LIVRE CINQUIÈME
L'Étemel révéla à son Fils bieihaimé ses dessins sur FAmérique : il préparait au genre hu- '"^^û, dans cette partie du monde, une rénova- **on d'existence. L'homme, s'éclairant par des hmières toujours croissantes et Jamais perdues ,
devolt retrouver cette sublimité première d'où le péché originel l'avoit Cait descendre; sublimité dont l'esprit humain étoit redevenu capable , en vertu de la rédemption du Christ. Cependant le Souverain du ciel permet à Satan un moment de triomphe, pour l*explation de quelques fautes particulières. L'enfer, profitant de la liberté laissée à sa rage , saisit et fait naitre toutes les occasions du mal.
Le bruit du combat d'Ondouré et du firère d'Amélie s'étoit répandu chez les Natchez. Akansie , qui n'y voyoit qu'une preuve de plus de l'amour d'Ondouré pour Céluta, éprouvoit de nouvelles angoisses. Le parti des Sauvages nourri dans les sentiments d'Adariodemandoit pourquoi l'on re« cevoit ces étrangers , instruments de trouble et de servitude; les Indiens qui s'attachoient à Chaetas louoient , au contraire , le courage et la générosité de leur nouvel hôte. Quant au frère d'Amélie, qui ne.trouroit ni dans les sentiments de son cœur, ni dans sa conduite," les motifs de l'inimitié d'Ondouré , il ne pou voit comprendre ce qui avoit porté ce Sauvage à tenter un homicide. Si Ondouré aimoit Céluta , René n'étoit point soo rival : toute pensée d'hy mem étoit odieuse au frère d'Amélie; à peine s'étoit-il aperçu de la passion naissante de la sœur d'Outougamiz.
Cependant le retour du Grand-Chef des Natchez étoit annoncé : on entendit retentir le son d'une conque. «Guerrier blarn;, dit Chactasàson « hôte, voici le Soleil : prête-moi l'appui de ton « bras, et allons nous ranger sur le passage du «chef. » Aussitôt le sachem et René, dont la blessure n'étoit que légère, s'avancent avec la foule.
Bientôt on aperçoit le grand prêtre et les deux lévites, maîtres de cérémonies du temple du So* leil : ils étoient enveloppés de robes blandies; le premier portoit sur la tête un hibou empaillé* Ces sacrificateurs af fectoient une démarche grave; ils tenoient les yeux attachés à terre , et murmuraient un hymne sacré. Chaetas apprit à René que le principal Jongleur étoit un prêtre avide et crédule, qui pouvoit devenir dangerrax, à l'instigation de quelques hommes plus méchants que lui.
Après les lévites s'avançoit un vidllard que ne distinguoit aucune marque extérieure. « Quel est, « demanda le frère d'Amélie À son hôte , quel est < le sachem qui marahe derrière les prêtres , et « dont la contenance esl affable et sereine? «»
LES NATCBÈZ.
« Mon fils, îépottdit CSiaclas, c'en te Soleil : il esl cher aux Natchez par te saeriflce qa*il a fait à sa patrie des prérogatives de ses aieux. C'est un homme d'une douceur inaltérable, d'une patience que rien ne peut troubler, d'une force presque surnaturelle À supporter la douleur. Il a lassé le temps lui-même , car il est au moment d'accomplir si| centième année. J'ai eu le bonheur de contribuer avec lui et Âdario à la révolution qui nous a rendu Tindépendance. Les Natchez veulent bien nous reg^irder comme leurs trois chefs , ou plutAt comme leurs pères. » A la suite du Soleil venoit une femme qui conduisoit par la main son Jeune fils. René fût frappé des traits de cette femme , sur lesquels la nature avoit répandu une expression alarmante de passion et de foiblesse. Le frère d*Amélie la désigna au Sachem.
« Elte se nomme Akansie, répondit Chactas : nous l'appetons la Femme-Chef : c*est la plus proche parente do Soleil , et c'est son flis , à Texclusion du flls même du Soleil , qui doin>ccuper un Jour la place de Grand-Chef des Natchez : la succession au pouvoir a lieu , parmi nous, en ligne féminine.
