‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 79 sur 228 · CHAPITRE XXXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIL

Suite.

Minorité et majorité dans le parlement d^AngleterfC.

iestroubles qui cemmençère»ti agiter TAng)^ terre vers la flndu règnede Jacques Y' donnèrent naissance aux deux divisons qui sont, d^ cette époque , restées distiuctes dans le parlement de la Grande-Bretagne» L'opposition, d^tboid connue sous le nom du Parti de la campagne * {amntry ParTy), traîna peu après le maibflureox Charles I*'à réehaftud. Sous le règne desen «Wr eesseur, la minorité prit la célèbre appdiatios d» ivikg ^ ; et , sous un homme dévoré de Tesprités faction , ioird Shaftesbory^ flit sur le point de r^ plonger rÉtat dam les malheilrs d'une téfols* tion nouvelle ^ Jacques II , par son imprateee^ fit triompher l(i parti des whiga, et fluiHaume HI s'empara d'une des plus hellescouronnesdel'ltt' fope 9. La reine Anne, kmgteoi^ gunvemée par les wUgs, retourna ensuKe aux torys. Le riffil du due de Marlbotough sauva h France d'osé ruine presque inévitable *. Georges I", éMeir de Hanovre, soutenu de toute la polssmoe des pramien qui le portolent au tr6oe, se Umi leurs conseils 9, Ce fut sous le règne de GeocgesII que la minorité commença A se fidre oonnotbe sous le nom départi de CopposUionfqfi'àk'^ tient enoorede nos Jours. Elleobtintalorsphisietdi

« PoLTB., lib. xv; Ut*« Ub* l»,

> Jd., ièdd,

* Quoiqu*ii y ait toujours quelque chose de roroédaii ce parallâe de TAngleterre et de Carthage , il me aembte moins étrange que les autres, el les faits bistoriques sont curieux. (lî. £o.)

* HraE% HiML qf MnfL, vol. VU.

» id., «ol. TUi, cap. uvm, pa«. ise.

* Id., eap. uiXt pag. las, 7 Id., cap. Lxxi, pag. 294.

» SwoLL., Cmitin. to Bunu'i Bisi, qfEnfl; VOIT., SiM» de Louis XTK

* U,, ifrM.

AVANT i. C. 509.=:ÔL. ér.

iMim célâms. BHe renTersa sir Bobért Wal* pair, ministre qui, par son système pacifique, ^é* toit Kodn cher aa commeree ' \ Bientôt elle par* liDt à mettre à la tête du cabinet le grand lord Ontiuim, qui éleva la gloire de sa patrie à son mibla, dans la guerre de i 754 , si malheureuse iliFiBooe '. Lord Bute ayant sucoédé à lord Ghtham, peu après ravénement de Sa Majesté légnantem trAne d'Angleterre , l'opposition perttwi crédit Elle lécha de le recouvrer dans hffidre de M. AVikes, membre du parlement^ ëetëé pour avdr écrit un pamphlet eontre Mministnition \ Mais le ftital inipAt du timkR^qni rappelle à la fois la révolution américÉteetcrile delà France, lui danna bientôt une Mvelle Yigueur *. Telle est la chaîne des des- Wm : personne ne se doutoit alors qu'un bili èhânce, passé dans le parlement d'Angleterre a 1765 , élèveroit un nouvel empire sur la terre, ■ 178) , et foroit disparoltre du monde un des (Ittintiques royaumes de l'Europe, en 1789 K

lteu.| WU, t/^he Uomt qf BruH$wick*I^unenb,

*lUbH ^ter, « et odieux à la naMoa par soo sys- Haeéeeorraiilion. > (N. Éd.)

<Imu., CML, ifr. ffiêi. qfthe it<m$eitf Bruna.'lut^, ' GPTB., Geo^. Gram., pag. 342.

' M., pig. 343; Ramai*8 itUt. qfihe Jm» BevoL ' Cieélloeelto de l^tncendie allumé soas Charles I" lombe aifflériqueen 1636 ( émigraUon des paritaias ), fembrase a l*a, rapuse IXIoéan en 1789 poor rgirager de noareaa uSS* ^ ^ * qnelffae choee d^noomprébeDsible dans ces W^ttmaa de malheurs.

