‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 214 sur 228 · LOUIS XII · texte numérisé non relu

LOUIS XII

Louis Xlla obtenu le plusbeausumom des rois de France : il fut tout d'une voix appelé le Père du peuple. Et Ici le mot peuple a une grande valeur, et annonce une révolution : ce n'est point un mot banal appliqué à une foule depuis longtemps gouvernée par un maître ; c'est un mot nouvellement introduit dans la langue pour désigner une Jeune nation affranchie, formée des débris des serfs et des corvéables de la féodalité. Elle ouvrolt les temps modernes, cette nation ; elle avoit la force et l'éclat qu'elle eut dans sa première métamorphose, lorsque les Franks , transformés en François , entrèrent dans les siècles du moyen

âge.

Louis XII étoitarrière-pctit-fllsde ce Louis, duc d'Orléans , par qui le sang italien commença à couler dans les veines de nos monarques, et à leur communiquer le goût des arts : race légère et romanesque, mais élégante, brave, intelligente, et qui mêla la civilisation à la chevalerie. On ne saurolt trop rappeler le mot de Louis XII en parvenant au trône : « Le roi de France ne venge pas « les querelles du duc d'Orléans (1498). »

Louis XII épousa la veuve de Charles VIII. La Bretagne fut le dernier grand iief revenu a la couronne. Ainsi périt la monarchie féodale: commencée par le démembrement successif des provinces du royaume , elle unit par la réunion successive de ces provinces au royaume , comme les fleuves sortis de la mer retournent à la mer. Il restoit encore une soumission pour les comtés de Flandre et d'Artois, possédés par l'archiduc d'Au- |

triche ; mais ce n*étolt plus qn'un vain hommage auquel ni celui qui le rendoit , ni celui qui le recevoito'attachoit aucune idée d obéissance ou de supériorité. Les lambeaux de la monarchie féodale traînèrent assez longtemps dans la monarchie absolue , de même que l'on voit aujourd'hui des dé bris du despotisme impérial flotter parmi les libertés constitutionnelles. Le passé se prolooge dans l'avenir, et une nation ne peut ni ne doitie séparer de ses tombeaux.

La cour de l'Échiquier en Normandie fut érigée en parlemept : ainsi tomboient tour à tour ici pièces de la vieille armure gothique.

Louis XII porta la guerre en Italie : aosatM que nos querelles cessèrent au dedans, elles commencèrent au dehors ; il falloit une nouvelle issue à Thumeur guerrière de la France. Louis XII prétendoit au duché de Milan par les droits de Valentine de Milan son aïeule , et au royaume de Naples par les droits de la maison d'Anjou. Dominoient alors à Rome les abominables Borgia: César Borgia, le héros de Machiavel ; Alexandre VI avec sa fîlle triplement incestueuse, nommte Lucrèce, comme pour offrir à Rome un contraste fameux avec Tantique pudeur romaine. Le Hilanols fut' conquis dans l'espace de vingt jours; le royaume de Naples, en moins de quatre mois: ce royaume fut occupé de concert avec Ferdlnaod le Catholique. Bientôt les François et les Espagnols se brouillent pour le partage de cet État (1500, 1501, 1502). D'Aubigny perd la bataillede Seminare, le vendredi 21 avril, et le vendredi 28 du même mois, le duc de Nemours est vaiaca et tué à Cérignole par Gonzalve de Cordoue, dit le grand capitaine. La maison d'Armaguac finit en la personne du duc de Nemours, et ce doc de Nemours n'étoit rien moins que le dernier desoea* dant de Khlovigh : reste étrange au'oommeocement du seizième siècle. Le parlement d'Aix avoit été créé en 1501.

Cependant Charles -Quint étoit né (l500). Alexandre meurt (18 août 1503). Après Pie lU, qui n'occupa le siège pontifical que vingt-cinq joui*S| vient Jules II, dont le nom annonce et le règne des arts , et une révolution dans le genre d'influence que la cour de Rome exerça sur le monde chrétien. Cettecourcessad'étreplébéieniie, et, par une double erreur, elle s'attacha au poo* voir aristocratique lorsqu'il expiroit* L'ère poUti* que du christianisme décUnoit.

