LIVRE III
de poroelalnes et fait signe à Bené et à Gélata de le suivre.
Non loin de la eabane habitée, on voyoit une autre cabane déserte dans lequelie Outougamiz étoit né; an missean en baignoit le toit tombé et les débris épars. Le Jeune Indien y pénètre avec son h^te ; Gé(uta, comme une femme appelée en témoignage devant un Juge, demeure debout à foelque distance du liJ^ marqué par son frère. OotoQgamiz, parvenu au miiieu des ruines , prend une contenance solennelle ; il donne à tenir à René un bout de la flèche dont l'autre bout r^ose dans sa main. Élevant la yoix et attestant le ciel et la terre :
« Fils de rétranger, dit-il, Jciine confie à toi « m mon berceaa , et Je mourrai sur ta tombe. «Nous n'aurons plus qu'une natte pour le jour, « qu'une peau d'ours pour la nuit. Dans les ba- « tailles , je serai à tes côtés. Si je te survis , Je « donnerai à manger à ton esprit, et après plu-
• sieurs soleils passés en festins ou en combats , «tu me prépareras à ton tour une fête dans le
< pays des âmes. Les amis de mon pays sont des « castors qui bâtissent en commun. Souvent ils
< frappent leurs tomahawks ' ensemble, et quand
• ils se trouvent ennuyés de la vie, ils se soula- « gent avec leur poignard.
« Reçois ce collier ; vingt içraines rouges mar- « qoent le nombre de mes neiges ^; les dix-sept
• graines blanches qui les suivent indiquent « les neiges de Céluta , témoin de notre engage- « ment; neuf graines violettes disent que c'est "dans la neuvième lune, ou la lune des chas-
< senrs, que nous nous sommes Juré amitié ; trois « graines noires succèdent aux graines violettes ; « elles désignent le nombre des nuits que cette « lune a déjà brillé. J'ai dit. »
Outougamiz cessa de parler, et des larmes tombèrent de ses paupières. Comme les premiers rayons du soleil descendent sur une terfe frafehement labourée et humectée de la rosée [de la finit, ainsi l'amitié du Jeune Natchez pénétra dans l'âme attendrie de René. A la vivacité du frère de Céluta, au mot d*ami souvent répété, an dioix extraordinaire du lieu , René comprit qu'il s'agissoit de quelque chose de grand et d'auguste; il s'écria à son tour : « Quel que soit
• ce que tu me proposes , homme sauvage , Je te
' Sorte àt ooquiUage.
* HMniet.
^ Amiccs.
«Jure de l'accomplir; j'accepte les présents que « tu me fais. » Et le frère d'Amélie presse sur son sein le frère de Céluta. Jamais cœur plus calme , jamais coeur plus troublé ne s'étoient approchés l'un de l'autre.
Après ce pacte, les deux amis échangèrent les manitous de l'amitié. Outougamiz donna à René le bois d'un élan, qui tombant chaque année, chaque année se relève avec une bpinche de plus, comme l'amitié qui dent s'accroître en vieillissant. René fit présent à Outougamiz d'une chaîne d'or. Le Sauvage la saisit d'une main empressée, parla tout bas à la chaîne, car il l'animoit de ses sen- timents, et la suspendit sur sa poitrine. Jurant qu'il ne la quitteroit qu'avec la vie; serment trop fidèlement «gardé! Comme un arbre consacré dans une forêt à quelque divinité , et dont les radeaux sont chargés de saintes reliques, mais qui va bientôt tomber sous la cognée du bûcheron , ainsi parut Outougamiz portant à son con l'offrande de l'amitié.
Les deux amis plongèrent leurs pieds nus dans le ruisseau de la cabane , pour marquer que désormais ilsétoient deux pèlerins devant finir l'un avec l'autre leur voyage.
Dans la fontaine qui donnoit naissance au ruisseau, Outougamiz puisa une eau pure où Céluta mouilla ses lèvres , afin de se payer de son témoignage , et de participer à l'amitié qui venoit de naître dans l'âme des deux nouveaux frères.
