires des païens n'offrent pas un seul exemple de cette nature; les temples n'ont jamais sauvé personne. Au temps de Marlus le pontife Mutius Seévola fut tué au pied de l'autel de Vesta, asile réputé inviolable, et son sang éteignit presque le feu sacré. Rome idolâtra a plus souffert de ses discordes civiles, que Rome chrétienne du fier des Goths ; Sylla a fait mourir phis de sénateurs qu'AIaric n'en a dépouillé.
« La Providence établit les royaumes de la terre ; la grandeur passée de l'empire ne peut pas plus étrç attribuée à l'influence chimérique dea astres , qu'à la puissanoe de dieux impuissants. Là théol(^e naturelle des philosophes ne sauroil être opposée à son tour à la théologie divine des chrétiens , car elle s*est souvent trompée. L'école italique quefonda Pythagore , l'école ionique que Thaïes institua, sont tombées dans des erreurs capitales. Thaïes, appliqué à l'étude de la phy^ sique, eut pour disciple Anaximandre; celui-d bistruisit Aiiaximène, qntf^t maître d'Anaxagnre, et Anaxagore de Soeiate , lequel rapporta toute la philosophie aux mœurs. Platon vint après So^ crate et s'approoba beaueoupdes vévltéade la foi,
« Mais comment est-*il que les chrétiens, tout en prétendant n'adorer qn'un seul Dieu , élèvent destemples aux martyrs ? Le ibitn'est point exact. Notre respect pour les sépulcres des confesseurs est un hommage rendu à des hommes témohis da la vérité Jusqu'à mourir : mais qui Jamais epten* dit un prêtre, officiant à l'autel de Dieo sur les cendres d'un martyr, prononcer ces mets:«Bierre, « Paul et Gyprien , Je vous offre ce sacriileel »
« Les paKens se glorifient des prodiges opéréa par leur religion : Tarquin coupe une pierre avec le rasoir ; un serpent d'Épidaure suit Eseolapq Jusqu'à Rome ; une vestale tire nne galère avec sa ceinture ; une autre puise de l'eau dans un ceible x sont-eelà des merveilles à comparer aux mira-« des de rÉcriturc? Le Jourdain , suspendant son cours, laisse passer les Hébreux; les murs de Jéricho tombent devantl'afche sainte. Ah I ne noua attachons point à la cité de la terre ; tournons no» pas vers la cité du ciel qui prit naissance avant la création du monde visible.
« Lesangessont 1^ premiers habitants de cette aitéAvine; Hsjttepment do cial et de la lumière;
ÉTUDES
car an oommeiicement Bien fit le ciel , et fl dit : que la lumière soit f aile. Diea ne créa qu'an seal homme ; nous étions tous dans cet homme. Il répandit en lui une Ame douée d'intelligence et de raison, soit qu'il eût déjà créé cette âme aupara- Tant, soitqu'il lacommuniquAt en soufflant contre la face de l'homme dont le corps n'étoit que limon. Il donna à l'homme une femme pour se reproduire; mais, comme toute la race humaine de voit venir de l'homme, Eve Ait formée de l'os, de la chair et du sang d'Adam.
« L'homme à qui le Seigneur avolt dit : « Le « Jour que vous mangerez du fruit défendu , vous « mourrez, » mangea du firult défendu, et mourut. La mort est la peine attachée au péché. Mais si le péché est effacé par le baptême, pourquoi rhomme meurt-il & présent? Il meurt afin que la toi , l'espérance et la vertu ne soient pa9 détruites,
« Deux amoursontbAti les deux cités : l'amour de soi-même Jusqu'au mépris de Dieu a élevé la cité terrestre ; l'amour de Dieu Jusqu'au mépris de soi-même a édifié la cité céleste. Gain , citoyen de la cité terrestre , bâtit une ville ; Abel n'en bâtit point : il étoit citoyen delà cité du ciel, et étranger ici-bas. Les deux cités peuvent s'unir par le mariage des enfonts des saints avec les flUesdes hommes àcausedeieur beauté: la beauté est un bien qui nous vient de Dieu.
« Les deux cités se meuvent ensemble : la cité terrestre , depuis les jours d'Abraham , a produit les deux grands empires des Assyriens et des Romains; la cité céleste arrive, par le même Abraham , de David à Jésus-Christ. Il est venu des lettres de cette dté sainte dont nous sommes maintenant exilés ; ces lettres sont les Écritures. Le roi de la cité céleste est descendu en personne sur la terre pour être notre chemin et notre guide.
