‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 176 sur 228 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

llé$ai&é«

Du» la première partie de ce premier livre , inisavoos étudié la révoluiion républicaine de la 6icce, redierché son influence sur les nations Memporaines , et suivi ses ramifications aussi te que nous avons pu les découvrir.

Dans la seconde partie de ce mém&livre , ûotnr )rise «cas le titre de RévoltUian de Philippe et

If Alexandre , nous venons de passer od revue les ^nns d'Athènes , Denys à Syracuse , Agis à Vte , les philosophes grecs , leur influence po- ^oeet religieuse, l'histoire de la naissance, te Taccroissement et de la chute du poly théis- ^; et pour parallèle nous avons eu la Ck>nvenifaienFrance , les Bourbons fugitifs , Louis XYI ws^^ les philosophes modernes et leurinfluence *v leur siècle; enfin l'histoire du christianisme ' ttdnclet^é. La première partie forme un tout compacte qui se lie; la seconde, un assemblage ^ pièces de rapport, non moins instructif. Ce VA nous reste à faire ici est de reconnoitre le Wût où nous sommes parvenus , et Jusqu'à quel

<3iVTE\CBai%^D. — TOME I.

degré nous nous trouvons avancés vers le bot général de cet Essai.

Nous sommes toujours occupés à la recherche de ces questions (et nous le serons encore longtemps), savoir:

1*" Quelles sont les révolutions arrivées antrefois dans les gouvernements des hommes? Quel étoit' alors Tétat de la société, et quelle a été l'influence de ces révolutions sur l'âge où elles éclatèrent et les siècles qui les suivirent?

2° Parmi ces révolutions en est-il quelques-unes qui, par l'esprit, les mœurs et les lumières des temps , puissent se comparer à la révolution f ran* çoise?

Il s'agit maintenant de savoir si nous avons fait quelques pas vers la solution de ces questions.

Certainement un pas considérable : quoique ce volume ne forme qu'une très-petite partie de l'immense sujet de cet ouvrage , on peut prononcer hardiment que déjà la magorité des choses qu'on vouloit faire passer pour nouvelles dans la révolution françoise se trouve presque à la lettre dans l'histoire des Grecs d'autrefois. Déjà nous possédons cette importante vérité, que l'homme, foible dans ses moyens et dans son génie , ne fait que se répéter sans cesse ; qu'il circule dans un cercle dont il tâche en vain de sortir * ; que les faits même qui ne dépendent pas de lui , qui semblent tenir au Jeu de la fortune , sont incessamment reproduits : en sorte qu'il deviendroit impossible de dresser une table dans laquelle tous les événements imaginables de l'histoire d'un peuple donné se trouveroient réduits à une exactitude mathématique, et je doute que les caractères primitifs en fussent extrêmement nombreux, quoique de leur composition résulteroit une immense variété de calculs '*

Mais quel fruit tirer de cette observation pour la révolution françoise? Un très-grand.

* Le génie de riiomme ne circule point dans un cercle dont il ne peut sortir. Au contraire (et pour continuer Pimage) , il trace des cercles ooncentriqnes qui vont en s'élargissanl, et dont la circonférence s'accroîtra sans cesse dor^ un espace infini. M'obstinant dans V Essai à juger le présent par le passé , je déduis bien des conséquences , mais je pars d'un mauvais principe ; je nie aqjourd'bul la mO' jeure de mes raisonnements, et tous oea raisonnements tombent à terre. ( N. Éd. )

* Cette table seroU aisée à faire , et ne seroit pas un Jeu frivole. On y poseroit, par exemple, pour principes , deux sortes de gouvernement : le monarchique et le républicain, rhomme politique et Thomme civil se trouveroient rangés sur deux colonnes : sur une troisième seroient marqués les degrés de lumière et dMgnorance; sur une quatrième , les chances et les hasards. On multiplieroit alors tous ces nombres par les différentes passions , comme Tenvie , l'ambition ,

4id

âÊVÔttmôNS ANCIBNN18.