René , Outougamiz et Céluta errèrent ensuite dans la forêt ; Outougamiz s'appuyoit sur le bras de René; Céluta les suivoit. Outougamiz tournoit souvent la tète pour la regarder, et autant de fols il rencontroit les yeux de l'Indienne, où l'on voyoit sourire des larmes. Comme trois vertus habitant la même âme , ainsi passoient dans ce lieu ces trois modèles d'amitié , d'amour et de noblesse. Bientôt le frère et la sœur chantèrent la chanson de l'amitié ; Ils disoient :
« Nous attaquerons avec le même fer l'ours « sur le tronc des pins ; nous écarterons avec le « même rameau Tinsecte des savanes : nos pa- « rôles secrètes seront entendues dans la cime t des arbres.
« Si TOUS êtes dans un désert, c'est mon ami « qui en fiiit le charme ; si vous dansez dans l'as- « semblée des peuples , c'est encore mon ami qui « cause vos plaisirs.
« Mon ami et moi nous avons tressé nos cœurs
> oomme des lianeë : œs llaneft fleoriront et le « desséeheront eosemble. »
Tels^ étoient les chanti du couple fraternel. Le soleil , dans ce moment ^ vint toaeher de ses derniers rayons les gazons de la forêt : les roseaux, lasbuisaonsy les chênes s'animèrent; cliaque fontaine soupîroit ce que l'amitié a de plus doux, chaque arbre en parioit le langage , chaque oiseau en chantoit les délices. Mais René étoit le génie du malheur égaré dans ces retraites enchantées.
Rentrés dans la cabane , on serVit le festin de l'amitié : c'étoient des fruits entourés de fleurs. Les deux amiss'apprenoient à prononcer dans leur langue les noms de père, de mère, de sœur, d'épouse. Outougamiz voulut que sa sœur s'occupât d'un vêtement indien pour l'homme blanc. Céluta déroule aussitôt un ruban de lin; elle invite René à se lever, et appuie une main tremblante sur l'épaule du fils de Ghaetas 9 en laissant pendre le ruban Jusqu'à terre. Mais lorsque , passant le ruban sous les bras de René, elle approcha son sein si près de celui du jeune homme , qu'il en ressentit la chaleur sur sa poitrine ; lorsque , levant sur le frère d'Amélie des yeux qui brilloient timidement à travers ses longues paupières; lorsque, s*efforçant de prononcer quelques mots, les mots vinrent expirer sur ses lèvres, elle trouva Tépreuve trop forte et n'acheva point l'ouvrage de l'amitié.
Douce Journée ! votre souvenir ne s'effaça de la cabane des Natchez que quand les cœurs que vous aviez attendris cessèrent de battre. Pour apprécier vos délices, il faut avoir élevé comme moi sa pensée vers le ciel du fond des solitudes du Nouveau-Monde.
Cependant les quatre guerriers portant le calumet de paix étoient arrivés au fort Rosalie. Ghépar a rassemblé le conseil où se trouvent avec les principaux habitants de la colonie les capitaines de i'armée. Un riche trafiquant se lève, prend la parole , et , après avoir traité les Indiens de sujets rebelles, il veut que les députés des Natchez soient repoussés , et que l'on s'empare des terres les plus fertiles.
Le père Souêl se lève à son tour. Une grande doctrine, une vaste érudition, un esprit capable des plus hautes sciences, distinguoient ce missionnaire : charitable comme Jésus-Christ, humble comme ce divin Maître, il ne cherchoit à convertir les âmes au Seigneur que par des actes de bienfaisance et par l'exemple d'une bonne vie;
pacifique envers les autres. Il asph^iit ardemment au martyre.
Il ne de voit point rester au fort RossUe, m ancienne résidence : la palme des eoateasesrs qu'il demandoit an Roi de gloire lui devait ètn accordée à la mission des Yazous. C'étoit pov la dernière fols qu'il plaidoit la cause de sei aé»* phytes natchez. .
Toujours vêtu d'un habit de voysge, te pèn Souël avoit l'air d'un pèlerin qui ne lût qH'm séjour passager sur la terre, et qui va bientdi retourner à sa patrie céleste : lorsqu'il oofrit ia bouche , un silence profond régna dans le eoi* seil.
