‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 203 sur 228 · CHUTE D'ARTEVELLE · texte numérisé non relu

CHUTE D'ARTEVELLE

Arteyelle, usé dans les troubles populaires ; las peut-être de ses orgies démocratiques, qui n*avoient plus pour lui Tattrait de la nouveauté , n*ayant point agi par la conviction d'une opinion forte, mais par rentraioement d^une petite jalousie plébéienne contre Tinégalité des rangs; Ârtevelle ne pensoit plus qu*à mettre à l'abri ses trésors; il auroit pu dire à ses fils : « Cet or sent- « il le sang? « conune Yespasien demandoit à Titus si la pièce de monnoie qu'il lui présentoit sentoit rimp6t dont elle étoit provenue. Mais, pour rire en paix des victimes qu'il avoit faites et du peuple qu'il avoit trompé, il falloit qu'Artevelle changeât de position. Il lui restoit deux partis à prendre : s'emparer du pouvoir suprême, ou descendre de sa puissance tribunitienne et se perdre dans la foule. S'emparer du suprême pouvoir demandoit un génie qu'Artevelle n'avoit pas ; se démettre de la puissance tribunitienne, Artevelie ne l'osoit. II n'y a pas sûreté à abdiquer le orime ;

HISTOIRE DE FRANCE

cette ecmroniie-là laisse des marques sur le front . qui Fa portée; il en fant subir la terrible légitimité.

Artevelle, ne s'arrètant nia Tun nia Pautre parti, eut recours à un expédient qui montroit ce qu'il y avoit de vulgaire dans la nature de cet homme : après avoii^ déchaîné la foule, il songea à lui donner un maître, mais non l'ancien prince du pays , qu'il haissoit et qu'il croyoit avoir trop outragé. Il arrive souvent qu'un despote populaire , après s'être livré aux débauches de la liberté, se retire à l'abri sous le joug d'un autre tyran, pourvu que ce tyran soit de son choix, et qu'il ait participé à ses excès : Artevelle jeta les yeux sur Edouard , qui avoit trempé dans tous ses complots, servi et approuvé toutes ses fureurs. Plus il étoit ignoble pour un monarque, selon les idées du temps, d'avoir été l'allié et le courtisan d'un marchand de bière, plus le monarque devoit entrer dans les projets de ce marchand. Artevelle machina de faire le jeune prince de Galles due des Flamands , comme il avoit fidt Edouard roi des François.;

Pour négocier cette affaire, Edouard débarqua au port de l'Écluse vers le milieu du mois de juin de Tannée 1845 ; il menoit avec lui son lils et grande f oison de barons et de chevaliers. Lés députés de Flandre se rendirent de leur cdté à l'Écluse avec Artevelle; ils ignoroient ce qu'on devoit traiter dans cette enti*evue. On tint conseil à bord du grand vaisseau que montoit le roi ' d'Angleterre , et qui s'appeloit Catherine, Là Ar^ tevellc proposa de déshériter le comte Louis de Flandre et son jeune fils Louis , et de donner le comté de Flandre sous le nom de duché au prince de Galles , fils d'Edouard.

' Jl y a dans le cœur de l'homme un fonds de justice qui reparoît toutes les fois que les passions ne sont pas émues. Dans ce moment les députés de Flandre étoient de sang-froid; ils s'indignèrent à cette proposition qui blessoit l'esprit de bonté des uns et le caractère de loyauté des autres. Ils répondirent qu'ils ne pouvoient prendre sur eux une chose aussi pesante qui y au temps à veniry pourroit toucher à leur pays y et qu'il falr loit prendre l'avis des communes de Flandre ; et ils se retirèrent.

Artevelle , se laissant devancer à Gand par les députés, commit une de ces fautes qui décident du sort d'un homme : s'il eût parlé le premier, peut-être eût-il entraîné les bourgeois ; mais son

crédit comrhençoit à s'affoiblir. Vn rival dangereuse , Gérard Denis, chef des tisserands, s'élevoit sur les débris de sa fortune. Soit que ce non* veau tribun fût gagné par l'argent de la France, soit qu'il embrassât tin parti généreux par son propre penchant, soit qu'il agit par esprit d'opposition à Artevelle , 11 ne manquoit jamais de repousser les propositions de ce dernier. Artevelle sentoit si bien ce que Gérard Denis avoit pour Id de fatal , qu'il étoit résolu de s'en défaire.

Les députés , arrivés à Gand , convoquent le peuple à la place du marché ; ils rendent compte des conférences de l'Écluse. Le peuple , aussi a^ dent dans le bien que dans le mal , manifeste son mécontentement par ses murmures; alors Oénri Denis prend la parole :

R Bonnes gens , nous avons jusqu'ici combatta « pour nos franchises : Artevelle , qui s'en disdt « le défenseur, vous propose aujourd'hui de les a trahir. Mais, si nous ne cessons d'être libres, « à l'instant tout nous accuse. Comment nousjos- « tifierons-nous? Que nous rcstera-t-il de nos san- « glantes rébellions? des crimes et des chaînes! * Cet homme qui vous a entraînés veut vous H- « vrer à l'Angleterre. Prince pour prince, n'en « avons-nous pas un né de notre sang , élevé para^ « nous, que nous connoissons , qui nousconooft, « qui parle notre langue , pour lequel nous avons « prié, dont nos enlknts savent le nom comme e^ ft lui de leurs voisins , dont les pères vécurent et « moururentaveclesnôtres?Parcequenousavons « réduitnosancienscomtesàêtrevoyageurs,notre « pays seroit-il une propriété forfrdte, et doit-il « demeurer à l'Anglois par droit d'aubaine? Ahf « pour Dieu , si nous voulons un maître , ne soyons « pas trouvés en telle déloyauté de déshériter « notre naturel seigneur, pour donner son lit an « premier compagnon qui le demande. »

A de semblables discours, Denis et ses partisans ajoutent ce qui devoit agir plus immédiate* ment sur la foule : depuis neuf ans passés qn'Artevelle gou vemoit la Flandre , il avoit amassé mi trésor, tant des forfaitures et des amendes, qtrt des revenus du domaine; cet amour de l'argoit) passion des âmes communes, le perdit.

