RELIGION
Lorsque les Européens abordèrent en Amérique, ils trouvèrent parmiles Sauvages des croyances religieuses presque effocées aujourd'hui. Les peuples de laFloride et de la Louisiane adoroient presque tous le soleil, comme les Péruviens et les Mexicains. Ils avoient des temples, des prêtres ou Jongleurs, des sacrifices; ils mêloient seulement à ce culte du Midi le culte et les traditions de quelque divinité du Nord.
Les sacrifices publics avoient lieu au bord des fleuves; ils se faisoient aux changements de saison , ou à Foccasion de la paix ou de la guerre.
VOYAGE EN ÀMÉBIQUE.
Les saciiflces particnlfen s'aoeompliMoient du» les huttes. On jetoit au yent \m cendres proliinés ) et l'on allumolt un fea nouveau. L'offrande aux bons et aux mauvais génies consistQit en peaux de bétes , ustensiles de ménage , armes , colliers, le tout de peu de valeur.
Mais une superstition commune à tous les Indiens, et pour ainsi dire la seule qu'ils aient conservée, c'étolt celle des Manitous. Chaque Sauvage a son manitou, comme chaque Nègre a son fétiche : c'est un oiseau, un poisson, un quadrupède, un reptile, une pierre, un morceau de bois, un lambeau d'étoffe, un objet coloré, un ornement américain ou européen. Le chasseur prend soin de ne tuer ni blesser l'animal qu'il a choisi pour manitou : qnand ce malheur lui arrive , il eherche par tous les moyens possibles à apaiser les mânes du dieu mort ; mais il n'est parfaitement rassuré que quand il a rêvé un autre manitou.
Les songes jouent un grand rôle dans la religion du Sauvage ; leur interprétation est une science, et leurs Illusions sont tenues pour des réalités. Chez les peuples civilisés c'est souvent le contraire : les réalités sont des Illusions.
Parmi les nations indigènes du Nouveau-Monde le dogme de l'immortalité de l'âme n'est pas distinctement exprimé, mais elles en ont toutes une idée confuse, comme le témoignent leurs usages, leurs £ables, leurs cérémonies funèbres, leur piété envers les morts. Loin de nier IMmmortalité de rame , les Sauvages la multiplient : ils semblent l'accorder aux âmes des liétes, depuis l'insecte, le reptile, le poisson et l'oiseau , Jusqu'au plus grand quadrupède. En effet, des peuples qui voient et qui entendent partout des espriis doivent naturellement supposer qu'ils en portent un en eux-mêmes , et que les êtres animés , compagnons de leur solitude , ont aussi leurs intelligences divines.
Chez les nations du Canada, il existoit ^n système complet de fkblet religieuses , et l'on remarquoit, non sans étonnement, dans ecs fi|bles, des traces des fictions giecques tt des vérités bibliques.
Le Grand-Lièvre assembla un jour sur les eaux sa cour composée de l'orignal , dn chevreuil , de l'ours et des autres quadrupèdes. Il tira un grain de sable du fbnd dn grand lac, et il en forma la terre. Il créa ensuite les hommes des oorps morts dca divers aniouuix.
Une airtre Iradttioii fiiit d'Arakoii oilAgresgooé, dieu de la guerra, l'Être sapiéam le Grand-Espril.
Le Grand-Lièvre fût traversé dam m d»
seins; le dieu deseaox, Michd^, somosnék Grand-Qhat-Tigi«, s'qpposa à l'eatnpm à Grand-Lièvre ; celui-ci ayant à oonladie i* ehabou ne put créer que six hommes : asdieB hommes monta au ciel; il eut oomaMice wtk belle Athaênsic, divinité des vengnsculi Grand-lièvre s'apercevant qu'elle éloit eue*, la précipita d'un coup de j^ed sur la tm:* tomba sur le dos d'une tortue.
Quelques Jongleurs prétendent q^ÂMak eut deux fils , dont l'un tua l'autre; nais ei ad généralement qu'elle ne mit au monde ^ fille, laquelle devint mère de Tahooet-Siniii de Jouskeka. Jouskeka tua Tahouet-fiaraB.
Athaênsic est quelquefois prise pour la hV) et Jeuf kdia pour le solell. Aredioui , diia ^ li guerre, devient aussi le soleil. Parmi \m Nalc^ Athaênsic, déeasede la veagaMioe, était li^^w» chef USA naauvais manitous, comme JowUi étoit ïdifemme-ehêf deè bous.