- Premièrement , il s*eniuft qu'an homme bien persuadé qa'il n'y a rien de nouveau en histoire t^erd le goût des innovations, goût qne Je regarde comme un des plus grands fléaux qui affligent l'Europe dans ce moment. L'enthousiasme vient de l'ignorance; guérissez celui-ci, l'autre S'éteindra : la connoissance des choses est un opium qui ne calme que trop l'exaltation. ' Mais outre ce grand avantage , qui ne voit que ce tableau Igénéral des causes , des effets , des Ans des révolutions , mène par degré à la solution de la question dernière , proposée pour but de cet ouvrage, savoir : « Si la révolution françoise se consolidera? » En effet, si nous trouvons des peuples qui , dans la même position que celle des François, aient tenté les mêmes choses; si nous voyons les raisons qui flrent^ réussir ou renversèrent leurs projets, n'est-ce pas un motif d'en conjecturer l'établissement ou la chute de la république en France? On a déjà pu entrevoir mon opinion « à ce sujet; mais il n'est pas temps de la développer : elle doit résulter de l'ensemble des révolutions, et non d'une partie. Quelle qu'elle puisse être, il demeure certain que j'ai pris la seule route qui mène à la découverte de cette vérité qui intéresse non-seulement l'Europe, mais te reste du monde. .

Mais je dois faire observer que , pour juger sainement, le lecteur ne sauront trop se donner de garde de se méprendre : il faut considérer les objets sous leur vrai jour. Il est bien moins question de la ressemblance de position en politique et de la similitude d'événements que de la situation morale du peuple : les mœurs, voilà le point où il faut se tenir, la clef qui ouvre le livre secret du

la haine, l'amoor, etc., Qu^on venoit écrites sar une dnqnième colonne * : toat cela tooibeioit eo fractions composées, par les nuances des caractères, etc. Mais donnons-nous de garde de tracer une pareille taMe : les résultats en serolent «i terril>les que Je ne voadrois même pas les foire soupçonner ici.

* Cette opinion étdt apparesament que la révolnlîon françoiaeDe seoottsolldefoit pas. Il y avoitdo vrai et du faux ëans cette opinion ; du vrai , parce que la république devoit ae transformer en deapotisme militaire ou en monarchie tempérée; âa fonx , parce qu'il étoit impossible que la révdtttion ne laissât pas de traces après elle. Enfin , ce qu'il y avoit surtout de faux dans cette opinion, e'étoit de vouleir conclure de la société ancienne è la société moderne; déjuger, les uns par les autres, des lenips et des hommes qui n'avoient aucun rapport. ( N. Éd. )

* Ingénieux , mais sans résultat. Du temps de la Calprenède et de mademoiselle de Scudéri, on faisoit des cartes eu Tendre qui ne ressemblent pas mal à ma carte du Politique. (N.ÉD.)

sort *. Que si Je me prends à répéter sravtbt ki mmtriy c'est quelles sont le centre autour da^ quel tournent les mondes politiques : m vain ceux-d prétendent s'en éloigner; il faut, malgré eux , décrire autour de ce point leur courbe obligée, ou , détachés de ce foyer commun d*attra^ tion , tomber dans un vide incommensnrabke.

Le second volume de cet Essai va s*ouvrir avec les révolutions romaines ^ , sujet peut-être encore plus magnifique que celui que nous T^ nous de quitter ; on a pu s'apercevoir que Je che^ che , autant qu'il est en moi , à varier la marée de cet ouvrage : tout sujet a son vice ; le défaut de celui-ci, malgré sa grandeur, est de tomber dans les riépétitSons : Je tiâdierai doncd'écriredia' que révolution sur un plan différent des liitKS, comme Je l'ai déjà Ml à l'égard des deux partis de œ premier livre.

Après avoir montré ce qui résulte de ta lectwe de ce volume pour la vérité générale de roomge, yoieï quelques vérités particulières qu'on peatei tirer sur la nature de i'IioniRie considéré dans ses mpports moraux et poliUques; je vais lesdefr aer comme Je les trouve dans mon mtn«8erft,ei pensées détachées , indiquint seulemenl le sojel qui me les a fournies.

