‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 191 sur 228 · PHILIPPE IV · texte numérisé non relu

PHILIPPE IV

Ao règne de Philippe le Bel commence la œoteehie des trois états et la monarehie du parle-

HCDt

Sous les rois des deux premières races , le peu* fie entier (e'eet^-dire les soldats ou les eonqué^ nots) psroissoit aux assemblées de mars et de |iii, donnoit son suffire pour la formation des Uicisavoix pour l'élection des souverains. Il n faut pas eonfoudre le tiers état appelé par Mlippe, et avant lui par saint Louis , avec ces Wffes militaires. Le tiers état s6 oomposoit des ^mfgeais nés dans les villes du moyen âge , des pM de métiers affranchis , et des anciens ma* IJrtnUs municipaux ronuiins. Ce furent ces bourppis qui se soulevèrent dans le douzième siècle , fd devinrent propriétaires collectifs, et par Mséquent seigneurs, obtinrent de Louis le Gros foelquesebartes^et prirent le nomûecommunes, Bom nouveau et exécrable, dit un auteur contaporain; ce furent ces bourgeois qui, arrivés m états f commencèrent le peuple françois dans ici villes, après la disparition de la peuplade fmnke et la métamorphose de la servitude en

lervQ^e.

Ce n*est pas , je Tai déjà dit , qu'avant le règne de Philippe le Bel on ne trouve des assemblées (k notables, des bourgeois des bonnes villes semoudrés par nos rois; mais ce n*est qu'à l'occa- ^n des démêlés de Philippe IV avec le pape Bo- Dibce , et surtout à l'occasion d'une taxe générale de six deniers sur les denrées vendues, » qu'En- • guerrand de Marigny, surintendant de ses fl- «nances, ministre plus célèbre encore par ses " malheurs que par son grand talent dans les af- «faires, pour pbvier à ces émeutes, pourpensa « d'obtenir cela du peuple avec plus de douceur. " Bans eette vue il engagea le monarque à convo- « qser à Paris les estats généraux du royaume. « Ou flt dresser un echofaud ; là , en présence du « roi, le surintendant, après avoir loué haute- " toffii la capitale , l'appelant la Chambre royale ,

« où les souverains ancdeoBemeat prenolait leun « premières nourritures, exposa avec beaucoup de « force les motif» qu'avoit ce prince d'aller punhr « la désobéissance des Flamands, exhortant vi? « vement les trois estats à le secourir dans cette « nécessité publique, où il s'agissoil du fait da «tous. » (PxsQuisa.)

Au moment où les trois états prennent siég^e, le parlement de Paris, qui devoit hériter de la puissance politique de ces états, devient sédentaire ; le même roi qui constitue ces deux pouvoirs établit en même temps une nouvelle sorte de pairie : trois coups mortels portés à la monarchie féodale.

Les trois états, nommés depuis états généraux, qui offrirent souvent de grands talents et un haut instinct politique, n'entrèrent cependant Jamais bien avant dans les mœurs du pays. D'abord ils n'agissoient pas sur une monarchie homogène : il y avoit des états de la langue d'Oc et de la langue d'OyIe, et dçs états parrieuliers de provin^^ ces. Les grands vassaux et les petites seigneuries indépendantes ne se soumettoient que selon leur bon plaisir aux décisions des états.

Quant aux trois ordres, la noblesse, minée graduellement par la couronne, ne sentit ni n'aima jamais cet autre pouvoir collectif qu'on lui donnoit dans ces assemblées mêlées du tiers état et du clergé , en dédommagement de sa puissance aristocfatique;etles'ymontratrès-indépendante quant aux opinions , mais elle ne songea point à reprendre sur la couronne, en entrant dans les intérêts communs de la patrie, l'autorité qu'elle avoft perdue : cette idée abstraitement politique ne pouvoit venir d'ailleurs aux gentilshommes du moyen âge.

