‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 2 sur 228 · LA VIE ET LES OUVRAGES · texte numérisé non relu

LA VIE ET LES OUVRAGES

DB K. LB VICOMTB

ùuxbàcbbiaiid (François-Aiigiute, vicomte de), piir de Franoe et membre de l'Académie tai^iie , est issa d'une noble et ancienne famille deftKtagiie ; il naqoitprès de Saint-Malo, àGombovgf dans Tantiqoe résidence de ses a!eux , en kma 1768. Élevé dans le manoir paternel , il montra dès son enfonce le germe d*une imaginatioD , qiû en se développant marqua son siècle du type d'un génie créatenr. La première éducation répand sonvent son influence sur toutes les périodesdelavie,mèmeàrinsudecelui qui réprouve : ici antenrs de ses Jours , dans leurs vœux divers , (brigèmt à la fols ses étndes vers la théologie, et vers Fart maritime; de là découle la source des sentimaits reHgleux qui colorent toutes ses compositioDS, et du goût des voyages, auquel est attadiée ime partie de sa renommée. Cependant le propre ebolxde M. de Chateaubriand lui fit embrasser, à son entrée dans le monde, la carrière des armes , et bientôt on le vit inscrit sur les contr5lesdu régiment de Navarre. Son nom lui donnent la prérogative de monter dans les carrosses du roi, ce qui à cette époque lui asttignoit à la cour le rang de capitaine de cavalerie. Mais l'amour i[mk service actif lui fit abandonner sans peine son grade et les cerclesbrillants deVersailles pour aller oocnper dans son régiment le poste de souslleulenant d'infiuiterie.

La défection de Tannée, qui commença à mar* qocr les rapides progrèsde la révolution de 1 789 , Ibrça M. de Oiateanbriand à quitter le service. CBJkTB&oaauim. — Tom i. *

* La réalité d'une liberté , dont la théorie Ta voit séduit dans sa patrie, mais dont les excès naissants lui fidsoient présager tous les malheurs , occùpoit ses pensées, 'et i'eq^ir^des bienlhits de cette liberté l'attiroit vers le nouveau monde.

D^uis longtemps son imagination avoit traversé les mers avant que ses^pas eussent foulé le sol américain : c'étoit aux boids de l'Océan, et en errant dans les landes de la Bretagne, que les méditations de sa Jeunesse lui firent concevoir le plan aventureux de découvrir le passage qui éta« blit la communication au nord de l'Amérique septentrionale, entre le détroit de Behring et les mers du Groenland : son but étoit de dévier de la route Jusqu'alors suivie, pour marcher par l'occident vers la rive occidentale de l'Amérique, audessus du golfe de Californie, et de rentrer ensuite dans les États-Unis par la baie d'Hud«m, le Labrador et le Canada. Si M. de Chateaubriand eAt effectué son projet, un nom jRrançais, au lieu de celui de Makensie, dont l'Angleterre s'honore, auroit rappelé la gloire de la découverte du fleuve que ce célèbre voyageur a signalé le premier, et qui roule ses ondes dans la mer Polaire.

Le précoce Jugement du Jeune émule de la Peyrottse lui fit choisir, pour confident de son hardi dessein , le vénérable Malesherbes , son parent; et c'est en dissertant avec lui sur l'itinéraire de son exploration , qu'il sa fortifi<^t dans la volonté de l'accomplir : il seml>loit en assurer le succès, en prenant l'expérience pour boussole.

ESSAI BIOORAPmQUI.

Cétoit animé de l'espénuiee du retour qn*!! promettoit à son digne conseiller Je lui apporter le tribut du souvenir, en formant pouf lui une collection des plantes rares qui omeroienlsa roule et des arbres curieux qui lui préteroient leur abri.

Au printemps de 1 79 1 , il quitta les rives de la France pour celles de FOhio , et s^éloigna du toit paternel où étoient encore réunie tods les oli||et8 de ses affections. Ses adieux à sa respectable mère, qu'il ne devoit plus revoir; à tous les siens , que vint bientôt disperser la proscription, et qui plus tard tombèrent sous le glaive révolutionnaire : tout navrolt son enur, en lui ftiisast presseotir des dangers qu'il atoit preiqtte regrtt de fuif^

Confident des efforts secrets de la Bouarie, son ami , pour raffermir sur ses bases le trône ébranlé de la maison de Bourbon, il reçut de lui une lettre de recommandation pour le célèbre "Vi^asbington , et s'embarqua à Saint-Malo : il tut pout compagnons de voyage de Jeunet seminarietHi que leur supérieur condulioit à Bal* tiaiorapMr y préeher la foi étangélique*

En quarante*huit henret) il entra dans l'Atlantique. Cest loraque le Jeune Toyageor ne vit plus devant lui que l'immensité de l'Océan, que aon âme s'eialta par ee beau idéal de la nature qui, ne (liant point de bornes aux regarda, ue poae aucune barrière à rimaglnatkm. La M pure qui aaimolt les pensées de M. de Chateaubriand reçut au aein dea mers l'impreasion profonde qui plus tard vivifia les pagee lasmoneHes du Génie Ai Ckridianiime.

Il se plaliolt à veiller sur le tillae; et lorsque le pilote ne voyolt sur les vagues que la route oà Il guidolt la poupe de son navire , M. de Chateaubriand , eontemplant avec enthousiasme le mouvement des flota , apereevolt dans leurs verdoyantes sinuosités , ou dans leur blanche écume, toutes les beautés réunies des vallées du Sud et des fdmas du Nord.

L'Ineréduie auroit aspiré à retroliirer des rivages habités, pour Ailr hi monotonie du eoun du soleil sur une mer sans fin; mais l'âme religieuse se plaisent à admirer, dans les gradations de la lumière, la nu\|eslé du Dieu dont la présence remplit rimmensité. Les sons pieux de la eloche du navire ramenoient M. de Chateaubriand près deseseompagnons , et hdftdsolent Joindre sa voix émue aux cantiques du vénérable aumônier, répétés par les mâles aeeents des marins. C'est { lueur du fiiyer ho^pItaUer, son eoeur hattft à la

surtout pendant cette prière du soir, quand le visage cicatrisé des intrépides enfants des mers s'ahaissott devant l'image de la patronne des matelots , que les flots , en réfléchissant les feux du firmament, sembloient à ses yeux unir la terre au ciel pour célébrer la toute>puissanee du roi de l'univers.

Après une traversée longue , mais heureuse , le vaisseau jeta l'ancre, et M. de Chateaubriand salua le sol libre de l'Amérique. Ses premiers pas se dirigèrent vers la modeste demeure du président des États-Unis. L'admiration dont il étoit pénétré pour Washington lui finisoit attendre avee impatience le moment de loi être présenté. Ce moderne GtnciAnatils àvoit pour tout palais une humble maisonnette construite à l'anglaise. Cette chaumière, qui renfermoit le plus grand homme du siècle, n'avoit ni garde pour en défendre l'approche , ni livrée pour en faire le service. Une simple servante fut l'introductriée de M. de Chateaubriand auprès de celui qui avolt créé l'indépendance du nouveau monde ; là , le plus grand écrivain de notre époque aecorOa sespensécb avec la philanthropie du fondateur dn système de liberté qui a diangé la fece des empires.

Tout déployoit aux yeux de M. de Chateaubriand la grandeur philanthropique, la simplicité des mœurs et le grandiose du pays où sou ima*> gination s'étoit naturalisée.

