‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 150 sur 228 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Histoire du polythéisme , depuis son oriaioe jusqu'à son )>lu8

haut point de grandeur.

Il est un Dieu. Les herbes de la vallée et les cèdres du Liban le bénissent, Tinsecte bruît ses louanges , et l'éléphant le salue au lever du soleil ; les oiseaux le chantent dans le feuillage, le vent le murmure dans les forêts, la foudre tonne sa puissance, et l'Océan déclare son immensité; l'homme seul a dit : Il n*y a point de Dieu.

Il n'adonc Jamais, celui-là, dans ses hifortunes, levé les yeux vers le ciel? Ses regards n'ont donc jamais erré dans ces régions étoilées , où les mondes furent semés comme des sables? Pour moi , j'ai vu , et c'en est assez , j'ai vu le soleil suspendu aux portes du couchant dans des draperies de pourpre et dor. La lune, à l'horizon opposé, montoit comme une lampe d'argent dans l'orient d'azur. Les deux astres méloient au zénith leurs teintes de céruse et de carmin. La mer multiplioit la scène orientale en girandoles de dia^ mants, et rouloit la pompe de l'Occident en vagues de roses. Les flots calmés, mollement eur chaînés l'un à l'autre, expiroient tour à tour h mes pieds sur la rive, et les premiers silences de la nuit et les derniers murmures du Jour luttoient sur les coteaux , au bord des fleuves , dans les bois et dans les vallées ^

0 toi que Je ne connois point ! toi , dont J'ignore et le nom et la demeure , invisible Architecte de cet univers, qui m'as donné un instinct pour te sentir , et refusé une raison pour te comprendre, ne serois-tu qu'un être imaginaire, que le songe doré de Tinfortune ? Mon âme se dissoudra-t-elle avec le reste de ma poussière? Le tombeau est-il

* ITai-je pas Tair d'un homme qui se sent au moment de commettre une grande faute , et qui cherche à la justifier d*aTance,^en Toolant la faire passer pour une action méritoire ? Quel droit avois-je d'invoquer la religion , la philosophie, la vertu , lorsque j'allois , de la main la plus téméraire , essayer d'ébranler les bases de Tordre social ? Et pourtant U est vrai que , dans ces mêmes pages , je repousse avec horreur Tathéisme , et que , dans mes raisonnements , non sans vue , s*ils sont sans prudence , j'annonce le renouvellement de h face de V Europe, CN. ÉD. )

^ Xai repris ces images et ces descriptions pour le Gé» nie du Christianisme, où on les retrouve plus pures et plus correctes. (N. Éo.)

REVOLUTIONS ANCIENNES

un abtme sans Issue, mi le portique d'un autre monde? N'est-ce que par une cruelle pitié que ia nature a placé dans le cœur de l'homme l'espérance d'une meilleure vie à côté des misèi'es humaines? Pardonne à ma foiblesse , Père des miséricerdesl nos Je nedoutepointdeton existence; et soit que tu m'aies destiné une carrière immortelle , soit que Je doive seulement passer et mourir , J'adore tes décrets en silence , et ton insecte confesse ta Divinité *.

Lorsque l'homme sauvage , errant au milieu des déserts , eut satisfait aux premiers besoins de la vie, il sentit Je ne sais quel autre besoin dans son cœur. La chute d'une onde, la susurration du vent solitaire, toute cette musique qui s'exhale de la nature , et qui fait qu'on s'imagine entendre les germes sourdre dans la terre, et les feuilles croître et se développer, lui parut tenir à cette cause cachée. Le hasard lia ces effets locaux à quelques circonstances heureusesou malheureuses de ses chasses; des positions relatives d'un objet ou d'une couleur le frappèrent aussi en même temps : de là le Manitou du Canadien , et le Fétiche du Nègre , la première de toutes les religions.

Cet élément du culte, une fois développé, ouvrit la vaste carrière des superstitions humaines. Les affections du cœur se changèrent bientôt dans les plus aimables des dieux ; et le Sauvage en élevant le mont du tombeau à son ami, la mère en rendante la terre son petit enfant, vinrent, cha-. que année à la chute des feuilles de l'automne , le premier répandre des larmes , laseconde épancher son lait sur le gaison sacré. Tous les deux crurent que ce qu'ils avoient tant aimé ne pouvoit être Insensible à leur souvenir ; ils ne purent concevoir que ces absents si regrettés , toujours vivants dans leurs pensées, eussent entièrement cessé d'être; qu'ils ne se réuniroient Jamais à cette autre moitié d'eux-mêmes. Ce fut sans doute P Amitié en pleurs sur un monument qui imagina le dogme de l'iminortalité de l'âme et la religion des tombeaux**.

