GOUVERNEMENT
LES 9ATGHEZ.
DespoUsme dao» Tétat de nature.
Presque toujours on a confondu Tétat dénature avec l'état sauvage : de cette méprise il est arrivé qu'on s'est figuré que ies Sauvages n'avoient point de gouvernement , que chaquefamille étoit simplement conduite par son chef ou par son père ; qu'une chasse ou une guerre réunissolt occasionnellement les familles dans un intérêt commun ;
mais que cet Intérêt satisfiilt , les bmiOes icftinrnolent à leur isolement et à leur indépcndaDce. Ca sont là de notables erreurs. On rctnmfe parmi les Sauvages letypede tous les goaTera^ ments connus des peuples civilisés, depuis k despotisme Jusqu'à la république , en passant pir la monardiie limitée ou absolue , élective oo Urédltalre. •
Les Indiens de l'Amérique septentrionale cosnoissent les monarchies et les républiques repiésentatives; le fédéralisme étoit une des foraei politiques les plus communes employées par en : l'étendue de leur désert avoit fait pour laseieoce de leurs gouvernements ce que l'excès de la fopuiation a produit pour les nôtres.
L'erreur où l'on est tombé relativement à Fcnh tence politique du gouvernement sauvage ci d'autant plus singulière, que Ton aurait dàébv éclairé par l'histoire des Grecs et des Romaioi : à la naissance de leur empire ils avoient des tetitutions trèscompliquées.
Les lois politiques niUssoit chez les homoes avant les lois civiles , qui sembleraient néanmaiB devoir précéder les premières ; mais il est de ùi que le pouvoir s'est réglé avant le dmii, fuot que les hommes ont besoin de se défendre eontR l'arbitraire avant de fixer les rapporta quUsert entre eux.
Les lois politiques naissent spontanément aice l'homme, et s^établissent sans antécédents; (A les rencontre chez les hordes les plus barbares.
Les lois civiles, au contraire, se forment pir les usages : ce qui étoit une coutume religieese pour le mariage d'une fille et d'un garçon, pour la naissance d*un enfant, pour la mort d'un chef de fiimiile , se transforme en loi par le laps de temps. La propriété particulière, inconnoedei peuples chasseurs , est encore une source de Ml civiles qui manquent à l'état de nature. Aussi n'existoit-il point chez les Indiens de l'AroériqM septentrionale de code de délits et de peines. U^ crimes contre les choses et les personnes étoieat punis par la famille , non par la loi. La vei^eaflM étoit la justice : le droit naturel poorsuivoit, cbei l'homme sauvage , ce que le droit public atteiat chez l'homme policé.
Rassemblons d'abord les traits communs àtoas les gouvernements des Sauvages , puis nous estrerons dans le détail' de chacun de ces gooTe^ nements.
Les nations indiennes sont divisées en tribos;
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shaque triba a un chef héréditaire.différent da M militaire, qui tire son droit de rélection, somme chez les anciens Germains.
Les tribus portent un nom particulier : la tribu lei*Aigle,de TOurs, du Castor, etc. Les emblèmes qui servent à distinguer les tribus deviennent les enseignes à la guerre , des sceaux au bas des traités.
Les chef^ des tribus et des divisions de tribus tireDtleursnoms de quelques qualités, de quelque léfaot de leur esprit ou de leur personne , de quel- ]Qe circonstance de leur vie. Ainsi l'un s'appelle k bison blanc, l'autre la jambe cassée, la bouche Me y le jour sombre, le darder, la belle voix, k tueur de castors, le cœur de feu, etc.
li en fbt ainsi dans la Grèce : à Rome , Codés tira son nom de ses yeux rapprochés, ou de la perte de son œil , et Gicéron , de la verrue ou de Nodostrie de son aïeul. L'histoire moderne compte ses rois et ses guerriers , Chauve, Bègue, twx, Boiteux, Martel ou marteau, Capet ou tfosse-léte, etc.
Leseonseiisdes nations indiennes se composent iieschefe des tribus , des chefs militaires , des matrones, des orateurs , des prophètes ou Jongleurs , fo médecins; mais ces conseils varient selon la Donsdtution des peuples.
Le spectacle d'un conseil de Sauvages est trèsliittoresque. Quand la cérémonie du calumet est lehevée, un orateur prend la parole. Les membres itt conseil sont assis ou couchés à terre dans diverses attitudes : les uns, tout nos, n'ont pour ^envelopper qu'une peau de buffle; les autres, iatoués de la tête aux pieds, ressemblent à des itatnes égyptiennes; d'autres entremêlent à des vnements sauvages , à des plumes , à des becs L'oiseau, à des griffes d'ours, à des cornes de ^ffle, à des os de castors, à des dents de poision, entremêlent, dis-Je, des ornements eurojéens. Les visages sont bariolés de diverses couenrs , ou peinturés de blanc ou de noir. On écoute attentivement l'orateur; chacune de ses pauses
st accueillie par le cri d'applaudissement , oah! tahf
I^ nations aussi simples ne devroient avoir loi à débattre en politique; cependant il est vrai [n'ancun peuple civilisé ne traite plus de choses ' la fois. C'est une ambassade à envoyer à une rflm pour la féliciter de ses victoires , un pacte l'alliance à conclure ou à renouveler, une ex- ■Ucation à demander sur la violation d'un terri-
toire, une députation à faire partir pour aller pleurer sur la mort d'un chef, un suffrage à donner dans une diète, un cBef à élire, un compétiteur à écarter, une médiation à offrir ou à ac* cepter pour faire poser les armes à deux peuples, une balance à maintenir, afin que telle nation ne devienne pas trop forte et ne menace pas la liberté des autres. Toutes ces affaires sont discutées avec ordre; les raisons pour et contre sont déduites avec clarté. On a connu des sachems qui possédoient à fond toutes ces matières , et qui parloient avec une profondeur de vue et de Jugement dont peu d*hommes d'État en Europe seroient capables.