C'est en errant sur les rives d'une contrée vierge, au sommet d'une montagne que n'avoit Jamais sillonnée la main de l'homme, planant sur d'immenses forêts empreintes de toute la majesté de la création, au milieu des parfume inconnus à l'Europe, au bruit de la cataracte de Niagara , que M. de Chateaubriand vit se dérouler sous ses pieds des vallées que ne bomoit aucune habitation humaine; son âme, pénétrée de l'imposante magie d*une nuit d'Amérique, com* prenoit tout l'enthousiasme du premier homme créé pour régner sur cette belle nature.

Le tableau qui s'offroit à ses inspirations étoit sublime i il étoit là pour en saisir les nuances , et pour doter son pays des tributs de son waràfgà etde son génie.

Explorant les déserts du nouveau ttionde, M. de Chateaubriand cheminoftt de hutte en hutte, et c'est en s'abritant dans l'une d'elles, qu'à la ftrible

tSSAt BIOORAPmQIJE.

itt

v«i <*«& flfftgiMnt de jMmal qui M apprit les ■ttlbsos cnlniiilt d« la Frtiioi, la Alite de Ixmis I VI ta aoa afftatatiott à YareDMa. Cet attentat éÊ9tA pour tad le eri de rhonneiir; dèa Ion, wm amhjtkw fài de tetooner aa ri?age où la ■DÉtaM feanfalN allait eombattre la rénolatkm «» la dn^ean daa priaoea français.

k od i^pel, il sentit dans ses veines le sang disea alau, et atteignit UentAt la terre oà B*é- Irieaa lalliées les phalanges àe la fidélité ; mais aas frètes d'armes lui tinrent pea de eompte de m aoorae ehe?aleresqae de l'océan Pacifique ma cfaainpa de la Neostrle ; fiers do titre de pre* inscrits sans la bannière de saint Lonis, vwslamit à peine Fadmettre à l'honneor de la giberne; ee fat Tépée à la main que •L da Ghatcanbriand reveadlqna, en bon cadet de Bratagna, le droit de moorlr pour la cause «saaaroL • Si, eontinoant mon voyage^ dit*il, J'eusse ailHflBé la lampe de mon Mtesse avec le joarnal foi a eliangé ma vie ^ personne ne se fût aperça de flMtt abeenCe, car personne ne savoit que fcKiaaala. XJn simple déméléentre ma conscience et mol me ramena sar la seène du monde. Paurais pn Mre ee qœ J^aarois voalu , puisque félola aenl témoin dn débat; mais de tous les , e*est celui aux yeux duquel je crainle plus de rougir.»

n se voua, dès ce moment, à la défense du , et on le vit partout où le péril étoit grand . it blessé sous les murs de Thion* fille , non sang avolt scellé son union à la légitimité, lorsque rébullltlon révolutionnaire le décida à Mine en Angletarra Tlnfortune de ses princes. D eoMola ses Jours d'exil par les travaux littéraires dont it.enriebit la France, fin 1800, Vâmtomt de la patrie le rament sur ses rives. IL de GhatiMnbriand avait tout perdu, sa plume étoit tout aan bien ; mais, livré à ses propres res- , il est nn de œshonmies qui ne redoutent de ae trouver seuls avec eux-mêmes. La critique le plus sévère est forcé, lorsqu'il aaaiyaa les ouvrages de ee grand écrivain, de trouver, même dans les lieullies échappéesà Texal-

Bsae, des beautés Jusqu'alors In-

{de même en approfondiasant sa vie, on

-nÊ/L ressortir toute la noblesse de son âme, des

dont des apparenees trompeuses Font fsit

quelquefois.

Ussa rentrée an France, M. de Chateaubriand

attira l'attention du premier consul par la roiomraée littéraire qui suivit la puMIcatlon d'Alafa; cet épisode fit deviner toute l'énergie de sentiments et de principes qu'il dévrioppa peu après avec tant d'éloquence dans le Génie du CArft^ ttaniimê. Bonaparte al(Nrs sentit tout le prix de récrivain inaccessible à la crainte , qui dans le moment où les autels étolent à peine relevés ^ osoit publier un ouvrage dont toutes les pages étolent consacrées à exalter les beautés de la re«iigion et la majesté du culte; aussi les Journaux eurentMIs la liberté d'analyser avec rranchise une production qui rouvroit la lice littéraire si long-* temps voilée d'un orèpe de deuil. Tout le clergé paya à M. de Chateaubriand un tribut de recon* noissance, et la sensation que le Oénie du CAn> tianisMB produisit A Rome engagea Bonaparte h attacher l'auteur à l'ambassade française, qui se rendit près du saint-père après la signature du concordat de 180). Mais M. de Chateaubriand, dans l'indépendance de son caractère , était au moment de refuser une faveur à laquelle il répu« gnolt, lorsque les instances des prélats romains et firançals le déterminèrent à accepter un poste où on M fais<^t entrevoir les moyens de servir la religion ; Il suivit donc à Rome le cardinal Fesch, en qualité de secrétaire d'ambassade, et vitita pour la première fois la capitale du monde chrétien.

Il se délassoit de ses travaux en étudiant l'histoire des empires et des arts sur les ruines de l'ancienne Rome ; mais bientôt la voix de rhon« neur l'arracha h ses méditations : les dépêches do cabinet français , à cette époque , vinrent dérouler aux yeux de M. de Chateaubriand tous les projets d'une politique tortueuse ; sa loyauté se refaisant également h lui servir d'instrument et à trahir des secrets confiés à sa foi , Il abandonna un emploi qui n'étolt plus compatible avec ses principes, et guidé par ime conscience pure, il revint à Paris.

Bonaparte , de plus en plus exdté à foire plier sous son Joug cet esprit RA et indépendant, sentit qu'il devoit entreprendre de le captiver et non de ^enchaîner. M. de Chateaubriand reprit donc sans entraves ses occupations littéraires , et continua d'écrire dans le Mercure , qui étoit devenu sa pro^ priété. La modération d'une tyrannie offonsée lut inspira une sorte de gratitude qui lui fit accepter, en 1804, la nomination de ministre de France . dans le Valais.

ly

ESSAI BIOGRAPHIQUE

La persévérance de Napoléon, et son ascendant sur une armée dont les trophées lui avoient servi de pavois, venoient de placer sur sa tète la couronne des successeurs de Henri lY : les rois de l'Europe virent avec effroi ce soldat conquérant saisir le sceptre dont leur,foiblesse n'avoit pas su maintenir la légitimité. La politique de Napoléon lui faisoit ambitionner d'attacher a sa cour naissante les families dont les noms consacrés dans les fastes de notre antique monarchie sembloient, en entourant son trône, en voiler l'usurpation; celui de M. de Chateaubriand fut une conquête.

A cette époque , la France , lasse de l'anarchie , avoit vu avec reconnoissance le pouvoir qui ramenoit l'ordre au sein de l'État ; et une nombreuse partie de la nation pensa que celui qui avoit rendu à la patrie ses autels devoit aussi lui rendre ses princes.

Ce fût d'une main sanglante que Bonaparte déchira le v(^le de Tiliusion; l'assassinat Juridique de l'héritier des Coudé vint compléter l'envahissement du trône; tous les cœurs furent glacés, et de ce moment Napoléon ne régna plus que par la crainte. M. de Chateaubriand, guidé par la plus noble abnégation , envoya sa démission le Jour où la mort du duc d*£ngfaien fût connue : on reconnut dans ce courageux dévouement le rejeton d'une famille décimée sur l'échafaud du roi-martyr.

