‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 40 sur 228 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Quelques réflexions sur la législation de Solon. Comparaison. DifTérence.

Les gouvernements mixtes sont vraisemblablement les meilleurs, parce que l'homme de la société est lui-même un être complexe , et qu'à la multitude de ses passions il faut donner une multitude d'entraves. Sparte , Carthage , Rome et l'Angleterre , ont été , par cette raison , regardées comme des modèles en politique ^. Quant à

* Qu*est devenu mon matérialisme précédent? (N. Éd.)

' Plat. , de Leg,, lib. i, tom. ii.

* Stbab. , lib. X, pag. 479.

^ Voilà un singulier athée t Troove4-on dans le Génie du Christianisme une page où l'accent religieux soit plus sincère et plus tendre? (N. Éd.)

* Plot. , m Sohn,

^ Cest tout mon système politique clairement énoncé,

Ui

RÉVOLUTIONS ANCIENNES

Athènes , nous l'emarquerons Ici qu'elle a réellement possédé ce que la France prétend avoir de nos Jours : la constitution la plus démocratique qui ait jamais existé chez aucun peuple. Au mot démocraUe on se figure une nation assemblée en corps délibérant sur ses lois? non. Gela signifie maintenant deux conseils ^ un directoire, et des citoyens à qui Ton permet de rester ches eux Jusqu'à la première réquisition* •

Le législateur athénien et les réformateurs françois se trouvoient à peu près placés entre leA mêmes dangers au commencement de leurs ouvrages. Une foule de Voix demandoient la répartition égole des (brtunes. Four éviter le naufrage de la chose publique, Solon fut forcé de commettre une iiyustice. Il remit les dettes, et refusa le partage des terres \ Les assemblées nationales de France ont pensé différemment : elles ont ga* nanti la créance à Tusurier, et divisé les biens des riches. Gela seul suffit pour caractériser la différence des deux siècles ^ .

Dans les institutions morales nous trouvons les mêmes contrastes. Des femmes pures parurent indispensables à Athènes pour donner des citoyens vertueux à l'État* , et le divorce n'étoit permis qu'à des conditions rigoureuses^. La France républicaine a cru que la Messaline qui va offrant sa lubricité d'époux en époux n'en sera pas moins une excellente mère.

« Qu'il soit chassé des tribunaux , de l'assemblée générale , du sacerdoce , disoit la loi à Athènes ; qu'il soit rigoureusement puni , celui qui , noté d'infamie par la dépravation de ses mœurs, ose remplir les fonctions saintes de législateur ou de juge 4 ; que le magistrat qui se montre en état

fraDchement aroué » et tel que Je le professe anjourd^hoi.

(N.ÉD

* Cette moquerie de ta constitution du Directoire étolt assez bonne alors; mais c'est pourtant le principe de la division des pouvoirs posé dans cette constitution qui a sauvé la France. (N. Éd.)

' Plut. , m Solon. , pag. 87.

)> Tous les créanciers n'étoient pas des usuriers; mais la remarque ne m'en semble pas moins importante. Jusqu*à présent la comparaison entre les anciennes révolutions et la révolution françoise peut se soutenir, et ne produit que ces rapprocliements politiqnes plus ou moins vrais , plus ou moins ingénieux , auxquels Montesquieu lui-même s'est plu dans V Esprit de^ Lois ; mais, en avançant , cette comparaison perpétuelle » surtout quand il s'agira des hommes et desouvi-ages UUéraires, deviendra le comble du ridicule. (N.ÉD.)

* Plut. , m Solon, , pag. 90 , 01.

* Pet., i« Leg. Jttic.

* .CSCH. , ffi Tim.

d'ivresse aux yeux du peuple soit à rinstsnt tàà à mort'?»

Ces décrets-là , sans doute , n'étoient pas faits pour la France^ Que fût devenue , sous un pareil arrêt , toute l'assemblée constituante dans la asit du4aoûtir80* 7

Ceci mène à une triste rMexibn. Fanatiqmi admirateurs de l'antiquité, les Fraueoii^ «em^ blent en avoir emprunté les vices, et presque ji^ mais les vertus. En naturalisant chei eux leidé* vastatfons et les assassinats de Rome et d'Athènes, sans en atteindre la grandeur , ils ont imité m tyrans qui , pour embellir leur patrie , y falsoiest transporter les ruines et les tombeaux de laGrêei.

Au reste, nous entrons ici sur un sol saur, où chaque pouce dé terrain nous offrira ua ikm* veau sujet d'étonnement. Peut*étre même pMr« rois-Je déjà beaucoup dire ; mais il n'est pu m* core temps. Ijeeteurs, Je le répète, teilles,]^ vous en supplie , plus que Jamais sur vos pr^g^ C'est au moment où un Coin du rideau eommesce à se lever que l'on est le plus aensIMe , lortoot ri ce que nous apercevons n'est pas dans le senide nos idées.

On m'a souvent reproché de voir les objets dit* féremment des autres® t cela peut être. Mids ri on se héte de me Juger sans ttie laisser le temps de me développer à nui manière ^ et on se lAtm de certaines choses avant de cottnottre la piMe que ces choses occupent dans l'harmonie génértlê des parties , J'ai fini pour'ces gem^là. Je a'ai vi l'envie ni le talent de tout penser et de tout dire à la fois.

Je reviens.

' Laert. , in Solon.

Apparemment que le parU de nrooet, en sliKurfseantcooIrt le Difectoire , se rappelle cette autre lot de Solon , par Iai|«Ile il étoit permis de tuer le magistrat qui couserroit sa plaee

après ia destracUoo de ta démocraUe.

« Ce jugement est dur, mais U ne porte évidemmealqw sur Tétat d'ivresse où Ton prétend que se troovoieoties membres de rassemblée constiinante dans la nuit da t août 1789. J'examinerois aujonrd*liui avec plus d'impartialité un fait bistoriqne avant d'en faire la bue d'un nisoenement. (N. Éd.)

b II fout entendre ici non pas les François en généré t mais les François de cette é|KK|ue. ( N. Éd. )

« J*ai déjà fait une note sur ce Ion suffisant , sur cdlt bouftissure de l'auteur de VËsmi. A peine «tJourfTwi aurois-je asseï d'autorité pour parler de moi stec lart d'importance. Pour dire avec quelque convenance, on «*« souvent reproché de voir, etc., il faudroit etredepoh longtemps connu du public; cela laH pitié quand c'est w écolier, dont on ne sait pas même le nom, qui, danssoa premier barbouillage , affecte ces airs de doêteor.

AVANT J. C. 694-SlM. ^ GL 46-49.

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