LIVRE IV
mtaie iitttaat le btenheureox Las Casas et les martyrs eanadlens , Brébœof et Jognes , se pres- •eot sor les pas de Catherine. Toujours brûlés de charité pour les Indiens, ils ne cessent de veiller à iear salut. Par un effet de la gloire de Meo, plus ces confesseurs ont souffert de leurs ingrats néophytes, plus Ils les chérissent. Las Cmas, adressant la parole à la patronne de la Frauce nouyelle :
« Serrante du Seigneur, quelque péril menaceroit-ilnos frèresdes terres américaines? La tristesse de votre visage , et celle qui respire sur le front de Geneviève , me feroient craindre un malheur. Nous avons été occupés à chanter la eréation d*un monde, et je n'ai pu descendre aux régions sublunaires. »
— « Protecteur des cabanes, répondit Catheriiie,votre bonté ne s'est point en vain alarmée. Satan a déchaîné l'enfer sur rAraérique : les François et leurs frères sauvages sont menacés. L'ange gardien du Nouveau-Monde s'est vn forcé de monter vers Uriel pour riostruire des attentats des esprits pervers. Je viens, chargée de son message avec la vierge de la Seine , supplier Marie d^intercéder auprès du Rédempteur. Prélat , et vous , confesseurs de la foi , Joignez- Toiisànous : implorons la miséricorde divine. » Tandis que la fille des torrents parloit de la aorte, les saints, les anges, les archanges, les léraphms et les chérubins, rassemblés autour d'elles, ressentoient une religieuse douleur. Las Casas, et les missionnaires canadiens, tout res-. |4endissants de leurs plaies, se réunissent aux deux illustres femmes. Voici venir le saint roi Louis, la palme à la main , qui se met à la tête des enfants de la France , et dirige les suppliants vers les tabernacles de Marie. Us s'avancent au milieu des chœurs célestes , À travers les champs qu'habitent à Jamais les honmies qui ont pratiqué la vertu.
I^ eaux , les arbres, les fleurs de ces champs Inconnus, n'ont rien qui ressemble aux nôtres, hors les noms : c'est le charme de la verdure, de la solitude , de la fraîcheur de nos bois, et pourtant ce n'est pas cela ; c'est quelque chose qui n'a 91 une existence insaisissable.
Une musique qu*on entend partout , et qui n'est anlle part, ne cesse jamais dans ces lieux : tantôt ce sont des murmures comme ceux d'une harpe éolienoe que la foible haleine du zéphyr effleure pendant une nuit de printemps; tantôt l'oreUle
ORATEACBIIIATID. — T0»B HT.
d'un mortel croiroitou!r les plaintesd^une harmonica divine , ces vibrations qui n'ont rien de ter* restre, et qui nagent dans la moyenne région de l'air. Des voix , des modulations brillantes sortent tout à coup du fond des forêts célestes ; puis, dispersés par le souffle des esprits , ces accents semblent avoir expiré. Mais bientôt ime mélodie confuse se relève dans le lointain , et l'on distingue ou les sons veloutés d'un cor sonné par un ange, ou l'hymne d'un séraphin qui chante les grandeurs de Dieu au bord du fleuve de vie.
Un jour grossier, comme ici-bas, n'éclaire point ces régions; mais une molle clarté, tombant sans bruit sur les terres mystiques , s'y fond pour ainsi dire comme une neige, s'insinue dans tous les objets, les fait briller de la lumière la plus suave, leur donne à la vue une douceur parfaite. L'é* ther, si subtil, seroit encore trop matériel pour ces lieux : l'air qu'on y respire est l'amour divin lui-même ; cet air est comme une sorte de mélodie visible qui remplit à la fois de splendeur et de concerts toutes les blanches campagnes des âmes.
Les passions, filles du temps, n'entrent point dans l'immortel Éden. Quiconque, apprenant de bonne heure à méditer et à mourir, s'est retiré au tombeau, pur des infirmités du corps, s'envole au séjour de vie. Délivré de ses craintes, de son ignorance, de ses tristesses, cette âme, dans des ravissements infinis, contemple à jamais ce qui est vrai , divin , immuable et au-dessus de l'opinion : toutefois, si elle n'a plus les passions du monde , elle conserve le sentiment de ses tendresses. Seroit-il de véritable bonheur sans le souvenir des personnes qui nous furent chères, sans l'espoir de les voir se réunir à nous? Dieu , source d'amour, a laissé aux prédestinés toute la sensibilité de leur cœur, enôtant seulement à cette sensibilité ce qu'elle peut avoir de \ foible : les plus heureux , comme les plus grands ! ' saints , sont ceux qui ont le plus aimé. ' '
Ainsi s'écoulent rapidement les siècles des sièdes. Les élus existent, pensent, et voient tout en Dieu : la félicité dont cette union les remplit est délectable. A la source de la vraie science, ils y puisent à longs traits, et pénètrent dans les artifices de la sagesse. Quel spectacle merveilleux I et que l'éternité même, passée dans de telles extases, doit être courte!
Les secrets les plus cachés et les plus sublimes de la nature sont découverts à ces hommes de
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LES NATGHKZ.
