LIVRE m
pa9 des propos odieux que to viens de tenir à un père de la patrie : la colère doit être dans ton cœnr, et la vengeance, agiter les panaches de ta chevelure. Lorsque la perfide Endaê, plus belle que l'étoile qui ne marche pas * , rejeta sntrefois mes présents pour recevoir ceux de Mengade , mon ooeur brûla de la ftireur qui possède aujourd'hui le tien. Je méconnus mon père lui-même) et, dans l'égarement de ma raison , je levai mon lomahavirk* sur celle qui m'avoit porté dans son sein , et qui m'avoit donné un nom parmi les hommes. Mais Athaënaie ' plongea bientôt ma flèche dans le cœur de mon rival , et Endaê fut le prix de ma victoire. Malgré le poids des neiges ^, ma mémoire a conservé fidèlement le souvenir de cette aventure, eomme les colliers^ gardent les actions des aïeux. Je pardonne à l'impudence de tes pa* rôles. »
A peine la Benommée aehevoit ce perfide dis* eoors , que le fer dont Ondouré étoit armé échappe à sa main. Les yeux du Sauvage se fixent, une écume sanglante parott et dlsparoit sur ses lèvres ; U pMit, et ses bras roidls s'agitent à ses côtés. Soudain recouvrant ses sens , il bondit comme un torrent du haut d'un roc, et disparoit.
Alors le démon de la renommée reprenant sa forme, s'élève triomphant dans les airs : trois fois il remplit de son souffle une trompette dont les sons aigus déchirent les oreilles. En même tempe Satan envoie à Ondouré l'Injure et la Vengeance : la première le devance, en répandant des calomnies qui, comme une huile empoisonnée, souillent ce qu'elles ont touché; la seconde le suit, enveloppée dans un manteau de sang. Le prince des ténèbres veut qu'une division éclatante sépare à jamais René et Ondouré , et devienne le premier anneau d'une longue chaîne de malheurs. Cependant Ondouré ne sent pas encore pour Céluta tous les feux d'amour qui le brûleront dans la suite, et qui l'exciteront à tous les crimes; mais son orgueil et son ambition sont à la fois blessés; il ne respire que vengeance. Il va exhalant son dépit en paroles insultantes.
« Quel est donc ce fils de l'étranger qui prétend « m'enlever la femme de mon choix? Lui donne- « t-on , comme à moi , la première place dans les
I Vém\9 polalie.
' Massae.
> Géiiie de la vengeaneQ.
* Années.
^ Traités , contrats , lettres , etc.
« festins , et la portion la plus honorable de la « victime? Où sont les chevelures des ennemis « qu'il a enlevées? Vile chair blanche qui n'as ni « père ni mère , qu'aucune cabane ne réclame ! « Lâche guerrier, à qui Je ferai porter le Jupon « d'écorce de la vieilleYemme , et que Je formerai « à filer le nerf de chevreuil I »>
Ainsi parloit ce chef, environné d'une légion d'esprits qui remplissoient son âme de mille pensées funestes. Lorsque l'automne a mûri les vergers, on voit des hommes agrestes, montés sur l'arbre cher à la Neustrie, abattre avec de ion«» gués perches la ponune vermeille , tandis que les Jeunes filles et les Jeunes laboureurs ramassent péle-méle, dans une corbeille, les fruits dont le jus doit troubler la raison : ainsi les anges du mal Jettent ensemble leurs dons enivrants daus le sein d'Ondouré. Jalousie insensée 1 L'amour ne pou voit entrer dans le cœur du frère d'Amélie : Célutà aimoit seule. Ces passions, de tous côtés non partagées, ne promettoient que des malheurs sans ressource et sans terme.