' Au commencement de ce paragraphe, je doute de Texistence de Dieu; quelques lignes plus bas je n'en doute plus, et j'arrive enfin à ra*arranger d*avoir une âme ou de n'en |ioint avoir, tout cela par soumission aux décrets de ia Divinité. Mon respect pour Dieu est si grand , que je consens à me faire matérialiste : quel excellent déisle ! et comme tout est logique et concluant dans cette philosophie

liile collège !

Ici ma besogne 6*abrége, et ma réfutation est faite par moi-même depuis longtemps : c*est surtout contre cette dernière partie de V Essai que j'ai écrit le Génie du Christianisme, (N. ÉD.)

i> Void à peu près le même texte purgé du piiilosopliis*

Cependant l'homme , sorti de ses finrèts , s'étoit 'associé à ses semblables. Des citoyens laborieux , secondés par des chances particulières, trouvèrent les premiers rudiments des arts, et lareconnoissance des peuples les plaça au rang des divinités. Leurs noms, prononcés par différentes nations , s'altérèrent dans des idiomes étrangers. De là le Thoth des Phœniciens, l'Hermès des Égyptiens, et le Mercure des Grecs*. Des législateurs fameux par leur sagesse, des guerriers redoutés par leur valeur, Jupiter, MInos, Mars, montèrent dans l'Olympe. Les passions des honmies se multipliant avec les arts sociaux , chacun déifia sa foiblesse , ses vertus ou ses vices : le voluptueux sacrifia à Vénus ; le philosophe , à Minerve ; le tyran , aux déités infernales »: D'une autre part , quelques génies favorisi» du ciel , quelques âmes sensibles aux attraits de la nature, un Orphée ,un Homère, augmentèrent les habitants de rimmortel séjour. Sous leurs pinceaux, les accidents de la nature se transformèrent en esprits célestes : la Dryade se Joua dans le cristal des fontaines; les Heures, au vol rapide, ouvrirent les portes du jour; TAqrore rougit ses doigts, et cueillit ses pleurs sar les feuilles de-roses humectées de la fratchenr du matin ; Apollon monta sur son char de flammes; Zéphyr, à son aspect, se réftigia dans les bois; Téthys rentra dans ses palais humides ^; et Vénus, qui cherche l'ombre et le mystère , enlaçant de sa ceinture le beau chasseur Adonis^, se retira, avec lui et les Grâces, dans l'épaisseur des forêts.

Des hommes adroits , s'apercevant de ce penchant de la nature humaine à la superstition, en profitèrent. Il s'éleva des sectes sacerdotales, dont l'intérêt ftit d'épaissir le voile de l'erreur, te philosophes se servirent de ces Idées des peuples pour sanctifier de bonnes lois par le sceau de la religion^; et le poljihéisme, rendu sacré par le temps, embelli du charme de la poésie et de la pompe des fêtes , favorisé par les passions du cœur

me : « Les derniers devoirs qa*on rend ans honnei if « roient bien tristes , 8*Us étoient dépouiUés des signes « de ia religion. La religion a pris naissance aox torobeam; « et les tombeaux ne peuvent se passer d'elle : il estbeaa « que le cri de Tespérancc s'élève du fond du cercueil, et n que le prêtre du Dieu vivant escorte au monument la ^ cendre de Thomme; c'est en quelque sorte l'immortalité « qui marcbe à la tête de la mort. • ( Génie du Chr., i^ part., Uv. n , cbap. i*'.) (N. En.)

> Sanchon. , apui EUSEB.

* Apoll. f etc.

) HoH. , Uiad. ; Hesioo. , Theog, Poe$. ; OftPB. , cU.

< BiON , apud PoH. Mifwr, Gnec,

ft Tm7CYD., Plut. , HrooD. , etc.

BEVOLUTIOKS ANOENNES.

et radresse des prêtres , atteignit , vers le siècle et TMmistocle et d'Aristide , à son pins haut foittt dlnfluence et de solidité.

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