TertQ. Ht aonneUMiit les «ftoses dit monteineiit de raMme et de la vie des mefs ; Ils voient Tor se filtrer dans lesentraillesde la terre; Ils suivent la eireolatlon de la sève dans les eananx des plantes ; et Thysope et le eèdre ne peavent dérober à rœil du saint la navette qui croise la trame de leurs feuilles , et le tissu de leur écorce.
Mais que dis-je 1 ce ne sont point de si curieux secrets qui occupent uniquement les blenheoreux : Jéhovah leur donne d*autres Joies et d*aotres spectacles. Ilsembrassentde leurs regards les cercles sur lesquels roulent les astres divers; ils connoisseot la loi qui gouverne les globes , qui les cbasse ou les attire ; ils découvrent les chaînes qui retiennent ces globes , et reviennent aboutir à la main de Dieu; chaînes que son doigt pour* roit rompre avec la facilité de l'ouvrier qui brise une sole. Les élus voient les comètes accourir aux pieds du Très-Haut, recevoir ses ordres et partir avec des yeux rougis et une chevelure flamltoyante, pour fracasser quelque monde. O Paradis! ton eliantre ne peut suffire à peindre tes grandeurs! 0 Vertu! préte-rooi tes ailes pour atteindre à ces régions de béatitude ! Déserts , et vous, rochers, venes à moi! preoes-moi dans votre sein , afin que , nourri loin de la corruption des hommes, je puisse, au sortir de cette misérable vie , monter au séjour de réterneile science et de la souveraine beanaté !
Dans les régions de la grâce et de l'amour, le saint roi , et les saintes patronnes de la France, vont chercher le trône de Marie. Un chant séraphique leur annonce le lieu où réside la Vierge qui renferma dans son flanc celui que l'univers ne peut contenir. Ils découvrent dans une crèche resplendissante, au milieu des anges en adoration , au milieu d'un nuage d'encens et de fleurs, la libératrice du monde, ornée des sept dons du Saint-Esprit. Seule de tous les Justes, Marie a conservé un corps. Une tendre compassion pour les hommes , dont elle fut la fille , une patience , une douceur sans égaie , rayonnent sur le ftt>nt de la mère du Sauveur.
Geneviève, Catherine, Louis, roi dans le ciel comme sur la terre, le bienheureux Las Casas, les saints martyrs de la Nouvelle-France , s'avancent au milieu de la foule céleste qui, s'entr'ouvrant sur leur passage, les laisse approcher du trône de Marie ; ils s'y prosternent. Catherine :
« Mère d'Emmanuel ! seconde Eve, retaie dont « je suis la plus Indigne des servantes, prenes pi-
tié d'un peuple ptél à périr. Le ffrpnltat vous avet écrasé la tâle est retourné sa mondi pour persécuter les hommes 5 et sortoot rempire nouveau de saint Louis. O Marie! neev« les humbles vœux de la fille d'une noordls Église, de la première vierge consacrée snM dutorrenti écoutes la prière de cetteautrevieigi et de ces saints, profbndément humiliés à m pieds! »
Divine mère de Dieu, vous ouvrîtes vos le? res : un parfum délleieux remplit l'immensité da dd. Telles Airent vos paroles :
« Vierges du désert, charitables patnmoesdcf < deux Frances, saint roi , misérieordteex pif « lat, et vous, courageux martyrs, vos priera - ont trouvé grâce à m<m oreille : je vais moottf « au trône de mon fils. »
Elle dit et part comme une colombe qui prcsd son vol. Ses yeux sont levés vers le séjosr dn Christ, ses bras sont déployés en signe d'oraisai, ses cheveux flottent , portés par des feces dcdiérubins d'une lieauté incomparable. Les plis delà tunique dont die se revétoit sur la terre enveloppent ses pieds , qui se découvrent à travers le voile immortalisé. Les vierges et les saints, tmiibés à genoux, regardent, éblouis, smi ascdh sion : Gabriel précède la consolatrice des affligés, en chantant la salutation que les édios sacrés répètent. Moins ravissant étoit dans rafltkpiité ce mode de musique ^ expression dn charme d'an ciel où le génie de la Grèce se mariolt à la beauté de l'Asie.
Marie approche du Calvaire Immatériel : Taspect du paradis commence à prendre unemajeslê plus terrible. Là, aucun saint, quelle que soit l'élévation de son bonheur et de ses vertos, d« peut paroître ; là, les anges, les ardisoges, N trùnes, les dominations, les séraphhis, D*oie&t errer : les seuls chérubins, premiers nés des esprits , peuvent supporter Tardeur du saDCtaairt où réside Emmanuel. Dans ces abîmes Mt^^ des visions comme cellis qui réveilla Jeb es milie» de la nuit, et qui Ht hérisser le poil de sa chair. Les unes ont quatre têtes et quatre aHes , les aalrtf ne sont qu'une main , la main qui saisit Ésêchid par les cheveux, ou qui traça lesmolslnexplicabto au festin de Balthazar. Ces lieux sontobseQrs à force de lumière, et le foudre à trois portes te sillonne.
Un rideau , dont celui qui déroboît l'arche atf regards des Hébreux fét Hmagc, sépare te re-