Dédaignant la fuite , M. de Chateaubriand revint s'exposer à toutes les persécutions que sa profession de, foi lui avoit méritées; mais sa conduite énergique redoubla au contraire le désir du nouvel empereur, d'attirer à bii l'homme qui avoit osé le censurer, et il fut entouré de toutes les offres qui pouvoient satisfaire l'intérêt et l'ambition.

M. de Chateaubriand refusa tout. Alors lar'liberté qui avoit protégé ses premières publications disparut devant le ressentiment d'un dicta* teur irrité. Toutes les inquisitions d'une police ombrageuse vinrent comprimer les élans du génie, et si Napoléon ne voulut pas igouter à l'indignation publique qu'avoit fait nattre l'attentat de Yincennes, par un emprisonnement qui l'eût rappelé, il voua, dès ce jour, à M. de Chateaubriand, une haine dont il lui fit sentir tout le poids, en paralysant les ressources qu'il puisoit dans son talent. Ce fut alors que l'illustre écrivain, mû par une imagination chevaleresque,

alla chercher au pied du Thabor et sur la montagne des Oliviers, des couleurs locales pour peindre les lieux saints , et identifier l'âme au souvenir d'une terre pleine d'immortaUté. Ce fût dans ce pèlerinage qu'il puisa les pensées qui fournirent plus tard de si lielles pages & Y Itinéraire.

Comme à son départ pour l'Amérique, M. de Chateaubriand avoit tracé le plan de sa route vers la Palestine. Il marqua Trieste pour la station de la fidélité, et déposa sur le tombeau de deux filles de France ' l'ourande d'un cœur plein de prévisions. Ce voyage ne dura qu'un an, et l'on s'étonne que dans une course si rapide, il ait pu recueillir tant de souvenirs sur la Grèce, sur ('Egypte et sur Jérusalem. Debout sur les rochers des Thermopyles, par trois fpis sa voix évoqua la cendre de Léonidas ; cet appel aux mânes du héros de la Grèce antique sembloit être le son prophétique de la lutte nouvelle qui devoit illustrer les Jeunes fils de l'Hellénie. Bientôt s'incllnant devant la sépulture des Pharaons, il réveilla la splendeur de leur règne , et redit les exploits d'une gloire récente. La trace des anciens croisés le conduisit enfin dans les cavités saintes, et près de ce toml)eau qui « seul n'aura rien à « rendre à la fin des siècles. » Explorant ensuite la plage africaine, il médita sur les débris de Carthage, et vint s'asseoir sur les ruines de l'Aihambra, derniers vestiges de la puissance des Maures.

A son retour en France, plein des images de ribérie , sa première publication fut une analyse du Voyage en Espagne de M. de Laborde. Bans cet écrit, la curiosité fut surtout excitée par Un portrait de Néron , dont la France nomma le modèle.... L'emportement de Napoléon ne connut plus de bornes, le droit de propriété fut violé, le Mercure fût enlevé à M. de Chateaubriand , et la colère impériale alla jusqu'à le mSnacer « de « le faire sabrer dans la cour des Toileries. »

Loin d'être abattue, l'énergie de M. de Chateaubriand reçut une impulsion plus vive; il consacra ses veilles au travail , et la publication des Martyrs offrit un nouvel encens aux autels de la chrétienté : cet encens monte toiyours.

La souplesse adulatrice des courtisans s'étoit introduite sous un règne despotique Jusque dans la république des lettres : des feuilles périodiques payèrent ladlme au pouvoir, en accablant

I Mesdames Victoire et Adélaïde , tantes de Louis XVI.

ESSAI BIOGRAPHIQUE

de leofs traits Taotear di^acié.... Mais du roo* ■cDt où la persécution s*attachoit à ses pas, M. de Chateaubriand devint l'écrivain national, et son ounge fot accueilli avec enthousiasme.

Tandisque la proscription frappoitun Château* briaod, le trépaà alloit en moissonner un autre, et porter le deuil dans une famille vouée au culte àt la royauté exilée. Un cousin du noble vicomte krigua l'honneur d*étre*chai^ par les princes faoçais d'une mission sur les côtes de Norman* die. Arrêté et conduit secrètement à Paris, sa Bort fàt comoiandée sans que le simulacre d'un jogeoient vint colorer la vengeancedudespotisme. M. de Chateaubriand sollicita vainement la triste satisfaction de lui porter un dernier adieu , les Tcrroos de Yincennes ne s'ouvrirent que pour laisser conduire la victime au supplice; la nuit protégea ce nouvel attentat , et Armand de Cbateaobriand tomba, à la plaine de Grenelle, sous lefeo meurtrier.... Le lendemain, M. de Chateaubriand accourut pour rendre les devoirs funèbres à son infortuné parent; mais il ne trouva plus (p'an chien de boucher qui léchoit la cervelle d*Qa crâne sanglant...!

La police impériale épioit de plus en plus l'écriTain indépendant, et il ne lui étoit plus permis ni d'écrire jii d'agir. Il alloit mettre au Jour Yitinéraire de Paris à Jérusalem; tous les iilyraires ambitionnoient la possession de ce ma- OQscrit; il fit un choix parmi eux, et l'éditeur prépara à grands frais Timpression de cet ouvrage promis et attendu depuis longtemps. Mais, en 1811 , au moment de le faire paroître , un ordre Biioistériel vint imposer à l'auteur une condition nos laqnelle cette production devoit être bannie des presses françaises : il falloit qu'il introduisit dans cet écrit un éloge de Napoléon, ou qu'il Tcnoncâtàle voirimprimer.M.deChateaubriand, amutant que sa juste indignation, reftisa de souscrire à cette injonction tyrannique; mais Téditenr de YHiniraire, atterré par un ordre <pD mettoit son crédit en danger, vint supplier Tanteor de prendre en considération la position critique où le Jetoit son reftis. M. de Chateaubriand a1)é^ pas à faire un sacrifice réclamé avec mfianee , et sa loyauté accorda ce que n'avoient pu obtenir ni l'intérêt ni la crainte. Incapable cependant de trahir son opinion par une adula* tKm mensongère, il parla avec une vérité bien tt&tie de la gloire. des armes françaises, et de la reooounée du chef qui conduisit tant de fois

nos bataillons à la victoire ; mais il garda un silence expressif sur les actes d'un gouvernement dont la marche et l'arbitraire étoient entièrement opposés aux principes d'une sage liberté.

Une place à l'Institut venoit de vaquer par la mort de Chénier; elle appartenoit de droit à l'écrivain qui, par tant de productions utiles et brillantes, venoit d'illustrer les lettres : c'étoit à l'Académie une injonction faite par le talent. Elle ne pouvoit ignorer non plus qu'à l'occasion des prix décennaux, l'Institut n'ayant fait aucune mention du Génie du Chrisiianistne,cMe]acune avoit été improuvée par Bonaparte, tomme membre du corps savant dont il tenoit à honneur de faire partie ; et comme chef de l'État , il avoit à cette occasion ordonné un nouveau rapport sur ces prix et suspendu leur distribution. On décerna donc à M. de Chateaubriand le fauteuil académique; mais, selon la coutume obligée, le récipiendaire étoit tenu de prononcer le panégyrique de son prédécesseur. C'étoit celui du meurtrier de Louis XVI : la verve indépendante de M. de Chateaubriand faisoit présager un anathème contre les crimes de la révolution française. Son discours de réception ayant été soumis, d'après l'usage, à une commission, elle décida qu'il ne pouvoit être prononcé. Napoléon en prit une connoissance confidentielle; il en fut exaspéré : Ne suis-Je donc qu'un usurpateur? » s'écria-t-il en marchant à grands pas et en se frappant le front de la main « Ah! pauvre France, que tu as longtemps encore besoin d'un tuteur!... > M. de Chateaubriand fut exilé de Paris.