L'homme est composé de deux oiganes M^ rents dans leur essence, sans reMIons dans leur pouvoir : la tête et le cœur.

Le cœur sent, la tête compare.

Le cœur Jugedu bon et du aaécfaant, la tfte des rapports et des eflfetSi.

La vertu découle donc éa cœur, les scioM flueat de la tète.

La vertu est la science écoutée «t <Me; te science, la nature éclairée.

Le vice et la veitu, d'après Itiistolre, paroi»sent une somme donnée qui n'augmente ai ne dimtoue; tes 8Clenoes,«uooutndre,desiBOonnoes q«i se délient sans «esse. Que devient le

* Tout cela étoit vrai pour les peuples anciens, imU^ ment pour les peuples modernes. Je répète cette vérké poir la mnHènie fois. <N. Éa.)

^ V Essai ne formoH dans l'édHion de Londres qa*» gros volunae de six c«nl quatre-vingt et une pages. Dans féditlon actuelle ce seroK aussi le second volotne, s'il pov* ▼oit jamais me tomber dans la tête de conlinMr « 9ff^ ouvrage : il est pourtant vrai que j'en ai la suite, mais le feu m'en fera raison, à quelques pages près qui nie seryi* root poar on antre travail. Je sois saisi d'mie esp^ ^^ poavante à la vne de mon énorme IteondiCé. U fiMt qae dans ma jeunesse les jours aient eu pour moi plus de Tiosf' quatre benres : quelque démon allongeoit sans ^^ temps qae j^employois à ma 4iabeiiqoe besegM. (^' ^f

ftÉVOUmONS ANCtENffBS.

«Mte» de tertMkm*i (Pensées résultantes é ta conndéraiion de Vàge philosophique i Alexandre y plein de lumières et de eorrup^

Il n'y a que deux principes de gouTenieniatt : PMCttMée générale du peuple, ia aaiHifleemblée généfBie do peuple.

DtM le premier ces, l'État est une répuMIqae ; èma le second, ane moiiareUe.

Si le peuple s'assembie partieUement , la oonstiMondaneure mooareblqoe ou un assemblage <s petites répoUiques.

Ls rainion des suHinges n'est pas alors la «îx dn peitple, nids on nombre eoitoctif de leix.

Chaemie deees assemblées^ ayant en eUe-mème tmes les propriétés du corps politique, devient me petite répoUique parfaite et vivante dans son mt; et cette petite république n a pas plus le Éelt de soumettre son opinion à eeUe de la secte votoine ^'elle n'est tenue eile-méme à ^opter oelie de cette autre section. D'ici la France, Sfec ses assemblées primaires , n'est point une v^bKque.

Et oomment ces assemblées primaires repréimtenrfent-^les le peuple? N'est-ce pas la lie dis vtfesqni se réunit , et qui , écartant les honlêles gens, nomme tel ou tel député pour une fMtttité donnée d'assignats? N'est-ce pas de cela néme que les représentants prennent le prétexte ie te prolonger dans leurs fonctions ? En livrant bur république à des hommes sans mœurs, les (NvemMits de France semblent ne chercher 9i*ooe raison légale de la détruire^ : cela me rappelle ce tyran de Rome qui , pour sauver la lettre ie la loi qui défendoit de metttre une vierge à nort, la faisoft violer auparavant par le bourmn. (Eéjhxions tirées de l'examen des gouvernements de la Grèce où la représentation Heit incennne,

N'êtes* vous pas étonné des prodiges de la révolitkm franeoise, l'Europe vaincue, etc. etc.?

' Précis<hnent ma distinction entre la partie morale et la putie iolellecluelle de Tbomme ne détruit pas ce système.

(N. Ed.)

^ Cette paiCDthèse on italique , ainsi que les paren- Mes qui suivent , se trouvent imprimées de même dans fédStion de liOiidfes : cela vent dire que les réflexions régnes dans ce eliapitre sont suggérées par les différents Rttiages de V Essai auxquelles les parenthèses en itali- 911C icnvoient le lecteur. (N. Éd.)