« Le souverain bien est la vie éternelle ; il n'est pas de ce monde : le souverain mal est la mort étemelle , ou la séparation d'avec Dieu. La possession des félicités temporelles est une fausse béatitude , une grande infirmité. Le juste vit de lafbi.
« Lorsque les deux cités senmt parvenues à leun fins au moyen du Christ , il y aura pour les pécheurs des supplices étemels. La peine de mort sous la loi humaine ne consiste pas seulement dans la minute employée à l'exécution du criminel , mais dans l'acte qui l'enlève à l'existence : le juge étemel ittraoohe le coupable de la
vivante éternité , comme le Jugetemporel létran* che le coupable du temps vivant L'Éternel peotll prononcer autre chose que des arrêts éternels?
« Par lamême raison, le bonheur des justessen sans terme. L'âme toutefois ne p^rapas lamé* moire de ses maux passés: si elle ne se souvenoU plus de son an<^nne misère, si même elle ne connoissolt pas la misèreimpérissablede ceuxqat auront péri , comment cbanteroit-elle sans fia les miséricordesde Dieu, ainsi quenous l'appreni le Psalmiste? Dans la cltédlvlne cette paralesm accomplie : Demeurez en repos; reeonnoistes que je suis Dieu; c'est-à-dire qu'on y jooin de ce sabbat, de ce long jourquin'auro point de soir; et où nous reposerons en Dieu. »
Cet ouvrage du Platon chrétien est eroprett de la mélancolie la plus profonde : on y sent one âme tendre, Inquiète, regrettant peut-être ém illusions , et dont les vagues sentiments passent à travers un esprit abstrait et une imaginatioo mystique. Celui qui , Jeune encore, s'étolt coofessé avec tant de charme d'avoir demandé la pureté, mais pas trop tôt « , d'avoir désiré d'aimef*^ celui qui a voit dit : « Lorsque vous m'aurez cooBa « tel que Je suis , priezpour moi ^;« le pèred'Adéodat répand sur les pages échappées à sa vieil* lesse'ce dégoût de la terre, bonheur des saints, et partage des infortunés. Le spectacle des calamités publiques contribuoit sans doute à attrister le génie d'Augustin : quel temps pour écrire qnfl les années qui séparent Alaric de Genseric , se* cond destructeur de Rome et de Carthage;(lQe les années qui s'écoulèrent entre le sac de la ville étemeUepar les Gotbs et le sac d'Hippone parles
Vandales 1
Volusien, homme d'une famille pulssMiteà Carthage,avoit mandéà saint Augustin qu'unde ses amis manifestoit le désir de trouver unchir tien capable de résoudre certaines difficultés relatives au nouveau culte. Saint Augustin, d*rt une réponse affable et poUe , lui envoie une sort» d'abrégé de la Cité de Dieu.
Le même Père entretient une correspondance avec la population païenne de Madaure : « J* « veillea-vous, peuples de Madaure, mes parents « mesfrères^ l... Puisse le vrai Dieu vous conv(^ « tir à la foi, vous délivrer des vanités de
« CoiOff' f Mb. viii, cap. vu , nam. xvii.
* i6irf.,llb. iiietiT.
' AuG. , JBpiêL OCX XXI, num. vi. «.««ilei ^
* Expergifcimini aUquando, (ratres met el p^i«^ BUdauie&Bes. {EpiH, ccxuu. )
1 » Ca éréqne, un fODtrorersiste ardent, iHt Angnstio, a^elledea idolâtres ses parents, mfrèrts.
Quelques années aoparavant il avoit en un emnerce de lettres avec Maxime, grammairien ëmeeUeméme ville de Madaure : Maxime IV nitpriéde laisser deoôtéson éioquenceet lessubtiks argnmeots de Clirysippe, pour lui direquei éMIe Diea deschrétiens. «Et à présent , homme c aedleot % qui as abandonné ma communion,
• cette lettre sera Jetée au feu ou détruite d'une
• anfetemanière. S'il en est ainsi , un peu de papier «périn, mais non ma doctrine. ••• Puissent les t ieax teooDserver I les dieux par qui lespeuples « ée la terre adorent en mille manières différen-
< tSidans un harmonieux dlscord , le père oomde ces dieux et des hommes *. » Voici le qoi appelle à son tour les bénédictions du
ddflr la tète d'un chrétien.
