CHAPITRE XIIL
Sptrte. Les Jacobins.
Sparte se présente comme un phénomène au nAico do monde politique. Là nous trouvons la an» du gouvernement républicain, non dans Ineboses, mais dans ie plus grand génie qui ait oisté. La force intellectuelle d*un seul homme
f eofimta ces nouvelles institutions doù est sorti on aatre univers. Il n'entre pas dans mon plan de ifféter Ici ce que mille publicistes t)nt écrit de Laeédémone. Voici seulement quelques réflexions fà se lient à mon sujet.
Le bouleversement total que les François, et sutDot les Jacobins , ont voulu opérer dans les MRin de leur nation , en assassinant les pro- Iriéfedres, transportant les fortunes, changeant
I beostumes , les usages et le Dieu même , n'a été fi'iiDe imitation de ce que Lycurgue fit dans sa ptfrie. Mais ce qui fut possible chez un petit peuple encore tout près de la nature, et qu'on peut nHBparer à une pauvre et nombreuse famille, rétoit-il dans un antique royaume de vingt-cinq millions dliabitants? Dira-lH>n que le législateur gree transforma des hommes plongés dans le vice en des citoyens vertueux , et qu'on eût pu réussir également en France? Certes, le$ deux cas sont loin d'être les mêmes. Les Lacédémoniens avoient rmuDoralIté d'une nation qui existe sans formes dviles; Immoralité qu'il faut plutôt appeler un désordre qu'une véritable corruption : une telle nciélé, lorsqu'elle vient à se ranger sous une caofitîtation, se métamorphose soudainement, poiee qo^elle a toute la force primitive , toute la nalesae vigooreuse d'une matière qui n'a pas eneore été mise sur le métier. Les François avoient Hnearable eorruption des Ic^s ; ils étolent légalenent immoraux, comme tous les anciens peufies tournis depuis longtemps à un gouvernement légslisr. Alors la trame est usée , et lorsque vous veses à tendre ia toile , elle se déchire de toutes fvta.
Il y a plus, les grands changements que Lycurpi opéra à Laeédémone forent plutôt dans les fèglements moraux et civils, que dans les choses politiipies. Il institua les repas publics et les les» cUs*, bannit l'or et les sciences, ordonna les
Jhar., w tye. ; Paoumas, m, ui, cap. xnr, pag. 9«o.; ■«1., F0nm4k,, t. II.
Celte Institution , aniqoa dans l'antiquité ( si Ton en excepte «te Mdélé (TAth^nes h laquelle Philippe envoyoit de Por j«w tVncmingfr dans son insouciance des aff Jres de la pa- "*K est roffigine de noe clul» modernea. Les réqubitloiui
réquisitions d'hommes et de propriétés * , fit la partage des terres, établit la communauté des enfants * , et presque celle des femmes ^. Les Jaoo» bins , le suivant pas à pas dans ces réformes vio* lentes, prétendirent à leur tour anéantir le corn* merce, extirper les lettres^, avoir des gymnases*, des phillties^, des clubs; ils voulurent forcer la vierge , ou la Jeune épouse , à recevoir malgré elle un époux? ; ils mirent surtout en usage les ré» quisltions, et se préparoient à promulguer les lois agraires.
Ici finit ia ressemblance. Le sage Lacédémonien laissa à ses compatriotes leurs dieux , leurs rois et leurs assemblées du peuple', qu'ils possédoient de temps immémorial avee le reste de la Grèce. Il ne fltpas vibrer toutes les oordesducceur humain en brisant à la fois imprudemment tous les préjugés ; Il sut respecter oe qui étolt respectable ; il se donna de garde d'entreprendre son ouvrage
forcées d^esclaves , de chevaux , etc. , sont aussi de Lycurgue. I! semble que cet homme extraordinaire n*ait rien ignoré de ea qui peut toucher les hommes, qu'il ait embrassé à la fois toua les genres dMnsUtutlons les plus capables d'agir sur le cœur humain, d*élever leur génie, de développer les facultés de leurs âmes, at da lécher ou de tendra le ressort des passions. Plus on éludie les lois de Lycurgue , plus on tt>t convaincu que depuis on n*a rien trouvé de nouveau en polHique. Lycurgue et Newton ont été deux divinités dans Vespèc» liuroaine. Par l'affreuse imilation des Jacobins, on va voir comment la vertu peut sa tourner en vice dans des vases Impars : tant il est vrai encore que chaque Age, chaque naUon a ses insUlulions qui loi sont propres , et que la cousUtutlon la plus sublime chez an peaple pourrott )étn exécrable ehex un autre. Aa reata, les leschès avoient toutes les qualités des olubs ; on s*y aasem* bloit pour y parler de politique.