' Ces réflexions seroient raisonnables, en général, si je ■Milioisia tone représentative soit de la république, Mit de la monarchie. (N. Éd.)

Sans doute : J^assisté à ses tours dé force comme dévoient le faire les Romains à la danse des élé« phants sur la corde, bien moins surpris de la merveille qu'effrayés de voir un colosse suspendu en Tair sur une base élastique de quelques pou* ces , et menaçant d'écraser tes spectateurs dans sa chute «. (Tiré du parallèle de la guerre Médi^ que et delà guerre Républicaine.)

De qu<^ s'agissoit-il entre Harmodius et Hipparque? D'une affaire , comme nous dirions , d'étiquette.. Hipparque avoit forcé la sœur d'Harmodius de se retirer d'une procession publique : voilà la guerre Bfédique. La politique est au moral ce que te feu est au physique, un élément univeiyel q«û se tire de tetistee cboes, nait de toutes les eollisîons. ( On voit d'oii cela est tiré.)

Gomese ces enfants qu^on est fereé d'enlever à leur mère vicieuse , pour les confier À un lait plus pur, la liberté, fille de la vertu guerrière, ne sanroit vivre qu'elle ne soit nourrie au sein des bonnes mœurs/ (/>e la coneidé talion de fêlai d'Athènes après là guerre Mé digue.)

Pourquoi Agis périt-fl À Sparte? pourquoi Denys fut-il diassé de Syraeuse? pourquoi Tbrasybule erra-^-il loin d'Atbèoes sa patrte? p<Hir-' quoi , etc. ? Pauce qu'à Sparte , à Syracuse et à Athènes il y avoit d^ bommes, et qu'avec le cœur de QQt jdseoinprébeosibte bipède on explique tout. (Sparte y Athènes y Syracuse,)

liberté! le grand mot! et qu'est-ce que la liberté politique? je vais vous l'expliquer. Un boHune libre A Sparte veut dire un bomme dont les heures sont réglées copime celles de récolter sous la £kute; qui se lève, dîne, se promène, lutte sous les yeuxd'm maître en cbeveux blancs ç^\\mv9Ssm\/^qi^Hlaéiéjadisjeuney vaillartt et hardi : si les besoins.de la nature, si les .droits d'un chaste hymen parlent à son cœur, il faut qu'il les couvre du voile dont on se sert pour le crime; il doit sourire lorsqu'il apprend la mort de son ami ; et si la douce pitié se fait entendre à son âme , on l'oblige d'aller égorger un ilote innocent , un ilote son esclave , dans le champ que cet infortuné labouroit péniblement pour son maître.

* Louange et critique motivées, puisque les succès de la France n'avoient pas ptfur base la liberté, et qu'ils n'étoient enfantés que par le despotisme républicain ou militaire ; mais ils produisoient la gloire qui senroit de cqdtre-poids au crime, et qui devoU ramener à Boa tour la liberté. (N. ÉD.)

BÉVOLimONS ANOENNËS.

Vous TOUS trompez , ce n'est pas là la liberté politique ; les Athéniens ne Fentendoient pasainsi. ^Et comment? — Chez eux il falloit avoir un certain revenu pour être admis aux charges de rÉtat ; et lorsq[u'un citoyen avoit fait des dettes , on le vendoit comme un esclave. Un orateur à la tribune, pourvu qu'il sût enfiler une phrase, faisoit aujourd'hui empoisonner Socrate, demain bannir Phocion ; et le peuple libre avoit toujours à sa tète , et seulement pour la forme , Pisistrate , Hippias, Thémistocle, Péiiclès, Alcibiade , Philippe , Antigonus ou quelque autre.