Le clergé, qui avoit ses synodes particuliers et généraux , se soucioit peu de ces réunions mixtes où sa voix ne comptoit que pour un tierè des suffrages. Ses intérêts, défendus dans les conciles, ne l'incitoient point à Jouer un rôle important dans les états : il y porta de Thumeur, une opposition factieuse et des talents- administratifs que lui seul possédolt alof^.

Le tiers état falsoit entendre quelques doléatf^ ces , mais 11 n'étoit guère occupé qu'à se tenir attaché au trêne, son abri naturel contre les deux autres ordres; il y étoit encore enclin par le penchant naturel qu'a la démocratie à s'unir au pou« voir absolu.

Les guerres civiles etétrangères , les in valions ,

ANALYSE RAISONNES

le soulèvement des peuples , la défiance des rois , les résistances des seigneurs, la confusion qui régnoit dans les attributions politiques , mirent des ol)stac]es à la tenue régulière des états : il y a des temps où ces états , enchevêtrés aux assemblées de notables, aux chambres du parlement de Paris et au conseil du monarque, se peuvent à peine distinguer des pouvoirs auxquels ils étoient réunis.

Un mot à présent sur le parlement.

Lorsque lé roi cessa de juger, son conseil jugea pour lui. Ce conseil, sous le nom de parlement, parlamentum (vers Fan looo) succéda aux p/acitaàe Grégoire de Tours et de Frédégher, et au mallum ' imperatoris des Capitulaires, Le parlement, d'abord ambulant avec le monarque, fût ensuite rendu sédentaire; il eut des sessions fixes, et devintenfin perpétuel : des conseillers jtt^et/r^ tirés de la classe de la noblesse et de rÉglise, des conseillers rapporteurs choisis parmi la classe des clercs et des bourgeois, le composoient. La noblesse d'épée se retira peu à peu du parlement ; la noblesse de robe y demeura seule : d'où il arriva que les juges inamovibles (les nobles) laissèrent le dépôt de la justice aux Juges amovibles ( les bourgeois). Charles YII, en créant le conseil d'État, acheva de séparer le parlement de la couronne , et chercha à Iç livrer aux pures fonctions Judiciaires. Louis XI donna en 1467 un édit pour la perpétuité des offices de judicature; à la vérité il ne tint compte de son édit, parce qu'il n'étoit fidèle qu'à son despotisme de bas aloi. La vénalité des charges, si fâcheuse dans son principe , ramena l'inamovibilité et enfin l'hérédité de la magistrature.

Lorsque le roi , grand justicier de son royaume, venoit à mourir, toute Justice cessoit * , parce que toute Justice émanoit du roi. Le parlement paroissoit aux obsèques du prince et entouroit le cercueil ; quand le cri de la perpétuité de l'empire s'étoit fait entendre : Le roi est mort : vive le roi! les tribunaux se rouvroient , et la justice renaissoit avec la monarchie!

D'autres parlements furent successivement érigés à rinstar du parlement de* Paris dans les différentes provinces. Celui-ci usurpa des droits politiques que n'exerçoient point les trois états dans les longs et irréguliers inter vallesde leurs sessions; les peuples s'accoutumèrent à le regarder

* C*fst du mot mallum qu*e8t Tenu notre mot mail, liea plaoié d'arbres.

^ Root YerroDs d-«prèi rorlgine de U justice cbei les Franks.

comme le défenseur de leurs droits : « Par l'usage « d'enregistrer l'impAt, il acquit , selon Texpres- « sion énergique de Pasquier, le droit de vérifier « les volontés de nos princes. » La monarchie parlementaire survécut à celle des états , jooa un rôle indépendant au temps de la Fronde, disparut dans la monarchie absolue de Louis XIV, fut brisée sous Louis XY , rétablie sous Looii \Y1, et servit au rappel des états généraux de

