‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 16 sur 228 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

I^AftOADti ET HONOR1U8 A THÉODOSB H ET YALENTUIlEEf lU.

* Théoddse ne surrécQt que trois mois à sa victoire sur Eugène : il mourut ft Milan ; son corps Alt transporté à Constantinople. Il laissa deux fils , Arcade et Honorlus. Arcade avoit été déclaré auguste par son père , la cinquième année au tègne de ce dernier. Honorius ftit revêtu de la même dignité après la mort de Valentinien II, et lorsque Théodose se préparolt à marcher contre Eugène. Arcade hérita de l'empire d^Orient, Bonorius de celui d'Occident; Arcade s'ensevelit dans le palais dé Constantinople , Honorius dans les murs deBavenne. Arcade étoit petit, mal fhit, laid , noir et béte ; il avoit les yeux à flchai-endormis, comme un serpent*; Honorius étolt fainéant et léger ■. Rufln sa chargea de tromt)er et d'avilir les deux empereurs ; Stilicon , de les trahir et de les défendre. Arcade subissoit le Joug des eunuques et de sa femme ; Honorius éleyM une poule appelée Rome , et Alaric prenoit la cité de Romulus.

Rufln fut le ministre d'Arcade, comme Stilicon le ministre d'Honorius. Originaire d'Éause, dans les Gaules, Rufln avoit obtenu sous Théodose, qui le fkvorisà trop , les charges de grand maître du palais, de consul 'et de préfet du prétoire. Il ertaceusé d'amMtion, de perfldie, de cruauté, et surtout d'avarice par Claudien, Suidas, Zosime, Orose, saint Jérôme etSymitiaque \ lequel louant tout le monie ne louoit persontie , ainsi qu'on l'a temarqué.

Oéelaîé préltet d'Orient , aspirant secrètement & l'emptre, Riffln avoit unefllie qu'il prétendolt donner en mariage à Arcade. Eutrope l'eunuque déjoua œ projet , et Arcade mit dans le lit impérial fiadoiLle, fameuse par ses démêlés avec saint Jean GhrysostAme; elle étoit fille de RaUton,

* McADE, Honorius. emp. Siricics, AnAfiTiSE I«, UmoefiTT !•% papa. An de I. C. a©ft.408.

' Pmu»T.,i5««<.«?c/.,lU).xi.ciip.in;Pa«3».»«lif^ef.

PerïïC., nb. I, cap. II. 9 ^•^

ux!!"^^^** '* ^*'' ^«wrfal., Ub. I. cap. n; Phot., cap. 3 jn R^f sum. , pog. «90; ZosiM., Mb. v; Oaos., pag. 221 :

vaillafit ehèf àrtak, devenu comte et général ri main.

Stilicon gouvemoit TOccident sous Honorius; c'étolt uu grand capitaine de race vandale \ H avoit épousé Serène, nièce de Théodose. Cette aitianee enfloit le cœur du demi-barbare ■ ; il prétendolt que sob onde Théodose lui avoit laissé H tutelle de ses deux flis , et ne supportoit qu'avec impatience Fautdrité dont Rufln Jouissoil en Orient.

Celui-ci , trompédans ses projets par lemariage d'Eudokie, craignant les entreprises de Stilicon qui levoit des soldats , déchaîna les Barbares snr l'empire ; 11 Invita les Huns à se précipiter sur l'Asie , et il livra PEurope aux Goths '. Ces de^ niers étoient commandés par Alaric.

Alaric étolt né dans l'île de Peucé , à l'embouchure du Danube , au sein même de la Barbarie. Claudien appelle poétiquement le Danube le dieu paternel d'Alaric. Cet homme, un des cinq ou six hommes millénaires ou fastiques, n'étoitpai de la famille AesAmales, la première de la nation des Goths,mais de la seconde, lafamiiledesBo/thés. Son Courage lui avoit fait donner parmi ses compatriotes le surnom de Balt, qui signifie lè hardi ou le vaillant.