Artevelle, en quittant Edouard à l'Éehise, s'étoit rendu à Brdges, et ensuite à Ypres, q*** fit entrer dans ses desseins. De là II revlat i Gand. En chevauchant par les rues , accorapagsé de ses amis et de la garde étrangère qu'Edouard lui avoit donnée, il s'aperçeft qu'il te lrfcastt<**

HISTOIBB DE FRANGE.

sot

\n W Quelque idiose ; car eenx qui avotent eonttmét le nJoer lai toonioient le dot et rentroient àM Icun maisons. Le peapie murmuroit et di- Mit: • Voycs celui qai est trop grand malstre , et

■ qvi veut ordouner de la comté de Flandre. » Arrivé à son hôtel , il en fit Imrricadef les porta et les fenêtres; car Thabitude qu'il avoit du peuple loi fit, aux premiers signes, prévoir la tflmpéte. A peine s'étoit-ii renfermé , que tout le quartier se souleva; la maison du brasseur est iDtourée et assaillie. Les serviteurs d'Artevelle U demearèrent fidèles, ce qui arrive rarement amnalheoreux ; ils se défendirent bien « tuèrent etbiessèrrot plusieurs hommes; mais enfin les pertei lont brisées , et la foule se répand dans riBtérieQrde l'hôtel^ en poussant des hurlements. Alors Artevelie paroit à une fenêtre , la t^e nue , «tes posture de suppliant : « Bonnes gens, que

■ vous faut-il? Qui vous meut? Pourquoi estes-

■ vous si troublés sur moi? En quoi puis-Je vous « avoir éoarrottcés? — Où est le trésor de Flan-

• (lre?-s'écrièrait lesattroupés. — « Jen'enai rien «pris, dit Artevelie. Revends demain. Je vous •flttlsferai. — Non, non, vous ne nous echap* I perez pas ainsi : vous avez envoyé le trésor en

• Angleterre, et pour cela il vous fliut mourir. » A cette menace, Artevelie joignit les mains

rteommenea à pleurer. « Seigneurs, dit-il. Je « aris ee que vous m'aves feit. Vous me Jurastes

* jadis que vous me défendriez contre tout homme, 'ttoaintenant vous prétendez me tuer sans rai- *soiK Bappelez-vous le temps passé ; considérez •nés courtoisies. Je vous ai gouvernés en si

* gnmde paix que vous avez eu toutes choses A

■ awhait , Ué, avoine, et toutes autres marchan-

• dises. Vous voulez me rendre petit guerdon des

* gnnds biens que Je vous ai feits. »

U ne toucha vpas le peuple par des larmes; t'étoit le cerf pleurant aux veneurs. La fouie cria ^t d'une voix : « Descendez , et ne nous sermon- 'M pas de si haut. » Dans ces paroles , ArtevcQe cuit son arrêt. 11 ferme la fenêtre et se v«it MBver par une porte de derrière pour se réfugier 4insune église voisine; il espéroit trouver un *^le aux pieds de celui dont la miséricorde ne ie lasse pas comme la pitié des hommes. Afais d^ plus de quatre cents forcenés remplissoient 1* maison : Artevelie , tombé au milieu d'eux , cit déchiré. U reçut la mort de la main de Gé- *^ Denis , qui parolssoit agir pour uhe cause iiieUleure , et qui ne valoit peut-être pas mieux

que lui. Dans une république, le peuple étant législateur. Juge et souverain, peut ftJre la loi, prononcer l'arrêt, et l'exécuter; le massacre par la démocratie est inique , mais légal : Artevelie avoit consenti à un pareil gouvernement.

Edouard apprit à l'Écluse la fin de celui qui étoit, sdon Froissard, son grand ami et sofi cher compère. Il fit voile pour l'Angleterre , me^ naçant la Flandre, et se déclarant toujours le vengeur de la mort des traîtres. )1 n'avoit pas plus d'envie de se brouiller avec les Flamands que les Flamands avec lui. Us allèrent en dépu* tatiou le trouver à Londres. « Chiersircy lui dirent-ils', v&us avez de beaux enfants, ftls etfil^ les.Leprince de Gailesne peut manquer d'estre encore un grand seigneur, sans ^héritage de Flandre, Et vous avez une damoiselle à fille moins aisnée , et nous un jeune damoisel, gué nous nourrissons et gardons, et qui est heritiet de Flandre; si se pourrait encore bien faire un mariage d'eux deux. » Ces paroles adoucirent la feinte douleur d'Edouard , et Artevelie fut oublié, comme tous ceux dont la renommée n'est fondée ni sur le génie ni sur la vertu.

SOMMAIRE

Jeao, due de Normandie ,fili aîné da roi, nardie an Gaienne^

et, après avoir pris ADgpuiéine, vient mettre ie aiége devas| Aiguillon avec plus de cent mille hommes. — Résistaaca des assi^site commandai par le oomta de Uerby.

FRAGMENTS

IffVASIOM m Lk FaAlîCE PAJt EDOPA&O.

Ce siège fut fatal ç il détermina Edouard à passer en France, et priva Philippe de cent mille homoies qui auroient pu se trouver à-la bataille de Grécy. Tout se préparoit alors dans les con«* seils de Dieu. « Mais, dit le grave historien qui a le mieux connu nos antiquités, les adversités advenues à la France et les grandes victoires du roi Edouard ne doivent persuader la Justice de sa querelle, mais estre estimées chastiment des viees des François. La restitution des pertes et conservation de l'Estat Jusqu'à persent manl« festent que ce n'a esté ruine. »

Le due de Biorroandie avoit fsit serment de ne point alMindonner ie siège d'Aiguillon que la ville ne fût prise , à moins que son père ne le rappeUt. Il fit partir le connétable d'Eu et Tancanille, pour rendre compte à Philippe de la résistance qu'il I éprouvoit Philippe retint auprès de loi ces deux

UISTOIBE D£ FRANGE.

seigneurs, et fit dire à son flb de continuer le siège Jusqu'à ce qu'il obligeât la ville à se rendre par la famine , pui^u*il ne la pouvoit emporter de force.