Mais déjà les revers de la fortune de Napoléon s'étoient fait sentir; on doutoit de son avenir; la révolution s'étoit repliée, et l'Europe marchoit au pas de charge sur les trophées de l'empire; la restauration étoit prête. La voix de M. de Chateaubriand fit entendre la première les vœux de la France : ce fut au mois de mars 1 814 , au milieu des murs assiégés de la capitale, qu'il livra à l'impression son entraînant écrit De Buonaparie et des Bourbons, Dès les premiers Jours qui suivirent l'entrée des souverains alliés à Paris, 11 fit retentir à leurs oreilles le cri de la patrie redemandant son roi.

Dans le cadre resserré d*une brochure, M. de Chateaubriand a renfermé un vaste tableau aussi brillant de couleurs que frappant de vérité : la vivacité du style, en harmonie avec la rapidité des événements , inculquoit une force de convie-

ESSAI BIOGRAPHIQUB.

tioQ qui devint pour l'opintoo publique un foyer régénérateur. La peinture de la guerre de Russie, et surtout celle des désastres de Moscou , sembloit être le dernier bulletin de cette grande armée ensevelie sous les frimas du Nord, et dont la France entière portoit le deuil.

Le roi , après les premiers moments donnés aux soins intérieurs du royaume, s'occupa do choix important 'de ses représentants près des cours étrangères. L'ambassade de Suède exigeoit un mandataire qui sût concilier les intérêts de l'État avec ceux de l'Europe, et maintenir près d*un sceptre moderne la dignité royale d'un Bou^ bou. Louis XVIII , avec autant de sagacité que d'assurance, confia cette honorable mission i M* de Chateaubriand.

Au moment de quitter son pays, lorsque les lumières des st^ets dévoués étoient si utiles au bien du royaume , il publia ses Réflexions politifuês dont le but étoit de rallier lee esprits par Tunité des sentiments : il soumit le plan de cet ouvrage à l'approbation du roi , qui le sanctionna de son auguste suffrage.

Les événements se pressoient, Bonaparte avott lompu le traité de Fontainebleau ; il reparut sur les côtes de France : son aigle tenoit dans ses serres la Charte mutilée ; planant sur le palais de nos rois , il s'y posa un instant Louis XYIII fbt contraint par la déHeetion de rallier ses si^ets dévoués sur un sol étranger, et on vit M. de Chateaubriand s'attaclier de nouveau à l'infortune de ses princes.

Ministre du roi à Gand , il consacra les méditations de l'exil à l'examen approfondi de la situation politique et financière de la France , et consigna , dans son Rapport au Roi, le firuit des études d'un homme d'État.

L'Europe s'arma une seconde fois , et marcha vers nos frontières en protestant contre l'usurpation ; elle rétablit le trône légitime.

Louis XYIII ayant ressaisi les rênes du gouvernement, le système d'une politique mixte s'établit , le roi céda à une impulsion forcée, et le portefeuille que M. de Chateaubriand avoit reçu de la confiance du souverain au jour du péril, lui fut redemandé. Serviteur fidèle et non courtisan, M. de Chateaubriand vitbientàtmettre en pratique , par des conseillers ambitieux , des théories administratives dues à ses sages vues

Appelé à la pairie et au conseil du roi , comme

ministre d'État, il devint , entre le monarque el son peuple, un éloquent interprète.

Les premiers eoUégea électoraux qui s'assem*' bièrent pour la formation de la Chambre élective^ fixèrent l'attention particulière du souverain. Dans cette eeuvre nationale se trou voient conceo^ très tous les intérêts ; le choix des présidents de ces collèges devolt avoir une grande influenoe sur les nominations dea députés. Dans cette Institution nouvelle , l'inexpérience avoit besoin de guides. Le roi le comprit , et M. de Château* briand fut choisi pour présida aux élections du département du Loiret

Le noble pair justifia les espérances du mo* narque ; le discours qu'il prononça è l'ouverture du collège électoral d'Orléans ne fût pas seulement un appel aux principes qui dévoient assurer la sécurité de tous ; mais il posa les bases de l'opi* nion, en offrant aux électeurs , dans un résumé rapide et brillant, le tableau de la situation de la France, et le sommaire historique des causes qui avoient présidé aux destinées de la monarchie.

L'enthousiasme qui animoit la population des provinces forma une Chambre où chaque député apporta le reflet de l'opinion de ses commettants ; mais les hommes politiques qui dirigeoient le timon de l'État, voulurent arrêter l'élan de la patrie qu'ils jugeoient trop ardente dans l'amour de son roi, et, après avoir tenté d'en réprinier l'expression à la tribune de la Chambre élective , cette Chambre de 1 8 1 5 fut enfin dissoute par une ordonnance royale du mois d'août 1816.

M* de Chateaubriand ne pot retenir un cri ds douleur en voyant refouler, sur tous les points du royaume, les hommes dévoués qui formoieot autour du roi le rempart de la fidélité ; il exprima ses nobles regrets dans un ouvrage qu'il publia au commencement de septembre 1816, sous le titre De la Monarchie selon la Charte. Cet écrit est le premier qui a rendu populaire la connoissance du gouvernement constitutionnel , par la clarté avec laquelle il en développe les avan-* tages.

En jHTofessant son attadiement aux institutions nouvelles, M. de Chateaubriand doenoitau roi et & son pays la franche garantie de l'impartialité qui présidoit à ses opinions. Un pouvoir ombrageux et jaloux attaqua l'écrivain dévoué ; la Monarchie selon la Charte fut saisie d'après les ordres de M. Decaxes , alors ministre de la police,^

ESSAI BIOGBAPHIQm

a rmwng^ fini dénoneé woAH à Tratorité Ju-

JL» piscarw d« roi fit oomparoltre, wr le tnc dM aecQiés, rimprimeur 4ont Iw presses aToîent reproduit ce code politique; mais l'ac- Msitinn ne pot se louteair, el le seul examen d'ne telle procédure fut suffisant auprès de la dumbre du conseil pour repousser les atteintes fertées à la liberté de la presse.

Ce ftit sur Fauteur même que le ministre attira kdisgFâee royaleiCt M. de Cbateau}>riand • cessa « d'é&eeoniptéau nombre des ministres d'État »

Il entra ouYertement dans la lice royaliste; c'est dans le ûmservaieur qu'il combattit le mi- Bislèreoiigarebiqnequi proscrivoit le dévouement. Ce recueil périodique acquit l'importance d'un traité politique. C'est là que M. de Cbateaubriand loatmt les violentes attaques de Topposition, jaatfBi^wa moment où une sanglante eatastropbe vîBft réaliser de funèbres prédictions.... La mort dadnedeBerry, en popularisant la douleur, souleva ranimadversion publique; elle amena laeftnte du ministère. « Le pied lui glissa dans le • sangy il tomba. »

Cb reflet de la couleur royaliste de 1815 se répandit alors autour do trône. A l'aide de M. de Cbatranhriand, MM. de Yillèle et de Corbière Camt élevés au gouvernail de l'État; la place dn noble pair étoit marquée au poste où la supranatie du roi de France devoit se faire sen*tir dans les destinées de l'Europe ; et dans le cabinet britannique, ainsi qu'au congrès de Vérone, IL de Cbateaubriand sut, comme ambassadeur, Ure respecter les droits de la France et maintenir réifuilibre dans l'intérêt des empires*

En t%n I le vœu du roi l'appela au ministère des affelres étrangères. IIsuccédoitàM. de Montmomsacy : un débat de délicatesse s'établit entre cnx; le bien do pays fut entendu , et l'amitié ne Ibt point froissée.