Tout jeune encore, Alaric avoitpasséleDanube en -876 avec les Visigoths, lorsqu'ils ftjyoîent devant les Huns. Il s'étoit trouvé aux combats qui précédèrent et amenèrent la défaite et la mort de Valens *. Il flt la paix avec Théodose , et le suivit en qualité d'allié dans l'expédition contre Eugène.

Rufln alla déterrer, pour venger saquerelle domestique , l'homme que Dieu avoit destiné pour, venger la querelle du monde. Afln que le Goth ne rencontrât aucun obstacle , le favori d'Arcade plaça deux traîtres, Antioque et Géronce, l'un à la garde des Thermopyles, l'autre à celle de risthme dé Corinthe * : ces deux portiers de la Grèce la dévoient ouvrir aux Barbares.

Alaric, feignant donc quelque mécontentement de la cour d'Arcade , marauda tout le pays entre la mer Adriatique et le Pont-Euxln. Les Goths promenoient avec eux quelques troupes de âunsqui, l'hiver d'antan, a voient passé I9

> OMS. , m», vm , ixp. uivn.

^ Hier., ep. XXI.

» W. , ep. III . XXX , XX, pag. 783. .

« Glaud. , <lf Sfarf. /ro». cofMti/., p«C. i 17 ; M., A Mf . M»

pag. i70;SYHM.,Ub.iiiJoMÂia>.,«Mi.xiv,M.S»* •Z(M.,pae.78».

mSIOBIQUES.

IM

kiikear ii gtoee. Lés Batbàres bstliièrent |itffKMi ks mm de GoDsUntinople , d'où Rufin Nttit en habit goth pour parlementer avec eux ^ SSHeaa j sous prétexte de secourir l'Orient , se rilmnaieheavee Tarmée que Thésdose atott

^■^kai^ft ^mméAmb ^BMM^mA

i^BySSbuinfv UUgeiW*

Alon arrive on ordre d'Arcade, qui rede«wmk à Stilioon Tamiée de Théodose , et loi délai de psMsr outre de sa personne : StlHéon Mt: il remet le eonunandemeat de rarinée à ddais, o^taine goth qui servi^t sous loi , et le tege teerètement de tuer Rufln; entreprise tel laquelle 11 ne manqua pas d*étre assisté par l>Mqae Eutrope *.

Ubseflattolt d'être prodamé empereur par btMflts qui lui apportoient une autre pourpre ; lihiwe Arcade ao^evant d'eux : Qalnas le fit «Mpper , et tout aussîMt massacrer aux pieds fMe.Satéte , détachée de son corps, fùtpor^ kiOmstantinople au bout d'une pique , et pro- Mtpar les njws ; sa main droite coupée accom- (■SMitsa télé ; on présentoit cette main de porte n perte K Un caillon introduit dans fai bouche du iHillitenoit ouTcrte , et les lèvres entre-btillées Mal eeusées demander l'iaumône que la main ^ ttadeft ; satire populaire d'une effrayante éuer- P esalre l'^exactlan et le pouvoir. On ne gagna ftendiangemenf du ministre : Eutrope prit la |hR de Rufln.

AlMfe et ses Ooths , n'ayant plus rien à piller ^ lenabattre, passèrent lé défilé des Thermo- Iffcs, fri n'étoit défendu que par le tombeau de iMdai. Bes pâtres avoient enseigné aux Perses kttaUerde la montagne; des robes noires (ce f<,dBDB le laligage d'Eunape , signifie des moi- ^)kdéeoutrireiit wàA GoUis K Quel prodigieux

»OAca.,iiiJN/.,pM.îi.

' ^ P(kK-786; Philost., llb. n, cap. m.