LoBgiiûeo écrit ces mots à saint Augustin : «Seigaenr et honoré père, quant au Christ, en ■ 91I tu crois, et l'esprit de Dieu par qui tu espè-
< ras aller dans le sein du vrai , du souverain , du •Uenbeureux auteur de toutes choses, je n'ose « ai nepois exprimer ce que Je pense ; il est difficile «à«D homme de déûnir ce qu'il ne comprend
• pu ; mais tu es digne du respect que Je porte à •ftesvartus ^ »
Saint Augustin répond : « J'aime ta dreonspec- •tionà ne rien nier, à ne rien affirmer touchant «le Christ; c'est une louable réserve dans un ■fÉien^.-
LlUostre évéque dlSippone expira à soixante- KiKans,danssavilleépiscopaleassiégée,enpIein eureice des devoirs d'un pasteur courageux et éaritable. « Il mourut,» dit l'élégant auteur fut vous aimerei encore à retrouver; « il mourut « Is jreox attachés sur cette cité céleste dont il •trait écrit la merveilleuse histoire ^. »
Mate, avant ces lettres d'Augustin , on trouve (ot-étieuBmonnmentencoreplusextraordinalre fcla tolérance religieuse entre des esprits supé* tei:œsant les lettresde saint BasileàLibanius,
'Tirexlmle.
' Kl te wnreot , per qûM et eoram atqae eanctoniiD morbite comoMinuro patrem, anivenl mortates, qaoa terra ■rtioct, mille modls oonoordi discordia veneramur et coli- ^^^{Ap, AoGCflTiN. , tp, XVI , al. xun , toro. n. )
* Ut aatenu me coltoiem tuoram Tirtutam dIgDatas est. <ACCC5TI». , epiii. ocxxxill , n* 3. )
* Proliide quod de Christo nihll tibi iM'gandam vel affir- ^MKua pQtasU, boc lo paii^anl animo temperameatom non ■Jltai accepulMi. {EpiMt. ocxxxv. )
^ TndMt de IL Vu4JSMAiif , {Mtl. Aj«(. et liti,)
I et de libanlus à saint Basile. Le sophiste païen avoit été le maître du docteur chrétien à Constantinople. « Quand vous fûtes retourné dans votre « pays, écrit Libanius à Basile, Je me disois : « Que tait maintenant Basile? Plaide-t-il au bar- « reau? enseigne-t-ii l'éloquence ? J'ai appris que « vous aviez suivi une meilleure voie : que vous « ne vous étiez occupé qu'à plaire à Dieu , et J'ai • envié votre bonheur '• »
Basile envoie déjeunes Gappadodensà l'école deLibanius sans crainte de les infecter du venin de ridolâtrie. « Il suffira, luimande-t-il, qu'avant « l'âge de l'expérience ces Jeunes gens soient « comptés parmi vos disciples *. » — « Basile « est mon ami, s'écrie Libanius dans une autre « lettre ; Basile est mon vainqueur, et J'en suis ravi « de joie^ » — «Je tiens votre harangue, dit Ba- « 8iie;Je l'ai admirée : ÔMuses! 6 Athènes! que « de choses vous enseignez à vos élèves ^\ »
£st«ce bien Tennemi de Julien , l'ami de Gré* goire de Nazianze, le fondateur de la vie céno« bitique ; est-ce bien l'ardent sectateur de Julien , le violent adversaire des moines, Torateur qui défendoit les temples; source bien ces deux hommes qui ont ensemble un pareil commerce de lettres?
Synésius, delà colonie lacédémonlenne fondée en Afrique dans la Gyrénalque, descendoft d'Eurysthène, premier roi de Sparie de la race dorique : il étoit philosophe ; comme saint Augustin dans sa jeunesse, il partageoit ses Jours entre la lecture et la chasse. Le peuple de Ptolémalde , en Libye, le demande pour évéque. Synésius déclarequ'il ne se reconnolt point la puretéde mœurs nécessaire à un si saint état ; que Dieu lui a donné une femme, qu'il ne veut ni la quitter, ni s'approcher d'elle furtivement comme un adultère ; qu'il souhaite avoir un grand nombre d'enfants beaux et vertueux. Il ajoutoit : « Je ne dirai Jamais que « rame soit créée après le corps; Je ne croirai Ja* « mais que le monde doit périr en tout ou en « partie : la résurrection me paroit une chose fort « mystérieuse, et Je ne me rends point aux opi- <« nions du vulgaire s. » On loi laissa sa femme et ses opinions , et on le fit évéque. Quand il fut ordonné , il ne put pendant sept mois se résoudre à vivre au milieu de son troupeau ; il pensoit que
' Ep. GCCXXXT1. — Edit. BeDed.