Cependant le roi d*Angleterre, instruit de ce qui se passoit en Guienne , se préparoit à secourir en personne le comte Derby. 11 assembla, dans le port de Soutbampton, mille vaisseaux, quatre mille hommes d*armes, dix mille archers, seize mille hommes d*infantene légère, dont dix mille étoient Gallois et six mille Irlandois. Il laissa le gouvernement de rAngleterre aux archevêques de Gantorbéry et d*York , aux évêques de Lincoin et de Durham , et aux seigneurs de Percy et de Neviile; il donna la garde particulière de la reine au comte de Kent, son cousin. Le vent étant devenu favorable, Edouard, vers la fin du mois de juin de l'an 1346, fit voile, avec toute son escadre, pour les côtes de Gascogne.

Il avoit auprès de lui t sur son vaisseau ,Geoffroy d'Harcourt et le Jeune prince de Galles, qui entroit dans sa quinzième année. Les autres seigneurs embarqués étoient les comtes d'Hereford, de Northampton, d*Arundel, de Gomouaîlles, deWarwick, deHujitingdon, deSuffolket d'Oxford. Parmi les barons et chevaliers , on comptoit Jean Louis et Roger de Beauchamp, Renauld et Cobham, les sires deMortimer, de Mowbray, de Roos, de Lucy, de Felton, de Bradestan, de Moulton, de Man, de Basset, de Berkley et de Willoughby. D'autres combattants, qui devinrent dans la suite célèbres, Jean Chandos, Fitz Warren , Pierre et James' d'Audelay, Roger de Wettevalle, Barthélémy de Burgherst, Richard de Pembridge , étoient aussi à bord de la navie , au simple rang de bacheliers. Il faut encore compter quelques étrangers, Oulphart de Ghistelle du pays de Hainaut, et cinq ou six chevaliers d'Allemagne.

Pendant deux Jours, les vaisseaux firent bonne route vers le port qu'ils cherchoient : s'ils eussent entré dans la Gironde, la France étoit sauvée, et la France devoit être perdue. Celui qui commande à la mer fit cesser le vent , par qui la flotte sembloit être favorisée; il en envoya un autre qui la refoula violemment sur la Gornouailles ; on Jeta l'ancre. Edouard attendit , implora le retour de la première brise , ne se doutant pas que la tempête qui soulevoit alors son pavillon , le menoit à la victoire.

f^ous avons dit que Geoffroy d'Harcaurt étoit

embarqué sur la neffx^yak; U n'avoit Jamais M d'avis d'attaquer la France duc6téde]aGuieiiiie, trop éloignée du centre de notre empire,etdélie&due , comme provinceflnontière, par unemahitodB de châteaux ; quelque chose sranbloit avoir fiitt i ce traître la révélation de la colère du ciel : rin de plus intelligent que la vengeance et la haloe; Quand Harconrt vit la flotte repoussée aux oMa d'Angleterre , U profitadecet acddentpour élnih 1er la résolution d'Edouard. « Sire, lui dit-il ^Ji « vous ai toi]\]ourB conseillé et Je vous ooDSdlle oh « core de prendre terre en Normandie. PenoDM « ne s'opposera à votre descente. Depuis kng* « temps les penses de ce canton sont sans anno, « et ils n'ont Jamais vu la guerre. Toute la no* « blesse de la provhiceeat au siège devant Aigoil- « Ion. Vous trouverez un pays ouvert , rempli di « grosses villes non fermées où vos soldats s'ea* « richiront pour >1ngtans. Je voussuppliedem'e» ft conter , et Je réponds du succès sur ma télé. *

L'oreille du roi s'inclina à ce conseil. Édouarf ordonne de lever l'ancre ; lui«-méme veut ser^dfl pilote; il passe avec son vaisseau à la tète de la flotté , et fait tourner la proue vers les côtes de la Normandie. Des calamités de cent années forait le fruit de l'inspiration d'un moment et du chan* gement des vents dùis le del.

Les Françob, qui tant de fois portèrent le ranp dans les contrées étrangères , ailoient à leur {xnt sentir l'abomination de la conquête. Depuis l'invasion des Normands, ils n'avoient point voles ennemis dans le coeur de leur pays ; et voilànpV près quatre siècles'un Normand leur rameDolt la désolation. Les mille vaisseaux anglois parorent devant la Hogue-Saint-Wast en Cotentin. Goovert de ses armes, entouré de ses chevalien, Edouard, monté sursongrand vaisseau, qoipréeédoit tous les autr^ , déployoit au vent les cooleon de l'Angleterre; elles étoient blanches alors, et nous portions le rouge. Il aborde sans obstacle, comme Geoffroy d'Harcourt le lui avoit prédit, aa port de la Hogue, le 1 3 Juillet 1 346. Près do cap de ce nom, les François, sous ler^^n^ de Ixxris XIV, versèrent leur sang pour remettre on monarque anglois sur le trône de ses pères.

La terre de Saint-Sauveur, qui q^rtcooità Geoffroy d'Harcourt, s'étendoit Jusqu'à iaflogv. Du bord des vaisseaux anglois , Harcourt déco»vroit le lieu même de sa naissance , et les rivage* remplis des souvenirs de sa Jeunesse. En montraot à Edouard le pays qu'il aUoit ravager, U paattrit

HISTOIRE BE FRANCE

Mdte : « Voilà la tour de régllse où fai été

• baptisé; voilà le donjon du château où J'ai été

■ nourri : là vos soldats pourront déshonorer le

■ lit de ma mère; ici, déterrer les os de mes

■ aïeux. > Quand Geoffroy mit le pied sur la grève, oom-

iKDt put-il voir sans être ému les paysans fuir devant lai dans ces mèmeschamps où il avolt passé m enâuioe, par ces mêmes chemins qui le oonjnisoient au toit paternel ? Un historien représente tome disant à Manlius Gapitolinus : « Manlius , •Je fai regardé comme le plus cher de mes fils tqoand ta renversas les ennemis du haut du Ca-

■ pitoie ; mais puisque tu déchires mon sein , va, > malheoreux , et sois précipité comme ces Gau-

• loisqae tu as vaincus. »

LaFranee , percée de coups, les yeux en pleurs, aveloppée dans son manteau déchiré , auroit p^ crieràGeoffroy d'Harcourt : «Fauxettrattre che-

• valier , je t'attends à Crécy sur le corps sanglant «de ton frère fidèle à sa patrie I En vain tu te