L'administration deM. de Chateaubriand a été marquée par une activité infatigable et un travail opiniâtre. Voyant tout par lui-même, ne esnfiant les secrets de l'État qu'à sa plume, on le dtolt omime le seul ministre, depuis la restaualion , dont la correspondanee diplomatique fût tant entière de sa main.

nnns ses hautes méditations, il conçut le pro- Jst d'aasnrsr rindépendanee des colonies espagnoles; c*étoit là où tendolent ses vœux. Déjà il avoit jfcéfaicé Ferdinand VII à donner un gou-

vernement libre à tous ses peuples. Le piwi dm noble pair embrassoit l'intérêt des deux mondso} il rqposoit sur des principes grande et monarchie ques qui savoient allier le bonheur des peuples à la dignité des couronnes a l'intervention de lu France seroit venue fortifier ce système gêné* reux et utile, et les droits de la patrie se seroien^ accrus par ses bienfaits.

C'étolt là son ambition ; s'il avoit été asseï heureux pour la voir réaliser, il oomptoit arrêtev sa course politique à ce grand acte de philanthco* pie , en suppliant le roi de rendre ensuite le poUf voir au vertueux duc de Moutmorenoy.

« Couronné de succès, dit*il , je serais sorti de n la manière la plus brillante du ministère , pour « me livrer au repos le reste de ma vie, » La marche ouverte, les vues larges de M. de Chft*» teaubriand, la franchise de sa diplomatie, ne pot rent longtemps sympathiser avec la politique réduite en calcul de M. de Viilèle; ce dernier établit, sous l'égide de la foveur royale, une lutte sourde dans laquelle M. de Chateaubriand succomba ; il reçut avec une noble fierté sa dis^ grâce ; elle fut attirée sur lui par l'impassibilité expressive qu'il montra lors de la discussion delà loi des trois pour cent proposée par M. de Viilèle en 1824.

Tout ce qui étoit grand dans les combinaisons de l'Europe se rétrécit alors et resta suspendu.,..

En diplomatie, un plan arrêté n*est pas un plai) exécuté; souvent il demande une longue sollicitude ; celui qu*avoit conçu M. de Cbateaubriand étoit digne de lui , et le regret est d'autant plus profond , qu'on remarque qu'après sa sortie du ministère, on vit tour à tour s'accomplir plusieurs projets qu'il avoit médités. La guerre d'Espagne, l'adoption de la loi septennale , avoient été combattues sous son administration : elles furent adoptées ensuite ; mais on n'en reporta pas le succès à l'homme d'État qui les avoit fait naître.

Deux impulsions ont toujours fait battre le cœur de M. de Chateaubriand , la gloire du roi et la gloire des lettres : il sacrifia le charme de ses loisirs au service de son prince, et retrouva, dans les heures laborieuses de Tétude, la conso* lation des disgrâces politiques.

Le besoin des œuvres complètes de M. de Chateaubriand se faisoit sentir dans le monde littéraire; il y travailla avec une persévérance infatigable , il retourna toutes les pages de sa vie ,

TIIl

ESSAI BIOGRAPHIQUE

et son abnégation oonscienciense laissa pénétrer rœil investigateur de la critique dans ies pensées comme dans les travanx qui la remplirent. -

Les fastes de tous les âges sont rassemblés dans les Essais sur les révolutions anciennes et modernes; là, les yicissitudes des couronnes sont Jugées avec une haute raison. Dans le cours de sa riche collection , son éloquence semble s'être vouée à la réorganisation de la France : les exemples tirés de la destinée des Stuarts sont présentés comme un phare à la foiblesse des trois ; sa Polémiqué est Tétendard de la civilisa* tion; ses Opinions et son Congrès, de Véroney deviennent le code raisonné d'une franche politique et d'une législation nouvelle. Ses Voyages sont une mappemonde sur laquelle se déploient , et les belles contrées de Tantique Italie , et les découvertes modernes des déserts de l'Amérique. On volt aussi les mœurs des Natchez, peuplade de sa prédilection, remplir le cadre de ses œuvres romantiques. Une muse gracieuse est toujours la compagne de ses délassements. Ses Poésies charment l'esprit et touchent le cœur.

L'art de peindre par l'expression, celui de produire le langage fsdïuleux en lui donnant tout l'attrait historique, le talent de faire parler la morale et la nature, et de saisir l'expression la plus vraie du sentiment, sont les attributs du génie de M. de Chateaubriand. Ses Nouvelles se distinguent par l'élégance du style, la richesse des détails et la fraîcheur du coloris.

Atala est le modèle de l'éloquence des passions saisies dans un cœur pur; René y l'exemple de l'amertume qu'elles déversent sur la vie, lorsque la source n'en peut être avouée; et le Dernier Abenceragey le type de la grandeur qu'elles impriment à l'âme quand elles germent avec l'amour du devoir*

Au milieu de cette galerie bibliographique, tandis que son Histoire de France Instruit en attachant, ses Mélanges offrent des souvenirs à l'âge mûr, et des tableaux récents aux contemporains. On voit sous son pinceau la vieille Gaule et la nouvelle France se grouper dans le faisceau de la gloire nationale. Enfin, les œuvres complètes de M. de Chateaubriand sont une mosaïque qui peut orner le temple de l'histoire comme celui des arts ^

■ La série des publications des diverses prododions de M. de Chateaubriand fôraie à elle seule un cours de biblio-

Pendant que l'horloge silencieuse décrivoit son cercle devant la plume de l'illustre écrivain , l'heure des changements politiques avoit sonné. Le ministère de M. de Yillèle tomba par le ma-

graphie; une de ses pages safflrolt pour établir la réputation d'un auteur, et les bibliopbiles aimeront à suivre la chronologie de ses laborieux travaux ; en voici la nomenclature :