Le saint orateur remonta, dans son diseous, Jusqu'à la découverte de l'Amérique; il tmle tableau des crimes commis par les Enropéemaa Nouveau-Monde. De là , passant à l'histoire de fai Louisiane , il fit un magnifique éloge de Ghaetas, qu'il peignit comme un homme d'une vertu digne des anciens sages du paganisme. U nomma avee estime Adario, et invita le conseil à se déâer d*Ondouré. Exhortant les François à la modération et à la Justice, il conclut ainsi :
« J'espère que notre commandant et cette as- « semblée voudront bien pardonner à un religieiB « d'avoir osé expliquer sa pensée. A DieQ ne « plaise qu'il ait parié dans un esprit d'orgnéi. n Ayons, pour l'amour de Jésus-Christ, notre « doux Seigneur, quelque pitié des pauvres ido- « lâtres; tâchons, en nous montrant vrais chré- « tiens , de les appeler à la lomièrede l'Évangile. « Plus ils sont misérables et dépourvus des biens <t de la vie, plus nous devons plaindre lests M- <« blesses. Missionnaire du Dieu de paix daosoes « déserts , puissé-Je vivre et mourir en semant la « parole de l'Agneau I Puisse mon sang serviras « malntein de la concorde 1 mais à tous n'est pas « réservée une si grande bénédiction ; à moi o*ap- « partient pas d'aspirer à la gloire des Brébffof « et des Jogues , morts pour la fol en Amériqw. >
Le père Souël s'inclina devant le commandant, et reprit sa place. 0 véritable religion Iquctesdélices sont puissantes sur les cœurs ! que ta raison est adorable ! que ta philosophie est haute et profonde! Dans celle des hommes, il mao(ine toa* jours quelque chose ; dans la tienne tout est surabondant. Le conseil , touché des paroles dn missionnaire , croyoit sentir les inspirations de la miséricorde de Dieu.
Le démon de l'or, envoyé par Satan, craignit
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relM do dliooim du père Sooêl) en voyant les 1 âmes s'attendrir à la voix du {liste. Cet esprit infernal, à la tète chauve^ aux lèvres minces et aerrées^ au eorps diaphane, au cœur sans pitié, à Tesprit toujoursjlelnde nombre^, au regard avide et inquiet, aux manières défiantes et caehées, cet esprit souffle sa concupiscence sur le conseilt Aussitôt les sentiments généreux s'étei* gnent. Kobèrt, Salency , Artagnan veulent répliquer au religieux : Fébriano obtient la parole.
Ré parmi les Francs sur les cètes de la Barbarie, cet aventurier, chrétien dans son enfance, ensuite parjure à rÉvangile , fut , dans Tordre des seyahs, disciple £élé du Coran. Jeté en Europe par un coup de la fortune , entré dans la carrière dpsarmek, trop noble pour lui, il est redevenu extérieurement chrétien ; mais il continue à détester les serviteurs du vrai Dieu, et à observer en secret les abominables lois du faux prophète. Chépar Ta rencontré dans les camps , et le traître , moitié moine, moitié soldat, a pris sur le lovai militaire l'ascendant que la l)assesse exerce sur les caractères impérieux, et la finesse sur les esprits bornés. Fébriano dispose presque toujours de la volonté de Chépar, qui croit suivre ses pro* près résolutions , lorsqu'il ne felt qu'obéir aux inspirations de Fébriano. Ce vagabond étoit, du reste , un de ces scélérats vulgaires qui ne peuvent briller au rang des grands infâmes , et qui meu* rent oubliés dans la portion obscure du crime. Jouet d'Ondouré, dont il recevoit les présents, il en avolt les vices sans en avoir le génie. Rencontré par le frèred'Amélieà la Nouvelle-Orléans, traité par lui avec hauteur dans une contention passagère, Fébriano nourrissoit déjà contre René un sentiment de haine et de Jalousie. Le renégat élève ainsi la voix contre le pasteur de l'Évangile : « Les moines se devroient tenir dans leur cou- « vent ou avec les femmes , et laisser à Tépée le « soin de Tépée. Le brave commandant saura
■ bien ce qu'il doit l^aire , et sa sagesse n'a pas be-
• soin de nos conseils. Les Natchez sont des re- « l>elles qui refusent de céder leurs terres aux su- « Jets du roi. Qu'on me charge de Texpédltion, Je
■ réponds d'amener ici enchaînés, et cet insolent
• Adario, et ce vieux Chactas qui reçoit dans ce
• moment même un homme dont on ignore la « famille et les desseins, un homme qui pourroit « n'être que l'envoyé de quelque puissance enne- « mie» •
De bruyants éclats de rire et de longs applau-
dissements couvrirent ee discours : les habitants de la colonie portoient aux nues l'éloquence de Fébriano. Le père Souél , Sans changer de conte* nance , soutint le mépris des hommes, comme il auroit reçu leurs caresses. Mais , indigné de Taf* front fait au missionnaire, d'Ariaguette rompt le silence qu'il avoit gardé Jusqu'alors.