Les délibérations du conseil sont marquées dans des colliers dé diverses couleurs, archives de l'État qui renferment les traités de guerre , de paix et d'alliance, avec toutes les conditions et clausesdeces traités. D'autres colliers contiennent les harangues prononcées dans les divers conseils. J'ai mentionné ailleurs la mémoire artificielle dont usoient les Iroquois pour retenir un long discours. Le travail se partageoit entre des guerriers qui , au moyen de quelques osselets , apprenoient par cœur, où plutôt écrivoient dans leur mémoire la partie du discours qu'ils étoient chargés de reproduire'.
Les arrêtés des sachems sont quelquefois gravés sur des arbres en signes énigmatiques. Le temps , qui ronge nos vieilles chroniques, détruit également celles des Sauvages, mais d'une autre manière ; il étend une nouvelle écorce sur le papyrus qui garde l'histoire de l'Indien : au bout d'un petit nombre d'années, l'Indien et son histoire ont disparu à l'ombre du même arbre.
Passons maintenant à l'histoire des institutions particulières des gouvernements indiens, en commençant par le despotisme.
Il faut remarquer d'abord que partout où le despotisme est établi, règne une espèce de civilisation physique , telle qu'on la trouve chez la plupart des peuples de l'Asie , et telle qu'elle existoit au Pérou et au Mexique. L'homme qui ne peut plus se mêler des affaires publhfues , et qui livre sa vie à un maître comme une brute ou comme un enfant, a tout le temps de s'occuper de son bien-être matériel. Le système de l'esclavage soumettant à cet homme d'autres bras que les siens, ces machines labourent son champ,
» On peatvoir dans les Natehezla description d'un conseil de Sauvages, tenu sur le rocher da Lac : les détails en sont rigoureusement historiques.
Y0YA6K ER AlfÉUlQUlL
ettbellisëeat sft Aemenlre^ tUiriqnent ses yétemetitft et pré^atetit son repas. Mais , pàfTenuë à uneertftiadegfC, eetteeitilisatlim da dë^ikitiéiriè reste statieoiiaire ; ear le tyran supérieur, ({ui veut Me» tNftrmettre i{ueliines tyrannies partleulières, Miserve toujours le droit de Tie et dé mort lor ses Itifets, et eedît-ël ont s6ln de se tenfermer dans une médiocrité qui n'exdte ni la cupidité ni là jalousie dit pootoiir.
Sotis Tempire dd despotisme , Il jr a donc cotnnleneeitteiit dé luxé et d'administration, mais défis tilié tne^dre qui ne ^rmet pas à l'industrie de se dévelopiter, iii au génie de l'homme d'arriver à la liberté par les lumières.
Ferdinand de Soto trouva des peuples de cette nature dans les Fîorides, et vint mourir au bord du Mississipi. Sur ce grand fleuve s'étendoit la domination des Natchez. Ceux-ci étoient originaires du Mexique, qu'ils ne quittèrent qu'après la ciiute du trône de Montezume. L'époque de l'émigration des Natchez concorde avec celle des Ghieassâis, qui venoiènt du Pérou, également chassés de leur terre natale par l'invasion des Espagnole.
tin chef surnommé le Soleit gouvemoit les Natchez : ce chef prétendoit descendre de l'astre du jour. La succession au tr6ne avoit lieu par les femmes : ce n'étoit pas le fils même du Soleil qui Itii succédoit , mais le fils de sa sœur ou de sa plus proche parente. Cette Femme-Chef, tel étoit son nom , avoit avec le Soleil une garde de Jeunes gens appelés Allouez.
Les dignitaires au-dessous du Soleil étoient les deux chefode guerre, les deux prêtres, les deux oflQclers pour les traités, l'inspecteur des ouvrages et des greniers publies f homme puis* sant, appelé le Chef de la farine, et les quatre maîtres des cérémonies.
La réeoite, fidte en commun et tnise sous la garde du Soleil , fiit dans l'origine la cause principale de l'établissement de la tyrannie. Seul dépositaire de la fortune publique, le monarque en profita peur se faire des créatures : il dotinoit aux uns aux dépens des autres; il inventa cette hiérarchie de places qui intéressent une Ibule d'iiommesau pouvoir, parla complicitédaos Toppression. Le Soleil s'entsora de satellites prêts à exécuter sea^ ordres. Au liout de quelques générations, des classes se formèrent dans l'État : ceux qui descendoient des généraux du des ofiQ-
ciers dés Allouez se prétendirent nobles; on les crut Alors lurent inventées une multitQâe k lois : chaque individu se vit obligé dé portera Soleil une partie de sa chasse ou de sapêek Si eelul-d comttiandoit tel ou tel travail , on M tenu de Texéctiter sans en recevoir de sabire. En imposant la corvée, le Soleil s*empaH[ es dnil de Juger. « Qu'on me défasse de ce dii(nj*disolt^ilf el ses gardes obâsseient
Le despotisme du Soleil enftutà eeliri fteh Femme-Chef, et ensuite éeitti des nobles. Qwi unenatiott devient esdave, ilsefomeuiiediâK de tyrans depuis la première classe Jasqn'i h dernière. L'arbitrallv du pouvirir de la fm» Chef prit le caractère do sexe de eette sooif ndne; il se porta do eétédcs maeatn. LâPenr Qief se crut maîtresse de prendre autant de mil et d'amants qu'elle le voulut; elle fid^teimlK étrangler les objets de ses caprices. Eapaèt temps il fut admis que le Jeune Soleil ^mpsnt' nant ae trône, pouvoit fiiire étrangler §M pfRt lorsque celui-ci n'étoit pas noble.