Pour la justice civile , le parlement de Paris Jsgeoit d'après les coutumes des pa^'s qui ressortit» soient à son tribunal; pour la justice crimineile, il employoit le droit royal (les ordonnances) mêlé au droit romain , et au droit canon lorsque II religion étoit incidente au délit ou au crime. Ge furent des personnages /comparables à ce qu'il y a de plus grave et de plus illustre dans l'histoin que les Flotte, les l'Uospital, les de Thou,k8 Harlay , lesNicolal , tes Lamoignon , les d'Agoesseau , les Brisson , les Mole , les Séguier ; avec tel gens d'Église, les clercs, les lettrés^ les savants, les altistes et une centaine d'hommes de goem, de terre et de mer, ils forment les grands bomiBei de la partie plébéienne de l'ancienne monardiie. Néanmoins plusieurs magistrats étoient de familles nobles ; quelques parlements étoient nobles , et la haute magistrature s'appela la noblesse de robe.

Une multitude de rois s'en étoient allés à la fois , quand Philippe monta sur le trône; il commença son règne au milieu des générations r^ nouvelées. Ses querelles avec Boniface VIII sont célèbres : il s'agissoit d'abord de quelques levées de deniers faites ou à faire sur le clergé. Bonifiw» s'emporta; Philippe repartît qu'il ne se soumettroit jamais au pape pour les choses temporelles.

L'évéque de Pamiers, légat de Boniface, insulte le roi en pleine audience; le roi le chasse de son conseil et le fait accuser de crime de haute trahison : une bulle de Boniface ordonne de livrer l'évéque au tribunal ecclésias^que. Autre bulle qui déclare le roi de France soumis au pape , tant au temporel qu'au spirituel. Le garde des sceaux, Pierre Flotte , adresse au pape de la part du roi une lettre commençant ainsi : « Philippe, parla « grâce de Dieu , roi des François , à Boniface « prétendu pape , peu ou point de salut. Qn* « votre très-grande fatuité sache que nous ne « sommes soumis à personne pour le tempo- « rei,etc. «•

DE L'HISTOIRE DE FRANCE

SvrlBt alors ane bttUe où sont retracés les principaux torts de Philippe : « Il accable ses

• SDjets d'impôts; il altère les monnoies; il per-

• eoit les revenus des bénéflces vacants. En vain € Û rejetteroit tous ses torts sur de mauvais mi- > nistres , il doit changer ces ministres à l'admo- ■ oition du saint-siége. » Si ces reproches étoient d^^lacés, ils étoient justes , et ces violences mêmes étoient utiles. Lapapautéavoit seule alors le droit de parter, et remplaçoit Topinion publique pour les nations; les répliques que les rois étoient obligés de faire dévoiloient les abus de la cour de Rome : par les doubles passions de la couronne ct|de la tiare , les peuples obtenoient une partie ds lumières qui sont aujourd'hui le résultat de h liberté de la presse.

Les trois ordres écrivirent à Rome ^ le clergé ca latin , la noblesse , et vraisemblablement le tes état, en françois. La lettre du clergé étoit mpectoeuse, mais ferme; celle de la noblesse, violente; et celle du tiers état, qu'on n'a plus, misemblablement aussi vigoureuse que celle de h noblesse , à en juger par la réponse des cardinaux. Le pape traita TÉglise gallicane de fille Mie , et se plaignit de ce que la noblesse et les eommunes n'avoient pas même daigné lui accorder le titre de souverain pontife.

Après la tenue d'un consistoire, l'assemblée d'an concile à Rome , et la promulgation de nouvelles bulles, Guillaume de Nogaret, chevalier da roi , dans une assemblée des prélats et des bannis (1303) , déclara que Boniface n'étoit point an pape; qu'il étoit, aux termes de l'Évangile, an voleur et un brigand; qu'il étoit temps d'arrêter ce misérable , de le mettre au cachot , d'asrlembler un concile pour le juger; ce qu'étant frit, les cardinaux éliroient un vrai pape. Bonifiée lança une bulle d'excommunication contre Philippe, et mit le royaume en interdit : il se trompoit d'époque ; le siècle de Grégoire YII étoit déjà loin.