• repeatiras , ton repentir ne durera pas plus que « ton innocence. Traître de nouveau , tu mourras •iîDi-inentie, doublement flétri par ton crime et < ptr le pardon de ton roi . »

La flotte ayant Jeté l'ancre, le débarquement Kfit aor un rivage désert, image de ce qu'alloit deyenir le sol de notre patrie sous les pas des An* (lois. Edouard tomba , dit-on , en mettant le pied nr la grève, comme César en Afrique, comme Coillaorne le Bâtard en Angleterre. Le sang lui Mtdo nez. Les chevaliers, effrayés du présage, direntaa roi : « Chier sire,!retraye2-vous en vostre •Mf, etne venez mes huy à terre, car voici un

• petit aignepour vous. » Edouard répondit Joyeulement: a C'est un très bon signe ;ceste terre me

• désire. » Il y a des paroles et des aventures-qui KNit de tons les conquérants; le même instinct <t les mêmes mœurs distinguent les animaux de Ne.

A l'endroit du débarquement, le roi d'Angleterre anna chevalier son Jeune fils le prince de bUes : cette terre de France a la propriété de bire deshéros, même parmi ses ennemis. Edouard iMmiaia connétable le comte d'Arundel , et maré- ^nx Geoffroy d'Harcourt et le comte de Warwick.

Le Cotentfai forme une presqu'île : Edouard ranfila ses soldats selon la nature du terrain qu'il a?oit à parcourir : divisés en trois corps , deux fcœs corps , c'est-à-dire les deux ailes de l'armée

commandéespar les deuxmarécfaaux,marchoient l'un à droite , l'autre à gauche , au bord de la mer, en balayant les deux rivages de la presqu*fle, tandis que le corps de bataille où se trouvoient Edouard, le prince de Galles et le connétable, s'avançoit au centre par le milieu des terres. Chaque soir les deux ailes se replioientetvenoient camper sur les flancs de la chevauchée du roi. Le comte d'Huntingdon, demeuré sur la flotte avec six vingts hommes d'armes et quatre cents archers, avoit ordre de suivre rez les côtes le mouvement des troupes. Par cette belle disposition militaire , l'armée d'Edouard , se mouvant sur une seule et longue ligne , et embrassant tout devant elle, se dérouloit lentement sur la France comme une mer de feu.

Rien n'échappa, par mer et par terre, aux ravages de ce monarque , qui se disoit roi des François , et qui venoit pour régner sur des François ; par mer, tous les vaisseaux , depuis le plus grand navire jusqu'à la plus petite barque , furent pris et réunis à la flotte angloise ; par terre , toutes les villes et les villages furent saccagés et brûlés. Barfleur succomba la première ; et , quoiqu'elle se fût rendue sans coup férir, elle n'en fut pas moins pillée ; elle perdit or, argent et chers joyaux. H se trouva si grande foison de richesses , que compagnons,n*avoient cure de draps fourrés de vair. Les habitants, enlevés de la ville, furent entassés sur la flotte angloise. Cherbourg fut in« cendié; le château se défendit ; Montebourg , Valognes, Carentan, furent renversés de fond ei| comble.

Le corps de bataille ne faisoit pas moins de mal au milieu du pays. Geoffroy d'Harcourt allait en avant de la bataille du roi avec cinq cents ar^ mures de fer et deux mille archers; et comme il connoissoit bien sa patrie, c'étoit lui qui traçoit le chemin. Il trouva le pays gras et plantureux de toutes choses , les granges pleines debled^ et d'avoines y les maisons pleines de toutes richessesy riches bourgeois , chars, charrettes, chevaux, pourceaux, moutons, bœufs, qu'on nourrissait dans ce pays-là, et les plus beaux biens du monde. Ceux du pays fuyaient devant lesAnghisde tant loin qu'ils en oyaient parler, et laissaient leurs maisons et leurs granges toutes pleines. Ainsi par les AngUns estait ars (brûlé) , robe, gasté et pillé le bon pays de Normandie, Saint-LÛ, où il y avoit alors des manufactures de drap considérables, périt, et les trois corps de

éîp

HBTOItB

l'arroée angtoiaes'étaat réimiSfVavaiicirentdaiis la plaine de Caen. C'est par le récit des mailieurs de la FraDce que nous apprenons le curieax détail de sa eulture et de son industrie intérieure à cette époque.

On n*avoit point Ignoré à Paris l'armement des Anglois, mais onn'avoitpu deviner surquel point tomberoit Torage; on n'eut pas plutôt appris qu'il éclatoit au cœur du royaume ^ que Philippe se hâta d'envoyer à Caen le comte d'Eu, connétable de France, et le comte deTancarville, nouvellement arrivés du siège d'Aiguillon. Ils se jetèrent dans la ville accompagnés de quelques hommes d'armes ; ils y trouvèrent Guillaume Bertrand , évéque de Bayeux , qui s'y étoit renfermé avec la noblesse restée au pays. Caen étoit une ville marchande et peuplée, pleine de riches tourgeùiSj de nobles dames et de belles églises; mais SCS murailles étoient ouvertes en plusieurs endroits , et son château , assez fort , ne défendoit ia ville que d'un côté. Trois cents Génois, commandés par le seigneur de Warigny, en formoient toute la garnison. C'étoit déjà un grand progrès en administration que de pouvoir entretenir, comme Philippe le faisoit alors, cent mille homtoies en Gascogne ; mais le système des troupes soldées n^étant pas encore établi , le demeurant du royaume se trouvoit sans défense régulière. Le moyen âge, qui n'eut point d'armée permanente, étoit dans l'état le plus favorable à ||i liberté, et, par le défaut de lumières, ce fut un temps de servitude : quand les lumières s'étendi- Itnt, les soldats arrivèrent.