A jamais cher à la France , à jamais cher à l? Amérique qui le vit tomber avec tant de gloire , ee jeune capitaine offroit en lui la loyauté des anciens Jours et l'aménité des mœurs du nouvel âge. Placé entre son inclination et son devoir, il étoit malheureux aux Natchez; car, avec une âme bien née, il n*avolt cependant point ce caractère vigoureusement épris du l)eau, qui nous précipite dans le parti où nous croyons l'apercevoir. D'Artaguette auroit été l'ennemi des extrêmes , s'il avoit pu être l'ennemi de quelque chose : il ne blâmolt et ne louoit rien absolument ; il cherchoit à amener tous les hommes à une tolérance mutuelle de leurs folblesses ; 11 croyoit que les sentiments de nos cœurs et les convenances de notre état se dévoient céder tour à tour. C'est ainsi qu'en aimant les Sauvages, il se trouva toute sa vie engagé contre eux : tel un fleuve plein d*abondance et de limpidité , mais dont le cours n'est pas assez rapide, tourne à chaque pas dans la plaine; repoussé par les moindres obstacles, il est sans cesse obligé de remonter contre le penchant de son onde.
a Ornement de notre ancienne patrie dans cette « France nouvelle , dit d'Artaguette, s'adressant « au père Souêl, vous n'avez pas besoin d'un dé- R fenseur tel que moi. Je supplie le commandant a de prendre le temps nécessaire pour peser les «K ordres qu'il a reçus du gouverneur générai; je a le supplie d'accepter le calumet de paix des « Sauvages. Le vénérable missionnaire, rempli « de sagesse et d'expérience, ne peut avoir fait « des objections tout à fait indignes d'être exa- « minées. Il ne m^appartient point de Juger les « deux premiers sachcms des Natchez, encore « moins ce jeune voyageur qui ne devoit guère R s'attendre à trouver son nom mêlé à nos dé- « bats : il me semble téméraire de hasarder légè- « rement une opinion sur l'hénneur d'un homme, « surtout quand cet homme est François. »
La noble simplicité avec laquelle d'Ariaguette prononça ce peu de paroles charma le conseil sans le convaincre. On attendoit avec inquiétude la décision du commandant. Incapable de la
LES >ATCHKZ.
moindre bassesse , plein de pnMté et d'Imnnear, Cbépar comroettoit cependant une foule d*injustices qui ne sortoient point de la droiture de son cœur, mais de la foiblesse de sa tète. Il bléma Fébriano d*avotr violé Tordre et la discipline en parlant avant son supérieur, le capitaine d*Artaguette; mais 11 reprocha à celui-ci sa tiédeur et sa modération.
« Ce n*étoit pas ainsi , s'écria-t-il , qu*on servoit à Malplaquet et à Denain, lorsque j'enlevai undrapean à Tennemi, etquejereçusunooup de feu dans la poitrine. Les vieillards auraient été bien étonnés de tous ces beaux discours de la Jeunesse actuelle; les Martt)orough, qu*avoient élevés les Turenne, auraient eu hou marché d'une armée d*orateurs , et n auraient pas acheté si cher leurs victoires. »
Chépar s'emporta contre les chefs des Sauva* ges , soutint qu'Ondouré étoit le seul Indien attaché aux François, quel que fût d'ailleurs le dernier discours prononcé par cet Indien , discours que Chépar prenoit pour une ruse d'Ondouré. Le commandant menaça de sa surveillance et de sa colère ces Européens sans aveu qui venoient , disoit-il , s'établir an Nouveau-Monde. Mais enfin les ordres du gouverneur de la Louisiane n'étoient pas assez précis pour établir immédiatement la colonie sur les terres des Natchez : Chépar donc consentit à recevoir le calumet de paix , et à prolonger les trêves.