« UéUis ! mon flis, ajouta Chactas, nous autres, habitants des bois , nous ne sommes pas plus à l'abri des passions que les hommes de ton pays. Akansie nourrit pour Ondouré , qui la dédaigne et la trahit, un amour criminel : Ondouré aime Céluta, cette Indienne qui prépara ton premier repas du matin , et qui est la sœur de ce naif Sauvage dont l'amitié t'a été jurée sur les débris d'unecabane ;Céiuta a toujours repoussé le cœur et la main d'Ondouré. Tu as déjà éprouvé Jusqu'où peuvent aller les transports de la jalousie. Si jamais Ondouré s'attachoit à Aiiansie , il est impossible de calculer les maux que produiroit une pareille union. • Immédiatement après la Femme-Chef marchoient les capitaines de guerre; L'un d'eux ayant touché en passant l'épaule de Chactas, René demanda à son père adoptif quel étoit ce Sachem au visage maigre, dont l'air rigide formoit un si grand contraste avec l'air de bouté des autres vieillards. ■ C'est le grand Adario, répondit Chactas, l'ami « de mon enfance et de ma vieillesse. Il a pour la < libertéunamourquiluiferoitsacriûersafemme, « ses enfants et lui-même. Nous avons combattu « ensemble dans presque toutes les forêts. Il y a « cinquante ans que nous nous estimons, quoique
« nous soyons presque toujours en oppositten dV « dces et de desseins. Je suis le rocher, il est la « plante marine qui B*est attachée à mes ilanci: « les flots de la tempête ont miné nos racines; nom « roulerons bientôt ensemble dans l'abloie sur « lequel nous nous penchons tous deux. Âdario « est l'oncle de Céluta , et lui sert de père. •
Lorsque les chefs de guerre furent passés, os vit paroltre les deux ofiiciers commis au règlement des traités , et l'édile , chargé de veiller au travaux publics. Cet édile songeoit à se retiicr, et Ondouré convoitoit sa place. Cette plaoe , la piemière de l'État après celle du Grand-Chef, donnoit le droit de régence dans la minorité desSolciii Une troupe de guerrters, appelés Allouez,qui jadis composoient la garde du Soleil, fermoit te cortège; mais ces guerriers, dispersés dans les tribus , n'existoient plus comme un oorpu.distinct et séparé.
Le Grand-Chef , accompagné de la foule, s'étist arrêté sur la place publique , Chactas se fit eoadulre vers lui , en poussant trois cris. Il dit akn au Soleil qu'un François demandoit à être adc^ par une des tribus des Natchez. Le Grand-Chef répondit : « C'est bien , > et Chactas se r^ira en poussant trois autres cris un peu différents do premiers. Le frère d'Amélie apprit que l'on tiaiteroit de son adoption dans trois jours.
Il employa ces Jours à porter de cabane en cabane les présents d'usage : les uns les reçureot, les autres les refusèrent, selon qu*ils se proaonçoient pour ou contre l'adoption de l'étranger. Quand René se présenta chez les parents de Mila , la petite Indienne lui dit : « Tu n'as pas voulu que •« je fusse ta femme , Je ne veux pas être ta sœur; « va-t'en. » La famille acceptâtes donsquel enfant étoit fâché de refuser.
René offrit à Céluta un voile de noousseline qu'elle promit , en baissant les yeux , de garder le reste de sa vie : elle vouloit dire qu'elle le conserveroit pour le jour de son mariage ; mais aucune parole d'amour ne sortoit de la bouche do frère d'Amélie. Céluta demanda timidement des .nouvelles de la blessure de René, et Outougamlz, charmé de la valeur du compagnon qu'il s'étoit choisi , portoit avec orgueil la chaîne d*or qui le lioit à la destinée de Thomme blanc.
Le jour de Tadoption étant arrivé, elte fut accordée sur la demande de Chactas , malgré Topposition d'Ondouré. La honte d une défaite avoit changé en haine implacable , dans le cœur decel
UVBE V.
homme, un «eotiment dejaioosie. Aussi impudeDtqoe perfide, ce SauTagei*osoit montrer après son attentat. Les lois« chez les Indiens , ne recherchent point rhomidde : la vengeance de ce crime est abandonnée aux funiUes ; or René n'a* inût point de famille.