I> aas'nt k rtaipire américain d*aq|aard*lMil, on oe Ms^pécher de Jeter les yeux en arrière sur son origlDe. «^ ne ebose désolante et amusante à la fols , qoe de oontavkr kl pauTfcebiiaiains jouets de leota propres faits, e«mliiiU aox mêmes résollats par les préjugés les plus <lMk Les poritalns avoient demandé à Dieu , avec prières , jAki iiiiJ|iiÉi daaa lear pieuse émigration , et Dieo les c^n- JiUt M cap Cod , où ils périrent presque tous de faim et ■ilrin. Bientôt après feart ennemis mortde, les eathoU- M TicBoal débarquer auprès d*eoi sur les mêmes rivages, worgsiion de graves fous , avec de grands chapeaux et jBkibits sans Iwatoos, descendent eosoite sur les bord* de U MjWifti etc. Que devolt penser un Indien regardant tour ■■■r ta étranges histrions de cette grande farce tragi-eomlg9w Jooe sans cenê la société? En voyant des Hommes "^ Isnis frères dans la Nouvelle-Angleterre , pour l*aeardictel; une antre race, en Pensylvanie, faisant proe||^ de le laisser couper la gorge sans se défendre; une ■htec , dans le llaryland , accompagnée de prêtres bigargttnv erts de croix, de grimoires, et professant la tolérance iKRitUe; une quatrième, en Tlrginle, avec des esclaves abct des docteurs persécuteurs en grandes robes : cet In- ^« uni doute, ne pouvoit s'imaginer que ces gens-Ih ve* "'■Mdranmèiiepays; Gependanl tous sortoientde la petite *• Aaglclne , tous ne formoient qu'une seule et même n»> ■MHMd on iQoge à la variété et à U complication des ma- Mia^ bmentent dans un corps politique, on comprend ^NociOQ existence.

^^ foi des livres et des intéressés , au seul nom des Amé- '^^^^ Mot nous enthousiasmons de ce cdté-cl de PAtlaoti- ^- ^ guettes ne nous parlent qoe des Romains de Bosl^te tyrans de Londres, Moi-même , épris de la même lonqttef arrivai à Philadelphie, plein démon Raynal,

L'opposition erut avoir remporté un avabtaga signalé sur le ministre lorsqu'elle eut obtenu le rappel de ce trop fameux impôt; et il n'est pas moins certain que ce fut ce rappel même , encore plus que le bill , qui a causé la révolution des oolonies *.

Trois ministres se succédèrent rapidement^ après cette première irruption du volcan américain. Les rênes du gouvernements'arrétèrentenfin entre les mains de lord Jfortli , qui, de même que ses prédécesseurs > avoit adopté le système des taxes d'outre*mer *. L'insurrection des Bostoniens, lors de renvoi du thé de la compagnie des Indes i ne Alt pas plutôt connue en Angleterre, que Topposition redoubla de zèle et d'activité. Lord Chatham reparut dans la Chambre des pairs , e| parla avec chaleur contre les mesures dueabinet* Sa motion étant rejetée par une minorité de cinquante-huit voix , les moyens coercitife restèrent adoptés daps toute leur étendue.

Bientôt après le sang coula en Amérique. J'^ vu les champs de Lexington ; je m'y suis arrêté en silence I comme le voyageur aux Thermopyles, à contempler la tombe de ces guerriers des à»\xJE^

Je demandai en grâce qu*on me montrât on de ces fameux quakers, vertueux descendants de Guillaume Penn. Quelle fut ma surprise quand on me dit que , si Je vottlois me faire duper, Je n*avois qu*à entrer dans la boutique d*un frère; et que si J*étois curieux d'apprendre Jusqu'où peut aller resprit dMntérét et d'Immoralité mercanUle , on me doonerolt le spectacle de deux quakers désirant acheter quelque chose I*un de l^tutre , et cberehant à se leurrer mutuellement, le vis que cette société si vantée n*étoit, pour la plupart, qu'une oompa* gnie de marchands avides, sans chaleur et sans sensibilité, qui te tout fait une céputatiou d'honnêteté parce qnlls portent des habits différents de ceux des autres, ne répondent Jamais ni oui , ni non , n'ont Jamais deux prix , parce que le monopole de certaines marchandises vous force d'acheter avec eut au prix qu'ils veulent; en un mot, de froids comédiens qui Jouent sans cesse une farce de probité , calculée à un immense intérêt, et cbea qui la vertu est une affaire d'agiotage *.