A la trolsitaoe génératicm , la raee de JmMi s'éteignit presque tout entière ; le Gnad-Eirrt envoya un déluge. Messou , autrement SakdM, voyant ce débordement , députa un oorbeaafw s'enquérir de l'état des choees, mais le entai s'acquitta mal de sa commission ; alors Mua* fit partir le rat musqué , qui lui apporta aafa de limon. Messou rétablit la terre daai leap» mier état ; il lança des flèches cootpe le W des arbres qui restcrient eneore ddKNit) d li flèches devinrent des branches. Il ^KHiaaeaflilii par reoonnôissance, une famelledu ratmai^' de ce mariage naquiiu^ tops les heaHBtf f* peuplent aujourd'hui le monde.
Il y a des variantes à cas ^es : salai <iil-
ques autorités , œ ne Alt pas M«>ott qai M oi^ rinondatkm, mais |a tortuesnr laquella AMi^ tomba du del : cette tortue, en nageant, éeailiii> eaux avec ses pattes , et déoouvrit la tane- Ai* c'est la vengeance qui est I9 mère de la oeaidli race des hommes.
Le Grand-Castor est^ après le firsad-Uèmi le plus poissant des nanttoqs : c'est M qai afa» le lae Nipissingue : les eataractes 9»^'* trouve dans la rivière des ÛntaoQoiS} 9^^ du Nipissingue , sont ta ml» àm ek8aiM<> que le Gr«|d*Ca8tor fvoit ^mfP^^ 1^ **
VOYAGE V
lereelie^niaisiliiNninitaii mlllea de sim epnpriie. Il Mt mUni an baut d'une montagne i toqueile il a donné aa forme. Aucune nation ne piseau pied de son tombeau sana fumer en son
lonaeur*
MiebaboQ > dieu des eaux , est né ^ liéchiUinarinac, sur le détroit qui Joint ielacHuron au lac lichigan. De là il se transporta au détroit , Jeta lae digue au saut Sainte-Marie , et, arrêtant les ma du lac Alimipigoni il fit le lac Supérieur I0or prendre des castors. Miebabou apprit de •laipée à tisser des fileta rCtii enseigna ensuite p œénm art aux hommes.
11 y a des lieux où les génies se plaisent partinlièremeut. A deux Journées au-dessous du Saut Isiokàntoine, on voit la grande WakOD-Teebe (la iveme du Grand-Esprit ) : elle renferme un lac Mitenrain d'une profondeur inconnue ; lorsqu'on stte une pierre dans ce lac, le Grand-Lièvre fait ntendre une voix redoutable. Des caractères sont pavés par les esprits sur la pierre de la voâte.
Aq soleil couchant du lac Supérieur sont des ■OQtsgnes formées de pieyres qui brillent comme bgiacedes cataractes en hiver. Derrière ces m<mliKseï s'étend un lac bien plus grand que le lac iopérieur. Miebabou aime particulièrement ce lac ileei montagnes'. Mais c*est au lac Supérieur loe le Grand-Esprit a fixé sa résidence, on l'y PBit se promener au dalr de la lune : il se plaît NMi à cueillir le fruit d'un groseillier qui couvre irive méridionale du lac. Souvent, assis sur la loiate d'un rocber, il déchaîne les tempêtes. Il Wtedans le lue une Ile qui porte spn nom : c'est I que les âmes des guerriers tombés sur le champ ie bataille se rendent pour Jonir du plaisir de la shasse.
Autrefois , ^^ milieu du lae Sacré éinergeolt une aeatagne 4e cuivre que le Grand-Esprit à enle- ^ et transportée ailleurs depuis longtemps ; mis il a semé sur le rivage des pierres du même nétal qui ont une vertn singulière : elles lendent invisibles ceui^ qui les portent. Le Grand-Esprit is veut pas qu'on tpncbe è ces pierres. Un Jour ici algonquins forent asses téméraires pour en mkver une ; k peine ét<Hant-ils rentrés dans leurs nmots, qu'un manitou de plu9 de soixante cou- Ussde hauteur, sfMrtant dp fond d'une forêt, les ^rsulvit : les vagues lui allaient à peine A la
' Otfe ancienne tradition d'une chaîne de montagnes et nia lac immense situé au nord-ouest du lac Supérieur indlptaiies IqmoataePM^ aocdauset et recte Pacifique,
ceinture; il obligea les Algonqobis de Jeter dans les flots le trésor qu'ils avoient ravi.