Cette eorruptioD de la mère de PhéHtitr A tréne descendit aux autres fonmeSi L» adilfi pouvoient abuser des vierges ^ et méfiie desleines épouses, dans toute la nation. Le SoMlitié été jusqu'à ordonner une prostitotioB géoM des femmes, comme cela se pratlqiKrit àceftinés initiations lialiyioiiiennesa
A tous ces maux il n'en manquoit plus (|B*fl>Y la superstition : les Natchea en ftareutaenl^ Les prêtres s'étudièrent à fortifier la tvnoiii par la dégradation de la raison du peuple. 6 devint un honneur insigne, nne aetioii mériloirt pour le ciel que de se tuer sur le tombessélBi noble ; il y avoit des chefe dont les fèoérflHto entralnoient le massacre de plus de cent vi^in0> Ces oppresseurs sembloient n'abandonoer le pouvoir absolu dans la vie que pour hérite^ de II tyrannie de la mort : on obéissoit eftoore à o cadavre, tant on étoit façonné èa l'eseiivap! Bien plus, on sollieitoit quelquefois j dit ^ d'avance, l'imnneur d'accompagner le Soieil » pays des âmes. Le ciel perroettoit unejosliÉ^' ces mêmes Allouez, par qui la servitude avott^ fondée, recueilloient le fruit de leurs ceatres; l'opinion les obligeoit de se percer de lotf t^ gnard aux obsèques de leur matire; knix^ devenoit le digne ornement de la poiops ^^^ du despotisme. Mais que servolt ao «oote»^ des Natchez d'emmener sa garde au ddà de li
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M p^avoli^Ue te dtfenârè eontre rétornel ven^ lear des opprimés?
Une Femme-Chef étant morte « sim mari ^ qui létoit pas noble ^ M étoofféi La flUe atoée de la 'cmme-Ghef» qui laisueeédoiten dignitéiordotma étnagiemeiit de doaae enfants i end dduae èorps ueDl rangés anlour de eeux de Fandenne 'eoime-Ghef et de son mûri. Ces qnatorze cadam éioîent déposés sur un braneard pompeuseimtdéeoré*
Qaatone Allenea mletèrebt le lit fntèbret Le RiToi se mit en marche : les pères et mères des sbatsétrangiés ouvroient la marche, marchant nUnheBtdeat à deux^ et portant leurs enfants Mrto dans leurs bras; Quatorae rietlmes qui â*é- •ieat déYonées à la mort suWoieUt le lit funè* If, tenant dans leurs mains le cordon fatal p'dies atolent ûlé elles-mêmes* Les plus prodies nrents de ces victimes les environnoient La telle de la Femme-Chef fermoit le cortège*
De dix pas en dix pas^ les pères et les mères loi precédoient la Tliéorie laissoient tomber les csq» de leurs enfants; les hommes qui portoient bbnneard marehoient sur ces corps ^ de sorte loe (juaDd on arrira au temple les chairs de ces leodies hosties toml)oicnt en lambeaux.
Le convoi s*arrétà au lieu de la sépulture. On iésbabilla les quatorze personnes dévouées ; elles ('assijtnt à terre; un Allouez s'assit sur les ge- MKUL de chacune d'elles, un autre leur tint les naÏDs par derrière ; on leur fit avaler trois moriesQx de tabac et boire un peu d'eau; on leur ^1 le lacet au cou , et les parents de la Femme- %ef tirèrent, en chantant, sur les deux bouts la lacet.
On a peine à comprendre comment un peuple te lequel la propriété Individuelle éioit inconrae, et qui ignôroit la plupart des i)esoins de la wciélé, avoit pu tomber sous un pareil joug. D'nneôté des hotomesi mis, la liberté de la oa- ^; de TËutré des exactions sans exemples, un ^potisme qill passe ce qu'on a vu de plus formidable au milieu des peuples civilisés; l'inno- »nce et les vertus primitives de l'état plolitique ^ son berceau, la Corruption et les crimes d'un
gouvernement décrépit : quel monstrueux assem- Uagel
Une révolution simple , naturelle^ presque sans ^ort, délivra en panie les fïatchez de leurs ^latees. Accablés du joug des nobles et du So- '^ 7 ils se contentèrent de se retirer dans les
bois; la solitude leur rendit la liberté. Le Soleil demeuré au grand village y n'ayant plus rien à donner aux AiloueB^ puisqu'on ne eultivoit plus le champ commun , fut abandonné de ces mercenaires; Ce MIeli eût poilr iuëCëisëtif uti (irince raisohnable; OelUkii tië Mtabtit point leâ gardes; il abolit lesysagestyttkuniqties , fut^fiela éès sujets et leur fit aimeir Èoti goutétHëmCTit; Ufi cohseil de Yieillat^s tbriné pût Idi détHiisIt le pHîid^ de la tjri'antile, eti réglant d'une mahièrë houtelle la propriété cëmtnutie.
Les nations sauvages , sous l'empire des idées primitives I mx m iuirUieiMé éliMgtieniétit j^ur la lifopriété paHlcullère $ ftitidëmëht de Tdrdre social. De Ift, chez quelques Indiens j 6étié propriété (H)mmtitie , i;e chaihp |)Ubllti des iUolÈsons, ces récoltes déposées daifft des gibiers dû chacun vient puiser ëelon ^ bdoitts ; mais de là aussi \A tiuissaucè de^ chefs qui veuillent fl dès trésors , et qtii finissent pét les dlstribucF àh pfOflt de leur ambition.
Les Natchez régénérés tnmtèrenf uti uioyen de fte mettre à l'abri de Id propriété particulière, sahs tomber dans l'inconvénient dé la phif^i-iété commune. Le champ publie fut divisé en autant de lots qu'il y avoit de familles. Chaque famille emfknrtoit chez elle la moissoh cohtenue dans un de ces lots. Ainsi le grenier ptiblic fut détruit , en même tempe que le champ commun festa ; et comme chaque famille ne rëcucillolt pas précisément le produit du carré qu'elle avoit labouré et semé i elle ne pouvoit pas dire qu'elle avoit Un droit particulier à hi Jouissance de eé qu'elle avoit reçu. Ce ne fut plus la éommonauté de la terre , mais la communauté du travail qui fit la propriété commune^
Les Natchez conservèrent l'extérieur et les formes de leurs anciennes institutions : ils lie ces^ feèrent point d'avoir une monArchie absolue ^ un Soleil, uhe Femme-Chef ^ et diflérents ordres ou différentes classes d'hommes ; mais ce n'étolt plus que des souvenirs du pasié^ sduvenirs Utiles aux peuples , chez lesquels 11 n'est Jamais bon de détruire l'autorité des aïeux. On entretint toujours le feu perpétuel dans le temple ; on ne toucha pas même aux cendres des anciens chefii déposées dans cet édifice, parée qu'il y a crime à violer l'asile des morts, et qu'après tout la poussière des tyrans donne d'aussi grandes leçons que celle des autres hommes.