Je voudrois bien savoir enfin combien il y a de Ukrtés politiques; car toutes les autres petites villes grecques possédoient aussi leurs libertés, et n'expliquolent pas le mot dans le même sens que les Athéniens et les Spartiates. C*est un singulier gouvernement qu'une république où il faut que tous les membres de la communauté soient des Caton et des Gatilina : si parmi les premiers il se trouve un seul coquin , ou parmi les derniers un seul honnête homme , la république n'existe plus •. (Ubetié.)

On s'écrie : Les citoyens sont esclaves, mais esclaves de la loi. Pure duperie de mots. Que m'importe que ce soit la loi ou le roi qui me tratne à la guillotine? On a beau se torturer , fedre des phrases et du bef esprit, le plus grand malheur des hommes c'est d'avoir des lois et un gouvernement ^

L'état de société est si opposé à celui de nature , que dans le premier les êtres foibles tendent toujours au gouvernement : l'enfant bat les domestiques ; l'écolier veut en montrer à son maître ; le sot aspire aux emplois et les obtient presque toujours ; l'hjrpocondriaque sacrifie son cercle à sa goutte ; le vieillard réclame la première place, et la femme domine le tout.

^ Me 1ouerai-jc? j'en ai bien envie; La colère de ces palmes m'a aniusë ; je les avois complètement oubliées. Parlons liériciisoment : ce qu'il y a de faux dans mes raisonnements , c'est que je confonds les formes de la liberté avec la liberté elle-même. Je ne suis point répulilicain , je ne le serai jamais ; j'ai toujours préféré par raison , et je préférerai toujours la liberté dans le mode de la monarchie repr^ sentative : je pense que cette liberté est tout aussi pleine, tout aussi entière dans ce mode que dans la forme républicaine; mais je crois que les monarchies ne sont pas à l'abri des républiques si elles repoussent la liberté.

(N. ÉB.)

^ Miséricorde! j'ai déjà dit cela ailleurs dans YEtsai; c'est une si belle chose, que je ne pourois trop le répéter. 11 parott que ces Sauvages que M. Violet faisoit danser dans ime grange auprès d'Albany m'avoîent lounié la tête. (Voyez Itinéraire, ) (N. En.)

Dans l'état de nature, l'enfant se tait et attend; la femme est soumise , le fort et le guerrier commandent , le vieillard s'assied au pied de l'arbre, et meurt '. {Pensées relatives pnn>enanies ék même sujet. )

Soyons hommes , c'est-à-dire libres ; appreDOU à mépriser les préjugés de la nsdssanoe et des ri* chesses , à nous élever au-dessus des grands et des rois, à honorer l'indigence et la vertu; donnons de l'énei^e à notre âme , de l'élévation à notre pensée ; portons partout la dignité de notre caraetère , dans le. bonheur et dans Tinfortane ; sachons braver la pauvreté et sourire à la mort : mais , pour faire tout cela , il faut commencer pv cesser de nous passionner pour les institution! humaines , de quelque genre qu'elles soient Noos n'apercevons presque Jamais la réalité deschoscs, mais leurs iifnages réfléchies faussement par noi désirs ; et nous passonsnosjoursà peuprèsoomme celui qui , sous notre zone nuageuse, ne verroit le ciel qu'à travers ces vitrages coloriés qui trom-

