‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 161 sur 228 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Depuis la réformation Jusqu'au Régent.

Lorsque les tempêtes élevées par la réformation se furent apaisées , le Vatican reparut , mais à moitié en ruine. U avoit perdu Torgueil de ses murs, et ses combles entr*ouverts étoient sillonnés de ses propres foudres , que la fureur de l'orage avoit repoussées contre lui. Les rois et les papes, en s'opposant par des mesures violentes aux innovations religieuses , n'avoient fait qu'irriter les esprits. Petite et foible dans le calme , la liberté devient un géant dans la tempête.

Entre les conséquences funestes qui résultèrent de ces troubles pour la religion , une ne doit pas être omise. Les révolutions ravagent les mœurs dans leurs cours, comme ces sources empoisonnées qui font mourir les fleurs sur leur passage. L'œil de la loi, fermé pendant les convulsions d'un État, ne veille plus sur le citoyen , qui lâche les rênes à ses passions et se plonge dans l'immoralité ; il faut ensuite des années, quelquefois des siècles ^ pour épurer un tel peuple. Ce fut évidemment le cas en Europe , après les troubles dont Je viens de parler ; et la religion, qui se calcule toujours sur les mœurs, dut, en proportion de la relaxation dé celles-ci , perdre beaucoup de son influence.

Cependant, l'harmonie s'étant rétablie, les hommes reportèrent les yeux en arrière , et commencèrent à rougir de leur folie. Les lumières, toujours croissantes, secondoient ce penchant à haïr ce qui sembloit la cause de tant de maux. En matière de foi il n'est point de bornes ; aussitôt qu'on* cesse de croire quelque chose, on cessera bientôt de croire le tout. Rabelais, Montaigne, Mariana, étonnèrent les esprits par la nouveauté et la hardiesse de leurs opinions politiques et religieuses. Hobbes et Spinosa, levant ensuite le masque, se montrèrent à découvert; et bientôt après , Louis XIV donna à l'Europe le dernier exemple de fanatisme national, par la révocation de l'édit de Nantes '.

* Ce chapitre aroit bien commeocé pour la réformation ; c'est dommage, pour le philosophisme, qu'U ait fini auaai mal. U parottque jen'étois dans VEisai ni pour Genève ni pour Rome, (N. Éd.)

* Je ne parle pas des scènei scandaleuses de la populace de Londres contre les catholiques, en I6S0.

4oa REVOLUTIONS ANCIENNES.

Page 1