' Ep. CCCXXXTII.
* Ep. ccc&xxviu.
^ Ep.ooGuir.
* SlH., Ep, LVII. — CV.
ÉTUDES
ia eliargt éM^ liiêCMiipatibte àveo it phihMophie ; il YOQloit 8'expatrier et paner en Grèee >. On lai laitia sa pldlosophie , et il resta à Ptolémalde.
Synésios avolt été disciple d*Hypatbla, à Alexandrie. Les lettres qu'il loi écrit sont ainsi soscrites : Au philasopke. Au philosophe Hypa^ thia*. Dfins unede ces lettres(et il étoit alors év6^ que), il l'appelle sa mère, sa sœur, sa maîtresse ^^ Il lui trouve une âme.tràs*divine^. Il félicite Herculien de lui avoir fait oonnoltre cette femme cattraordinaire qui révèle les mystères delà vraie philosophie K Ces relations paisibles s'entretenoient dansuncoindo monde, l'an 410 de J. C, Tannée même qui vit entrer Aiaric dans la ville étemelle. Cinq ans auparavant, les Macètes et d'autres peuples barbares avoient assiégé Gyrène \ La main de Dieu se montroit dans la nue; sous eetle main, les siècles, les empires, les monuments s'ahlmolent, et les hommes ponrsnivolent le cours ovdinairede leur destinée : en ce tempslà il y avoît beaucenp de vie , paroe qu'il y avoit fieancaup de mort.
Il n'est pas Jusqu'aux poètes dans les deux cuites qui ne gémissent de ne pouvoir chanter aux méipes foptaines et sur la même mqntagne. Au* sone, de la religion d'Homère, écrit à Paulin, de la religion du Christ : « Muses , divinités de la n Grèce, entendes cette prière, rendez un poêle « aux muses du Li^iiim 1 » Le poète de la croix répond : « Pourquoi rappelles-tu en ma faveur les « muses que j'ai répudiées? tJn plus grand Dieu « subjugue mon âme.... Sien ne t'arrachera de ma « mémoire.... Cette ime ne peut t'oublier, puis- « qu'elle ne peut mourir ?. »
Le temps , comme vous le voyex , avoit usé la violence des partis : les hommes supérieurs , le momeut de l'action passé, ne tardent pas à s'eu* tendre ; il est entre ces hommes une paix naturelle qu'on pourroit appeler la paix des talents, semblable à cette paix de Dieu qu'une religion oompiune établissoit entre les vaillants et les forts. Aussi, vers la fin du quatrième siècle et dans les deux siècles suivants , la tendance qqe les philosophes des deux religicm ont à se rapprocher est visilde : lii baiiie a disparu ; il ne reste que les
* Ep. XCT. — ad Olytnp.
■ Tfi 9iXoa»p<p. TiJ 9iXo<r6f(p YiroOtoc. Bp, xv, pag. 172; ep. X , pag. 170.
^ Miinp , xal iiù^ , xal ^BwwU, Ep, XYI , pa^. 173.
* Tijç OeoTÔTTj; ow 4^x^* ^P- *» P*S- '70.
* Ep. CXXXTI, pag. 372.
* Ep. ocxy. — ocxux.
' VUUHAU, Mél, hiêL 0< li<t, pig. IIS.
regrets. LescontentiontB^eiilsIsiitpIns^panii les chrétiens des dlKérentes sectes.
Néanmoins quelques caractères rigides, ii»truits aux rudes enseignements apostoliques, désapprouvoient ces ménagements : Ils oondsH' noient orateurs et poètes , et méprisoient la déii* catesse du langage. Saint Jérême confesse avec larmes son penchant pour lev auteurs proftinei; il expie d'avance par le JeAne, les veilles et lei prières, la lecture qu'il se prépare à iBdre de Qeé* ron et de Platon. Rufin accnse JérêBoed^nn erioM énorme : d'avoir occupé certains religievx di mont des Olives à copier lesdlaloguesdeCieéPop, et d'avoir, dans sa grotte de Bethléem, eipliqii Virgile à des enfonts chrétiens.