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LES VUSGOOULGSS.
Monarchie limitée dans Tétat de nature.
A Torient du pays des Natchez accablés par le despotisme , les Muscogulges présentoient dans réchelle des gouvernements des Sauvages la monarchie constitutionnelle ou limitée.
Les Muscogulges forment avec les Siminoles, dans l'ancienne Floride, la confédération des Creeks. Us ont un chef appelé Mico, roi ou magistrat.
Le Mico , reconnu pour le premier homme de la nation , reçoit toutes sortes de marques de respect. Lorsqu'il préside le conseil, on lui rend des hommages presque abjects; lorsqu'il est absent, son siège reste vide.
Le Mico convoque le conseil pour délibérer sur la paix et sur la guerre; à lui s'adressent les ambassadeurs et les étrangers qui arrivent chez la nation.
La royauté du Mico est élective et inamovible. Les vieillards nomment le Mico ; le corps des guerriers confirme la nomination. Il faut avoir versé son sang dans les combats, ou s*étre distingué par sa raison , son génie, son éloquence , pour aspirer à la place de Mico. Ce souverain , qui ne doit sa puissance qu'à son mérite , s'é lève sur la confédération des Creeks, comme le soleil pour animer et féconder la terre.
Le Mico ne porte aucune marque de distinc* tion : hors du conseil, c'est un simple sachem qui se mêle à la foule, cause, Aime, boit la coupe avec tous les guerriers : un étranger ne pourroit le reconnoltre. Dans le conseil même, où il reçoit tant d'honneurs, il n'a que sa voix; toute son influence est dans sa sagesse : son avis est généralement suivi, parce que son avis est presque toujours le meilleur.
La vénération des Muscogulges pour le Mico est extrême. Si un Jeune homme est tenté de faire une chose déshonnête , son compagnon lui dit : « Prends garde , le Mico te voit ; » le Jeune homme s'arrête : c'est l'action du despotisme invisible de la vertu.
Le Mico jouit cependant d'une prérogative dangereuse. Les moissons, chez les Muscogulges , se font en commun. Chaque famille , après avoir reçu son lot, est obligée d'en porter une partie dans un grenier public, où le Mico puise à volonté. L'abus d'un pareil privilège produi- I
sit la tyrannie des Soleils des Natdies, eomme nous venons de le voir.
Après le Mico, la plus grande autorité de l'État réside dans le conseil des vieillards. Ce conseil décide de la paix et de la guerre , et a^^illqie les ordres du Mico : institution politique singulière. Dans la monarchie des peuples dvîiîsés, le roi est le pouvoir exécutif, et le conseil ou rassemblée nationale, le pouvoir législatif; id, c'est l'opposé : le monarque fidt les lois et leeooseil les exécute. Ces Sauvages ont peot-étre pooé qu'il y avoit moins de péril à investir on ooosrï de vieillards du pouvoir exécutif, qu'à remetin ce pouvoir aux mains d'un seul homme. Vh autre côté , l'expérience ayant prouvé <|a'un sod homme d'un Age mûr, d'un esprit réfléehi , élabore mieux des lois qu'un corps dâibérant, le Muscogulges ont placé le pouvoir législatif dans le roi.
Mais le conseil des Muscc^lges'a un vice capital : il est sous la direction immédiate du grand Jongleur, qui le conduit par la crainte des sortilèges et par la divination des songes. Les prètrei forment chez cette nation un coll^ redoutable qui menace de s'emparer des divers pouvoirs.
Le chef de guerre, indépendant du Mieo, exerce vjie puissance absolue sur la Jeunesse armée. Néanmoins, si la nation est dans un péril imminent, le Mico devient, pour un temps limité, général au dehors, comme il est magistrat m dedans.
Tel est, ou plutôt tel étoit le gouvememcDl muscogulge , considéré en lui-même et à part Il a d'autres rapports comme gouvememeot fédératif.
Les Muscogulges, nation fière et ambitieuse, vinrent de l'ouest et s'emparèrent de la Floride adrès avoir extirpé les Yamases, ses premien habitants '. Bientôt après, les Siminoles, unvant de l'est, firent alliance avec les Muscogulges. Ceux-ci étant les plus forts, forcèrent eeoxlà d'entrer dans une confédération, en verto de laquelle les Siminoles envoient des députes ao grand village des Muscogulges, et se troatcitf
' Ces traditions des migmtkms indiennoes sont obseoRS et contradictoires. Quelques hommes iostmits reganinl Im tribus des Florides comme on débris de la grande natkM des Àlligliewis, qui habitolent les vallées du Misuaipi et de rOhio , et que chassèrent, vers les douzième et treitiMMii^ des, les Lennilénaps ( les Iroquois et les SauTages Detowares), horde nomade et belliqueuse, venue du nord et de fooest, c*ctt*à-dire des oMes voisines da détroit de Behiing.
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linsl gOQf ernés en partie par le Hioo de ces derniers.
Les deux nattons réunies furent appelées par ks Européens la nation des Creeks, et divisées par eux en Creeks supérieurs , les Muscogulges , et en Creeks inférieurs, les Siminoles. L'ambition des Muscogulges n'étant pas satisfaite, ils portèrent la guerre chez les Chéroquois et chez les GUcassais» et les obligèrent d'entrer dans Talliance commune ; confédération aussi célèbre dans le midi de rAmérique septentrionale que celle des Iroquols dans le nord. N'est-il pas singolier de voir des Sauvages tenter la réunion des Indiens dans une république fédérative, au même lieu où les Européens dévoient établir un gou- Tememeot de cette nature?