r Essai historique, politique, et morai sur les révo* lutions anciéhnes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la révolution française de nos jours, Londres, 1797, tome 1*',2« partie , in-S* ; ibid., 1Sf4, 2 ToL in-8*; Leipsicit, 1S15,2 vol. in-18 ; Londres (Paris), 1 821 , 2 vol. in-8* : cette dernière édition a été publiée furtivement sans l'aveu de l*anteur ; 2* Atala, on les Amours de deux Sauvages dans le désert, 1801, in-18, souvent réimprimé et traduit dans presque toutes les langues de l'Europe ; 3* Renéoxi les Effets des passions , pour faire suite à Atala, Leipsick, 1802,in-12 ; 4* Génie du Christianisme, on Beautés de la religion chrétienne, 1802, 5 vol. in-S"* : la 7* édition a paru en 1823, 5 vol. in-8% 9 planches; 5" Atala, René, 1805i in-12 : c'eut la seule édition qui renferme réunis ces deux épisodes du Génie du Christianisme; 6* les Martyrs, ou te Triomphe de la religion chrétienne, 1809, 2 vol. in-8», ou 3 vol. in-18; 1810, 3 vx)l. in-8« ; 4* édition , 1822 , 2 vol. in-S"; 7*» Uiné" raire de Paris à Jérusalem ,1811,3 vol. in-8® ; 2* édition , 1812; 4* édition, 1823 ; 8"* De Buonaparte et des Bourbons , et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes pour le bonheur de la France et de l'Europe, fai-8* ; 9" Réflexions politiques sur quelques brochures du jour, et sur les intérêts de tous les François , 1814, in-8"; 10" Le 21 janvier 1815, in-8*; 11** Discours de réception à l'Académie française , 1815, in-8* , édition faite à l'insu de l'auteur, et pkâne d'additions et d'Intercalations étrangères ; 1 2* Rapport sur l'état de la France, 1815, in-8* ; 13* De la Monarchie selon la Charte, 1816, in-8* ; 14* Proposition faite à la Chambre des Pairs, par M. le viconUe de Chateaubriand, dans la séance du 23 novembre dernier^ et tendante à ce que le r<fi soit humblement supplié de faire examiner ce qui s'est passé aux dernières élections, cfin d'en ordonner ensuite, selon sa justice, 1817 , in-S* , 3^ édition; là* Opinion sur le projet de loi relatif aux journaux , 1817, in-8* ; 16* Opinion sur leprojet de foi relatif aux finances, 1817 , in-8*; 17* Du Système politique suivi par le ministère, 1818, in*8«; 18» Opinion stir le projet de loi relatif à la loi de la presse, prononcée dans la séance du 19 janvier 1818, in-8*; 19* Opinion sur le projet de loi relatif au recrutement de l'armée, 1818, in-8*; 20* Génie du Christianisme, édition abrégée, 1818 , 2 vol. in-12 ; 21* Remarques sur les affaires du marnent, 1818, in-8*; 22* Extrait du Conservateur réimprimé par une souscription royaliste , 1 820 , in-8* ; 23* Opinion sur le projet de loi relatif à la suspension de la liberté individuelle, 1820, in-8*; 24* Mémoires , Lettres et Pièces authentiques touchant la mort de S, A, R. Charles-Ferdinand d'Artois,fils de France, duc de Berry, 1 820 , in-8*, 3 éditions ',1b* Aux électeurs. Opinion de M, de Chateaubriand sur les élections, 1824, in^*; 26* De la Censure que Von vient d'établir en vertu de l'article hde la loi du 17 mars 1 822 , 1 824, in-8*, 3 éditions ; 27* le Roi est mort : vive te Roi ! 1 825 , in-8*, 2 éditions; 28« De l'Abolition de la censure, 1824, in-8* ; 29* Lettre (première) à un pair de France, 1824, in*8* ; 30* Lettre (deuxième) à un pair de France, 1 824 , in-8*;2*éditiony 1825, in-8*»;3riraij(m de France, ûa

ESSAI BIOGRAPHIQUE

publie el la forée de Topinion. M. de Cha- , eeite fois eneore , étaya l'ayénemeot noaveaax eonseillers de la ooaronne.

Homme ea 1 838 ambassadeur dans la patrie , dans cette Rome dont il avolt ai souvent les souvenirs anticpies, il y puisa de DOQvclles inspirations ; associant là gloire romaine exploits de la Grèce moderne, ses écrits it une nonvelle croisade, et, à sa .y .^ levèrent les étendards libérateurs d*une chrétienne. #

Meemilde^èees relatives à la légitimitéet à la/omille 1815 , 2 vol. ÎD-8'* : cet ounige renferme des da Génie du Christianisme, de V Itinéraire à et àa Mercure, de Toposcale De Buonaparte e£ée% Bourbons , des Mémoires sur le due deBerry, tooM Discours prononcés à la Chambre de 1823 , un ar- 6de infituié Politique , \ 1 octobre 1823, et le Roi est meri : rive U Roi ! 3V Notes sur la Grèce , 1 825, in-8% ; 33* Discours servant d'introduction à Vhisde France, las dans la séance tenue par TArafrançaise, pour la réception de M. le duc Matthieu de r, le 9 réYrier 1 826 , 1 826, in-4* ; W Du Projetée Un sur la police de la presse; 3&* Lettre adressée OM Rédacteur du Journal des Débats , 1 827 , in-8'* ; 36* complètes deM.de Chateaubriand, Fain et Ri- .y l827t 29 vol. iihS*, l'* édition, Ladvocatet Dufef ; 37* AUUa, René, et le Dernier des Abencerages, , Rignonx, 1828, 2 Tol. in-18, Ladvocat et ; 38* Œuvres littéraires, Rignoux, 1828 , 40 vol. i»-l8, Dokj ; 39* Œuvres complètes, Rignoux, 1829 , 20 voL m-B^ cavalier, 2* édition , Lefèvre et Ladvocat : cette éditîoa peut faire suite à la belle collecUoD des classiques ftaoçaîs publiée sur le même format , par les soins de Leftvrc ; 40* Œuvres romantiques de M. de Chateaubriand et Souvdles historiques tirées de ses ctuvres, par le chev. Vr** de St E**^ Firmin Didot, 1830, 6 vol. in-32, Louis ; 4 f * Œuvres complètes , enrichies des notes savan* de Fortia d'Urban, 1 830, 46 volumes in- 1 2, af éditm, Fayolle et Foumier jeune ; 42** Œuvres complè' Ées, Cfspelel, 1838, 32 yoI., 4^ édition , Pourrat ; 43*' Œuvra complètes, arec un Essai biographique sur la vie et les ouvrages de l'auteur, par le chev. D*** de St. E***, Firvm Dîdot, 1839, 5 voL in-8«, h^ édition : cette édition Mt la première où Ton ait classé les ouvrages de M. de

I un système bibliographique qui en rend partie complète et indépendante; voici la division qi^oB a adoptée dans cette publication : 1* Œuvkes histoniQcts, Études historiques. Essai historique sur les révoiattioiu anciennes. Histoire de France; 2* Œuvaes MungvEs, Mélanges historiques. Mélanges politiques, Opimions et Discours, Polémique: 3* Œuvbes morales, k Génie da Christianisme, les Martyrs: 4* Voyages, IRméraire de Paris à Jérusalem, Voyages en Italie, a Amérique, etc., les Natchez, Atala, le Dernier des Âbeneerages; 5* Œuvbes um^AmEs, Essai sur la Uttéraiure anglaése, le Paradis perdu. Mélanges litiérukres. Poésies.

Td eit le voiumineax catalogue des ouvrages dont H. de Chateaubriand a doté la littérature. Ses écritsont été teairtlsen grec , en anglais, en allemand , en russe , en iiaiiencC en espa^Boi; et dans toutes les bibliothèques de fEnrope le voyageur français retrouve avec oigueil les œu- ▼ws deFarteuf coutemporato qui honore le plus la France.

Sa politique ftit toujours appréciée des hmnmes sages. La mort de Léon XII , l'élection de Pie VIII, furent des circonstances importantes Ott^ ses accents retentirent dans la diplomatie européenne.

La cité où s*élèvent tant de monuments artistiques de voit aussi porter Tobélisqued'un souvenir contemporain. A ses frais, TamlNissadeur de France éleva la pierre funèbre qui décore la tombe du Poussin ; le tribut d'un génie qui apporta une création dans les phases de la littérature y fiit payé à la cendre du grand peintre qui fit école dans son siècle.

Les débris du règne des Césars , que le soc de la charrue déroule à l'étude moderne, sur la terre on brillèrent leurs phalanges, réveillèrent son amour pour l'antiquité ; on lui dut des fouilles qui produisirent des découvertes précieuses dans le caveau de la Porte du Peuple. Sa main alla consulter le sein du sol antique, comme l'œil de son génie avoit pénétré dans la nuit des temps.