Les deux nonces chargés de porter au roi la sentence papale furent jetés en prison ; les bulles, saisies; le temporel des ecclésiastiques françois qois'étoient rendus à Rome, confisqué ; les ordres dn royaume, convoqués au Louvre, afin d'aviser an moyen de se venger du pontife. Dans cette assemblée, un procès public fut intenté à Boni- &ce par Guillaume de Plasian ; les principaux

articles portoient que le pape nioit l'immortalité

de l'âme, qu'il doutoit de la réalité dn corps de

Jésus-Christ dans TEudiaristie, qu'il étoit souillé du péché infâme, et qu*il appeloit les François Paiarins. Le roi, sur les conclusions de Nogaret et de Plasian, en appelle des bulles de Boniface aux conciles futurs et aux papes futurs. Les trois états adhèrent à cette déclaration.

Nogaret se trou voit alors en Italie ; il fut chaîné de signifier au pape la résolution de l'assemblée générale de France. Le violent pontife, retiré à Agnanie, sa \111e natale, préparoit de nouveaux foudres. Nogaret avoit reçu l'ordre de l'enlever, de le conduire à Lyon où il seroit privé des clefs dans un concile général : c'étoit à leur tour les rois qui déposoient les papes.

Nogaret s'entendit avec Colonne , de cette puissante famille romaine que Boniface avoit persécutée. L'entreprise fut conduite avec secret et suc* ces : Nogaret et Colonne, à l'aide de quelques seigneurs gagnés et d'aventuriers enrôlés, s'introduisent dans Agnanie, le 7 septembre 1303 , au lever du jour. Le peuple se joint aux assaillants, et force le palais du pape. Les portes de son appartement sopt brisées ; on entre : le pontife étoit assis sur un trône , portant sur les épaules le manteau de saint Pierre ; sur sa tète, une tiare ornée de deux couronnes , symbole des deux puissances , et tenant à la main la croix et les clefs.

Nogaret, étonné, s'approche avec respect de Boniface , accomplit sa mission , et l'invite à convoquer à Lyon le concile général. « Je me conso* « lerai, répondit Boniface , d'être condamné par « des Patarins. » Le grand -père de Nogaret étoit Patarin , c'est-à-dire Albigeois , et avoit été brûlé vif comme hérétique. « Veux-tu déposerla tiare? • s'écria Colonne. — Voilà ma tête , répliqua Bo- « niface; je mourrai dans la chaire où Dieu m'a a assis. » Pie VI, prisonnier, à moitié expirant, dépouillé des marques de sa puissance , étoit arrivé à Valence; le peuple, entourant la maison où il étoit déposé , l'appeloit à grands cris ; le vicaire de Jésus-Christ se traîne à une fenêtre, et, se montrant à la foule, dit : Ecce homo! C'étoit là toute une autre grandeur et toute une autre manière de mourir.

Boniface, après sa haute réponse à Colonne, se répandit en outrages contre Philippe. Colonne donne un soufQet au pape, et lui auroit plongé son épée dans la poitrine , si Nogaret ne l'eût retenu. « Chétif pape, s'écrie Colonne, regarde de te monseigneur le roi de France la bonté, qui te

ANALYSE ËAISONNÉÉ

<t garde par mot et te défend de tes ennemis. * fionlface craignant le poison , refusa tout aliment ; une pauvre femme le nourrit pendant trois Jours avec un peu de pain et quatre œufe. Le peuple, par une de ses inconstances accoutumées , délivra le souverain pontife, qui partit pour Rome; il mourut d*une fièvre frénétique (it octobre i803). Quelques auteurs ont écrit qu'il se brisa la tête contre les murs, après s^étre dévoré les doigts.