Les Muscogulges, en fidsant des traités avec les blancs, ont stipulé que ceux-ci ne vendroient point d'eau-de-vie aux nations alliées. Dans les villages des Creeks on ne souffroit qu'un seul marchand européen : il y résidoit sous la sauveprde publique. On ne violoit jamais à son égard les lois de la pins exacte probité ; il alloit et venoit, en sûreté de sa fortune comme de sa vie.
Les Muscogulges sont enclins à l'oisiveté et aux fttes; ils cultivent la terre ; ils ont des troupeaux et des chevaux de race espagnole; ils ont aussi des esclaves. Le serf travaille aux champs, cultive dans le Jardin les fruits et les fleurs, tient la cabane propre et prépare les repas. Il est logé, vêtu et nourri conune ses maîtres. S'il se marie, ses enfants sont libres; ils rentrent dans leur droit naturel par la naissance. Le malheur du père et de la mère ne passe point à leur postérité; les Muscogulges n'ont point voulu que la servitude fût héréditaire : belle leçon que les Sauvages ont donnée aux hommes civilisés !
Tel est néanmoins l'esclavage : quelle que soit ta douceur, il dégrade les vertus. Le Musco- ^Ige, hardi, bruyant, impétueux, supportant i peine la moindre contradiction, est servi par e Yamase, timide, silencieux, patient , abject. ^ Yamase , ancien maître des Florides, est celendant de race indienne : il combattit en héros our sauver son pays de l'invasion des Muscoolges; mais hi fortune le trahit. Qui a mis ene le Yamase d'autrefois et le Yamase d'ac^ourhui , entre ce Yamase vaincu et ce Moscogulge iinqueur,ane si grande différence? deux mots: ierté et servitude.
CnATEACBBIA!n>. — TOIIF lY.
Les villages muscogulges sont bâtis d'une manière particulière : chaque famille a presque toujours quatre maisons ou quatre cabanes pareilles. Ces quatre cabanes se font face les unes aux autres, et forment entre elles une cour carrée d'environ un demi-arpent : on entre dans cette cour par les quatre angles. Les cabanes, construites en planches , sont enduites en dehors et en dedans d'un mortier rouge qui ressemble à de la terre de brique. Des morceaux d*écorce de cyprès, disposés comme des écailles de tortue, servent de toiture aux bâtiments.
Au centre du principal village, et dans l'endroit le plus élevé, est une place publique environnée de quatre longues galeries. L'une de ces galeries est la salle du conseil , qui se tient tous les jours pour l'expédition des affaires. Cette salle se divise en deux chambres par une cloison longitudinale : l'appartement du fond est ainsi privé de lumière ; on n'y entreque par une ouverture surbaissée, pratiquée au bas de la cloison. Dans ce sanctuaire sont déposés les trésors de la religion et de la politique : les chapelets de corne de cerf, la coupe à médecine , les chichikoués , le calumet de paix , l'étendard national , fait d'une queue d^aigle. Il n'y a que le Mico, le chef de guerre et le grand prêtre , qui puissent entrer dans ce lieu redoutable.
La chambre extérieure de la salle du conseil est coupée en trois parties par trois petites cloisons transversales , à hauteur d'appui. Dans ces trois balcons s'élèvent trois rangs de gradins appuyés contre les parois du sanctuaire. C'est sur ces bancs couverts de nattes que s'asseyent les sachems et les guerriers.
Les trois autres galeries, qui forment, avec la galerie du conseil , l'encebite de la place publique, sont pareillement divisées chacune en trois parties; mais elles n'ont point de cloison longitudinale. Ces galeries se nomment galeries du banquet : on y trouve toiyours une foule bruyante occupée de divers jeux.
Les murs, les cloisons, les colonnes de bois de ces galeries , sont chargés d'ornements hiéroglyphiques qui renferment les secrets sacerdotaux et politiques de la nation. Ces peintures représentent des hommes dans diverses attitudes, des oiseaux et des quadrupèdes à tète d'hommes, des hommes à tète d'animaux. Le dessin de ces monuments est tracé avec hardiesse et dans les proportions naturelles ; la couleur en
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ast vive, mais appliquée Mm art. Uordre d'arcbiteoture des oolonoei varie dans les villages selon la trUiu qui habite ces villages : à Otasses , les oolounes soat tournées en spirale, parce que les Museogulges d*Otasses sont de la tribu du Serpent*
Il y a cbes cette nation une ville de paix et une ville de sang. La ville de paix est la capitale même de la confédération des Creeks , et se nomme Apalachucla, Dans cette ville on ne verse jamais le sang; et quand il s*agit d'une paix générale , les députés des Greeks y sont convoqués.
La ville de sang est appelée Ooweia} elle est située à douze milles d'Apalaohucla ; c*est là que Ton délibère de la guerre.
On remarque, dlins la oonfédération des Greeks, les Sauvages qui habitent le beau village d*Udie , composé de deux mille habitants , et qui peut armer cinq cents guerriers. Ces Sauvages parlent la langue savonna ou «avonMeo, langue radicalement différente de lalanguemuseogulge. Les alliés du village d*Uche sont ordinairement, dans le conseil, d'un avis différent des autres alliés, qui les voient avec jalousie; mais on est assez sage de part et d'autre pour n'en pas venir i une rupture.
Les Siminoles , moins nombreux que les Museogulges, n'ont guère que neuf villages, tous situés sur la rivière Flint. Vous ne pouvez fiedre un pas dans leur pays sans découvrir des savanes, des lacs, des fontaines , des rivières de la plus belle eau.
Le Simonole respire la gaieté, le contentement l'amour ; sa démarche est légère , son abord, ouvert et serein; ses gestes décèlent l'activité de la vie : il parle beaucoup et avec volubilité ; son langage est harmonieux et facile. Ce caractère aimable et volage est si prononcé chez ce peuple, qu'il peut à peine prendre un maintien digne dans les assemblées politiques de la confédération.