Cétolt ainsi que la fatalité attachée aux pas de René le poursuivoit au delà des mers : à peine avoit-ii dormi deux fois sous le toit d'un Sauvage, que les passions et les préjugés commençoient à se soulever contre lui chez les François et chez les Indiens. Les esprits de ténèbres profitoient du malheur du frère d'Amélie, pour étendre ce malheur sur tout ce qui environnoit la victime : poussant Ondouréàla tentative d'un premier forfait , ils grossirent le germe des divisions. Lorsqu'un sanglier, la terreur des forêts , a découvert une laie avec son amant sauvage, excité par famour, le monstre hérisse ses soies , creuse la terre avec la double corne de son pied, et , blessant de ses défenses le tronc des hêtres, se cache pour fondre sur son rival : ainsi Ondouré , transporté de jalousie par le récit de la Renommée , cherohe et trouve le Heu écarté qui doit lui livrer l'Européen dont les maléfices ont déjà troublé le cœur de Céluta.
Entre la cabane de Chactas et celle d^Outouga-
miz s'élevdt un bocage de smilax qui répuidoit une ombre noire sur la terre; les chênes \erti dont il étoit surmonté en angmentoient les ténèbres. Le frère d'Amélie, revenant de prêter le serment de l'amitié, s'étoit assis aaprès d'one source qui oouMt parmi ce bois : ainsiquerAnbe accablé par la chaleur du Jour s'arrête ao puits du chameau, René s'étoit regosé sur la moosse qui bordoit la fontaine. Soudain un cri perce les airs : c'étoit ce cri de guerre des Sauvages, doot il est impossible de peindre l'horreur, cri qw la victime n'entend presque Jamais, car elle est frappée de la hache au moment même ; tel le boolet suit la lumière; tel le cri du Sis de Pelée r^ tentit aux rives du Simoîs, lorsque le héros, li tête surmontée d'une flamme, s*avança pour sauver le corps de Patrocle; les bataillons seresversèrent, les chevaux effrayés prirent la fiiHe, et douze des premiers Troyens tombèrent dans l'étemelle nuit.
C'en étoit feit des Jours du frère d'Amélie, â les esprits attachés à ses pas ne l'avoient euxmêmes sauvé du coup fotal , afin que sa vie prolongée devint encore plus malheureuse, plus propre à servir les desseins de l'enfer. Dodle aox ordres de Satan, la Nuit, toujours cachée dans ces lieux , détourna elle-même la hache qui, sifflant à l'oreille de René, alla s'enfoncer dans le tronc d'un arbre.
A cette attaque imprévue , René se lève. Fq* rieux d'avoir manqué le but, Ondouré se précipite, le poignard à la main, sur le frère d'Amélie, et le blesse au-dessous du sein. Le sang s'élance en jet de pourpre , comme la liqueur de Baccfaus jaillit sous le fer dont une troupe de Joyeux vignerons a percé un vaste tonneau.
René saisit la main meurtrière, et veut en arracher le poignard ; Ondouré résiste , Jette son bris gaucheautourdu frèred'Amélie,rs9ayederébranler et de le précipiter à terre. Les deux goerricfs se poussent et se repoussent, se dégagent et se ^^ prennent, font mille efforts, l'un pour dominer son adversaire ,' l'autre pour conserver son avan* tage. Leurs mains s'entrelacent sur le poignard que celui-ci veut garder, que celui-là vent saisir. Tantôt ils se penchent en arrière , et tâchent par de mutuelles secousses de s'arracher l'armefiitale; tantôt ils cherchent à s'en rendre maîtres, en la faisant tourner comme le rayon de la roue d'on char, afin de se contraindre à lâcher prise par la douleur. Leu» mains tordues s'ouvrent et cban-