Laflotteangloiseétoit parvenue à l'embouchure derOrne,petiterivlèrequipasseà Caen. Edouard, logé à deux lieues de la ville , s'attendoit à trouver quelque résistance. Le comte de Tancarville Youloit, avec raison, qu'on se contentât de défendre le pont sur l'Orne, le château, le corps de la ville , et qu'on abandonnât les faubourgs; les bourgeois dirent qu'ils se sentoient assez forts pour combattre le roi d'Angleterre en rase campagne. Le connétable appuya cette bravade ; et, par tout ce qui suivit, il se fit accuser dlncapadté, de lâcheté ou de trahison. Il avoit jadis reçu des grâces et des présents d'Edouard; pendant sa captivité en Angleterre, les caresses de ce prince achevèrent de le rendre suspect. Il faut des succès sur le trône, et Philippe ne connoissoit que des revers : le malheur délie les hoounes du se^ ment de fidélité.

9E FRANGt.

Edouard , an MleH levant ; prêt k estsrttlMl une cité, entendit la messe ; peu de temps après, en violant les tombeaux et en massacrant iei peuples, il fit faire un magnifique service au gentilshommes normands décapités pour la liéio* ni^ de Gaoffray d'Harooiirt

Cependant les hour^psois de Caen , raogéi m iMitaille, ne tinrent pas ce qu'ils avoieat pnoà Aussitôt qu'ils virent approcher les bannièRi des Anglois^et qu'ils entendirent siffler lesfléeko, ils fuirent. !«• ennemis entrèr^t péle^nfieaTee eux dans la ville; car la rivière étoit si baaKf qu'on la passoit partout A gué. Le oonnétaUeso retira à soMveté avec le comte de Tanearviite, sous une porte à l'entrée du pont , devant Téglia de Saint-Pierre. Quelques chevalins et écoyen se réfugièrent dans le château. Le oonnétaiile, Qionté aujc créneaux, aperçut, en regardant il long de la gruide rue, les archers asglois tourt les habitants et n'en recevant aucun à merci. Parmi ees soldats il reconnut un chevalier Imt' gne, Thomas Holland, avec leqpiel il avoit uh trefois eontraeté amitié dans les guerres de ProN et de Grenade. Il l'appela, et se rendit à loi avee le comte de Tancarville et une vingtaine de du* valiers.

Les habitants, voyant qu'on ne leur faisoit aa* cun quartier, se liarricadèrent et commenoèreal à se défendre ; ils jetoient par les fenêtres et da haut des toits , sur les Aoglois , des meubles , dM briques et des pierres. Les Anglois enfonçoienl les portes, se fray oient un chemin avec le fer et ie feu , violoient les femmes au milieu desflamaMit et massaeroient tout , sans distinction d'ftge, do sexe et de condition. Chaque maison étoit l'ooea* sion d'un siège où se répétoient les horreurs se* compiles dans une ville prise d*assaat. Plos de cinq cents Anglois avoient péri dans ce tumalte. liidouard , devenu furieux , ordonne qu'oa pssas tous les François au fil de l'épée, et qu'un vaste incendié couronne Tœpvre. Geoffroy d'flarcoort se trouvoit présent lorsque cet ordre fut donné; pour la première fois, il sentit quelque remords; il représenta au monarque étranger qu'il lui restoit encore on grand pays à traverser, et PbiliR» à combattre ; qu il lui importQit de ménagers» soldats ; que les bourgeois de Caen , poussés « désespoir, vendroient chèrement leur vie; qn« «h au contraire, on usoit de miséricorde, il «• chargeoit , lui , d'Hacoourt , de réduire la viUs « peu d'heures.

SISTOIBE BE FRANCS.

Ce «ohmU , mqjanA £d<NMird obtempéra , en ^rgnaot quelques maux particuliers, fit un mal géoéral à la France. Au conmiencement d'une luYasîon, un exempie de dévouemrat enflamme kl cœur», les fait palpiter de vertu et de gloire, Inspire eet enthousiasm^qui rend une nation in- Yineibie : les trois eents Spartiates sauvèrent la Grèce aux Therroopyles. Hareourt chevaucha de me en me, commandant, de par le roi d'Aogle- Imre , que nul , sous peine de la hariy ne fût assez hardi pour mettre le feu aux maisons , violer ks femmes, tuer les hommes qui ne feroient pas de résistance. Les bourgeois cessèrent aussitôt le eombat, et ouvrirent leurs portes. Alors com- Bença une espèce de pillage régulier qui dura treis joars. Edouard se réserva sur la part du butin les Joyaux, la vaisselle d'argent, la soie, les toileset les draps. Il acheta de Thomas de Holtand peur la somme de vingt mille nobles, le connétable etleeomtedeXancarville. Ces deux seigneurs forent embarqués sur le grand vaisseau de la flatte angloise avec soixante chevaliers prisonaiers et trois cents bourgeois, dont on espérait tirer rançon, quoiqu'ils eussent déjà tout perdu. Le vaisseau porta à Londres les captifs et les dé? pooilles les plus précieuses. C'étoit une amorce au reste des Anglois pour accourir au sac de la France.

Gaen renfermoit le tombeau de Guillaume le Sitard; le sol où ce tombeau se trouvoit placé SToit été jadis disputé aux os de ce prince par un bourgeois nommé Ascelin , lequel disoit que ce sol, propriété de son père, lui avoitété ravi contre toute justice par Guillaume vivant. Les enbnts des compagnons que Guillaume avoit menés à la conquête de l'Angleterre revenoieut conquérir et profaner ses cendres.

Deux cardinaux légats, qu'Edouard ne' voulut point écouter, furent témoins de la ruine de Caen. Qq a déjà remarqué, et l'on fera remarquer encore , les efforts du saint-siége pour arrêter l'effusion du aang dans ces guerres cruelles. Bien n'étoit plus touchant que de voir des hommes de miséricorde suivant partout des hommes de sang, essayant de faire tomber les armes de leurs mains, suppliant avant le combat, pleurant après la victoire, toi^ours rebutés , jamais las , colombes de paix errant de champ de bataille en champ de bataille avec les vautours.