Chaque Jour voyolt ainsi , l'une après l'autre, se dissiper mes chimères, et cela me falsolt grand mal. Lorsque par la suite je connus davantage les Américains, J'ai parfois dit à quelques-uns d'entre eux , devant qui Je pouvois ouvrir mon ime : < J'alaoe votre pays et votre gouvernement, mais Je « ne vous aime point, » et ils m'ont entendu.

' Les lords qui protestèrent contre ce rappel peuvent se vanter d'en avoir prédit les conséquences : « Btfcauae , Uie ap* pearance of weaknessand timidity in the government... bas à manifest tendency to draw on further insulte, and, by lesnolng tfae respect of ail hia Mitfesty's sul^leds to the dignlty of his crown...throwthewbole Britlsh empire into a misérable stale of confusion, etc. » {Copies ^thttwoproêeMtiagainU ikâ bill lo rtptol the Jwi, $t'p. jieU S, pag. l<K Prinied at Paris , I76«.)

^ Cette note a paru dans le temps assez piquante, mais le toB eA est peu convenable : c'est de la piiiiosophie impie et de rhistoire à la manière de Voltaire. Les ÉUls^Unis et les Américains ont pris entre les gouvernements et les nations un rang qui ne permet plus de parler d'eux atcc celte

BÉVOLUnONS ANCIENNES.

inondes qnl moararent les premiers , ponr obéir aux lois de la patrie. En fonlant cette terre philosophique , qjaï me disoit , dans sa muette éloquence , comment ies empires se perdent et s*élèvent, J*ai confessé mon néant devant les voies de la Providence , et baissé mon front dans la pous* sière.

Grand exemple des malheurs qui suivent tôt ou tard une action immorale en elle-même, quels que soient d*ailleurs les brillants prétextes dont nous cherchions à nous fasciner les yeux , et la politique fallacieuse qui nous éblouit I La France, séduite par le jargon philosophique, par l'intérêt qu'elle crut en retirer, par l'étroite passion d'humilier son ancienne rivale, sans provocation de FAngleterre , viola , au nom du genre humain , le droit sacré des nations. Elle fournit d'abord des armes aux Américains, contre leur souverain légitime, et bientôt se déclara ouvertement en leur faveur. Je sais qu'en subtile l<^que, on peut ar-^ gumenter de l'intérêt général des hommes dans la caase de la liberté; mais Je sais que, toutes les fois qu'on appliquera la loi du tout à la partie, il n'y a point de vice qu'on ne parvienne à justifier. La révolution américaine est la cause immédiate de la révolution fraqçoise. La France déserte, noyée de sang, couverte de ruines, son roi conduit k Téchafaud, ses ministres proscrits ou assassinés, prouvent que la Justice étemelle, sans laquelle tout périroit en dépit des sophismes de nos passions, a des vengeances formidables*

C'est une tâche pénible et douloureuse pour un François , dans l'état actuel de l'Europe , que la lecture de cette période de l'histoire américaine. Souvent ai-je été obligé de fermer le volume , oppressé par les comparaisons lesphndéchirantes, par un profond et rouet étonnement , à la vue de l'enchaînement des choses humaines. Chaque syllabe de Ramsay retentit amèrement dans votre cœur, lorsqu'on voit l'honnête citoyen vanter, contre sa propre conviction, la duplicité de la conduite delà France envers l'Angleterre. Mais, lorsque avec un cœur brûlant de reconnoissanoe il vient a verser les bénédictions sur la tête de l'excellent Louis XVI; lorsqu'il arrive à cet endroit où M. de la Fayette, recevant la première nouvelle du traitéd'alliance, se jette avec des larmes de Joie dans les bras de Washington ; qu'au même instant, la nouvelle volant dans l'armée 9U milieu des transports, le cri de « longue vie au « roi de France I > s'échappe involontairement à

la fois de mille bouches et de mille eQean*,le livre tombe des mains, le coup de poignard pénètre Jusqu'au fond des entrailles. Amérieahis! ta Fayette , votre idole, n'est qu'un scélérat! Ces gentilshommes frnnçois. Jadis le sujet de vos éloges, qui ont versé leur sang dans vos batailles, ne sont que des misérables couverts de votre mépris , et à qui peut*-être vous refuserez un asiltl et le père auguste de votre liberté... un devons ne l'a-t-il pas jugé ' 7 N'aves-vous pas Juré amour et alliance à ses assassins sur sa tombe'?