IMi I GalDe tessera sbniH tinivenl Rufinom clrcumda- ^lUKi fcrinit Et fafe qoldem el ftexteran adtmrt»at, * BinB altoram proddebat Allât a oervioe revulio capneeddiai coatoetos Tletorls Poana» aoclneoi... et mal^e^aiMqne per arbOB dnangeatarait et ab ooeurreû' ■«ftkmillauttablUpecaniaffldaren(.(Zoa.,i!<^^f Ub. v,

J** ^ékm ctian fmperaUirieflB oomen ad aelfraia

2^owii arts atudebat UlUtes, in looo qui Tribunal

Zï jÎ.'^"^ Impftralorifl pedes Riadib oontrucidanint

Zï 4Û0 H qui mOHimi deleiÂom agebant, purpurkm 2**B«dalvf étant (P«IjO01okg., HùL teci,, Ub. ix,

l^Bina qaoni Eofliio capot amputasMnt, lapidem ^^^"Mlutiunt : haiteqae infixam dreamferentesqaa- ||V^^ dtotttiieie espérant. Dextram quoque ejusdem L'y* eatantci, per singulas offldnas urbfs circunitd- ?|^vc addeotaa : Date itSpem InsatiaMU. HagnaoMtue ^^ aaliaaiodl poitalattone ooliegernnt. (Id. , ibid.)

''^t «■V ^f Vag. fS| <» ^«a PAN0MP*.

chhngenenf daAs les temps I QneUa ré^utton parmi les hommes I

Les murailles de Thèbes la protégèrent ' ; les souvenirs de cette ville tenoient d'OEdipe , patsoient par Épaminondas et Aleaandre. Alaric épargna Athènes , qui n'étoit plus qu'une iniiversite) moins fameuse par sa philosophie que par son miel '. Il accepta un repas et se baigna dans là dté de Périclès et d'Aspasie pour montrer qu'il n'étoit pas étrangère la civliisation^. Mais l'Attiqtte lût livrée aux flamaoes. On voit oieore aujourd'hui cette Athènes qui ressemble, comme elle ressembloit au temps des Goths, à la peau ^de et sanglante d'une victime dont la chair avoit été <rfferte en sacrifice ^. On affirmoit que Minerve Avoit remué sa lance , .que l'ombre d'Aehiito avoit effrayé Alaric. ^ Des esprits débilités par des fa« iiles sont t>ien petits dans lés réalités des empires: la Grèce , conservée et comme embaumée dane ^ flctiotts ) opposolt puérilement les mensonges dtf passé aux terribles vérités du présent .

Alaric continua sa mardie vers le Péloponèse | Gérés périt à Eleusis avec ses mystères ; ^ualeurs plillosophes moururent de douleor, ou par l'épéa des fiariNuneS) entre antres Protaire , Hilaiee et PriscuS) si diéri de Julien ^ Gorinthe, Aiigos et Sparte virent leur gloire foulée au pieds. Alon périt aussi peut-être ee Jupiter Olympien qui n'fr voit d'immortel que sa statue. Malheureusement Il étoit d'or et d'ivoire ; s'il eAt été de maribre , quelque espoir resterolt de le rstrouver sous les imissons de l'Éllde, à moins que la pensée broyée de Phidias ne fùi devenue ht chaux d'une eahutls ou d'un minaret»

Stilicon débarque avec une armée sur les oAtis de la Grèce ; il enferme Alaric dans le mont Pholoê, et le laisse oMuHe échapper ?. Sorti du Pélo* ponèse, Alaric, par un soudain changeaient dé fortune , est déclaré maître général de i'Illyrie orientale, au nom de l'empereur Arcade* Gi prince prétendoit qu'Honorius n'avolt pas eu le droit de le secourir, parce que la Grèoe étoit du

' Zoa. , pag. TA.

* Athens vero quondam ciTitai fuit , sapleotum domidlium , nunc eam mellatores oelebnnt : quibns pata nlùd aapfentoffl plutarcheonun a^Jloe , qui non oralloMuii luaruin fania Jnrenea in theatris congregant , aed melUs ex Hymeté anphoiia. (STiini. , «;»•<. cxxxv/atfy^vlmn, pag. S7S.)