. LerenooTellementd^trèves rendit l'adoption de René ^us facile ; mais le prince des téaèbres fit Jaillir de cette solennité une nouvelle source de dinorde. Au moment où l'adoption fût proclamée à ia porte du temple , le Jongleur, dévoué à la puissance d'Akansie, et gagné par les présents d'Ondouré, annonça que le serpent sacré avoit disparu sur l'autel. La foule se retira consternée : l'adoption du nouveau fils de Ghactas fut déclarés désagréal>le aux génies, et de mauvais augure pour la prospérité de la nation.
En ramenant la saison des chasses , l'automne suspendit quelque temps l'effet de ces craintes superstitieuses , et de ces macliinatioQS infernales. Chactas, quoique aveugle , est désigné mattrede la grande chasse du castor, à cause de son expérience et du respect que les peuples lui portoient. Ilpartavec les jeunes guerriers. René, admis dans la triba de l'Aigle, et accompagné d'Outougamiz, est au nombre des chasseurs. Les pirogues remontentie Meschacebéet entrentdans le lit de l'Ohio. Pendant le cours d'une navigation solitaire, René interroge Chactas sur ses voyages aux pays des Uancs , et lui demande le récit de ses aventures : lesachem consent à le satisfaire. Assis auprès du frère d'Amélie , à la poupe de la barque indienne, le vieillard raconte son séjour chez Lopez, sa captivité chez les Siminoles, ses amours avec Atala, sa délivrance , sa ftiite , Forage, la rencontre du père Aubry, et la mort de la fille de Lopez '.
« Après ^voir quitté le pieux solitaire et les cendres d' Atala, continua Chactas, je traversai des ^gions immenses sans savoir où j'allois : tous les ^mins étoient bons à ma douleur, et peu m'im- Pwtoit de vivre.
« Un jour, au lever du soleil , je découvris un parti d'Indiens qui m'eut bientôt entouré. Juge, 6 *ené ! de ma surprise , en reconnoissant , parmi ^' guerriers de la nation iroquoise , Adario , compagnon des jeux de mon enfance. Il étoit allé •Pprendre Fart d'Areskoui > chez les belliqueux Canadiens, anciens alliés des Natchez.
' fc m'informai avec empressement des nou-
' GàUe de to gwrw.
vellesde ma mère ; j'appris qu'elleavoit succombé à ses chagrins, et que ses amis lui avoient fidt les dons du sommeil. Je résolus de suivre l'exempie d' Adario , de me mettre à l'école des combats chez les Cinq-Nations ' . Mon cœur étoit animé du désir de mêler hi gloire à mes regrets; je brûlois de confondre les souvenirs de la fille de Lopez avec une action digne de sa mémoire. Déjà je comptois plusieurs neiges , et je n^avois fait aucun bien. Si le Grand-Esprit m'eût appelé alors à son tribunal , commentlui aurois-je présenté le collier de ma vie, où je n'avois pas attaché une seule perle?
« Lorsquenous entrâmes dansles forêts du Canada, l'oiseau de rizière étoit prêt h partir pour le couchant, et les cygnes arri^ oient des régiops du nord. Je fus adopté par une dçs nations iroquoises. Adario et moi nous fîmes le serment d'amitié : notre cri de guerre étoit le nom d' Atala, de cette vierge tombée dans le lac de la Nuit, comme ces colombes du pays des Agniers , qui se précipitent , au coucher du soleil , dans une fontaine où elles disparoissent.
« Nous nous engageâmes, sur le bâton de nos pères , à faire nos efforts pour rendre la liberté à notre patrie, après avoir étudié les gouvernements des nations.
« Je me livrai , dans l'intervalle des combats , à l'étude des langues iroquoises ou yendates, en même tempsque j'apprenois la langue polie ou la langue des traités, c'est-à-dire la langue algonquine , dont les Indiens du Nord se servent pour communiquer d'une nation à l'autre. Je m'étois approché de l'ami du père Aubry , du père Lamberville, missionnaire chez ieslroquois. Aidé de lui , je parvins à entendre et à parler facilement la langue françoise , et je m'instruisis dans l'art des colliers > des blancs.
