‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 111 sur 170 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

0r les rootes sinaeuseft destinées aux foibles niits.

C'est là que, Toreilte placée à Fouverture de et immense écho , est assis sur un trône retentisint on démon, la Renommée. Cette puissance, Ile de Satan et de TOrgueil , naquit autrefois oor annoncer le mal : avant le Jour où Lucifer »va rétendard contre le Tout-Puissant, la Reommée étoit inconnue. Si un monde venoit à s*alimer ou à s'éteindre ; si rÉtemel avoit tiré un laivers du néant , ou replongé un de ses ouvra- ;» dans le chaos ; s'il avoit Jeté des soleils dans 'apaœ, créé un nouvel ordre de Séraphins, esayé le bonté d'une lumière, toutes ces choses îtolent aussitôt connues dans le ciel, par un seniment intime d'admiration et d'amour, par le diant mystérieux de la céleste Jérusalem. Mais iprèsla rébellion des mauvais anges , la Renommée usurpa la place de cette intuition divine. Bientôt précipitée aux enfers, ce fût elle qui publia dans l'abîme la naissance de notre globe , et qai porta rennemi de Dieu à tenter la chute de l'homme. Elle vint sur la terre avec la Mort , et dèscemomentelleétablitsademeuresurla montagne, où elle entend et répète confusément ce qnise passe sur la terre, aux enfers et dans les deux.

Satan, arrivé au palais, pénètre Jusqu'au lieu oà veilloit la Renommée.

« Ma fille , loi dit-11 , est-ce ainsi que tu me

• sers? peux-tu Ignorer les projets que Je médite ?

• Toi seule n'as point paru dans l'assemblée des •jNiissances Infernales. Cependant, fille ingrate,

> poor qui travaiilé-Je en ce moment, si ce n'est « pour toi? Quel est l'ange que J'ai aimé plus ten- « drement que Je ne t'aime? Lorsque l'Orgueil ,

> mon premier amour, te donna naissance. Je te

• pris sur mes genoux. Je te prodiguai les care»- « tes d'un père. Hâte-toi donc de me prouver que

< ta n'as pas rompu les liens qui nous unissent.

• Viens , suis-moi ; le temps presse ; il faut que tu

• parles , il faut que tu répètes ce que Je t'appren- «drai; ton silence peut mettre en danger mon ■ empire. »

U démon de. la renommée souriant au prince

des ténèbres , lui répond d'une voix éclatante :

« 0 mon père ! Je n'ai pas rompu les liens qui

• nous unissent. J'ai entendu les bruits répandus " par toi chez les Natchez ; J'ai vu avec transport « les grandes choses que tu prépares ; mais il me

< venoit dans ce moment d'autres bruits de la

« terre : J'étois occupée à redire ati monde la « gloired'unmonarquedel'Europe'.CesFrançois « m'accablent de leurs merveilles; il me faudrait « des siècles pour les entendre et les raconter. « Cependant Je suis prête à te suivre, et J'aban- « donne tout pour servir tes desseins. »

En achevant ces mots, la Renommée descend de son trône : de toutes les voûtes, de tous les dômes, de tous le souterrains du palais ébranlé, s'échappent des sons confus et discordants : tels sont les rugissements d'un troupeau de lions , lorsque, la gueule enflammée, la langue pendante, ils élèvent la voix durant une sécheresse dans l'aridité des sables africains.

Satan et la Renommée sortent du sonore édi* fice, s'abattent comme deux aigles au pied de la montagne , où la Nuit leur amène un char. Ils y montent. La Renommée saisit les rênes qui flottoient embarrassées dans les ailes des deux coursiers : démon fantastique, dans les ténèbres elle ressemblée un géant ; à la lumière elle n'est plus qu'un pygmée. L'Étonnement la précède, l'Envie la suit de près, et l'Admiration l'accompagne de loin.

Le couple pervers franchit ces mers inexplorées qui s'étendent entre la coupole de glace et ces terres que n^avoient point encore nommées les Cook et les la Pérouse. La Renommée, dirigeant ses coursiers sur la Croix du sud , tourne le dos à ces constellations australes qu'un œil humain ne vit Jamais ; puis, par le conseii de Satan, de peur d'être aperçue de l'ange qui garde l'Asie, au lieu de remonter l'océan Paciûque , elle descend vers l'orient , pour voler sur la plaine humide qui sépare l'Afrique du nouveau continent. Elle ne voit point Otalti avec ses palmiers, ses chants , ses chœurs , ses danses , et ses peuples qui recommençoient la Grèce. Plus rapide que la pensée , le char double le cap où un océan , si longtemps ignoré, livre d'étemels combats aux mers de l'ancien monde.

Satan et la Renommée laissent loin derrière eux les fUunmes qui s'élèvent des terres Magellaniques; phare lugubre qu'aucune main n'allume, et qui brûle sans gardien, au bord d'une mer sans navigateur. Ils vous saluèrent, ruines fumantes de Rio-Janeira , monuments de ta valeur, ô mon fameux compatriote 1

Satan frappe de sa lance les coursiers haletants, et bientôt il a passé ce promontoire qui reçut Ja-

1 Louif XIV.

LES WATCHEZ.

dis ane colonie des Carfhaginol». L'Amazone découvre son immense embouchure) ces flots que la Gondamlne , conduit par la céleste Uranie , visita dans sa docte course, et que Humboldt detoit illustrer.