Philippe rassembloit à Saint-Denis une armée. Les princes ses vassaux, ses alliés ou ses amis.

se hâtoient de se réunir à lui» Le comte de Beau^ mont, Jean de Hainaut , depuis peu réconcilié à la France , accourut avec un grand nombre de chevaliers ; le duc de Lorrahie amena trois cents lances; les comtes de Savoie, de Salbruges, de Flandre, de Namur, de Biois, toute la noblesse qui ne se trouvoit pas au siège d'Aiguillon, se rendirent à Saint-Denis. Jean , roi de Bohême, étoit alors dans ses États : son fils Charles venolt d'être élu empereur ; l'ancien empereur excommunié, Louis de Bavière, inquiétoit le nouvel empereur; le roi de Bohême avoit perdu la vue; tant de raisons paroissoient le devoir retenir en Allemagne; mais quand il reçut les courriers de Philippe, ses ministres le vouluront en vain ar«rêter. Ce vieux monarque , qui est devenu le modèle de la loyauté , dit à ses barons : « Ah , ah I « quoique aveugle, je n'ay mie oublié les chemins « de France. Je veux aller défendre mes obiers « amis et les enfants de ma fille , que les Angle- « ches veuillent rober. » Jean partit en effet avec son fils Charles , et vint trouver Philippe. .

Edouard avoit quitté Caen. Les seuls titres des chapitres de nos chroniques donnent une idée de sa marche, des maux que les Any lois firent en Normandie y comment telle ville Jutpilleéf comment tout le pays fut ars, exillé et robe. Il prit d'abord la route d*Évreux ; inals cette ville étant fermée , il ne l'attaqua pas. Il emporta et incendia Louviers, déjà connue par ses manufactures de drap; de là il s'avança vers Bouen; les comtes d'Ëvreux et d'Harcourt y commandoient : Geoffroy d'Harcourt put voir flotter sur les murs de -Bouen la bannière de son frère.

Philippe avoit fait rompre tous les ponts de la Semé depuis Paris jusqu'à Bouen; lui-même , descendu de Paris avec son armée, se trouvoit à Bouen à l'instant où les Anglois se présentèrent de l'autre côté de la Seine. Edouard passa sans insulter la ville dont la rivière le séparoit; jl épioit l'occasion d'entrer en Picardie pour se retirer dans le Ponthieu , qui lui appartenoit. Il remonta la Seine , continuant ses ravages ; Philippe marchoit sur le boi^ opposé, réglant ses mouvements sur ceux des ennemis : on les suivoit à la trace du sang et à la clarté des embrasements. Ils brûlèrent Pont de l'Arche, Yemon, Mantes et le faubourg de Meulan; desfourrageurs pénétrèrent dans le pays chartrain. L'armée angloise parvint ainsi jusqu'à Poissy, dont le pont avoit été détruit; malheureusement il en restoit encore les

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HISTOIRE DE FRANCE

piles et les attaches , ce qui facilita son rétablissement :Philippe arriva à Paris en même temps qu'Edouard à Poissy. La civilisation des temps modernes a fait cesser ces désastres à plaisir de rancieone guerre; mais les Barbares eux-mêmes avoient rarement mené une invasion avec une aussi complète absence d'humanité que cette course sanglante d'Edouard.

Des partis anglois se répandirent dans les environs de Poissy. Le château de Saipt-Germain en Laye, Nanterre, Ruel, Saint-Cloud, Neuilly, ftirent réduits en cendres. La nuit, à Paris, on apercevoit dans le ciel la réverbération des flam- . mes ; et le jour , du haut des tours de Notre-Dame, on découvroit les villages aux grosses fumées qui s'en élevoient. Depuis la descente des premiers Normands, un tel péril n'avoit point approché des Parisiens; comme les citoyens de Lacédémone avant le temps d'Épaminondas , leurs femmes n'a- Yoient point vu les feux d'un camp ennemi. Aujourd'hui Paris a reçu l'étranger dans ses murs, et Sparte sort de ses ruines.

Philippe voulut s'aller mettre à la tète de son armée à Saint-Denis. La foule se Jeta à ses pieds. « Haaf sire et noble roi, que voulez-txms faire? <i Vous voulez laisser la noble cité de Paris, Les n ennemis sont à deux lieues près ; tantôt seront « en cette ville. Quandvous en serez parti, nous «I n*aurons personne qui nous défende contre » eux. Le roi répondit : Bonnes gens, ne crai- « gnez pas les Anglois; ils ne vous approcheft rùntpas de plus près. Je vais à Saint-Denis « devers mes gens d'armes, car je veux ckevau- « cher contre les Anglois et les combattre. »

Ces paroles calmèrent peu les esprits : les frayeurs du peuple sont presque toujours mêlées de sédition et de folie ; d'un côté on ne vouloit pas que le roi s'éloignât, parce que Paris étoit sans défense; de l'autre, on se refusoit aux mesures nécessaires pour mettre la ville à l'abri d'un coup de maiu. Paris n'étoit point encore entouré de remparts, ou ceux qu'avoit élevés Philippe-Auguste n'existoient plus : le roi ordonna de faire des retranchements. Il fallait abattre quelques maisons ; les propriétaires s'y opposèrent : remarquez cette force de la liberté civile , dans un temps où la liberté politique n'étoit rien. Le peuple prend |e parti des propriétaires; le roi de Bohême accourt avec cinq cents chevaux pour calmer la sédition : on n'y parvient qu'en abandonnant l'ouvrage. I

A ces émeutes, aux mutineries des homoMi qui, n'ayant rien à perdre, se réjoulsaeat te calamités publiques , se mêloicaatd'autrestranbles et d'autres confusions : tout étoit plein de traitras payés du prix des rapines d'Edouard ; ces tnitrti s'augmentoient du troupeau des foibles, de m gens sans cœur et sans caractère , alliés natanb des méchants , sorte de traîtres que font la pcv et l'adversité. Plusieurs coromençoient à ecwtt que le roi d'Angleterre avoit des droits aa trtee de France, puisqu*il étoit victorieux.

L'intérêt étoit puissant , et grand le spectacle: Edouard à Poissy, au berceau de saint Lods; Philippe à Saint- Denis, au tombeau da mène roi ; tous deux prêts à s'élancer de ces barriéra pour se disputer le sceptre du monarque qni avott emporté sa couronne dans le ciel.