Sa santé, altérée par des veilles studieuses, avoit besoin de se ranimer à l'air de la patrie. De retour en France, M. de Chateaubriand fut fêté dans la cité où les colonies romaines vhrent décerner des couronnés à l'éloquence; Lyon ac* cueillit le chantre desarts; et Pau, la ville qui renferme le berceau de Henri lY , paya quelque temps après son hommage à l'écrivain qui défendit avec un si noble courage les droits des petits-fils du Béarnais.

Rome ne vit pas le retour de M. de Chateaubriand; ses travaux diplomatiques furent abandonnés au moment où un ministère, du choix spécial du roi , commençoit les siens. Au mois de septembre 1829 , il donna à la hâte sa démission d'ambassadeur. Charles X fût blessé dans la politique de son cœur, et les royalistes les plus désintéressés , qui n'avoient Jamais séparé* leur cause de celle de M. de Chateaubriand , se turent ; mais, dans leur affliction muette , ils déplorèrent cet acte de précipitation.

L'amour des lettres assura toujours à M. de Chateaubriand des jouissances dans la retraite , et il rassembla , en explorant les chroniques françaises, de prédeux matériaux qui ont fourni de nouvelles palmes à sa renommée.

La vie de Chateaubriand a mis en relief toutes les voies du progrès; sur ses pas la civilisation s'est avancée ; tous les partis ont fait corps avec ses sympathies. Il a ramené l'unité dans la foi

CSSAI BlOOKAPHIQUB.

et dm la mnHfcUe. TMt« tai Idéft épanm se Mot groupées à sa toIx , et acs heuti» leçons ont été enteBdues des maases. Preux voyageur, homme politique, mentor des fils de saint Louts^ proscrit, associé à toutes les infortunes de la royauté, c'est Thomme des beaux Jours du malheur, e*est le héros de nos vicisaituâcs, c'est l^bomme de notre gloire , c'est le conseiller des i^is ; grand de renommée et de sacrifices , c'est la hmsaole qui guide et qui ne faillit point.

Les Mémoinê d'auift4omb0 de M. de Cbateaidwiand font ressortir l'action d'une existence qui est touteàla France, et qui grandit la France, en arrhant l'avenir. Éeoutoui t « Gomme U est impossible de prévoir le monient de ma fin ; comme & mon ége les Jours accordés à l'homme ne sont que des Jours de grâce, ou plutM de rigueur, Je vais, dans la erahite d'étrt surpris^ m'expUquer tar un travail des* tiné à tromper pour mol l'ennui de ces heures dernières et délaissées, que personne ne veut, et dont on ne sait que Caire.

« Les Mémoires à la tête desquels on lim cette préface embrassent ou embrasseront le cours entier de ma vie; ile ont été commencés 4ès l'année t a i l , et continués Jusqu'à ce Jour. Je raconte , dans ce qui est achevé , et raeonterai , dans ce qui n'est encore qu'ébaudié, mon enfance, mon éducation, ma jeunesse, mon entrée un service , mon arrivée à Paris , ma présentation à Louis XYI , les premières scènes de la révolution, mes voyages en Amérique, mon retour en Europe, mon émigration en Allemagne et en Angleterre , ma rentrée en France sous le consulat , mes occupations et mes ouvrages sous l'empire, ma course à Jérusalem, mes occupa* tiens et mes ouvrages sous la restauration, enfin rhistoire complète de cette restauration et de sa chute.

« J'ai rencontré presque tous les hommes qui ont joué de mon temps un r6te grand ou petit à l'étranger et dans ma patile , depuis Wasbio* gtoa Jusqu'à Napoléon,, depuis Louis XVIII Jusqu'à Alexandre, depuis Pie VII jusqu'à Grégoire XVI , depuis Fox, Burke, Pitt , Shéridan, London Derry, Capihd'Istrias, Jusqu'à Malesherbes, Mirabeau; depuis Nelson, Bolivar, Mébémet pacba d'Egypte, jusqu'à Suffren, Bougainville, Lapeyrouse, Moreau, eto. J'ai fait partie d'un triumvirat qui n'avoit point eu d'exemple : trois poètes opposés d'intéréta

et de nations se K»t trouvés, presqueà la bM 9 ministres desafft&ires étrangères, moien Franee» Canning en Angleterre, Martinezdela Rosaeii Espagne. J'ai traversé succeaslvementiesannées vid^ de ma jeunesse, les années si remplies 4e l'ère républicaine , dos fastes de Buonaparta et du règne de la lé^timité.

« J'ai exploré les mers de l'aneicn et dei nouveau monde, et foulé le sol des quatre parties de la terre. Après avoir campé acms la hutte de riroquois et sous la tinta de T Arabe, dans les wlgwuamsdes Hurons, dans les débris d*Athènes, de Jérusalem, de M enq^, de Carthage» de Grenade , ches le Grec , le Turc et le Maure , parmi les fbréts et les ruines ; après avoir revêtu la casaque de peau d'ours du Sauvage et le ca« fetan de soie du Mameluek ; après avoir subi la pauvreté , la &um , la soif et l'exil , je me suis assis , ministre et ambassadeur , brodé d^oi^ bariolé d'insignes et de rubans , à la table des rois, aux fêtes des princes et des princesses , pour retomber dans l'indigence et essaya de U prison.

< J'ai été en relation avec une foule de pei^ sonnages célèbres dans les armes, l'Église, la politique, la magistrature, les sciences et lea arts. Je possède des matériaux Immenses, plus de quatre mille lettres particulières, Ie9 correspondances diplomatiques de mes diffè» rentes ambassades , celles de mon passage au ministère des affaires étrangères, entre lesquelles se trouvent des pièces à moi particulières, uniques et inconnues. J'ai porté le mousquet du soldat,le bâton du voyageur, le bourdon du pèlerin : navigateur, mes destinées ont eu rinconstanee de ma voile; alcyon, J'ai fait m(m nid sur les flots.

« Je me suis mêlé de paix et de guerre, J*al signé des traités, des protocoles, et publié, chemin faisant , de nombreux ouvrages. J'ai été hiitlé à des secrets de partis , de cour et d'État i j'ai vu de près les plus rares malheurs, les plus hautes fortunes, les plus grandes renommées. J'ai assisté à des sièges, à des congrès, à des conclaves, à la réédification et à la démolition des trênes. J'ai fait ds l'histoire, et Je pouvols Té* crire. Et ma vie solitaire, rêveuse, poétique, marcholt au travers de ce monde de réalités^ de catastrophes , de tumulte , de bruit , avec les fils de mes songes, Chaettis , René, Endore^ Af^n-Humetf avec les filles de mes chimères»

ESSAI K06RAPHIQU&

àméUêj BAinM» Yêlhiaj Cymo^cée.

il à côté de mmi siècle, J'exerçois m loi j tans le vouloir et sans le cher« triple iiiflnenoe, reUgièuse, poUUqae

• Je B*ai plaa wtew de moi que quatre ou cmrtftfna^tnf d*uiie toogoe reDommée.

ây Ganova el Moati ont dispam. De ses briUMti j ritaUe ne ecmaerye que Piudef ^ MsaaoaL PelUco a uaé saa beU^ean* i im eachols dp Spi^berg ; lestaleuts de . hpÉbrkdtDante sont condamnée au silence ou •tecteéelangnir en terre étrangère. Lord Byron t«i (^ning sont BM>rts jeunes; Walter Scott I latente; Goethe nous a quittés rempli de et d'années. La France n'a pr^que plus de fon paaié si ridie ; elle commence une : Je reste pour enterrer mon siècle , le "flenx prêtre qni , dans le sac de Mi, devoit sonner la cloche avant 4.e tomher ) lonque le dernier citoyen auroit ex-

• QMDid la mort baissera la toile entre moi et

• la maBdOy on trouvera que mon drame se di<

• "viKCB trois àetes.