Les troubles de la Flandre, à peine conquise par Philippe le Bel , recommencèrent. Il y eut de grands massacres , principalement à Bruges. Pour reconnottre les François qu'on vouloit égorger, on les forçoit de répéter ces mots en bas allemand : Sciitende wricndt^ bouclier et ami; le mot ciceri a voit ainsi servi d*arrêt de mort aux Vêpres siciliennes. Il y a des mots auxquels les Gaulois et les François ont encore mieux dénoncé leur double race :. pour s'épargner lennui d'apprendre les langues étrangères , ils ont enseigné la leur, les armes à la main , à toute la terre ; il est probable que cd ne fut pas en latin que Brennus prononça au Capitule le Vœ victis !

Le massacre de Bruges fut suivi de la bataille de Gourtray ; des paysans et des bourgeois , commandés par le tisserand Pierre le Roy, qui se fit armer chevalier à la tête du camp, remportèrent une victoire signalée sur les plus grands capitaines êi la plus haute noblesse de France. Il demeura prouvé que la valeur n'étoit pas exclusivement du cdté de la chevalerie; lumière de plus montrée aux peuples. Quatre mille paires d'éperons dorés furent enlevées à quatre mille chevaliers parles bons hommes de Flandre (1303).

Cette victoire donna lieu à une singulière aventure : quelques Flamands déguises en mendiants Refirent passer pour des seigneurs françols échappés à la journée de Gourtray ; ayant juré de demeurer pendant sept ans sous l'habit de pauvres, sans révéler leur naissance; les veuves les prétendirent reconnoitrc, et les admirent à jouir de leurs droits.

Philippe prit sa revanche à la bataille de Mons en Puèle : la consécration de la statue grossière que l'on voyoit encore avant la révolution dans ia cathédrale de Paris attestoit cette victoire.

La découverte de la boussole est du règne de Philippe le Bel , et coïncide avec celle de la poudre; inventions qui ont changé, l'une le globe, Fautre la société matérielle, en attendant la dé-

couverte de l'imprimerie, qui devolt trâIlsrQ^ tner le monde de Imtelligence. H n'est pas cbl néanmoins que Jean Gira, ou Goya, ou Flavlo Jlti d'Amalfl, soit l'inventeur de la boussole; Maf< Paul pou voit l'avoir apportée de la Chine versl^ 1260; et un vieux poëte, François Guyot, M Provins, décrit exactement la boussole, sons nom de marineUaGû pierre marinière ^ ym\ fin du douzième siècle , cinquante ans et pi avant le voyage du Vénitien en Chine. La de lis , qui chez tous les peuples signale le sur la rose des vents , semble assurer à la Fi rinvention ou le perfectionnement de la boussol cettefleur a de même indiqué bien d'autres gioii avant l'époque où elle n'a plus marqué que malheurs.

Le mouvement général des esprits , qdl ftil du quatorzième siècle un siècle à jamais mémiM rable , amena , en 1 308 , l'insurrection des fnM cantons de Schwitz , d'Uri et d'Undervalden; Il liberté se réveilla au milieu des lacs et des rm chers des Alpes : tandis que les commuoes d( Flandre préparaient dans leurs plaines les réprf* bliques industrielles des Artavelle, la réptibHfoe agricole et guerrière de Guillaume Tell seformitfi dans les montagnes de la Suisse.

Lyon , en isio, fut réuni àia couronne. Cette même année vit la con^ête de Ttle de Bhodtf par les chevaliers de Saint-Jean de Jérnsalelo.

Le coiicile de Vienne (131 f) termina le démêlé de la couronne de France et de la tiarfi; car Philippe avoit potirsuivi la mémoire même àé Boniface. Ce concile traita aussi de l'aboUtial de l'ordre des templiers : elle remplit la fln 3q règne de Philippe.