I Philippe le Coq, d*one petite vUle do Poitou, pusatt Canada dans son enfance, y servit comme soldat, à Vi&^ vingt ans , dans la guerre de I7&4 , et , après la prise de Qii^ bec, se retira chez les anq-Nallons, ou ayant épousé une Indienne, Il renonça aux coutumes de son pays pour prendre les mcrars des Sauvages. Lorsque je voyageois cbei e« peuples, je ne Tus pas peu surpris en entendant dire que fa* vois un compatriote établi à quelque distance dans les boik Je courus chei lui; Je le trouvai occupé à faite la poUiteàda Jalons, à Touverture de sa hutte. Il me Jeta un regard assa froid , et continua son ouvrage ; mais aussitôt que Je lai adf» sai la parole en françois, il tressaillit au souvenir de la patm^ et une grosse larme roula dans ses yeut. Ces accents oommi avoient reporté soudainement dans le ooeor du vidllard U» tes les sensations de son enfance : dans la Jeunesse nous regrettons peu nos premiers ans; mais plus nous noos enfonçons dans la vie, plus leur souvenir devient aloMble; e'ert qu*aIors chacune de nos Journées est un triste terme de coiftparaison. Philippe me pria d^entrer; Je le suivis. Il avoit di la pebie à s*exprimcr : Je le voyois travailler à rasseoiWer les anciennes idées de Tbomme ci\il, «tj^étudlolsavidemnt celte leçon. Par exemple, J*eus lieu de remarquer quHI y avw deux espèces de choses relatives, absoluoMot efTaoérs de la tète : celie'de la propriété du superflu, et celle de la ooisadoe envers autrui sans nécessité. Je ne voulus lui faire ma gruwi question qu'après que quelques heures de con^-ersatioQ loi enrent redonné une assez grande quantité de roots et de pcasées. A la lin Je lui dis : n Philippe, êtes- vous lieoreax7»ll ne sut d*abord que répondre, n Heureux? dit-il en reflédils-

sant; heureux, oui oui, heureux, depuis que Je sais

Sauvage. — Et comment passez-vous votre vie? » ''^ Je. Il se mit à rire. « Tentends, dis-je; vous pensa <ïo«5* ne vaut pas une réponse. Mais est-oe que vous ne voudnn pas reprendre votre ancienne vie, retourner dan* ïoJJ* pays ? — Mon pays , la France? Si Je n*é(ols pas si vieux , r«merois à le revoir... — Et vous ne voudriez pas y rester? ■ ajoutai-je. Le mouvement de tète de Philippe m^ dK assez. « Et qu'est-ce qui vous a déterminé à vous faire, «■»■• vous le dites , Sauvage? — Je n*en sais rien ; l'iBstind. > tx root du vieillard mit fin à mes doutes et Ji mes qœsuotf. Je restai deux Jours chez Philippe pour l'obser-er, «J« ne le vis Jamais se démentir un seul instant : son Ame* nvn du comlMt des passions sociales, me sembla, P^''J"~Jl primer dans le stvie des Sauvages, « calme comme le coanv de bataille , aprèi qua les guerriers ont fumé tnsemWe le calumet de la paix. »

BÉVOLUnONS ANCIENNES.

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ynl l'oril en hd préseatant la sérénité d'une pins Axiee latitude. Tandis que nous nous berçons ainsi de diimères, le temps vole et la tomlM se ferme tout à ooap sur nous. Les liommes sortent da néant et y retournent : la mort est un grand iae creusé j^iu milieu de la nature ; les vies humaines, comme autant de fleuves, vont s'y engloutir; et c'est de ce même lac que s'élèvent ensuite d'autres générations qui , répandues sur la terre, viennent également, après un cours plus M nxrtns long, se perdre à leur source. Profitons doue du peu d'instants que nous avons à passer sur ce globe, pour connoftre au moins la vérité. Sk c'est la vérité politique que nous cherchons , die est làcile à trouver. Ici un ministre despote ne bâillonne , me plonge au fond des cachots , où je reste vingt ans « sans savoir pourquoi : échappé de la Bai4ille , plein d'indignation , Je me précipite dans la démocratie ; un anthropophage m'y attende la guillotine. Le républicain, sans cesse exposé à être j^llé, volé, déchiré par une populace furieuse , s'applaudit de son bonheur ' ; le i^jet , tranquille esclave , vante les bons repas et les caresses de son maître. 0 homme de la nainie ! c*est toi seul qui me fais me glorifier d'être homme 1 Ton cœur ne connoft point la dépendanee; tu ne sais ce que c'est que de ramper d^ps une cour , ou de caresser un tigre populaire. Que t'importent nos arts , notre luxe , nos villes? As-tu besoin de spectacle , tu te rends au temple de la nature, à la religieuse forêt ; les colonnes mousmes des chêne» en supportent le dôme antique ; an Jour sombre pénètre la sainte obscurité du lanctuaire , et de foibles bruits , de légers soupirs , dedoux murmures, deschants plaintib ou mélodieux circulent sous les voûtes sonores. On dit que le Sauvage ignore la douceur de la vie. Est-ce l'ignorer que de n'obéir à personne , que d'être à l'abri des révolutions', que de n'avoir ni à avilir ses mains par un travail mercenaire, ni son âme par un métier encore plus vil , celui de flatteur? N'est-ce rien que de pouvoir se montrer impuné-

^ Td qoe ce malheorenx (|n« M. de Maletberbes déUna.