• ao«. , pas. 781.

* IflhU enim Jam Athen» splendldum habmt , pnster celé» borrima loooraaa nomtna. Ac veHit ex hoeUa conramptatoia pellis superest animaiis, quodolln aliqoando ftieratlad|(> chmi. (STNia., orfywilrviiiy ep, cxxxv, pag. t7S.)

»Zm., pag. 784.

• EuNAP., cap. Yi, pag. tê-H* ) ZOS.J pag. 781. .

ÉTUDES

ressort de Tempire d*0ri6Dt < : Arcade ne vonloit rien perdre de la légitimité de sa couardise. Il crut gagner Alaric en l'investissant du coromandement d'une proTinee, et ne fit que le rendre plus redoutable. Une étemelle Justice punit la lâcheté : Alaric yeuoit d'égorger les fils; on lui donna la puissance sur les pères : on ne règne point par de pareils moyens.

Les Goths déclarent Alaric roi , sous le nom de roi des VIsigotfas : ils envaliissent ritalie, la pre* mière année même de ce cinquième siècle, fomeux par la destruction de l'empire d'Occident et la fondation des royaumes l)arbare8. Stilicon rassemble une armée; Alaric se retire; Honorius va triompher à Rome. Jo ne vous parle de ce ri* dicule triomphe qu'afin de rappeler le yérital>le triomphateur; c'étoit un moine qui portoit un nom voué à l'immortalité : Télémaque , sorti tout exprès de sa solitude de l'Orient , étoit venu à Rome sans autre autorité que celle de son froc, pour accomplir ce que les lois de Constantin n'avoient pu foire. Il se Jette dans l'amphithéâtre au milieu des gladiateurs , et s'efforce de les séparer avec ses mains pacifiques. Les spectateurs, enivrés de i'esprlt du meurtre, le massacrèrent*; vrai martyr de l'humanité, il racheta de sou sang le sang répandu au spectacle de la mort. De ce Jour, les comluits des gladiateurs furent définitivement alMilis.

Stilicon, dont Honorius épousa successivement les deux filles, a voit traité avec les FrankLS aux bords du Rhin. Marcomir et Sunnon, frères, régnoient sur ces peuples. L'un fut i)anni en Tos« cane, l'autre tué par ses compatriotes. On veut que Marcomir ait été père de Pharamond \

Saint Ambroise étoit mort dès l'année 397, Stilicon regarda sa mort comme la ruine de ritalie^

Guidon se révolta en Afrique , et fût défait par son frère Mareezei. <« L'inceititude des choses de ce siècie est si grande, écrivoit alors saint Augustin ; on voit si souvent tomber les princes de la terre , que ceux qui mettent en eux leurs espé-

I CuvD. » de BelL Gei,

' Telemaohtts, mooasUc» vite deditas. Hic ab OrleoUs portibus prof«clas,fJuM|ue rei causa Romam ingressiu... Ipse quoque in amphllheatram venlt El in arenam descendens, gladiatores qui inter se pugnabant oompescere oonabatur. Sed cruents c«dia apectaloret eum »gre fereolas, et daernonis qui eo sanguine obl<>ctal)atur fororem animis suis poncipienles, pacis autorem lapidibus obruerunt. .(Tueod. epiacop. ; Cyri eccL Hi9t, , lib. v, cap. XXYI, pag. 33*. PariiUs, 1073.)

* Adrian. ; VAt. rer, Pr,, ]jh* lu.

« AXBB., f^^t P., cap. XLT.

rances y tlonvent leur ruine '. » MaftWEd fiit J« dans une rivière près de Milan, par ordre de& licon jaloux.

Les Scots et les Pietés ravagèrent l Angleterr

Alaric, sorti d'Italie , y rentre vers la fia de Yi

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