' Xenopb. , de Rep. Laced, , pag. 681.
» Plot. , ibid,
> Id. , ibid.
4 L« lecteur doit se rappeler les projets de Marat et de &»> besplerre , qui se trouvent dans tous les papiers et les brochuiea du temps. Saoa doute il sait oes faits tout aussi bien que moi , sans que je sols obligé de citer uoe Coula de Journaiix et de feuilles publiques. Quant à ceux qai ne conoolssent paa la révolutioQ , tant pis ou tant mieux pour eux, mais quUif ne me lisent pas.
* Les écoles républicaines.
* Les repas publics de Sparte.
1 Ceci est bien conou par les décrets proposés dans la Convention, pour obliger les femmes des émigrés, ou les jeunea Ulles au-dessous d*un certain âge , d'épouser oe qu'on appeloll des CITOYENS. Je raconterai à ce si^et ce que Je ttena d*uo témoin oculaire, dont Je n*ai aucune raison de soupçonner la véracité. Dans le moment le pi us' violent de la persécution de Robespierre, lors(]ue les sceurs et les épouses des émigrés étaient Jetées dans des cachots en attendant la mort , on leur envoyoit des brigands, soldats dans Tarmée intérieure, qui leur disoient : ■ atoyennes, nous sommes fâchés de vous rapprendre, votre sortestdâeidé : demain la guilloUne.. . maia il y a un moyen de vous sauver, épouses-oous, etc. ; » et Ua les accablolent des propos les plus grossiers. Si on oooaidëra que ces exécrables monstres étoient peut-être les hommes qui avoient ysasslné les frères e{ les maris de ces infortunées, ratrodteet Pimmoralllé dMnsulter des femmes couchées sur la terre, aans pain , sans vêtements, et plongées dans toutes les douleurs de l'âme et du corps, on ne pourra s'empêcher de frémir à la pensée des crimes dont Tcspêce humaine c^t capable.
* PLirr. , in Lyc.
RËVOLUTIOINS AKGIBNNSS.
au milieu des troubles, des guerres qui engendrent toutes les sortes d'Immoralités. Il eut à surmonter de grandes difficultés sans doute : il fut même obligé d'employer une espèce de violence ' , mais il n'égorgea point les citoyens pour les convaincre de l'efûcacité des lois nouvelles ; il chérissoit ceux-là même qui poussoient la baine de ses innovations Jusqu'à le frapper *• C'est peutêtre ici un des plus curieux , de même qu'un des plus grands sujets commémorés dans les annales des nations. Qu'y a-t-il en effet de plus intéressant que de retrouver dans ce passage le plan original de cet étonnant édifice sur lequel les Ja** cobins ont calqué la fatale copie qu'ils viennent de nous en donner? il mérite bien la peine qu'on s'y arrête pour en méditer les leçons. J'opposerai dans les chapitres suivants le tableau des reformations des Jacobins à celui de ces réformations de Lycurgue qui ont servi de modèle aux premières, et que J'ai brièvement exposées cidessus. Sans cette comparaison il serolt impossible de se former une idée Juste des rapports et des différences des deux systèmes, considérés dans le génie , les temps , les lieux et les circonstances : ce sera alors au lecteur à prononcer sur les causesqui consolidèrent la révolution à Sparte, et sur celles qui pourront l'établir ou la renverser en France. Celui qui lit l'histoire ressemble à un homme voyageant dans le désert à travers ces bois fabuleux de l'antiquité qui prédisoient l'avenir ■.
» Plct. , in Lyc,
* Id. , tftirf.
* Sparte et les Jacobins! Cependant ce premier chapitre peut, à la rigueur, se soutenir. Il est certain que les demi-lettrés qui furent les premiers chefs des Jacobins affectèrent des imitations de Rome et de Sparte, témoin les noms d'hommes et les diverses nomenclatures de choses qu'ils empruntèrent des Grecs et des Latins. Lescliapitres qui suivent et qui, sortant des comparaisons générales, entrent dans les rapprochements particuliers, tombent dans ces ressemblances déraisonnables que j'ai tant de fois critiquées dans ces notes; mais ils sont écrits avec une verve d'indignation , avec une jeunesse de haine contre le crime, qui doit faire pardonner ce qu'ils ont d'absurde dans le système de leur composition. Le style aussi me parott s'élever dans ces cliapitres, et il soutient la comparaison avec ce que j'ai fait de moins mal en politique et en histoire dans ces derniers temps de ma vie. Les personnes qui déterrèrent V Essai pour me l'opposer ne l'avoient pas lu sans doute tout entier. H est probable que ceux qui m'ont obligé de fournir contre moi au procès la pièce de conviction seront assez peu satisfaits de son contenu.^
(N.ÉD