‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 157 sur 228 · CHAPITRE XXXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVn

Suite.

Ooavenioa des Barbares.

Si le christianisme avoit trouvé dans les malheurs des hommes une cause de ses premiers succès, cette cause agit dans sa plus grande force au moment de Tinvasion des Barbares. Un bouleversement général de propriétés et de libertés eut Heu en même teiq[NS dans tout le monde eonnu. On écrasoit les hommes comme des insectes : lorsque les Vandales ne pouvoient pren- -dre une ville , ils massacroient leurs prisonniers ; et, abandonnant leurs cadavres à Tardeur du soleil autourdelaeitéassiégée,il8y communiquoient la peste *.

Toute autorité étant donc dissoute au civil, les prêtres seuls pouvoient protéger les peuples. Ce qui restoit encore â*haUtants attadiés à l'ancien culte se rangea sous la bannière du christianisme. Si jamais la religion a paru grande, -c'est lorsque , sans autre force que la vertu , elle opposa son front auguste à la fureur des Barbares, et, les subjuguant d'un regard, les contraignit de dépouiller à ses pieds leur férocité native •.

On conçoit aisément comment des Sauvages, sortis de leurs forêts , n'ayant aucun préjugé religieux antérieur à déraciner, se soumirent à la première théologie que le hasard leur offrit. L'imagination est une faculté active, à la fois écho et miroir de la nature qui l'environne : celle de l'homme des bois , frappée du spectacle des déserts, des cavernes, des torrents, des montagnes ,

> rid€Hd, Fleubt, Hiâi. EccUnaêt. ; HUL Auguti. ; GiBB., Mise and /ail qf the romain empire ; DE Gt'iNES, HisU des Huns et des Tartares; Moi<(TESQi'iEU , Cause de la grandeur 'tt de la décadence des Romains.

* EoBBRTSON , Hist. of Charles F, Tol. I.

* Mais, en Téritéi n'est-ce pas là le Génie du Chrisiiipnisme tout par, et ne suis-je pas, dans ces paragraphes, rapologiste plutôt que le détracteur de la religion?

(N. Ed.)

se remplit de murmures , de jhntAmes , de grandeur. Présentez-lui alors des objets intellectuels, elle les saisira avidement, surtout s'ils sont incompréhensibles , car la mort de rimaginatioa, c'est la connoissance de la vérité.

D'autres raisons facilitoient encore la oonversiopdesBarbaresaucbristianisme,Amesareqa'ils émigroient vers le sud, en quittant les régiou sombres et tempétueuses du septentrion , ils perdoient l'idée de leur cuite paternel , inhérent m climat qu'ils habitoient. Un ciel rasséréné ne leur montrait plus dans les nuages les Ames des héros déoédés; ils ne retenoient plus, à la pâle lueur de la lune , des bruyères désertes , des valléessolitUf res, où l'on entendoit derrière «oî les pas Icgea des fantômes; des ombres irritéesnesaisissaieflft plus la dme des pins dans leur course ; le météore ne reposoit plus entre les rameaux du oerf , an bord du torrent bleuâtre; le brouillard du soir avoit cessé d'envelopper les tours; la bouffée de la nuit, de siffler dans les salles abandonnées di guerrier; le vent du désert , de soupirer dam rherbe flétrie, et autour des quatre pierres maosi' sues de la tombe ' : enfin la religion decespet' pies s'étoit dissipée avec 1^ orages, les nues et les vapeurs du nord \

D^aillears le nouveau culte qu'on leur offifoit n'étoit pas rt étrange aux dogmes de leurs pèisi qu'on l'a généralement cru. Si Jéfaovah créa Adam et Eve , Odin aussi avoit formé de liiDon le brave Askus, et la belle £mla : Henœms leur donna la raison ; et Lœdur, versant dans lean

> Les deux Sdda; MalletÎ Xntrod, à VH'ut du DaM.i

OSSIÂN.

> SI Je ette Osslan avec d*aatr«i aotenn, e^cst ^ Je niii avec le docteur BlaJr en Angleterre, M. Goethe eo Mkmsf^ et plnsfeurs autres , un de ces esprits crédule» aaxqœb !• plaisanteries de Johnson n'ont pu persuader qu'il D*y eâtptf qaelqac chose de vrai dans les oavrages da barde éeœuàL Que Johnson , lorsqa*oirlDl demandolt 8*11 ooaooisioitbM^ O0up d'homanes capables d'écrire de pareib poèmes, ait npondu : « Oui, plusieurs homnies, plusieois remnei, 9^ sieurs enfants, » le mot est gai,' mais ue prouve rieo. H tf paroit singulier que , dans cette dispute célèbre, on ait ootw de citer la oollecUoo du ministre Smitb , qui eole leeeltc eo»- Unueilement.au bas des pages, et propose une édiUoa * l'original des' poèmes d*0s8ian par soiiscriptioii. Oa tiMfi dans cette coUecUon de Smith un chant sur la mort deGeaji où il y a des choses extrêmement touchantes, parlîcolièceiy^ Gaul expirant de besoin sur an rivage désert , et nourri ds lait de son épouse*.

* Je ne suis plusconvainca de rauthenticité des poioei d*Ossian; au lieu de croire aujourd'hui que le celte d'Os- Bîan a été traduit en anglois par Macphersoo , Je ^*f^ contraire, que l'anglois deMacpherson a été IraduiteocBlIfl par les bons Écossois amoureux de la gloire de leor pajk

'" (N. ÉD.)

RÉVOLUTIONS ANCIENNES

ZM

niaei les flots d'an sang pur, ouvrit leurs yeux à la vie'.

Enfio les rois barbares, déjà politiques, emhastèrent le christianisme pour obtenir des empires ; et les hommes , ayant changé de mœurs , de langage, de religion ; ayant perdu jusqu'au sou- Hoir da passé, crurent être nouvellement créés nrlateire*. v

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