Les Siminoles et les Museogulges sont d'une assez grande taille , et , par un contraste extraordinaire, leurs femmes sont la plus petite race de femmes connue en Amérique : elles atteignent rarement la hauteur de quatre pieds deux ou trois pouces ; leurs mains et leurs pieds ressem* blent à ceux d'une Européenne de neuf ou dix^ ans. Mais la nature les a dédommagées de cette espèce d'ii\iustice : leur taille est élégante et gra^^ dense; leurs yeux sont noirs, extrêmement
longs, pleins de langueur et de modsrtie.Shi baissent leurs paupières avec une sorte ds podav voluptueuse : si on ne les voyoit pas lonqu'eUn parlent, on croin^t entendre des enfaati qûM prononcent que des mots à moitié formés.
Les femmes creeks travaillent moim qoe hi autres femmes indiennes : ellee s'oeo^sot di broderies , de teinture et d'autres petits oavisgci Les esclaves leur épargnent le smn de coltivtt la terre; mais elles aident pourtant, aioil qye les guerriers, à recueillir la moisson.
Les Museogulges sont renommés pour la paésie et pour la musique. La troldème irait deia fête du mais nouveau, on s'assemble dam llgd^ rie du conseil; on se dispute le prixducbaat.Ce prix est décerné , à la pluralité des voix,|irl( Mico ; c'est une branche de ohéoe vert : les Hellènes briguoient une branche d'olivier, Losfe» mes concourent, et souvent obtiennent la csronne;une de leurs odes est restée oélèbie:
« La chair blanche vint de la Virginie. Bk étoit riche; elle avoit des étoffes bleues, de Ii poudre , des armes et du poison fraacds*. Il chair blanche vit Tibeîma l'Ikouesseu*.
« Je f aime , dit-elle à la fille peinte : quand je m'approche de tôt, Jesens fendre la moelle denes os; mes yeux se troublent; Je me sens moalr.
« La fille peinte , qui vouloit les ridiesses de la chair blanche, lui répondit : Laisse-moi gnnr mon nom sur tes lèvres ; presse mon sein ooobt ton sein.
« Tibeima et la chair blanche bfttirent m ^ banc. L'Ikouessen dissipa- les grandes richesse de l'étranger, et Ait infidèle, La chair blanehe le sut ; mais elle ne pot cesser d'aimer. Elle alloit de porte en porte mendier des grains de floaii pour faire vivre Tibeima. Lorsque la chair bb»che pouvoit obtenir un peu de feu liquide^ eik buvolt pour oublier sa douleur.
« Toujours aimant Tibeima , toujours troBip< par elle, l'homme blanc perdit l'esprit et se ait à courir dans les bois. Le père de la fille peinte, illustre sachcm , lui fit des réprimandes : le «««" d'une femme qui a cessé d'aimer est plus dur (pe le fruit du papaya.
« La chair blanche revint à sa cabane. E* étoit nue ; elle portolt une longue barbe hérissée:
* Eaa-de-vle.
> Coartisane.
3 Eau-de-vle.
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Myrax éCoient erenx, ms lèrres pèles : dles'aslit Mr une natte poar demander rhospitallté dans sa propre eabane. L*hoinme blanc avoit faim : comme il étoit devenu inaeneé , il le eroyolt on vduAr et prenolt TibeSma pour sa ■ère.
« Tibeima, qui avoit retrouvé des richesses •vec on autre guerrier dans l'ancienne cabane de la ehair blanche, eut horreur de celui qu'elle avoit àîmé. Elle le chassa. La chair blanche s'a»iitittr un tas deCraillesà la porte, et mourut Tibeima mourut aussi. Quand l^^Siminole demande quelles sont les ruines de cette cabane reeottverlede gnndes heiiMS, on ne lui répond point»
Les fiapagnob avoient placé, dans les beaux déserts de la Floride, une fontaine de Jouvence. iré(oi»-Je donc pas autorisé à choisir ces déserts, pour le pays de quelques autres illusions?
Oa verra blent6t ce que sont devenus les Gneks,et quel sort menace ce peuple qui marchoit igrands pas vers la civilisation,
LES HtJBONS ET LES IBOQUOIS.
RépuUlque daos réUl de nature.
Si les NatchcK offrent le type du despotisme fans rétat de nature , les Creeks , le premier Init de la monarchie limitée, les Hurons et les InNpiois préseotoient, dans le même état de latare, la forme du gouvernement républi- Mia. Ils avoient, comme les Creeks, outre la constitution de la nation proprement dite , une iSKmblée générale représentative et un pacte sdératif.
Legouvemeinent des Hurons différoit un peu la celui des Iroquois. Auprès du conseil des trim 8*élevoit un chef héréditaire dont la suceesit» se continooit par les femmes , ainsi que diez M Natchet. Si la ligne de ce chef venoit à nanqoer, c*étoit la plus noble matrone de la fibu qui choisissoit un chef nouveau. L'influence les femmes devoit être considérable chez une atlon dont la politique et la nature leur donoient tant de droits. Les historiens attribuent cette influence une partie des bonnes et des isttvaises qualités du Huron.
Chea les nations de TAsie, les femmes sont eskives, et n*ont aucune part au gouvernement; lals, chargées des soins domestiques, elles sont mstraites, en général, aux plus rudes travaux e la terre.
Chez les natkms d*origine germanique, les femmes étoient libres , mais elles restoient étrangères aux actes de la politique, sinon à ceux du courage et de l*honneur.
Chez les tribus du nord de l'Amérique, les femmes partidpoient aux affaires de l'État , mais elles étoient employées à ces pénibles ouvrages qui sont dévolus aux liommes dans l'Europe civilisée. Esclaves et bêtes de sonune dans les champs et à la chasse, elles devenoient libres et reines dans les assemblées de la famille et dans les conseils de la natton. Il faut remonter aux Gaulois pour retrouver quelque chose de cette condition des femmes chez.un peuple.
Les Iroquois ou les Cinq nations', appelés, dans la langue algonquine, les Àffonnonsionip étoient une colonie deb Hurons. Ils se séparèrent de ces derniers à une époque ignorée ; ils abandonnèrent les bords du lac Huron, et se fixèrent sur la rive méridionale du fleuve Hochelaga (le Saint» Laurent), non loin du lac Champlain. Dans la suite, ils remontèrent Jusqu'au lac Ontario, et occupèrent le pays situé entre le lac Érié et les sources de la rivière d'AltMmy.
