CHAPITRE XL
La réformaUoQ.
Cest unegrande époque dans r£urope moderne ,que celle de la réfonnation. Dès que les hommes commencent à douter en religion , ils doutent en .politique. Quiconque ose recliercher les fondements de son culte , ne tarde pas à s'enquérir des principes de son gouvernement* Quand l'esprit demande à être libre, le corps aussi veut réti:e : c'est une conséquence naturelle*.
Érasme avoit préparé le chemin à Luther; Luther ouvrit la voie à Calvin ; celui-ci à mille autres. L'influence politique de la réformation se trouvera dans les révolutions qui me restent à décrii'e. £n la considérant seulement ici sous le rapport religieux , on peut remarquer que les diverses sectes qu'elle engendra produisirent sur le christianisme le même effet que les écoles philosophiques de la Grèce sur le polythéisme : elles affoiblirent tout le système sacerdotal. L'arbre, partagé en rameaux , ne poussa plus vigoureusement sa tige unique, et devint ainsi plus aisé à couper branche à branche. Je ne puis quitter l'article de la réformation sans faire une réflexion de plus. Pourquoi toutes ces scènes de carnage? La Ligue * où l'on vit, comme de nos
perce de toales parte. Quant au christianisme , qui ne s*est Jamais relevé des attaques qu'il a eues à smtlenir, c'est une erreur capitale que d*en avoir jugé ainsi. La religion chrétienne n'a point péri dans la révoiuUon ; elle ne périra point citez les liommcs, parce qu'elle a ses racines dans la nature divine et dans la nature humaine. La foi pourra clianger de pays; roaiseilesubsisteratoiûours, selon la parole de Dieu. (N. Éd.)
* J'expose ici dans quatre lit^oes deux ou trois vérités sur lesquelles on a élevé depuis de gros ouvrages remplis de déclaoïaUoDS contre les libertés publiques. U n*y a point de mal à s'enquérir des principes de son gouvernement pour s'y attacher quand ils sont bons, pour les réformer quand ils sont mauvais ; je ne vois aucune raison de mettre un bandean sur les yeux des hommes afin de les faire mardier droit Je sais bien , il est vrai , que celui qui prétend guider les hommes a un grand intérêt à leur laisser ce bandeau, parce qull peut alors les conduire où il veut et comme il veut. Le christianisme , de son côté , ne craint pas plus la lumière que la liberté ne la craint : plus on l'examinera, plus on le trouvera digne d'admiration et d'amour. Il n'est pas bien d'ailleurs de vouloir faire de la religion et de la politique une cause commune ; il s'ensuivroit que quand un peuple est esclave il faudroit qu'il le restât éternellement , dans la peur de toucher aux choses saintes. Ce seroit faire un tort imnoense à la foi que de l'associer aux injustices du despotisme. (N. Éd.)
' Esprit de la Ligue,
On trouve dans les Letiretde Pasquier deux passages Intéressants sur les malheurs que les révolutions ont causés à la France, et surtout à la capitale de ce royaume. Je les citerai tous les deux.
La premier a rapport aux guerres civiles du temps de
Jours , les François traîner les entrailles fumantes de leurs victimes , dévorer leurs cœurs encore palpitants, leurs chairs encore tièdes, et, fouillant dans les sépulcres , couvrir le sol de la patrie
Charles VL Pasquier, après avoir parlé de lapopolatioQetde la richesse de Paris sous Chartes V, ajoate :
« Peudanl que furieusement nostre ville s'amusa de soutenir le parly bourguignon , elle deuint , sans y penser, toote déserte , et commencèrent ces grands bostels de Fiaodits , i> tols , Bourbon , Bourgongne , Nesles , et plusieurs autres , lov uJr de nids à corneilles, au lieu où au précèdent c^estotest réceptacles de princes , ducs, marquis et comtes. Pal lea dau vn Uure escril à la main , en foroie de papier ioumal , que è ce temps-là il y auoit vn loup qui tous les mois passoit ai trauers de la vUie, lequel ils appelloyeot k Courtaud esUud le peuple tant accoustumé de le voir, quii n*en faisoil qtte ritf. Chose qui se faisoit , ou pour les massacres qui seooouiteltoient dans Paris , et pour les cadaures qui y pouooient Kln (n*y ayant anbnal qui ait le flair si snbtU comme te loap}, ou parce que la ville estoit lors grandement desbabitee. QooF que soit, s'estant sur les troubles de Bourguignon et Orleaih nois entre la guerre de l'Anfdois et du François, U faut tenir pour chose très certaine que la viUe de Paris vint eo griodi souffrette ,' veu qu'en Thistoire mesdisante du roy Loaysli nous trouuons que , pour la repeupler, il voulut faire oomn» Romuius auoit fait aulrdbis dans Rome, et donner tooli impunité des mesfaits précédents , et rappel de ban b touseeut qui s'y voudroient habituer. Mais plus grande demooâriUai ne pouuez-vous auoir cette pauuretéet solitude, qae de ro^ donnance qui se trouue aux vieux registres du Chasldiet, par laquelle il estoit permis de mettre en criées les lieu vagues de la ville; et si, pendant les six sepmaini^, il oe fs trouuoil nul propriétaire qui s'y opposast , le lieu demooroiti celui qui se le faisoit adiuger. jLussi quand nous lisonsdiM nos vieux tiltres et enseignements quelques maisons et beri* tages , tant en la ville qu^ez champs , vendus à non-prix, tadi s'en faut que ce soit vn argument de la félicité de ce toni» là, qu'au contraire c'est vue démonstration très oertaioe dfl malheur qui estoit lors en règne, par la longue soite da troubles. » (Tom. i, liv. x«pag. 655.)
Si, dans une histoire de la révolution actuelle, on tradd' soit mot à mot en françois le moroeau suivant du nèmeii' teur, personne ne se douterolt qu'il s'agit de la Ligue. « II] a longtemps que le ronge le ne scay quelle humeur raelaocbo llque dans moi , qu'il faut maintenant que le vomiaie « m tre sein, le crain , ie croy, le voi présentement la Un de noitn republkiue. nous ne pouuons denier que n*avoos vn graol Roi ; toutes fois si Dieu ne Vaduise d*un oeil de pillé, il csttoi le polncl ou de perdre sa couronne, ou de voir son royaonM tout renuersé. — Le vray subside dont le Priooe doit bip fonds, est de la bienveillance de ses sublecis. La plus ffuiA partie de ceux qui ont esté près du Roy , ont esUmé n'anoi plus beau magazin pour s'aocroistre, qu'en loi foomlisaa mémoires à la ruine du panure peuple, c'est-fr^ire à la raia de iui-mesme : dignes certes, ces malheureux ministres, d^ punition plus horrible, que oelny qu'on tire à quatre ciicf agi pour auoir voulu attenter contre la Maiesté de son Prina D'autant qu'en oonseruant leur grandeur par ces damnabk inuentions, ils ont mis leur maîslreenteldesarroyqueaoi le voyons maintenant
N Dieu doua nostre Roy de plusieurs grandes benedidlaoi qui luy sont particulières; mais comme II est «é hoaM aussi ne peut-il estre aooomply de tant de bonnes parties qol n'ait des Imperfections. Y a-t-il aucun seigneur (ic »^ excepterai vn) de ceux qui ont eu part en ses bonnes graoa qui ait , ie ne diray point résisté ( ce mot seroit mal mis e œuure contre un Roy), mais qui ne se aolt estudîé de N( rizer en toutes choses ses opinions, ores qu'elles se km noyassent à l'œil , du chemin de la raison ? Qn le voyoU aati rellement enclin à vue libéralité. Cestoit une inclinatio quHItenoltde la Roynesamere, vertu vrajrment royale, qnan elle ne se desborde à la foule et oppression drt sobiects : qv est celuy qui par ses Imporiunitex extraordinaires n'en ai ahuzé?... Le malheur veut que nul de ses priodpaoxoOleicn qui estoient près de luy ne la controolle. Voilà comment u grand et beau prince se laissant çn premier lieu emporter pi ses volontés, puis vaincu par les Importonltas des siens, enfi
BÉVOLtmONS ANCIENNES.
deteareasBes à moitié oonsamées.de leurs pères? fbQrqooi ces troubles des Pays-Bas, où le duc d'Albe Jooa le premier acte de la tragédie de Robespierre '? les massacres des paysans d'Allemagne, les guerres civiles d*Écosse * ? la révolution de Cromwell, durant laquelle des malheureux', entassés dans les cales humides des vaisseaux, périssoient empoisonnés les uns par les autres ^ ? Poorquoi, dis-je, ces abominables spectacles?