Sur les bords du lac Huron, le Grand^Esprit a foit ehanter le lièvre blanc comme on oiseau , et donné la voix d'un chat à l'oiseau bleu.
Atbaënsic a planté dans les îles du lac Érié fherh à la puce ; si un guerrier regardp cette barba > il est saisi de la fièvre ; s'il la toncbe , un feu subtil court sur sa peau. Athaênsie planta encore au bprd du lae Érié le cèdre plm^ pour détruire la race des hommes : la vapeur de Tarbce faitmonrirrenfont dansleseindebij^unc mère, pomme la pluie fait couler la grappe sur la vigne.
Le Grand-Lièvre a donné la sagesse au cbathuant du lac Érié. Cet oiseau fait la chasse aux «ouris pendant l'été ; il le9 mutile et les emporte toutes Yivantea dana ta demeure ,ou il prend soin de les engraisser pour, l'biver. Gela ne ressemble pas trop mal aux maîtres des peuples.
A la cataracte du Niagara habite le Génie redoutable d^s Iroquois.
. Auprès du la^ Ontario, des ramiers mâles se précipitent le matin dans la rivière Gennessé ; le soir ilssontsuivis d'un pareil nombre de femelles ; ils vont chercher la balle Endaé , qui fi|t retbrée 4e l<^ contrée 4as énncs par le chant de son époux.
Le petit oiseau du lac Ontario fait la guerre au serpent nnir* Voici ce qui a donné lieu à cette
g^p^re-
]Qon4lonn étoit un fameux chef des Irpquois constructeurs de cabanes. Il vit la Jeune Almilao, et il fut étonné. Il dansa tmis fois de colère, car Almilao étoit fille de la nation des Burons , enne. fnjs dea Iroquoia. Hondlqun retourna à sa botte en disant : « C'est égal ; 9 mais l'âme du guerrier ne parloit pas ainsi.
Il demeura couché sur la natte pendant deux soleils, et il ne put dormir : au troisième soleil 11 ferma les yeux , et vit un ours dans ses songes. Il se prépara à la mort.
Il se lève , prend ses armes , traverse les forêts, et arrive à la hutte 4'A|mi|ap| dans le pays des ennemis. Il faisoit nuit.
Almilao entend marcher dans sa cabane ; elle dit « Akouessan , aisiedsrtoi sur ma natte. « Handloun s'assit sans parler sur la natte. Athaënslc et sa ragn étoieot dans son cœur. Almilao Jette un bras autour du guerrier iroquois sans le connottre, et cherche ses lèvres. Hondioun Faima oommelaione.
Akooessan rAbénaqnia, allié des Hurons, ar-
VOYAGE EN AMÉRIQUE
rive; il s'approehe dans les ténèbres : les amants dormoient. Il se glisse auprès d'Almilao, sansaper cevolr Hondioun roulé dans les peaux de la couche. Akouessan enchanta le sommeil de sa maltresse.
Hondioun s'éveille, étend la main, touche la chevelure d*un guerrier. Le cri de guerre ébranle la cabane. Les sachems des Hurons accourent Akouessan TAbénaquis n*éioitplus.
Hondioun , le chef iroquois , est attaché au poteau des prisonniers, et chante sa chanson de mort ; il appelle Almilao au milieu du feu , et invite la fille huronneà lui dévorer le cœur. Celleci pleuroit et sourioit : la vie et la mort étolent sur ses lèvres.
Le Grand-Lièvre fit entrer Tâme d'Hondioun dans le serpent noir, et celle d*Almilaodans le petit oiseau du lac Ontario. Le petit oiseau attaque le serpent noir, et retend mort d'un coup de bec. Akouessan fut chaugé en homme marin.
Le Grand-Lièvre fit une grotte de marbre noir et vert dans le pays des Abénaquis ; il planta un arbre dans le lac salé (la mer) à l'entrée de la grotte. Tous les efforts des chairs blanches n'ont Jamais pu arracher cet arbre. Lorsque la tempête souffle sur le lac sans rivage , le Grand-Lièvre descend du rocher bleu , et vient pleurer sous l'arbre Hondioun, Almilao et Akouessan.
C'est ainsi que les fables des Sauvages amènent le voyageur du fond des lacs du Canada aux rivages de l'Atlantique. Moïse, Lucrèce et Ovide sembloient avoir légué à ces peuples , le premier sa tradition, le second sa mauvaise physique, le troisième ses métamorphoses. Il y avoit dans tout cela assez de religion , de mensonge et de poésie pour slnstruire, s'égarer et se consoler.