Les philosophes, après le règne de Juttn, avoient cessé de se distinguer de la foule par ks habits et les mœurs; mais la suite des doctrines et la succession des maîtres se prolongèrent bien au delà du règne de l'Apostat. Dans le ciDqnièrne et dans le sixième siècle , les chaires publiques à Athènes étolent encore occupées par des païens ■ : Syrannius M le prédécesseur de Proclus , qd transmit le doctorat à Marinus, converti do Judaïsme samaritain à rhellénlsme. Proehis étolt auteur d'un double commentaire sur Homère et sur Hésiode , de deux livres de théurgie, de qoatre livres sur la République de Platon , de dix fr vres sur les Oracles, de plusieurs autres traités, et de dix -huit Arguments contre les cbrétieDSt réftités par PhHoponus \ Marfnua nous a laissé la biographie de son maître : alors un saint éoiieil la vie d'un saint , un philosophe la vie d'un philosophe; ils se partageolent la glofare du ddetés la terre.
Marinus attribue à Procrus une verta samatiH relie de bienfaisance : il en apporte en preuve la guérison miraculeuse de la jeune Asclépigéaie, filled'ArchladesetdePlutarcha. liremarqoeqiie la maison de Proclus touchoit au temple d'Esoulape; car, dit-Il, Athènes étolt eneore m» heurenae poor conserver danssoB entier le teaipla du Sauveur. Platon étoit pauvre (c'est Ux^oass Marinus qui parle) ; il n'avoit qu'un jardin dans l'enceinte de T Académie^ et un revenu de la valeur de trois pièces d'or ; mais du temps de Pro-
' lontius donne le catatogae de la succession dei TphRosophct athéoiena, pag. 3oi et 302 ; /le Scripioribut hi»t,]fhiifi»' phica.
^ Suidâs. Lex», voce Propl, ; FabbiCi de pag. 80.
HISTOHIQUES.
IftS
Ifarimis Dou doDiie eaaore Tépoqne eertaiae èhptfte de la fameaie statue de Phidias, la Jhemda Fsrttéiioii : éekappée aax rairagas dçs U^^ëk Q'éelMinia point àeeox des etirétieas. ■ Wnenty dtt-ll, manifesta le grand attachement fMe «mit pour Praetus, ipumd la statue de uÊkékm^ qui Jusqu'akiA étoH resiée an Pav- Um, ftit enlevée par ceux fui iomokeni aux émifmnê dmnmBtpagéinÊiauehies. Quand teliîBcrfe eut étéehassée de son temple, une fmm d'âne beanlé esqnlse apparat en songe à M»; elle lui eommanda de parer ses foyers, nlÉdiml : < Minerve vent habiter et dormir •Milol*.»
MiùMi date I|i bmhA de Proeins de riml 24 à laide odle de Julien ^ : e'étoit une ère à Vuspèft legrets al de la leeonnoissance philo- ■piqsei. Les dirétiens eoœptoient ainsi de Npoqoe des martyrs.
Itmlard eneore , vecs Fan 660 , noua trouvons BmiMtole stniden, lié d'amitié avec Sin^ii* cm et Ealsnius. L'aventure de ces derniers phihiiplM dn monde romain m^ite d'être ra-
Auttfldas de Syrie , SImpiicius de Cillde , EniMdePkrygia, ErmiasetBiogènedePhmnieie, UuideOaaa, aoeablés du triomphe de la croix, iMniit de s'expatrier et d'aller vivre ohea les Bam. Airivés dans la contrée des mages, ils (nwèRBtqae le rqi n'étolt pas un philosophe, IM hi nobles étoient pleins d'orgueil , que le peu- |b,méetvoleur^nevalolt pas mieux que le peuiknttala. Ils ftuent surtout révoltés du spectacle 'ibpoljgnnle, in^issante même à prévenir raioltère : ils se repentirent et désirèrent rentrer telaarpajs. Chosroes, quinégoeioit alors un Méifeelaesnrde Gonstantiuople, y fltgénéinstoer une elanse en faveur de ses
' PiOT. , Cod. ocxLfi » pa^ lOM ; Pamasc., m Fiu Uidor.
* Iiim^ m Ftt. Proeli, cap. nxi, pag. 62. Noos devons à ^lihMMSe DM aœllcnte édition de la Vie dp Procliu liiliriBai, pi da commeotalre iDédit de Procliu sur le Calrle.
ijf*"^ "^t P*r ctpfprt à l^istofane de Tart, ot ponage a ^"■^fté remarqué. Il m*avoit échappé dans mon mémoire ar nMliie d« Sparte et 4*AtfièDes, dans iMntroductloo à rifia^aire de Parié à Jéruialem. M. Quatremëre de Quincy •*f cite point dans son Jupiter Olympien. !1 y avolt deux *^4eMlBcrTC à Atltèoei da la main de Pliidias : oelle jMleWelie; die éloU de bronze, et Ton apercevoit Tal- W» «fc 100 casque du cap Sunlum : celle du Parthénon ; JV^ A\w d fimm> MaiiBut pacte évléemipent de te
' làw. , te Fîi. f»wls, op. uxvi , pig. 78.
hètes : on ne les inquiéta pointa leur retour, et il# jouirent en paix à leurs ibyers de la liberté de eonseienee '.