A rinstant mémC) le char traverse la ligne que le soleil brftie de ses feux , entre dans i*autre hémisphère, et laisse sur la gauche la triste Cayenne, que l'avenir a marquée pour Fexil et la douleur. Les deux puissances infernales, en perdant de vue cette terre qui les fait sourire , volent au* dessus des ties des Caraïbes, et se trouvent engagées dans l'archipel du golfe Mexicain. La montueuse Martinique , qui n*étoit point encore soumise à la valeur françoise; la Dominique, conquise par les Anglols, disparoissent sous les roues du char. Saint-t)omingue, qui depuis s*enivra de richesses, de sang et de liberté; Saint-Domingue, dont les destinées dévoient être si extraordinaires, se montroit alors en partie sauvage, tel que les intrépides flibustiers l'avoiCnt laissé en héritage à la France. Et toi , lie de San- Salvador, à Jamais célèbre entre toutes les tIes! tu fus découverte par rœil de la Renommée, bien qu'une ingrate obscurité ait succédé à ta gloire. Élevant la tête entre tes sœurs de Bahama , ce fut toi qui souris la première à Colomb; ce tût toi qui vis descendre de ses vaisseaux l'immortel Génois , comme le flls atné de l'Océan ; ce fut sur tes rivages que se visitèrent les peuples de l'Occident et de l'Aurore , qu'ils se saluèrent mutuellement du nom d'hommes! Tes rochers retentissoient du bruit d'une musique guerrière annonçant cette grande alliance , tandis que Colomb tomboit à genoux, et baisoit cette terre, autre moitié de l'héritage des fils d*Adam.

A peine la Renommée a-t-elle quitté San-Salvador, qu'elle aborde à l'isthme des Florides : elle arrête le char, s'élance avec l'archange sur les grèves dont la mer se retire. Satan promène uu moment ses regards sur les forêts , comme s'il apercevoit déjà dans ces solitudes dés peuples destinés h changer la face du monde. La Renommée Jette un nuage sur son char, étend ses ailes , donne une main à son compagnon : tons deux, renfermés dans un globe de feu , s'élèvent à une hauteur démesurée, et retombent au bord du Mcschacebé. Là, Satan quitte sa trompeuse fllle pour voler à d'autres desseins, tandis qu'elle se hâte d'exécuter les ordres de son père.

Elle prend la démarche et la contenance d'un

vMltard 9 afin de donner tin pitfs granA ait il vérité à ses paroles. Sa tète se déponiUe^ ssn corps se courbe sur un arc détendu qtt>lle tient à la main en guise de bâton ; ses traits ressemhieit parfaitement à ceux du sachem Ofidaga , im ds plus sages hommes des Natehèz. Ainsi translbmié , le démon indiscret va frappant de cabane en d* bane , Racontant le doux penchant de Célata peur René , et c\|outant toujours quelque droonstafiee qui éveille la curiosité, la haine, l'enTteoo ranov. La jalouse mère du Jeune Soleil, Akansie, pousse un cri de Joie à ces bruits semés par la Ren»mée, car elle espérolt qu*alnsi rejeté de Géhita, Ondouré reviendroit peut-être à l'amante quil avoit dédaignée; mais le faux vieillard ajoite aussitôt qu'Ondouré est tombé dans le pins n^ lent désespoir, et qu*il menace les Jo^rs de fétranger.

Ces dernières paroles glacent le cœnr d'Akaasle. La femme infortunée s'éerle : • Sots de ni 4( cabane, 6 le plus imprudent des Tieillards! Va « continuer ailleurs tes récits insensés. Puissent « les sachems fidre de toi un exemple mémo»a ble , et tVracher cette langue qui distille k « poison ! »

En prononçant ces mots , Akansie , nouvelle M édée , se sent prête à déchirer ses enlanb et à plonger un poignard dans le cœur de sa rivale.

La Renommée quitte la Femme«>Chef , et ta chercher Ondouré. Elle le trouva derrière sa cabane , travaillant dans la fbrêt à la constmetloi d'un canot d'écorce de bouleau ; fragile naedk destinée à flotter sur le sein des lacs, comme le cygne , dont elle imitolt la blancheur et hi forme,

La Renommée Vavance vers le guerrier, et examine d*abord en silence son ouvrage. Contempteur àe la vieillesse et des lois, Ondooré dit au faux Ondaga , en le regardant d'un air moqueur : « Tn fèrois mieux , Sachem , d^alter « causer avec les autres hommes dont l'âge a ft affolbli la raison , et rendu les pensées sem* « blables à celles des matrones. Tu sais que J'aime <t peu les cheveux blancs et les longs propos. « Éloigne-toi donc, de peur qu'en bâtissant ce « canot je ne te fasse sentir, sans le vouloir, la « pesanteur de mon bras. Je t'étendrois à terre « comme un If qui n*a plus que Técorce, et qoe « le vent traverse dans sa course.

« — Mon flls , semblable au terrible Arei- « koui • , répondit le rusé vieillard, Je ne m*étonne

> Génie de la guerre.

Page 1