‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 115 sur 170 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

gent adroitement de place sur la longueur du | poignard ; ieurgenoudroit plie, leur Jambe gauche 8*étend en arrière, leur corps se penche sur un o6té, leurs têtes se touchent et mêlent leurs chevelures en désordre.

Tout à coup se redressant, les adversaires s'approchent poitrine contre poitrine , front contre front : leurs bras tendus s'élèvent au-dessus de leurs têtes , et leurs muscles se dessinent comme ceux d'Hercale et d'Antée. Dans cette lutte , leur haldnedcTientcourte et broyante ; ils secouvrent de poussière , de sang et de sueur : de leurs corps meurtris s'élève une fumée, comme cette vapeur d*été que le soir fait sortir d'un champ brûlé par le ^Idl.

Sur les rivages du Nil ou dans les fleuves des Florides, deux crocodiles se disputent au printemps une femelle brillante : les rivaux s'élancent des bords opposés du fleuve , et se joignent au milieu. De leurs bras, ils se saisissent ; ils ouvrent des gueules effroyables ; leurs dents se heurtent avec un craqaement horrible; leurs écailles se choquent comme les armures de deux guerriers ; le sang coule de leurs mâchoires écomantes , et jaillit en gerbes de leurs naseaux brûlants : ils poussent de sourds mugissements semblables au brait lointain du tonnerre. Le fleuve , qu'ils frappent de leur queue , mugit autour de leurs flancs comme autour d'un vaisseau battu par la tempête. Tantêt ils s'abtment dans des gouffres sans fond , et continuent leur lutte au voisinage des enfers; on impur limon s'élève sur lés eaux ; tantôt ils remontent à la surface des vagues, se chargent avec une furie redoublée, s'enfoncent de nouveau dans les ondes , reparoissent , plongent , reviennent, r^longeht, et semblent vouloir éterniser leur épouvantable combat : tels se pressent les deux guerriers, tels ils s'étouffent dans leurs bras Mrrés par les nœuds de la colère. Le lierre s'unit nioins étroitement à l'ormeau , le serpent au serpent, la Jeune sœur au cou d'une sœur chérie, reniant altéré à la mamelle de sa mère. La rage des deux guerriers monte à son comble. Le frère d'Amélie combat en silence son rival , qui lui 'Saisie en poussant des cris. René, plus agile , a la bravoure du François ; Ondouré, plus robuste, a la férocité du Sauvage.

L'Etemel n'avoit poi.nt encore pesé dans ses l^aoces d'or la destinée de ces guerriers ; la vic- ^re demeuroit incertaine. Mais enfin le frère d Amélie rassemble toutes ses forces, porte une

main à la gorge du Natchez , soulève ses pieds avec les siens, lui fait perdre à la fois l'air et la terre , le pousse d'une poitrine vigoureuse , l'abat comme un pin , et tombe avec lui. En vain Ondouré se débat : René le tient sous ses genoux et le menace de la mort avec le poignard arraché à une mai n déloyale. Déjà généreux par la victoire, le frère d'Amélie sent sa colère expirer : un pê- > cher couvert de ses fleurs , au milieu des plaines de l'Arménie , cache un moment sa beauté dans un tourbillon de vent, mais il reparott avec toutes ses grâces lorsque le tourbillon est passé, et le front de l'arbre charmant sourit immobile dans la sérénité des airs : ainsi René reprend sa douceur et son calme. H se relève , et tendant la main I au Sauvage : « Malheureux, lui dit-il , que t'ai-Je « fait? » René s'éloigne , et laisse Ondouré livré non à ses remords , mais au désespoir d'avoir été vaincu et désarmé.

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