‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 78 sur 228 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Les deux partis dans le sénat de Carthage. Hannon. Baiea.

Mêmes institutions, mêmes choses, mêmes hommes, comme de moules pareils il ne peut sortir que des formes égales. Le sénat de Gar^ thage, tel que le parlement d^Angleterre, se trou voit divisé en deux partis , sans cesse opposés d^oplnions et de principes \ Dirigées par les plus grands génies et par ies premières fieimilles de l'État, ces factions éclatoient surtout en tanps de guerres et de cahimités nationales^. Il en résultoit pour la nation cet avantage , que les rivaux, se surveillant afin de se surprendre, avoient un intérêt personnel à aimer la vertu , en tant qu'elle leur étoit personnellement utfle , et à haïr le vice dans les autres.

< PoLTB., lib. Ti , pag. 4H

> Id., ibid.

Poor pouvoir ètieélumembre du sénat , Il falloità Carthags, comme en Angleterre^ posséder uo certain.revenu. Ari»tote bl&me cette loi, en quoi II a certainement très-tort. Si la France avolt été protégée par un pareil statut , elle n*aurolt pas souffert la moitié des maux qu'elle a éprouvés. On dit : Un I. J. Rousseau n'auroit pu être député. Cest un malheur, mais infloianent mcrfndre que Tadmiision des non propriétaires dans un corps législatif. Heureusement )« François reviennent à ce principe.

* i*aime à me voir défendre ainsi les prfaicipes conservateurs de la société ; je me suis assez franchement critiqfié pour avoir le droit de remarquer le bien quand je le rencontre dans cet ouvrage. Je dirai donc que je n'aperçois pas dans l'Essai une seule erreur politique un peu grave, lu seul principe qui dévie de ceux que je professeaujourd^hui ; partout c'est la liberté , Tégalité devant la loi , la propriété, la monarchie, le roi légitime que je rédame, tandis que les erreurs religieuses et morales sont malheureusement trop nombreuses. Mais dans ces erreurs mêmes il n'y a rien qui ne soit racheté par quelque sentiment de charité, de bienveillance, d'humanité. J'en appelle au lecteur de bonne foi : qu'ii dise si je porte de i'J^»at, sous ce rapport, un jugement trop Deivorable. ( N. Éd. }

s Liv., lib. XXI.

* Comme au tempe de la guerre d^Àgathocle et de celle des Mercenaires.

MO

iiÉVoLimoffs ANCimaatt.

L*faittolre de e^B dissensions politiques , as moment de la révolution républicaine en Grèce, ne nous étant pas parvenue, nous la considérerons dans un âge postérieur à oe siècle , en en concluant ^ par induction , Tétat passé de la métropole africaine.

G*est à l'époque de la seconde guerre punique que nous trouvons la flamme de la discorde brftlant de toutes parts dans le sénat de Carthage. Hannon , distingué par sa modération , son amour du bien public et de la Justice , brilloit à la tête du parti qui , avant la déclaration de la guerre , opinoit aux mesures pacifiques ^ H i«préientoit les avantages d'une paix durable sur les hasards d'une entreprise dont les succès incdHains coûte- -rolent des sommes Immenses , et finiroient peutêtre par la ruine de la patrie *.

Âmilcari surnommé Barea^ père d*Annibal, d*uue famille chère au peuple , soutenu de beaucoup de crédit et d*un grand génie , 4»tratnoit après lui la minorité du sénat. Après sa mort, la faction Baroine continua de se prononcer en hr veur des armes. Sans doute elle £iisoit valoir rii\justice des Romains , qui, sans respecter la foi des traités , s*étoient iimparés de la Sardaigoe ^ Ainsi la Hollande a aqtiené de nos Jours la rupture entre la France et l'Angleterre,

Durant le cours des hostilités , la minorité ne cessa de combattre lei résolutions adoptées : tantôt elle s'efforçoit de diminuer les victoires d'Annibal , tantôt d'exagérer ses revers. Elle jetoit mille entraves dans la marche du gouvernement ; et sans le génie du générai carthaginois, smi armée , feute de secours , périssolt totalement en Italie ^. Vers la fin de la guerre, les partis changèrent d'opinions. Annibal , bien que de la majorité , après la bataille de Zama , parla avec chaleur en faveur delà paix^ Un seul sénateur eut le courage de s'y opposer; Gisgon représenta que ses concitoyens dévoient plutôt périr généreusement les armes à la main , que se soumettre à des con-

" Liv.,IU>. Xi[l.

3 ld,t ibid, ; Polyb., Ub. lTl,pag. I8S.

« Lit., lib. xxiii, d^^s ii, u, 23.

lonqu^au récit de la bataille de Cannes/ un membre de la faction Barcine demandoil à Hannon 8*11 étolt encore mécontent de la guerre , celai-ci répondit « qu'il étolt toi^ours dans les mêmes sentiments, et que (supposé que CRS TiCTOiBFJiPtJSSBfVT VBAitt) il n«8*eii réjouissolt qu'autant qu'elle» méncrolentà une paix avantageuse. » IVe croitioo pas eoteodre parler un membre de Topposition? n*e8l-ii pas étonnant qu'on doutât Ji Carthage, comme en Angleterre, des succès mêmes des années? Ou plutôt cela n'est pas étonnant

* POLTB., Ub. XV.

ditlons honttases ', L'hêrotne fHustre rt^cpa qu'on devoit remereler les dieux , qu'en dos ci^ constances si alarmantes , les Bmnains se montrasseol encore disposés à des négoclalioni*. Son avis prévalut L'on dépêcha en Itulle des aiiifaaisadeurs du parti d'Bannon , qui, anusant leurs vainqueurs du rédl de leurs querelles domeit^ qués, te vatttofent que, si Ton «il d*abord suivi leÂtrs conseils , fis n'auroient pas été obligés de venir mendier la paix à Rome ^ * •

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