CHAPITRE XIV
Suite.
Quoique les Jacobins se soient indubitablement proposé Lycurgue pour modèle, ils sont cepv^dant partis d'un principe totalement opposé. La grande base de leur doctrine étoit le fameux système de perfection ' que je.développeraidaosla suite , savoir que les bomme-s parviendront ua jour à une pureté inconnue de gouvernement et de mœurs * ,
Le premier pas à faire vers le système étoit l*établissement d'une république. Le» Jacobins, à qui on ne peut refuser l'affreuse louange d'avoir été conséquents dans leurs principes , avoient apeifQ avec génie que le vice radical existoit dans la mœurs , et que dans l'état actuel de la nation fraoçoise , l'inégalité des fortunes, les différences d'opinion, les sentiments religieux, et mille autres obstacles , il étoit absurde de songer à une démocratie sans une révolution complète du o6té de la morale ^. Où trouver le talisman pour faire disparottre tant d'insurmontables difficultés? à Sps^rte. Quelles mœurs substituera-t-on aux anciennes? celles que Lycurgue mit a la place des antiques désordres de sa patrie. Le plan étoit donc tracé depuis longtemps , et il do restoit plus aux Jacobins qu'à le suivre. Mais comment l'exécuter? Au moment de la promulgation de ses lois nouvelles la Laconie étoit dans une paix profonde. Il étoit aisé à Lycurgue , moitié de gré,
. ■ Ce système ( plus ou moios reçu par le reste des lévoiotlonnalres , malt qui appartient partIcuUèremeot aux laco* blDS) , sur lequel toute notre révolutioD est sospeodne, sVrt presque point connu du pubtic Les iulUês h oegfaod mystixe en dérobent religieusement la oonnoissanoe aux profooes. Tespère être le premier écrf vaio sur les alhlRS préMOlei(lii aura démasqué IMdole. Je tiens le secret de la bouche DéM du célèbre Chamfort, qui le laissa échapper devant moi on maUo que fétois allé le voir. Ce système de perfedion « obtenu un grand crédit en Angleterre, parmi les membres de U Soci^h^connE8i>oNDAi<rre. MM. T. et H. paroisseut en avoir adopté les principes, de même que l'auteur du Giaàui JUSTICE , livre (quelle que soit d^ailleurs la dirfcrenoe eolre mes opinions et celles de Fauteur) qui annonce des vues {« communes en politique. On trouvera toutte qui a rapportàoet intéressant sujet dans la seconde parUedu cinquième livre da cet Essai.
*Le système de perfecUon ii*esl faux que pour ceqsi regarde les mœurs : il est vrai pour tout ce qui est rdsiif à rintelligence. (N. Ed.)
^Les Jacobins u'aToient point aperçu tout cela, etfls n'avoient point de génie : je leur pr6te des idées quand je ne devrois leur accorder que des crimes; mais les erimtf ont quelquefois d'immenses résultats. Je mets aussi à lort sur le compte d'une poignée d'hommes sangoioaires ce qu'il faut aUriboer à la nation : la défense de la pataie. ie fais trop d'honneur à des scélérats en les assodant à uoe gloire qui suffît à peine pour noyer dansson éclat lear abominable souvenir. (X. ÉD.)
Bttlié de fone, de fiiire conseotir les propriétijRS dHin petit pays aa partage des terres et à rcgaiité des rangs ; II étoit aisé d'ordonner des vmées eo masse et des réquisitions forcées pour des guerres à venir y quand tout étoit tranquille ntfmr de soi ; il étoit aisé de transformer une awurrhir en un gouvernement populaire chez IK nation qui possédoit déjà les principes de ce denûer. Quelle différence de temps , de circonsluees, entre Tépoque de la réforme lacédémo- ■ioine et celle où les Jacobins prétendoient Tintraduire chez eux ! Attaquée par 1 Europe entière, déchirée par des guerres civiles , agitée de mille iMtioDs, ses places frontières ou prises ou assiépes , sans soldats , sans finances , hors un papier feiédité qui tomboit de jour en jour, le décou* i^emeat dans tous les états, et la famine presque nrée ; telle étoit la France, tel le tableau qu'elle fncatoit à l'instant même qu'on médltoit de la lirer à une révolution générale. Il falloit remédier i cette eoniplication de maux ; il falloit établir à h te par un miracle la république de Lycurgue on vieux peuple nourri sous une monarchie , dans sa population et corrompu dans , et sauver un grand pays sans armées, aonlli dans la paix et expirant dans les convulriBos politiques , de l'invasion de cinq cent mille kDDRies des meilleures troupes de l'Europe.
Ces foreenés seuls pouvoient en imaginer les Boyeiis, et, oe qui est encore plus incroyable, pinr enir en partie à les exécuter : moyens exécrables sans doute , mais, il faut l'avouer, d'une coiieeptlon gigantesque. Ces esprits raréfiés au in de renibousiasme républicain , et pour ainsi en rédoits , par leurs scrutins épuratoires ' , à k quintessence du crime, déployèrent à la fois . «ne énergie dont il n'y a jamais eu d*exemple , etdeilMrliEdts que tous ceux de l'histoire mis en- KnUe poorroloit à peine égaler.
Ils virent que , pour obtenir le résultat qu'ils se proposolent, les systèmes reçus de justice, les nicHnes eommuns d'humanité , tout le cercle des friaelpes adoptés par Lycurgue , ne pouvoient lire utiles, et qu'il falloit parvenir au même but |ir on chemin différent. Attendre que la mort vint aiûr les grands propriétaires, ou que ceux-ci eoDsentissent à se dépouiller ; que les années déndnassent le fanatisme et vinssent changer les
* Oft nU que les laoobins expolsoient h certaine^ époqafs VModiqiiei tous ceiu de leufs membres aoupçonaés de oiodéfitiBie 00 d*iiiinaBllé, et on appeloil cela an scrutin épa-
costumes et les nneurs ; que des recrues ordinaires fussent envoyées aux armées; attendre tout cela leur parut douteux et trop long; et comme si l'établissement de la république et la défense de la France, pris séparément, eussent été ti'op peu pour leur génie , ils résolurent de tenter les deux à la fois.
Les gardes nationales étant achetées ^ des agents placés à leurs postes dans tous les coins de la république , le mot communiqué aux sociétés affiliées , les monstres sei)oucbant les oreilles, ou s'arrachant pour ainsi dire les entrailles de peur d'être attendris, donnèrent l'affreux signal qui devoit rappeler Sparte de ses ruines. Il retentit dans la France comme la trompette de l'ange exterminateur : les monuments des fils des hommes s'écroulèrent, et les tombes s'ouvrirent.