Durant tout le reste de la guerre , l'opponlk» ne cessa de harceler les ministres, et devint de plus en plus puissante, en proportion des calimités natlonalesi C'étoit alors que M. Burke lueoit , comme la foudre , son éloquence sur la tèle des ministres. Ce grand orateur, qui possède un des plus beaux talents dont l'homme ait été js« mais dignifié , se surpassa lui-même dans ces <^ constances. Il remonta Jusqu'à la source destroà- Mes des colonies, en traça fièrement lespragrè$t et , avec<» génie inspiré qui lui a fait tant de fob prévoir l'avenir, plaida la cause de lalibertéaméricaine dans le langage sublime et pathétiiiae de Démosthènes.

Enfin, le 27 de mars 1782, t'opposition icnportaune victoire complète : le cabinet fatchangé, et le marquis de Rockingham placé à la ttte da gottvemementi

La paix étant rétablie entre les puissances bd* ligérantes , l'opposition se joignit au parti du ministre disgracié. M. Fox et lord North formi* rent ce qu'on appela la coaiitian dçs ehefs, qol entralnoit après elle la minorité du parlement Lord Shelbume , successeur du marquis deBoe* khigham, mort le 1*' Juillet 1782, ftit obligé di se retirer, et M. Fox , lord North et le duc de Port* land , se saisirent du timon de l'État

I Un étranger , non I an Américain , séant Jnge dam le F<* eèi de mort dt Lovis XVI! 0 bommat ! à Providenoel

^ J0 ne sais que dire des pages qui commenoent à dNi phrase, j*at vu Ui champs de LexIngtoUf ei isisiartl oelle-d, n'avêi'fxnu pas juré amour ei alliance à0 assassins sur sa tombe ?MsAê , qu'elles que soient tuét tenant les liautes destinées de rAmérique , je ne diaqgenl< pas un mot à ces pages , si je pouTols retrouTer, pour ta écrire, la cbalear d'âme qui n'appartient qu'à la jeanetts Ainsi dans aucun temps mes systèmes poiîtiqa« >'^ étouffé le cri de ma eooscience : les succès, la tfoit»»!** miratioA même, lorsque je TéprouTe, ne ro'empW» point de sentir ce qa*ll y a d*i^jaste ou dtngrat dsM a conduite des hommes.

A l'époque où M. la Fayette étoît émigré, les An» cainSiparUsatts de notre réfolution, bUmoieot sacoadoite: ils ODl depuis récompensé magnifiquemeat ses serriotf»

(lt*a)

AVANT l a iù%.xsOU ^1;

E Fox n'ooeapa que qoelqieft instants le mi-

iUére. Son fameux bili de la compagnie des Indes ayant été rejeté dans la Chambre des pairs , il remit pea après ■ les sceanx de son emploi ^ et H. Pitt remplaça le duc de Portland , comme pre- Bier lord de la trésorerie.

Les principales opérations du gouvernement ^Is Tascension de M. Pitt aux affaires ont été : 1* le bill de ce ministre ooncemant la compignie des Indes, du 5 juillet 1784; 2** celui du 18 avril 1785, en faveur d*une réforme parle- ■eDtaire, rejeté par une majorité de soixante- (patorze voix ; 8 ^ le plan de liquidation de la dette nationale, par l'établissement d*un fonds dluiortissement , 1786^*; 4* Tacte de la traite des nègres et de l'amélioration du sort de ces esdites , 31 mai 1788. La nation étoit au faite de h prospérité , et M. Pitt, qui n'avoit pas encore MIeint sa trentième année , avoit montré ce que peut an seul homme pour la prospérité d'un État.

La maladie du roi, qui suivit peu de temps après , arracha la faveur du public à l'opposition , et couvrit le ministre de gloire. Sa Msgesté , rendoeaux vœox de tout un peuple , qui loi témoigna par des marques de joie (d'autant plus touchantes qu'elles couloient naturellement du cœur) à fuel point elle étoit adorée, reprit bientôt les rfinesde son empire, et elle continue à faire le bonheur de ceux qu'une fortune amie a rangés m nombre des sujets britanniques.

A la fin de cette courte histoire de l'opposition , nous placerons les portraits des deux hommes célèbres, depuis si longtemps l'objet des regards de l'Europe, et qui ont eu une si grande infloenoe sur la révolution françoise.

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