Les Iroquoisoffrent un grand exemple 4u changement que l'oppression et l'indépendance peuvent opérer dans le caractère des hommes. Après avoir quitté les Hurons, ils se livrèrent à la culture des terres, devinrent une nation agricole et paisible, d'où ils tirèrent leur nom d'Agannan'
Leurs voirins, les AdirondaeSy dont nous avons ftdt les Algonquins, peuple guerrier et chasseur qui étendoit sa domination sur un pays immense , méprisèrent les Hurons émigrants dont ils achetoient les récoltes. H arriva que les Algonquins invitèrent quelques Jeunes Iroquois à une chasse ; ceux-ci s'y distinguèrent de telle sorte que les Algonquins Jaloux les massacrèrent.
Les Iroquois coururent aux armes pour la première fois : battus d'abord , ils résolurent de périr Jusqu'au dernier, ou d'être libres. Un génie guerrier, dont ils ne s'étolent point doutés , se déploya tout à coup en eux. Ils défirent à leur tour les Algonquins , qui s'allièrent avec les Hurons , dont les Iroquois tiroient leur origine. Ce fut av moment le plus chaud de cette querelle que Jacques Cartier et ensuite Champlain , abordèrent au Canada. Les Algonquins s'unirent aux étrangers ,
Six , Mlon la division An Angtois.
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et les Iroquois eurent à lutter contre les François , les Algonquins et les Hurons.
Bientôt les Hollandois arrivèrent à Manhatte (New- York). Les Iroquois recherchèrent l'amitié de ces nouveaux Européens, se procurèrent des armes à feu , et devinrent , en peu de temps , plus habiles au maniement de ces armes que les blancs eux-mêmes. 11 n'y a point chez les peuples civilisés d'exemple d'une guerre aussi longue et aussi implacable que celle que firent les Iroquois aux Algonquins et aux Hurons. Elle dura plus de trois siècles. Les Algonquins furent exterminés , et les Hurons réduits à une tribu réfugiée sous la protection du canon de Québec. La colonie françoise du Canada, an moment de succomber elle-même aux attaques des Iroquois , ne fut sauvée que par un calcul de la politique de ces Sauvages extraordinaires'.
Il est probable que les Indiens du nord de l'Amérique firent gouvernés d'abord par des rois, comme les habitants de Rome et d'Athènes, et que ces monarchies se changèrent ensuite en républiques aristocratiques : on retrouvoit , dans les principales bourgades huronnes et iroquoises, des familles nobles, ordinairement au nombre de trois. Ces familles étoient la souche des trois tribus principales : l'une de ces tribus jouissoit d'une sorte de prééminence ; les membres de cette première tribu se traitoient de frères j et les membres des deux autres tribus de cousins.
Ces trois tribus portoient le nom des tribus huronnes : la tribu du Chevreuil, celle du Loup, celle de la Tortue. La dernière se partageoit en deux branches , la grande et la petite Tortue.
Le gouvernement, extrêmement compliqué, se composoit de trois conseils : le conseil des assistants, le conseil des vieillards , le conseil des guerriers en état de porter les armes , c'est-à-dire du corps de la nation.
Chaque &miUe foumissoit un député au c<Hiseil des assistants; ce député étoit nommé par les femmes, qui choisissoient souvent une femme pour les représenter. Le conseil des assistants étoit le conseil suprême : ainsi la première puissance appartenoit aux femmes , dont les honmies ne se
* D*autres traditions, comme on l'a vu , font des Iroquois une colonne de cette grande migration des Lennllénaps , venus des bords de Tocéan Pacifique. Cette colonne des Iroquois et des Hurons auroit chassé les peuplades du nord du Canatla , parmi lesquelles se trouvoient les Algonquins, tandis que les Indiens Delawares, plus au midi , auraient descendu Jttsqn*à TAtlanUque, en dispersant les peuples primltiCs établis h Test el h ronest des Alleghanys.
disoient que les Uentenants; mais le eonMil des vieillards prononçoit en dernier reasort , et devant lui étoient portée» en appel les âéUbéraâont di conseil des assistants.
Les Iroquois avoient pensé qu'on ne se dcviiS pas priver de l'assistance d'un sexe doot l'esprit délié et ingénieux est fécond en resscorees , et sait agir sur le cœur humain; mais ils avoient aaai pensé que les arrêts d'un conseil de femmes poll^ roient être passionnés; ils avoient voulu que eo arrêts fussent tempérés et comme refiroîdls par k jugement des vieillards. On retroovmt œ eonsdl des femmes chez nos pères les Gaulois.
Le second conseil ou le conseil des Tiefllarés étoit le modérateur entre le conseil des ^a»i«tMfa et le conseil composé du corps des JemMS govriers.
Tous les membres de ces trois conseils n'avoicrt pas le droit de prendre la. parole : des orataus choisis par chaque tribu traitoient devant seils des afTaires de l'État : ces orateurs une étude particulière de la politique et de Fâ»quence.
Cette coutume, quiseroitunobstacleàlaliberté chez les peuples civilisés de l'Eure^, n'ctoi qu'une mesure d'ordre chez les Iroquois. Paroy ces peuples, on ne sacrifloit rien de la Uberlé particulière à la liboté générale. Aucun memhie des trois conseils ne se regardolt lié individoeHament par la délibération des conseils. ToulAîs il étoit sans exemple qu'un guerrier eût reftoé de s'y soumettre.
La nation iroquoise se di visoit &ï cinq cantons : ces cantons n'étoient point dépendants les uns des autres; ils pou voient faire la paix et la gnem séparément. Les cantons neutres leur ofifiment dans ces cas leurs bons offices.
Les cinq cantons nonunoient de temps en teofi des députés qui renouveloient rallianoe génénie. Dans cette diète, tenue au milieu des bois, m traitoit de quelques grandes entreprises po« l'honneur et la sûreté de toute la nation. Chaque député foisoit un rapport relatif au canton qui représentoit , et l'on délibèrott sur des moyenide prospérité commune.
