CHAPITRE XLVra
De resprit des prêtres chez les anciens et chez les modernes , eoostdéré dans un gpiiTeniement populaire.
Nous avons consacré la fin de ce premier livre à des recherches sur les religions. Les prêtres
prêtres, les ornements de ses autels, etc., eussent une origine céleste. J*ai mieux raisonné dans le Génie du Chriê" UanioM, lorsque, pour faire aimer la majesté de notM culte, j*ai montré qu*ii se ratlachoit aux plus nobles coa* turoes de Fantiquité, et aux traditions historiques les plua Ténérables. (N. Éd.)
^ Puisque favois cité contre la religion d'aussi misérable» autorités que celles de Diderot , de Toland , de Satnt- Foix, elc , je poorois bien eiter pour la religion les Abêdie , les Warburton , les Clarke , ele. (N. Éd.)
^ J'ai cité ce paragraphe dans la Préfliee de VSssai : réuni à celui où je déclare que Je rapporte les objectiom des autres sans Us admettre. Il détruit, en grande pa^ tie, reflet de ces misérables et odieux chapitres.
(N. Éa.)
RÉVOLUTIONS ANCIENNES
tiennent de si près à ce si^et , et leur influence a été si grande dans tous tes siècles , qu'on ne peut s'empêcher d'en dire un mot en pariant du culte. Au reste , ceci demanderoit un volume , et je n'ai que quelques chapitres à y consacrer.
J'entends par prêtres des ministres dévoués au service de l'autel; qui ont souvent des vertus, quelquefois des vices ; vivent des préjugés du peu* pie, comme mille autres états; ne sont ni moins ni plus fripons que le reste de leur siècle , ni meilleurs ni pires que les autres hommes *.
Ceux de l'antiquité nous offrent un esprit un peu différent de ceux de notre âge : ceci tient aux positions politiques des nations. Distinguons donc entre les prêtres dans un État monarchique et les prêtres dans une république. Commençons par les derniers.
Chez iesGropset chez les Romains, l'influence du sacerdoce étoit considérable; mais l'État se ^ trouvant administré sous une forme populaire , l'intérêt des prêtres penchoit du côté de la liberté. Lorsqu'on alloit consulter l'oracle de Delphes, les réponses du dieu se faisoient généralement dans le sens de l'indépendance ; cependant il se menageoit toujours adroitement une porte de retraite ; et les trépieds des tyrans étoient suspendus aux voûtes du temple , comme ceux des patriotes. En cela, les prêtres anciens et les prêtres modernes se ressembloient parfaitement.
Autre ressemblance. La caste religieuse d'Athènes n'étoit guère moins persécutante que les ministres du christianisme ^. Les sophistes s'en trouvoient aussi mal en Grèce que les encyclopédistes en France; mais comme la loi, dans le premier pays, protégeoit le citoyen, lorsque la charge iHmpiété n'étoit pas prouvée, le magistrat renvoyoit Taccusé. Pour claquemurer parmi nous un philosophe à la Bastille, il ne falloit pas tant de cérémonies \ Venons maintenant aux différences.
* Quoique dur, le jugemeat est imparUal. Mais le root de fripon, qui Yîenl sans cesse sous ma plume en parlant du siècle, est très-peu poli. (N. Éd.)
^ Les ministres de la philosophie ont été moins perse" cutants que les ministres du christianisme. (N. Éd.)
^ Ici, Je suis eitrêniement injuste, même historiquement parlant. On condamnoit très-bien à Texil ou à la mort à Atliènes pour cause d'impiété , et cela sur un simple écrit, quelquefois sur im seul ?ers. 11 ne faut ni tuer ni emprisonner personne pour cause de religion ; mais quand on écrit riiistoire il ne faut pas dénaturer les faits. Il n'est pas bien de représenter les philosophes persécutés par les prêtres, à Tépoque même où les philosophes trtorophoient des prêtres. J*aurois dû être averti : quand J'écrivois ces cboses'lài &*aT<HS>)e pat sous les yeox, dans les roes de
D'abord , une trè84mportante se présente. Les prêtres des Grecs avolent unpouvoir «msidéraMe sur la masse du peuple , mais ils n'en exerçoieat aucun sur les particuliers : les nôtres , au coqtraire , nous en vinumoient , nous assiégeoient. Ils nous prenoient au sortir du sein de nos mères, et ne nous quittoient plus qu'après nous avoir déposés dans la tombe. Il y a des hommes qui font le métier de vampires , qui vous sucent de l'argent, le sang, et jusqu'à la pensée*.
Seconde différence. Chez les anciens, sartoot à Rome, les prêtres ignoroient ce système d'is* sociation, qui communique tant de force aux ch» ses religieuses. Les ministres des dieux , dispe^ ses dans l'Etat, ne s'appuyoient point les uns ks autres , et par conséquent ne pouvoient , cofflim individus , devenir dangereux à la liberté. La constitution hiérarchique de l'Église romaine, ches les peuples modernes, infusoit dans toot le clergé un esprit de corps trop formidable. Au reste, les gardiens du culte en Grèce, graves, posés, vertueux , se tenoient dans la mesure de leur profession ^. Nos abbés en manteau court exhiixnent à Paris le vice, le ridicule et la sottises et I'ob concevroit à peine comment des hommes poa* voient ainsi se donner en spectacle, si l'on ne connoissoit la bêtise et la friponnerie du monde. Lorsque Je vois les différents personnages de II société, je me figure ces escrocs qui se rendeot exprès sur les promenades publiques, bizarremeol vêtus. Tandis que la foule hébétée se rassemble à considérer le bout de ruban rouge, bleu, noir, dont le pasquin est bariolé , celui-ci lui vide adroitement ses poches ; et c'est toujours le plus charge
de décorations qui fait fortune ^.
Londres, ces prélats Ténérables, ces milliers de pr&M déportés, exilÀ par les disciples des encyclopédistes?
(N.ÉD
* Toutes ces injures sont ignoUes , et j*eo ai bit jostioi dans le Génie du Christianisme. (M. Éd.)
^ Cela n'est pas vrai ; il y avoit en Grèce des prèlresà tous les dieux , de tous les Ttoes , de toutes les Mies. Ui ministres de Bacchus, de Mercure , de Cybèle, de Ptn^» de€upidon, n'étoient ni graves ni posés. La mesurté leur profession étoit de se prostituer, de s'en!? rer, àr| courir les cliamps comme des forcenés , ou de frire les 0^i timbanques dans les villages et aux carrefours des cilék
(N. Éfc)
^ Vulgairement écrit et injuste : le vice de quelques il- 1 dividtts dans un ordre ne peut jamais être considéré eoofll le caractère d*un ordre entier. (N. Éif.)
^ J*en Toulois sérieusement à U société. Je ne loi pa^ | donnois pas, quand j*étois Jeune, le mal qu'elle n'aiw fait. Aujourd*hui je suis sans rancune ; nous allons bieol» nous quitter. Je roconnois que mes obserrations n*éloieat pas toutes également justes: parexeoplei fatétéàmaB
RÉVOLUTIONS ANQENNES.
Tooteonsidéré, les prêtres sont nécessaires aux ■orars et excellent dans une république ; ils ne mroiait y causer de mal , et peuvent y faire beau- CMipdeblen.