Dans cette agonie d'une société prête à passer, l'assimilaHon^ de langage, d*ldées et de mœurs, étoit presque oomplèle entre les hommes supé« rienrs des deux religions } mêmes principes de morale, mêmes eipressions de scMy de ^nioa divine; mêmes invocations au Dieu unique, éter<nel, au Dieu Sauveur. Quand on lit S]^ésius et Marinus, Fulgeneeet Damaadus, et les autrea éerivains religieux et moraux de cette époque, on aurait peine à déterminer la eroyanoe à laqudle ils appartiennent, si les uns ne s'appuyoient de rautorité homérique, les autres de Tautorité biblique.
BoéoedansVOoeidttif , SImplielusdansrOrient, terminèrent cette série des beaux génies qui s^étoient placés entre le eiel et la terre : ils vhrent en* trer la siditudedans les écoles où le ehrietianisme avait été nourri , et dont il ehassa l'auditolrs ; ils fennàrent avec honneur les portes du Lycée et de l'Académie des sages. Justinien supprima les éoo* les d'Athènes quarante*quatreans après la mort de Produs '. Boeee, chrétien et persécuté , étoit un philosophe; Simpllcius, philosophe eC heureux, avdt leearaotèredun chrétien. O Seigneur « (dit-il dans la prière qui termine son commen- « taire de r^fieAtmli'on d'ÉpIctète); «OSdgneur, « père , auteur et guide de notre raison , permets <c que nous n'oubliions Jamais Ui dignité dont tu • décoras notre naturel Fais que nous agissions « comme des êtres libres; que purifiés de toutes ^ passions déréglées nous saeUens, si elles s'élè- « vent , les combattre et les gouverner l Guidé par 9. la lumière de latérite , que notre Jugement nous « attache aux choses véritablement bonnes I Je te « supplie, 6 mon Sauveub ! de dissiper les ténè* « bres qui couvrent les yeux de nés Ames , afin « que nous puissions , comme le dit Homère , dls- « tinguer et Thomme et Dieu. »
Boëce enfermé dans un cachot à Ticinum (Pavie) se plaint du changement de sa tortuneet des malheurs de sa vieillesse : les Muses Penvironnent dans des vêtements de deuil. Tout à coup une femme majestueuse se montre à lui ; ses regards sont perçants, ses couleurs brillantes. Bile est jeune , et pourtant on voit que sa naissance a pré^
> Aaatbiai, lih. n, p. e9 et Mq.{ Sduias» vooenpfoSBK;
Brdoier, Hi»L criL iê iaphilotoph,, tom. ii, pag. tf I. » loAa. M4TT. I tom. a, pag. is7; Auniif. , pas* les.
ÉTIIOES
cédé celle des hommes du siècle : tantôt elle ne paroitpas s'élever ao-dessusde la taillecommane, tantôt son front touche aux nues , et se cache aux regards des mortels. Un tissu d'une matière incorruptible forme sa robe; l'éclat de cette robe est légèrement adouci par une espèce de teinte semblableàcelleque le temps répand sur les vienx tableaux. Cette femme tient un livre dans sa main droite, un sceptre danssamain gauche. Dès qu'elle aperçoit les Muses dictant des vers à la douleur de Boece , elle chasse ces courtisanes , qui , loin de fermer les blessures, les tiennent ouvertes avec un poison subtil. Ensuite elle s'assied sur le lit du prisonnier et lui adresse ces paroles : « Est-ce donc « toi que J'ai nourri de mon lait, que J'ai élevé avec « un si tendre soin? toi dont j'avois fortifié l'es- « prit et le cœur, tu te serois laissé vaincre à l'ad- « versité ! Me reconnols-tu ? Tu gardes le silence 1 » La divinité essuie avec un pan de sa robe les larmes qui roulent dans les yeux de Boëoe : aussitôt il reconnoit la mère féconde des vertus , son amie céleste, la Philosophie. Elle donne ses dernières leçons à son élève ; elle lui répète que le souverain bien ne se trouve qu'en Dieu , et comme Simplicius, la Philosophie, ou plutôt Boece, s'écrie: « Être infini I source de tous les biens lOOieu Sau- « veur ! élevez nos âmes jusqu'au séjour que vous « habitez! répandez sur nous cette lumière qui « seule peut donner À nos yeux la force de vous « contempler ! »
Y a-t il rien de plus beau et en même temps de plus semblable que ces derniers accents de Simplicius et de Boëce? A cette époque le christianismeétoit philosophique ;*il rétrograda ; il devint monacal par l'ignorance et les malheurs répandus sur la terre : c'est précisément ce qui fit sa force. Le temps de la barbarie couya les germes de la société moderne, et son incubation fut d'une énergie prodigieuse. Le christianisme , pliilosophique trop tôt à la suite d'une vieille civilisation qui n'étoit pas née de lui, se seroit épuisé; il falloit qu'il traversât des siècles de ténèbres , qu'il fût lui-même l'auteur de la civilisation nouvelle , pour arriver À sonâge philosophique na/t«i^/, âge qu'il atteint aujourd'hui.