* On ditqae les orages de la démoeraUe yateot mieux que le dlme da despotisme. Cette phrase est harmonieuse, et voilà toot. On ne me persuadera jamais que le repos n'est pas la partie esMtftlelle du bonheur. Je remarque même que c*est k bot vers lequel nous tendons sans cesse : on InyaUle pour le npoeer; on marche pour goûter un sommeU plus doux : on pense pour délasser ensuite sa pensée; un ami repose son eoeur dans le coeur d*un ami ; Tamour a placé de mâme le oonble de ses Tolnptés dans le repos; enfin le malheureux qai a perdu la tranquiilllé sur la lerre aspire encore à celle de U tombe, et la nature a élevé ridée de la mort à Texlrémité dcsehafrfDs , oonme Hocole ses ookuuies aubout da monde.

ment toujours grand, toujours fier, toujours libre ? de ne point connoftre les odieuses distinctions de l'état civil? enfin , de n'être point obligé , lorsqu'on se sent né avec l'orgueil et la noble franchise d'un homme, de passer une partie de sa vie à cacher ses sentiments , et l'autre à être témoin des vices et des absurdités sociales ?

Je sens qn'on va dire : Vous êtes donc de ces sophistes qui vantent sans cesse le bouheur du Sauvage aux dépens de celui de l'homme policé? Sans doute , si c'est là ce que vous appelez être un sophiste , J'en suis un ; J'ai du moins de mon cêté ({uelques beaux génies. Quoil il faudra que Je tolère la perversité de la société , parce qu'on prétend ici se gouverner en république plutôt qu'en monarchie ; là^, en monarchie plutôt qu'en république? Il faudra que J'approuve l'orgueil et la stupidité des grands et des riches , la bassesse et l'envie du pauvre et des petits? Les corps politiques, quels qu'ils soient, ne sont que des amas de passions putréfiées et décomposées ensemble : les moins mauvais sont ceux dont les dehors gar» dent encore de la décence et blessent moins ouvertement la vue; comme ces masses impures destinées à fertiliser les champs , sur lesquelles on découvre quelquefois un peu de verdure*.

Mais, il n'y a donc point de gouvernement, point de liberté? De liberté? si : une délicieuse, une céleste, celle de la nature^. Et quelle estelle, cette liberté que vous vantez comme le suprême bonheur? 11 me seroit impossible de la peindre ; tout ce que Je puis faire est de montrer comment elle agit sur nous. Qu'on vienne passer une nuit avec moi chez les Sauvages du Canada , peut-être alors parviendrai-je à donner quelque idée de cette espèce de lil)erté. Cette nuit aussi pourra délasser le lecteur de la scène de misères à travers laquelle Je l'ai conduit dans ce volume : elle en sera la conclusion. On fermera alors le livre dans une disposition d'âme plus calme et plus propre à distinguer les vérités des erreurs contenues dans cet ouvrage, mélange inévitable à la nature humaine, et dont la foiblesse de mes lumières me rend plus susceptible qu'un autre.

>^ n feot pardonner à un exilé» à on maUieoreax , h on jeone liomme qui se croit prêt à mourir, celle boutade contre la soaété : elle est sans conséquence, et les senUments exprimés ici par ce jeune liomme ne sont cependant ni sans élévation ni sans générosité. ( N. £n. )

b BTy voilà! faisons-noos Sauvages! (N. En.)

lÉVOLUIIOI» ANCIENNES.

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