Les états de Tours de 1 506 vous mcHitrent ces

DE L HISTOIRE DE FRA^CE

assemblées parvenues à leur dernier point de perfeetion, séparées de la magistrature parlementaire et dn pouvoir exécutif. Louis XII les ouvre dans une séance royale, environné des princes du sang et de toute sa cour, ayant à sa droite le chancelier de France : c'est la forme même dans laquelle commencent aujourd'hui les sessions législatives, et ce qui montre que les grands de la cour ne faisoient point ou ne faisoient plus partie des états.

La ligue de Cambrai formée contre les Vénitiens se dissipe, comme toutes ces coalitions où des princes ennemis se réunissent dans un intérêt momentané.

Henri VII d'Angleterre meurt , et est remplacé lor le trône par Henri VIII (t509 et 1510).

Jnles II se ligue contre les François en Italie avec Ferdinand, Henri VIII et les Suisses. Le dernier des chevaliers françois, Bayard, digne de dore l'époque de la chevalerie, se signale à Saint- Félix et à la jouniée de la Bastide (1511). Concile générai de Pise, où Jules II est cité par Louis XII. Concile de Latran en opposition au concile dePise.

Bataille de Bavenne gagnée le jour de Pâques H avril 1512 , sur les confédérés, par le duc de Nemours, le chevalier Bayard, Louis d'Arce et Laotrec. Le duc de Nemours achète la victoire de sa?ie; iiest tué âgé seulement de vingt -trois ani Ce Jeune prince étoit Gaston de Foix , fils de Marie, sœur de Louis XII, pour lequel le comté de Nemours avoit été érigé en duché-pairie (1 507). Il ne le faut pas confondre avec Armagnac , duc de Nemours, le dernier des Mérovingiens dont on a parlé.

Le Milanois est perdu pour Louis XII, qui ne conser\e en Italie que quelques places, avec le château de Milan. Le concile de Pise est transféré à Milan, ensuite à Lyon. Jules II frappe d'interdit le royaume de France et la ville de Lyon en particulier : méprise de temps; ces foudres, comme la féodalité, étoient épuisés; les vieilles moeurs n'étoient plus que des usages.

Ferdinand s'empare du royaume de Navarre. Maximilien Sforce reprend le souveraineté du Milanois; lesMédicis, celle de Florence. L'empereur Maximilien I**" veut se faire pape. La reine , Anne de Bretagne, meurt. Jules II la suit dans la tombe. Léon X lui succède. Louis XII reprend le Milanois, et le perd enfin à la bataille de Novare. La France est attaquée par Maximilien,

Henri VIII et les Suisses. Tout s'arrange au moyen de plusieurs mariages, les uns projetés, les autres accomplis. Louis XII épouse Marie, sœur de Henri VIII, dans les bras de laquelle il trouva la mort. Le comte d'Angouléme, qui devint François V^ , aima Marie , et s'en éloigna de peur de perdre une couronne. Ce calcul n'é« toit guère de son âge et de son caractère : aussi ne céda-t-il qu'au conseii de Orignaux , ou de 6oufner,oudeDuprat(15l2, 1513,1514,1515]. Louis XII décède le l«' Janvier 1515 à l'hôtel des Tournelles à Paris. Il réduisit les impôts de plus de moitié; il avoit une affection tendre pour ses sujets, qui la lui rendirent, malgré ses fautes dans la politique extérieure; il voulut toutes les franchises dont on pouvoit jouir sous la monarchie d'alors. li est convenable de remarquer qu'à cette époque , et Jusqu'à celle où nous vivons , les peuples régloient leur haine où leur amour sur le plus où le moins de taxes dont ils se trouvoient chargés. Aujourd'hui que Fespèce humaine a gagné en intelligence et en civilisation, les nations attachent moins leurs affections à ces intérêts tout matériels : elles accorderoient plus volontiers le nom de père au souverain qui accroitroit leurs libertés , qu'à celui qui épargneroit leur argent.

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