Entre Platon et saint Augustin , entre Socrate et Boece, s'accomplit une des grandes périodes de l'histoire de l'esprit humain. Les maîtres de la sapience païenne remirent , en se retirant , le style et les tablettes aux maitres de la science é vangéliqué. Le principe de la philosophie ne périt point,
parce qu'aucun principe ne se détndt, pareequ la philosophie est à la fois la langue de l'esprit, et la haute région où l'âme habite à partde son enveloppe. La théologie s'assit sur les bancs qm la philosophie abandonnoit, et la continua. Les systèmes d'Aristote et de Platon , la forme etri> dée, divisèrent toujours les intelligences, jusqu'au temps où les ouvrages du Stagyrite, rapportés à l'Europe par les Arabes, renouvelèreiit la doctrine des pérlpatétieiens et enfantèrent la seolastique. La branche gourmande du ebristia» nisme, l'hérésie, qui ne cessa de pousser vm vigueur, reproduisit de son côté le fruit philosophique dont le germe l'avoit fait naître.
En lisant le récit de la spoliation des templa sous le règne de Théodose , vous aurez cm asoi* terà la destruction des églises, perpétrée de noi jours. Mais l'écroulement de nos églises n'a point amené la chute de la religion du Christ, tandii que la religion de Jupiter, rainée d'ailleors, disparut avec ses temples. La vérité ne tient pointa une pierre, elle subsiste indépendamment d'un autel : l'erreur ne peut vivre si elle n'est enfoncée dans les ténèbres d'un sanctuaire. Le christianisme, au temps de Théodose et de ses fils, sa trouvoit prêt à remplacer le paganisme : le christianisme n'a point d*héritîer dans notre siècle, la philosophie humaine qui se préaenterolt pour succéder à la foi , ainsi qu'elle s'oâSrit pour tenir Usa de l'idolâtrie, qu'auroit-elleà nous donner? Une théurgie? Qui l'admettroit? Et cette théoi^ qœ cacheroit-elle sous ses voiles, sinon ces mêmes vérités de l'essence divine , que les ensdgnemenis publics de l'Église ont mises à la portée du vulgaire? Les mystères des initiations sont révélés i ta foule dans le symbole que répète aujourd'hui l'enfont du peuple.
Si l'on imaginoit d'établir autre disse que les vérités reçues de la fol, le panthéisme, pir exemple, le pourroit-on? Le christianisme est la synthèse de l'idée religieuse; il en a réuni les rayons : la panthéisme est l'analyse de la même idée; il en disperse les éléments. Chacun aurat-ll à ses foyers une petite fraction de la vérité divine, dont il se fera un Dieu pour sa eonsommation particulière? Les pénates, les fétiches, les manitous, les énones, les génies, ressusciteroient-ils? L'idolâtrie reviendroit-elle encore une fois par cette route fausser la société? Y auroit-il autant d'autels que de £amilles?autant de prêtres, de cérémonies ) de rites> que d'iaiaginatious pour
RISTOBtQVES.