Les Iroquois étoient aussi fameux par leur politique que par leurs armes. Placés entre les Anglois et les François, ils s'aperçurent bientôt de la lî* valité de ces deux peuples. Ils comprirent qo% seroient recherchés par l'un et par Tautre : Ib firent alliance avec les Anglois qu'ils n'aimolcot
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|tf , eontre les François qu'ils esUmoient, mais qd s'étoieiit unis aux Algonquins et aux Hérons. Opendant ils ne youloient pas le triomphe complet d*un des deox partis étrangers : ainsi les Iroqaols étoient prêts à disperser la colonie françolse do Canada, lorsqutin ordre du conseil des sachems arrêta l*armée et la força de revenir; ainsi les François se voyoient au moment de conquérir laNoQvelle^ersey, et d'en chasser les Anglois, lixsqiie les Iroquois firent marcher leurs cinq natioDs an secours des Anglols , et les sauvèrent.
L'Iroquois ne conservoit de commun avec le Hànm que le langage : le Huron , gai , spirituel , Tobge , d'une valeur brillante et téméraire , d'une taille haute et élégante , avoit l'air d'être né pour Are rallié des François.
L'Iroquoisétoitaucontraired'uneforte stature : poitrine large Jambes musculaires , bras nerveux. Les grands yeux ronds de Tlroquois étincellent d'indépendance ; tout son air étolt celui d'un hé* ns; on voyoit reluire sur son front les hautes com- Mnaisons de la pensée et les sentiments élevés de l'âme. Cet homme intrépide ne fut point étonné ëei armes à feu , lorsque , pour la première fois, oo en usa contre lui ; i I tint ferme au sifflement des kallcset au bruit du canon, comme s'il les eiH entendus toute sa vie ; il n'eut pas l'air d'y faire pios d'attention qu'à un orage. Aussitôt qu'il se pot procurer un mousquet, il s'en servit mieux fQ'on Européen. Il n'abandonna pas pour cela le easM^ête, le couteau , l'arc et la flèche ; mais il y 4onta la carabine, le pistolet, le poignard et la biehe; il sembloit n'avoir Jamais assez d'armes pour sa valeur. Doublement paré des instruments meurtriers de l'Europe et de l'Amérique , avec sa Mte ornée de panaches, ses oreilles découpées, M visage barbouillé de noir, ses bras teints de Hog, ce noble champion du Nouveau-Monde feviot aussi redoutable à voir qu'à combattre nr le rivage qu'il défendit pied à pied contre l'énmger.
C'étoit dans l'éducation que les Iroquois plaxiient la source de leur vertu. Un Jeune homme le s'asseyoit Jamala devant un vieillard : le resleet pour Tége étolt pareil à celui que Lycurgue ivoit fait nattre à Lacédémone. On accoutumoit Kjeunesse à supporter les plusgrandes privations, tinsi qu'à braver les plus grands périls. De longs etees commandés par la politique au nom de la dlgkm , des chasses dangereuses , l'exercice coninoel désarmes, des Jeux mâles et virils , avoient
donné au caractère de l'Iroquois quelque chose d'indomptable. Souvent de petits garçons s'attachoient les bras ensemble , mettoient un charl)on ardent sur leurs bras liés, et luttoient à qui soutiendroit plus longtemps la douleur. Si une Jeune fille conunettoit une faute, et que sa mère lui Jetât de l'eau au visage, cette seule réprimande portoit quelquefois la Jeune fille à s'étrangler.
L'Iroquois méprîsoit la douleur comme la vie : un sachem de cent années affrontoit les flammes du bôcher ; il excitoit les ennemis à redoubler de cruauté; il les défioit de lui arracher un soupir. Cette magnanimité de la vieillesse n'avoit pour but que de donner un exemple aux Jeunes guerriers, et de leur apprendre à devenir dignes de leurs pères.
Tout se ressentoit de cette grandeur chez ce peuple : sa langue, presque tout aspirée , étonnoit 1 oreille. Quand un Iroquois parloit, on eût cru ouïr un homme qui, s'exprimant avec effort, passoit successivement des intonations les plus sourdes aux intonations les plus élevées. . Tel étoit riroquois avant que l*ombre et la destruction de la civilisation européenne se fussent étendues sur lui.
Bien que J'aie dit que le droit civil et le droit criminel sont à peu près inconnus des Indiens, l'usage en quelques lieux a suppléé à la loi
Le meurire, qui chez les Francs se rachetoit par une composition pécuniaire en rapport avec l'état des personnes , ne se compense chez les Sauvages que parla mort du meurtrier. Dans l'Italie du moyen âge, les familles respectives prenoient fait et cause pour tout ce qui concemoit leurs membres : de là ces vengeances héréditaires qui divisoient la nation lorsque les familles ennemies étoient puissantes.
Chez les peuplades du nord de l'Amérique, la famille de l'homicide ne vient pas à son secours , mais les parents de l'homicide se font un devoir de le venger. Le criminel que la loi ne menace pas , que ne défend pas la nature , ne rencontrant d'asile, ni dans les bois où les alliés du mort le poursuivent, ni chez les tribus étrangères qui le livreroient, ni à son foyer domestique qui ne le sauverait pas, devient si misérable, qu'un tribunal vengeur lui seroît un bien. Là au moins il y auroit une forme, une manière de le condamner ou de l'acquitter : car, si la loi frappe, elle conserve , comme le temps qui sème et moissonne. Le meurtrier indien , las d'une vie errante , ne trou-
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irant pas de ftnnille publique pour le punir, se remet eotre les mains dHme famille particiilière qui Timmole : an défaat de la force armée, le crime conduit le criminel aux pieds du Juge et du boureau.
Le meurtre involontaire s'expioit quelquefois par des présents. Gbes les Abénaquis la loi pn>nonçolt : on exposoit le corps de rhomme assassiné sur une espèce de claie en l'air; Tassassin, attaché à un poteau, étoit condamné à prendre sa nourriture, et à passer plusieurs jours à ce pilori de la mcnrt.