A en Juger par les apparences , le bon droit allolt triompher. Tant qu'Edouard n'avoittroiné aucun obstacle , il s'étoit avancé en abîmant k pays ; mais il loi fallut songer à la retraite aussitôt que Philippe parut , de même que le loap, dit Mé^eray , après avoir fait un grand camap dans une bergerie , entendant aboyer les mâtîM, ne tâche qu'à se retirer dans ie bois. La retraite n'étoit pas facile. Edouard n'aurolt osé se Jeter nr une ville comme Paris , appuyée d'une armée de cent mille hommes. Retourner en arrière? il ett été aussitôt poursuivi sur un sol mis à nu. Tenir au premier projet de se cantonner dans le Poothieu? La Seine, dont les ponts étoient rompoS) barroit le chemin au prince anglois; et même, quand il Tauroit passée , il se trou veroit renfenné entre les eaux de cette rivière, celles de l'Oise, le cours de la Somme et l'armée françoise à Salât- Denis. G*étoit pourtant le seul plan qui préseatlt quelque chance de succès.

Il y avoit quatre Jours qu'Edouard préparoR en secret les matériaux nécessaires au rétabUs8^ ment du pont de Poissy ; il répandoit le brait qoe, ne pouvant traverser la Seine dans rendrait oi il cantonnoit, il tenteroit le passage au-dessos^ Paris. Le jour de l'Assomption , Il chôma, à l'abbaye des Dames , la fête de la Vierge; Il affee» de donner un grand repas; il y présida veto d'« habit sans manches, de drap d'écarlate /borré d'hermine, comme auroit pu fiaire saint Louis tns* quille au sein de son royaume et au lieu des naissance : ses troupes avoient reçu Tordre de se mettre en mouvement pour tourner Paris, "ftompé par cette disposition et ces ftmx rapports , Philippe

HISTOIRE DE FRANCE

éloit voia ctmper aa pool d' Antony , afla de couper k chemin aux ennemis. Il n*ent pas plutôt foitté Saint-Denis qu^Édouard , exécutant une eootre^narehe, revint passer la Seine à Poissy sur le pont qui avoit été rétabli avec une diligence nenreilleusc. L'avanl-garde des Anglois , sous le commandement de Geoffroy d'Harcourt, étoit à pdne de Tautre c6té de la Seine qu'elle rencontra les milices d'Amiens, conduites par quatre chevaliers de Picardie : Harcourt attaqua ces communes, qui se défendirent vaillamment ; maîselles teent défoltes, et leurs bagages pris ; douze cents bonnes gens demeurèrent sur la place après avoir affronté les premiers les destructeurs de leur pays. Telles étolent ces communes , qui formoient le fiiDdde la véritable nation françoise, et dont notre ancienne histoire , à sa honte étemelle, ne parla Jamais que pour les traiter de ribaudailles et de pédailles,... Ces nobles si hautains étoientili plus braves sous leurs corsets et leurs casques de fer, A l'épreuve de la flèche et de la lance, qœ ces paysans armés d*un bâton ou d'un fauchard, ejtposés demi-nus à la charge de ces centaures de lm>nze? Le moment n'étoit pas loin eà la poudre allumée à Crécy alloit égaliser les périls, niveler les rangs sur le champ de bataille , et permettre enftai à la gloire d'inscrire le peuple itaudçf^ dans ses propres fastes.

' Philippe n'apprit qu'au bout de deux Jours la levée des tentes angloises : bien qu'il eût en tète mi général plus habile que lui , il avoit un grand courage et ne manquoit point de capacité dans la guerre; on ne peut attribuer une partie de ses incroyables fautes et du succès de ses ennemis qu'à ce vertige d'infidélité qui avoit saisi une partie de aes sujets : tant il est vrai que la loi salique n'étoit pas encore évidente à tous les esprits. Il reconnut alors, dit un historien , qu'il étoit environné de traîtres, lesquels le trompoient par de faux rapports , et donnolent avis aux Anglois de toutes ses démarches. Désespéré d'avoir laissé échapper sa proie , il se mit à sa poursuite. Il envoya offrir la bataille à Edouard ou dans la plaine de Vaugirard, s'il y vouloit venir, ou entre Pontoise et Franconville, s'il se vouloit arrêter et l'attendre. Edouard fit répondre qu'il n'avoit point de conseil à prendre d'an ennemi : il continua sa route.

Arrivé aux champs de Beauvaîs, il les faucha comme le reste , passa sous les murs de Beau vais , dont il brâla et pilla les faubourgs; la ville fut courageusement défendue par l'évéque. L'abbaye

CHUTE U BRI AXD. — TOWf f.

de Saint-Lucien , fondée par Khildérik , étoit , après Saint-Germain des Prés, le plus ancien édifice religieux de la France ; Edouard y prit ses quartiers : comme il s'en éloignoit le lendemain , il vit, en regardant derrière lui, les flammes s'élever des tourelles de ses hôtes ; il fit pendre quelques^ns des incendiaires. Il s'étoit ravisé par politique, et avoit commandé de respecter les églises , ordres dérisoires qui ne trompèrent point le ciel , et que n'écouta point le soldat.

Ainsi périssoient la patrie, ses cités, ses hameaux , les temples de sa religion , les monuments de ses rois. Crécy alloit couronner tant de désastres, et terminer la marche triomphale d'Edouard au travers des ruines.

De l'abbaye de Saint*Lucien il vint loger à MUly , de Mfily à Grand-Villiers; il défila devant Dargies, brûla le château et fourragea le pays d'alentour. La ville de Poix fut trouvée sans défense ; il n'étoit demeuré dans ses deux châteaux que deux belles damoiselles^ filles du seigneur de Poix : elles auroient été déshonorées sans le sire de Basset et Jean Chandos , qui les menèrent au roi d'Angleterre. Les bourgeois de Poix se rachetèrent du pillage pour une somme considérable ; mais le lendemain il s'éleva des contestations qui furent suivies du massacre général des habitants. Enfin Edouard vint camper à Airaines , et U envoya ses maréchaux chercher un passage sur la Somme.

Là auroient dû finir ses succès et conunencer ses expiations : Philippe, accouru à marches forcées , étoit prêt à paroltre à la tête de cent mille hommes , animés , comme leur roi, de la plus Juste vengeance.

Les Anglois n'avoient guère plus de trente mille combattants; ils étolent fatigués d'une longue route et embarrassés de leur butin : traqués entre la mer, l'armée françoise et la rivière de Somme , dont les ponts étoient rompus ou gardés, ils croyoient toucher au moment de leur perte. Les maréchaux anglois avoient en vain tenté de forcer le pont de Remy , celui de Long en Ponthieu , et celui de Péquigny. N'ayant pu découvrir aucun passage sur la Somme, ils vinrent rendre compte à Edouard de leurs inutUes recherches. Philippe dans ce moment entroit à Amiens.