« Deiwii ma première jeunesse Jusqu'en 1 SOO ,

• /Mêlé addat et voyageur; depuis i 800 jusqu'en - lau, soos le consoUit et l'empire, ma vie a « éÊk Mtéralrt; depuia la restauration jusqu'au* « javdiHii, ma vie a été politique. Dans mes

• «rais carrières successives , Je me sois toujours « prapoaé une grande fàehe : voyageur, j'ai as- « fM à la découverte du monde polaire; littéra-

r. J'ai essayé de rétablir la reUgion sur ses .; homme d'État, Je me suis effereé de aox peuples le vrai système monarchi- « que r^M^sentatif avec ses diverses libertés : J*ai

• du moinsaidéà conquérir celle qui les vaut, les « remplace , et tient lieu de toute constitution , la

• fiberté de la presse ; si J'ai souvent échoué dans « mes entreprises, il y a eu chez moi faillance « de destinée. Les étrangers qui ont succédé dans t lears doseins furent servis par la fortune; ils « avoient derrière eux des amis puissants et une « patrie tranquille; Je n*ai pas eu ce bonheur.

« Des anteurs modernes français de ma date, < je sois quasi le seul dont la vie ressemble à ses

• cQvrages : voyageur, soldat, poète , publiciste ,

• c'cat dans les bois que J'ai chanté les. bois , sur . ks vaisseaux que j'ai peint la mer, dans les « eiaips que fai parlé des armes, dans Texil que |

«J'ai appris l'exil, dans. les. cours, dans tes af« * faires, dans les assemblées que j'ai étudié les « princes, la politique, les lois et rbistoire. Les « orateursde la Grèce etdeBomefurentmAlésàla « diose publique et en partagèrent le sort. Dans « ritalie et l'E^^tagne de U fin du moyen âge et « de la renaissance, les premiers génies des lettrée « et des arts participèrent au mouvement social. « Quelles orageuses et belles vies que celles de « Dante, de Tasse, de Camoëns, d'ErcUia, dQ « Cervantes 1

« En France, nos anciens poètes et nos anciens « historiens chantoient et écri voient au milieu des « pèlerinages et des combats : ThilNiult, comte «de Champagne; Villehardoin , Joinville, em* « pruntent les félicités de leur style des aventures « de leur carrière; Froissard va chereher l'his* « toire sur les grands chemins, et l'apprend des « chevaliers et des abbés, qu'il rencontre, avec « avec lesquels il chevauche. Mais à compter du « règne de François V% nos écrivains ont été des « hommes isolés dont les talents pouvoient être « l'expression de Tesprit, non des faits de leur « époque. Si j'étois destiné à vivre , Je représen- « terois dans ma personne, représentée dans mes « Mémoires, les principes, les idées, les événe- « ments , les catastrophes, l'épopée de mon temps, « d*autant plus que j'ai vu finir et commencer « un monde, et que les caractères opposés de cette « fin et de ce commencement se trouvent mêlés n dans mes opinions. Je me suis rencontré entre « deux siècles comme au confluent de deux a fleuves; j'ai plongé dans leurs eaux troublées, « m éloignant à regret du vieux rivage où j'étoia « né, et nageant avec espérance vers la rive in- « connue où vont aborder les générations nott< « velles.

« Les Mémoires, divisés en livres et en parties, n sont écrits à différentes dates et en différents n lieux : ces sections amènent naturellement des « espèces de prologues qui rappellent les accidents « survenus depuis les dernières dates , et peignent « les lieux où je reprends le fil de ma narration. « Les événements variés et les formes changeantes a de ma vie entrent ainsi les uns dans les autres; « il arrive que, dans les instants de mes prospé- « rites , j'ai à parler du temps de mes misères , et « que dans mes jours de tribulation je retrace mes « Jours de bonheur. Les divers sentiments de mes « âges divers , ma jeunesse pénétrant dans ma « vieillesse, lagravité de mes années d'expérience

ESSAI BIOGRAPHIQUE

« attristant mes aimées légères, les rayons de « mon soleil, depuis son aurore jusqu'à son cou- « chant , se croisant et se confondant comme les « reflets épars de mon existence, donnent une « sorte d'unité indéfinissable à mon travail : mon

• berceau a de ma tombe , ma tombe a de mon « berceau, mes souffrances deviennent des plai- « sirs , mes plaisirs , des douleurs , et Ton ne sait si « ces Mémoires sont l'ouvrage d'une tête brune « ou chenue.

« Je ne dis point ceci pour me louer, car je « ne sais si cela est bon; je dis ce qui est, ce qui n est arrivé , sans que j'y songeasse par l'incons- « tance même des tempêtes déchaînées contre ma « barque, et qui souvent ne m'ont laissé pour

• écrire tel ou tel fragment de ma vie que l'écueil <i de mon naufrage. J'ai mis à composer ces Mé- N moires une prédilection toute paternelle; je dé- « sirerois pouvoir ressusciter à l'heure des fan-

• tûmes pour en corriger les épreuves : les morts « vont vite,

« Les notes qui accompagnent le texte sont « de trois sortes : les premières , rejetées à la fin « des volumes, comprennent leséclaircissements m et pièces justificatives ;\e% secondes, au bas N des pages, sont de l'époque même du texte; « les troisièmes, pareillement au bas des pages, « ont été lyoutées depuis la composition de ce t texte , et portent la date du temps et du lieu où « elles ont été écrites. Un an ou deux de solitude « dans un coin de la terre sufflroient à l'achevé* « ment de mes Mémoires; mais je n'ai eu de « repos que durant les neuf mois où j'ai dormi la « vie dans le sein de ma mère; il est probable « que je ne retrouverai ce repos avant*naf tre « que dans les entrailles de notre mère commune « après-mourir.

« Plusieurs de mes amis m'ont pressé de publier à présent une partie de mon histoire; je n'ai pu me rendre à leur vœu. D'abord je serois, malgré moi, moins franc et moins véridique; ensuite j'ai toujours supposé que j'écrivois assis dans mon cercueil. L'ouvrage a pris de là un certain caractère religieux que je ne lui pourrois pasêter sans préjudice; il m'en ooâteroit d'é* touffer cette voix lointaine qui sort de la tombe et que l'on entend dans tout le cours du i^ctt. On ne trouvera pas étrange que je garde quelques foiblesses, que je sois préoccupé de la fortune du pauvre orphelin , destiné à rester après moi sur la terre. Si j'ai assez souffert dans ce monde pour être dans l'autre une ombre heureuse , un peu de lumière des Champs Ëlysées, venant éclairer mon dernier tableau, serviroit à rendre moins saillants les défauts du peintre : la vie me sied mal; la mort m'ira peut-être mieux.

« GHATEAUBaiÀN D. »

Comme au temps de sa jeunesse, ses derniers écrits sont empreints de ce feu vital qui anime sa verve et rend irrésistible l'entraînement qull inspire.

Son génie , né roi dans la littérature , a doublé sa puissance par ses succès ; son règne y est établi , et par droit de nature et par droit de conquête. C'est toujours de son cœur que part Fétincelie qui embrase son imagination , et c'est bien à lui qu'on peut appliquer cette maxime : « La <c beauté des sentiments fait la beauté du style \ « quand l'âme est élevée, les paroles tombent « d'en haut. »

D*'* de St. E***

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