CHAPITRE Lin
Du clergé en Angleterre.
Le christianisme expirera en Angleterre dans une profonde indifférence. La raison de cette tiédeur, en matière religieuse, si remarquable dans la Grande-Bretagne , se tire de deux causes ■ : du culte et du clergé. *
* Il y a quelque vérité dans ces observations , mais j^ prononce trop en général. 11 auroit fallu dislinguer les di* vers ÉUts de l'Italie; ne pas prendre Rome pour toute la Péninsule , ne pas parler de la cour de Rome sous Pie VI, Pie VII et Léon XII , comme de cette même cour sous les Borgia. 11 y a confusion de temps , d*homraes et de choses.
(N. En.)
^ Voyez , pour la réfutation de tous ces cliapitres , relatifs au clergé catholique, une note à la page 42â de ce volume, contenant quelques extraits du Génie du Christianisme s note que , par son étendue , Je n'ai pu placer id. Il m'a paru important de mettre ces extraits immédiatement sons les yeux du lecteur, sans le renvoyer au Génie du Christianisme. (N. Éd.),
< Je ne parle que des causes religieuses et non des poliU-
BÉVOLUnOJHS ANCIENNES.
Du culte. La religion n'y apasassezd*extérieur : défaut de toutes les religions réformées ; les exercices de piété n'y sont pas assez multipliés : dans les campagnes , les temples restent fermés pendant la semaine, et tout s'y borne à quelques courtes prières le dimanche. Johnson se plaint souvent de cet usage , et en prédit la chute du christianisme.
Du clergé. Le ministre anglois, riche et homme du monde , ne se rapproche pas assez du peuple ; à peine ses paroissiens le connoissent-ils. L'abus de non-résidence est aussi au grand détriment de la religion : un ministre va desservir en hâte deux ou trois églises le dimanche dans la campagne, ensuite il se retii*edans la ville voisine, où il disparaît pour huit Jours. Vu sous le jour philosophique, on ne saurait blâmer le mode de vie qu'a choisi le clergé britannique : considéré sous le Jour religieux, il accélère certainement la chute du christianisme. On ne peut se figurer l'étonnement des étrangers lorsqu'on leur apprend que les ministres anglois dansent au bal, donnent des fêtes, font des parties de vin et de femmes ; que rien, en un mot, ne distingue leurs mœurs de celles de leurs compatriotes'. Les lumières, l'érudition, la philosophie, la générosité, que J'ai rencontrées parmi quelques membres de l'Église anglicane, me font déplorer du fond du cœur la ruine où Je vois que la force des choses et le train du siècle les précipitent. Il me semble impossible que leur manière de vivre s'accorde longtemps avec leurs grands revenus , parce que la première est d'eux et que les seconds sont du peuple. Si je parle sévèrement, qu'on m'excuse : J'ai fait profession de vérité ; c est par reconnoissance même que J'ose m'expliquer avec cette franchise, afin que le clergé cherche dans sa sagesse les moyens les plus propres à éloigner la catastrophe que Je lu^prédis *.
ques. Oo seot que, le commerce obligeant chacan de songer à ses alTalres , on a peu le temps de passer ses Jours à Végllse.
* Ceci a encore ao autre effet dangereux , en tendant à augmenter la secte presbytérienne, qui profite de cette raeilité de mœurs pour calomnier les ministres anglois. Aussi les presbytériens augmentent-ils en une proportion rrfrayanle , parce que la politique vient en outre à Pappui de la religion. Il est vrai que l*Ëglise d'Angleterre subsistera aussi longtemps que la constitution de l*É(at; mais 11 faut bien prendre garde que, par un relAchement de mœurs , on ne donne lieu h saper une parUe de Pédlfice qui amèneroit bientôt la chute du tout. Craignons surtout les révolutions. S*U en arrivoit une maintenant en Angleterre, celle de Cromwell ne seroit qu'un Jeu auprès : J*en sais bien la raison.
* Ce qo*U y a de trop posiUf dans ce texte e&t corrigé dans la note , où je dis que l*Égllse d'Angleterre subsistera aussi longtemps que la constitution de l'État. Dans ce cas elle subsiaten longtemps. (M. Éo.)