Neuf gentilshommes françols établirent, eii 1118, l^ordre des templiers à Jénisatem. Ot ordre acquit d'immenses richesses, et devint suspect aux peuples et aux rois. Les templiers étoient accusés de se vouer entre eux à d'iotiSnies voluptés, de renier le Christ, de cracher sdriK crucifix , d'adorer une idole à longue barbe , anx moustaches pendantes, aux yeux d>scarbott*> et recouverte d'une peau humaine; de tuer les enfants qui naissoient d'un templier, detesDfiitt rêtir, de frotter de leur graisse ia barbe et W moustaches de l'idole ; de brûler les corps del templiers décédés, et de boire leurs cendres détrempées dans on philtre. On peut toujours d^ viner les siècles au genre des calomnies historiques : brutales et absurdes dans les tcmpa *

.grossièreté et de fol, raffinées et presque vral- 'KRiblables dans les temps de civilisation et de doQte.

L'abolition de l'ordre des templiers ne fut pas cqiendant une pure affaire de finances : il paroft assez prouvé que les chevaliers appartenoient à la secte des manichéens, et que Philippe îè montra plus Jaloux de leur autorité qu'avide ie leurs trésors. Quoi qu'il en soit , l'humanité ft la Justice furent également violées dans ce froeès : la nature des accusations hxi si bien calcdée pour frapper l'esprit de la foule, que l'opinion vulgaire a transformé en monstres ces Boloes-chevaliers qui n'étoient vraisemblablement coupables qtie de passions et d'erreurs. Ce l'est qu'au commencement du dix-neuvième sièflé qu'un savant et un poëte a vengé leur méàoire(M. RAvrïouARD). Il faut descendre presque jMp'à nos jours pour trouver dans l'abolition le l'ordre des jésuites ( la différence des époques aHinise) quelque chose de l'appareil et du fracas

S'excita dans le monde catholique l'abolition de rdre des templiers.

Le ministre de Philippe le Bel, Enguerrand de Ihrigny , fut , dans le règne suivant , victime de cette même iniquité des hommes qu'il avoit soulevée contre les templiers; il expia par une in- Jiste mortle supplice inj uste de J acques de Molay : iNea patient et vengeur suspend quelquefois son k«s, mais ne détourne jamais les yeux.

Si Ton en croit une vieille chronique , les chetaliersdu Temple, sur le bûcher, citèrent Phi- %e le Bel et Clément Y à comparoltre dans fan et Jour au tribunal suprême, et le prince et je pontife se présentèrent dans le délai légal à la hrre de l'éternité. Ferdinand lY , roi de Castille, niDdé de même à l'audience de Dieu par deux gen- Slhommes qu'il avoit fait mourir, expira juste In terme de l'assignation , d'où lui resta le terrible surnom de Ferdinand l^Âjoumé, Ces récits ne lont point sans dignité morale; l'histoire se plaît aux choses graves et tragiques : on ne doit point éearter les faits qui peignent les croyances, les Bwràrs , la disposition des esprits, et qui donnent le salutaii'cs leçons. Dans tous les cas, il sera toujours vrai que le ciel entend la voix de l'innocence et du malheur, et que l'oppresseur et l'opprimé paroîbont tôt ou tard aux piedis du même

Philippe le E(el ouvrit un des siècles les plus féetmds en transforoàations sociales , et ce prince

DE L'HISTOIRE DE Ï*RANCE. 463

lui- même fut due nouveauté : il connut ta raison d'État, et commença la conversion du vassal en sujet. Mais si d*un côté la liberté religieuse, politique et civile , fit un pas considérable sous son règne par le choc de la puissance temporelle et de la puissance spirituelle , par la convocation des trois états, par l'établissement du parlement sédentaire ; d'un autre côté Philippe donna naissance à l'esprit de la monarchie abso.ue, et mon- .tra dans l'avenir des rois tels que la France ne les devoit pas longtemps supporter.

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