Le roi d'Angleterre , se repentant de ses triomphes , envoya proposer une suspension d'armes ; fi offîrolt de rendre ce qu'il avoit pris ; mais pouvoit-il rendre la vie aux laboureurs, aux bourgeois

HISTOOE DE PIANCKr

paisibles, aux Humilies ianoeeûtes iaunoléesà son ambition? Tant de ealamités de voient-elles être regardées oommejeox de rois, qui ne laissent plos de traces quand il plaît à ces rois de les interrompre ? Chef et père de la patrie , le monarque , plein de douleur et de ressentiment, reftisa tout. Un bistorien dit que Philippe , en n'aeeeptant pas les propositions d*Édouard , devint injuste , et se rendit coupable des malheurs de la Franee : c'est abuser de Yesgtii philosophique , et juger de Tévénement par le succès. Philippe devoitolytenir pour ses peuples une réparation solennelle; il devoit essayer de donner anx étrangers une leçon durable, en leur anémiant quel serait leur sort ^'il leur prenoit jamais envie de renouvder ees incursions de brigands. Un ennemi d*aiissi mauvaise foi qu'Edouard n'auroit pasplutût échaf^ au péril , qu'il eût recommencé ses ravages. Mais la bataille de Grécy tut malheureuse. La finrinne ne suit pa^ toujours la justice ; les droits de la seconde ne sont pas moins réels, quoique abandonnée d^ la première.

Or, le nd d'Angleterre, dit Froissard, étoU mouli pensif à Airaines. Si ouit messe avani soleil levant, lors fit sonner ses trompettes de délogement. Il traversa le pays de Vimeu et s*approcha d'Abbeville. Il brûla un gros village anx environs, et vint gtter À Tbôpital d'Oisemontt Philippe, parti d'Amifas, étoit, à une heure de Taprès-midi , à Airaines. Il y trouva des /xour? veanees de chair en hcksUes , pe^in etpasfes en four, vins en tonneaux et en barils, et moult de tailles mises que lesAnghis avaient laissées. Les deux maréchaux d'Edouard, descendus le long de la Somme jusqu'à Saint- Valéry, toiu'ours pour s'enquérir d'un passage , revinrent le soir dire à leur maître qu'ils n'avoient pab été plus heureux qu'auparavant. Si Philippe avoit eu seulement l'avance de quelques heures, ou pi le gqé de Blanque-Taque eût été mieux gardé , c^ep étoit fait des Anglois.

Ce monarque et cette armée, qui avoien); causé tant d^épouvante , ressentoient à leur tpnr 1^ terr reur qu'ils avoient inspirée. Perdu de réputation conune général, méprisé comme roi, abhorré comme liomme , Edouard alloit finir de la fln d'un aventurier et d'un incendiaire. La défaite en fai* soit un chef sans mérite , sans prévoyance , sans courage ; le triomphe en fit un capitaine illustre : le succès semble être le génie; un moment sépare la honte de la gloire.

liétQit nuit ; per8^mle,d^|l| le eamp aagfblii ne dormoit : ceux-ci regrettaient 1^ buliii qu'ils alloient perdre; ceux*|à pleuraient leurs femme», leurs enfants, leur patrie, l^ soldats qui avaient exploré la rivière en faisoîentdep récits effrayants; d'autres qroyoi^nt entendre déj4 les clanq^rsde l'armée françoiae, laquelle s'étoit promis de ne &ire aucun quartier à j'ennenni sermeptque nilippe avoit prononcé dans la colère, et qu'il eût retracté dans la victoire.

Les chefs n'étojent pasende molndresalarmes: acculé À la mer, etretii-é sous sa tente eomnenoe béte n<Mredane sa bauge , Édnuard nmloitoisilence autour de lui des regards sombres qaii'at* tendrissoient en tQmhant sur ^on fils : œ prime ddolescent, destiné à devenir le modèle de |s ebe* Valérie , étoit , sans le snviHr , à la veille de sa i«« nommée , et d^à comme toi|t briU^nt de l'auron de eette gloire qui s'alloit l^ver pour lui. Son trmure nmre, dQi|n<int npe )xmne grâce paftolière è sa haute taille et à sa jeunesse, relevoit encore la blancheur dç son teint ; car il étoit gruid et p^le, tel qu'on a représenté depuis |e capitaine Bayafd ; mais il étpit plus beau.

Edouard, pour prendre une4emièr4 résolqtM} assemble auxflambeaux son çensejl : inspiréjnria mauvaise fortune de la Franc^ , il £|it ameaer devant lui des prisonniers dn pftya de VifUSQ atde Pontbieu ; il s'informe s'ils ne nonnotti^l 1^ un gué au-dessous d'Abbeville, promettaat ktpiconque indiqneroit oe gné in liberté ^cà^¥ vingt autres captifs. Pavnii c^n fn^lhenreux « tfouvoit un valet app^ Gobin-Aga^i l'histoliv a retenu son nom ignohie , comme celqi d*oa de ees hommes de perdition que la Providiewseemploie lorsqu'elle vept ebitlet les empires.

Ce valet dédara qu'il ^Istoit un gué eè dams soudoyers pouvolent passer de front à pliuiaais endroits , deux fois par jour , 4 mr basse, (etad de oe gué éti^t mmpoaé d'un gravier Uaaa et dur, d'où lui ét(ràt venulenomde^lan^-TafKt m de Blanobe-Taehe, ou de Blaoch^-Cayeei' U valet sjonta qn'pn te pouvait t»ave»er a»* deschariots, et que les hommes n*y avoieotd^ l'eau que jusqu'en genou, » Compains! s'éeria « Edouard transporté 4e j<rie , si je trme i^ « ce que tu dis, je te quitterai ta prison à^ n età tous tes compagnons, et je fe beiUsf^ « c^^éctfsnoA^^.» Et Gobin- Agace lui réppfldil:

« Sire, oil, en péril de ma teste. • Aussi0t Edouard ordonne h ses capitainei M

Bisi:oiai: m France.

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