kl iiivaitcr} La plaralité âes rèHglODS privées leaptoceroit-elle Tonité de la religion publique? inoit-diele même effet sur l'hoiiiiiie?Qiiel chaos fit k mouvement et rexercice de ces cultes tafinis et divers ! Toutes les bizarreries , tous les désordres d*esprit et de mœurs qui ont dé- CRdité les sectes philosophiques et les hérésies, lerivroient; toutes les aberrations sur la nature à Dieu renaitfoient. Qu*est-il, ce Dieu? est-il âenel? a-t-il créé la matière? existe-ii à part nprès d'elle? est-il une source d'où sortent et où RDtreot les intelligences? La matière même oiste-t-elle? L'univers est-il en nous? hors de VNH? Qu'est-ce que l'esprit? effet ou cause? IratHB jusqu'à supposer, dans uu nouveau système, ^ Hm n'est pas encore complet , qu'il se forme dsqœ Jour par la réunion des âmes dégagées fe corps; de sorte que ce ne seroit plus Dieu fâioroit formé l'homme, mais les hommes qui lereieQt les créateurs de Dieu? Et comment rêvétiro-Yous d'une forme sacrée pour remplacer la i)nQe chrétienne , ces allégories, ces mythes, ces ièrenes,ces vapeurs des esprits défectueux, né- Inlnix et vagues, qui cherchent la religion et fBin'en veulent pas? Le mysticisme , l'éclectisme « le choix des vérités dans chaque système , fenvent-ils devenir un culte? ces vérités sont-elles éridentes , et tous les esprits consentent-ils aux nêmes abstractions métaphysiques?
Enfin tout système philosophique, en s'implantmt dans les ruines du christianisme , ne trouvent pins pour véhicule populaire le moyen qui se KMontra autrefois : la prédication de la morale universelle. L'Évangile eut à dévelq>per ces paads principes de liberté et d'égalité qui, con- Nsdequelques génies privilégiés, étoient ignorés fa nations et combattus par les lois. Aujourd'hui PoQTrage est accompli : la philosophie peut recoDunander une réforme , mais elle n'a aucun enttignement nouveau à propager. Comment alors , te la ressource d'une morale à établir, déterl>inere^vous les hommes à changer les mystères ^itrétiens conti*e d'autres mystères, aussi difflcib à comprendre?
Q» choses étant impossibles, on n'aperçoit fÉelIenient derrière le christianisme que la so- *l* matérielle; société bien ordonnée, bien ré- ^j jusqu'à un certain point exempte de crimes , ^is aussi, bien bornée, bien enfantine, bien '''wwcrHe aux sens polis et hébétés. Lorsque ^ la sodété matérielle on pousseroit les décou*
vertes physiques et les inventions de^ machines Jusqu^aux miracles, cela ne produiroit que le genre de perfectionnement dont la machine même est susceptible. L'homme, privé de ses facultés divines, est indigent et triste; il perd la plus riche moitié de son être : borné à son corps , qu'il ne peut ni rajeunir ni faire vivre, il se dégrade dans l'échelle de l'intelligence. Nous deviendrions, par l'absence de religion, des espèces d'Indiens ou de Chinois. La Chine et l'Inde, l'une par le matérialisme , l'autre par une philosophie pétrifiée, sont de véritables nations-momies : assises depuis des milliers de siècles , elles ont perdu Tu* sage du mouvement et la faculté de progression , semblables à ces idoles muettes et accroupies, à CCS sphinx couchés et silencieux qui gardent en« core le désert dans la Thébaîde.
Religieusement parlant , on est obligé de conclure de ces investigations impartiales, qu'il n'y a rien après le christianisme.
Mais si le christianisme tombe comme toute institution que l'homme a touchée , et à laquelle il a communiqué la défaillance de sa nature; si le temps de cette religion est accompli, qu'y faire? Le mal est sans remède. Je ne le pense pas. Le christianisme intellectuel, philosophique et moral , a ses racines dans le ciel, et ne peut périr ; quant à ses relations avec la terre , il n'attend pour se renouveler qu'un grand géoie. On aperçoit très-bien aii^ourd'hui la possibilité de la fusion des diverses sectes dans l'unité catholique, mais la première condition pour arriver à la recomposition de l'unité, c'est l'affranchissement complet des cultes. Tant que la religion catholique sera une religion soldée, dépendante de l'autorité politique et de la forme variable des gouvernements; tant qu'elle continuera d'être gênée dans ses mouvements, entravée dans ses assemblées particulières et générales , contaminée dans ses chaires et ses écoles par l'argent du fisc; en un mot , tant qu'elle ne retournera pas au pied et à la libeTié de la croix, elle languira dégénérée.
Le tableau de la chute du polythéisme et de la destruction des écoles plûlosophiques aurolt été mal aperça , s'il s etoit déroulé lentement dans l'ordre chronologique du récit :. le triomphe complet de la religion chrétienne , sous le règne de Théodose, indiquoit la place où ce tableau devoH être exposé. Reprenons la suite des faits politiques et militaires.
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ÉTIÎDÊ QUATRIÈME.