Hiiseooaru de ceax qui poarla nécessité de lears charges ydnofentaooir rœil, U D*a pas esté mal aisé de voir toates MafEiiNs tomber au desordre et confusion telle qae nous lojiQiis aojoard'hul.
Sor et pied a esté bâtie la mine de notre France; premielOKnt par le ne sçay qaelle malbeureuse inuenUon de conhMif (foicot rendu tous les gens de bien maloontents), les- 9sHb aepoaoans à la longue fournir aux Iil)eralitez extraoriniRs da Roy , ont eu recours à une infinité de meschants Mets, 000 pour subuenir aux nécessitez publiques, ains pour ■ Uie dons, voire au milieu des troubles , à vns et autres. Hfoor leur faire sortir effect, on a forcé les seigneurs des tanSonveraines de les passer, tan tost par la présence du 19, tin tost des Princes du sang : libéralité qui nes*estoit JmÀ pratiquée en autre republique que la nostre. Et si hi|mt n*y cstott prompt, pour suppléer à ce deffaut , la ma- %Âé do temps produisit vne vermine de gens, que nous iffcSauDM par vn nouveau mot partisam , qui auanceoient iiMiHiéoatiersdu denier, pourauoir le tout : race vraye- ■at de vipères , qui ont fait mourir la France, leur mère, iui tut qu'ils furent esclos.
On adioQSta à tout cela , pour chef d'OBUure de nostre mathar, vn cslolgnemeot des Princes et des grands seigneurs, HnaMonent des moindres près du Roy. le vous recompte taieeeyen gros. Carslj'auoy entrepris de vous particuleter ce détail, et par le menu, comme toutes ces choses se Mpisiees, rencre me deffaudroit plus tost que la matière. Ut quel fruit a produit tout ce mesnage? Vne oppression ^towlesiubiecis, une pauureté par tout le royaume, vn ■Monteotenent général des grands , vne baine presque de IM le peuple encontre son Roy. Et puis au bout de tout cela, ptpQauioos-nous attendre autre chose que ce mescbef , qui »■ estoeslours passez adueim?.... Tant de novalitez mises Ml à la foule des paaures subiects , estoient autant de mali- PB bumears ramassées au corps ^e notre republique, lespBa ne nous promettolent autre chose , que ce grand es- ^ de icandale , que nous avons veu dans Paris. Cestoit un ^€^cstoit vne boue qui couvott dans nous, à laquelle le mede- (fempenaturel a voulu donner vent, lors que nul de nous n'y pnniL Le Roy mesme Ta fort bien recogneu ; quand soute après estre arrioé à Chartres , pour donner quelque orfcàee nuil , il a reuoqué trente malheureux edicts et enoores pPi» par autres lestres patentes de n'user pliu de contents, not àDien que deux mois auparavant U les eust reuoquez ^iOQ seul instinct, -affln que ceux que ie voy contre luy ^iRra cuiseot estimé luy devoir totalement ceste grAce, et non laieaodale aduenu. Mais c'est un mal commun à tous Roys, de ^Reogoolstreiamais leurs fautes, quand ils sont visitez de HaL... De ma part, ie ne pense point que iamais Roy ait reœu ^■Ito grand affront de son peuple (Il faut que ceste parole à Mr tiéi grande honte m*eschape), que celui qu'a receu le nosv^Qqs luy, qui à son retour de la Beauce avoit esté receu lis tant de congratulations et applaudissements du Parisien, Hkxi lept mois après ait esté caressé de telle façon qu*auoos ^1 CD la iooméedes Barricades, mesmes dans vne ville quil ^BttaiiBée et chérlepar-dessus toutes les autres. Que le Icudy *t*ciidredy qui! demeura dans la ville, on ne veit iamais plus PiBd diaos et émotion populaire, et le samedy soudain que [jffa»t adverty de son partement, nous veismes un raquol- *>*at inopiné de toutes choses : signe malheureux et trop 2"**el*haUïe qu'on luy porte. » (Tom., i, liv. xii, •"S-TWïatc)
I kumoG. , GBonos , Strada , etc.
BoaaisoH*8 Hiil. qfScoiland, *»«• Wbrilock, Walkbr, etc.
CaATKUBMAND. ••^ TOUS I.
Parce qu*un moine s'avisa de tronver mauvais que le pape n'eût pas donné à son ordre , plutôt qu'à un autre, la commission de vendre des indulgences en Allemagne. Pleurons sur le genre bumain ^