« Le religieux me raconloit souvent les souffrances de ce Dieu qui s'est dévoué pour le salut du monde. Ces enseiguemeuts me plaisoient , car ils rappeloienttous les intérêts de ma vie, le père Aubry et Atala. La raison des hommes est si foible, qu'elle n'est souvent que la raison de leurs passions. Poursuivi de mes souvenirs , jecherchois à me sauver au sanctuaire de la miséricorde , comme le prisonnier racheté des flammes se réfugie à la cabane de paix.
« On commençoit à m'aimer chez les peuples;
* Les Iroquois.
* fart d*écrlie, de Un, etc.
LES NATGHËZ.
mon nom repoiolt agrétblement tories lèvres dei lacbems. J'avois lait quelque bruit dans leseombats : c'est une malbeureuie néoessité de s'habi* tuer à la vue do saug ; et eequ*ily a déplus triste encore^ diverses qualités dépeudeot de celle qui ftit un guerrier. Il est difficile d*étre compté comme bomme avant d'avoir porté les armes.
« Je vis pourtant avec borreur les supplices ré» serves aux victimes du sort des combats. En mé* moire d'Atala , Je donnai la vie et la liberté à des guerriers arrêta de ma propre main. £t moi aussi J'avoisété prisonnier, loin de la douce lumière de ma patrie !
« J*eus le bonbeur d'arracber ainsi à la mort quelques François. Ononthio ' me fit offrir en écbange les dons de Tamitié ; il me proposoit même une hacbe de capitaine parmi ses soldats. Mais comme ses paroles étoient celles du secret, et qu'il y Joignoit des sollicitations peu justes, je priai les présents de retourner vers les richesses d'Ononthio.
« Le printemps s'étoit renouvelé autant de fois qu'il y a d'œufs dans le nid de la fauvette, ou d'étoiles à la constellation des chasseurs, depuis que j'habitois chez les nations iroquoises. Elles avoieot fumé le calumet de paix avec les François. Cette paix fut bientôt rompue : Athaênsic ' balaya les feuilles qui comroençoient à couvrir les chemins de la guerre , et fit croître l'herbe dans es sentiers du commerce.
« Après divers succès on proposa une suspension d'armes; des députés furent envoyés parles Iroquois au fort Catarakoui. J'étois du nombre de ces guerriers, et je leur servois d'interprète. A peine entrés dans le fort , nous fûmes enveloppés par des soldats. Nous réclamâmes la protection du calumet de paix : le chef qui nous arrêta nous répondit que nous étions des traîtres, qu'il avoit ordre d'Ononthio de nous embarquer pour Kanata^, d'où nous serions menés en esclavage an pays des François. On nous enleva nos haches et nos flèches , on nous serra les bras et les pieds avec des chaînes : nous fûmes jetés dans des pirogues qui nous conduisirent au port de Québec, par le fleuve Hochelaga^. De Kanata un large canot nous porta au delà des grandes eaux, à la contrée des mille villages, dans la terre où tu es né.
> Nom que les Saavagn donnoient à toQ* les gnawineors da Canada. Il signifie ia grande montagne. Ainsi Ononthio- DenoDTlIle, Oiioii<Alo-FcoolMiae,«le.
' Génie de la Tengeance.
* Québec.
* Le fleuf e Saint-Laurent.
Les cabanes' où noiui abordâmes sontbètiii sous un ciel délicieux , au fond d'un lac iatérieQr *, 00 MichaboQ , dieu des eaux, ne lève point dm fois le jour son front vert couronné de ebevesi blanes , comme sur les rives eanadiennos.
« Nous fûmes reçus aux acclamalioni de il feule. L'amas des eabanes, des grands csaoti et des hommes , tout ce spectacle, si différent d« œlui de nos solitudes , confondit d'abord an idées* Je ne commençai à voir quelque ohoie de distinct qoe lorsque nous eûmes été oondoitià la butte de l'esclavage ^
« Peut-être, mon Jeune ami, seras-to étemié qu'après avoir été traité de la sorte , Jecomene encore pour ton pays de l'attachement. Ostnlei raisons que je t'en donnerai bientôt, l'expénepee de la vie m'a appris que les tyrans et les victioM sont presque également à plaindre i que le crime est plus souvent commis par ignorance (luepar méchanceté. Enfin, une chose me parotttfiooR certaine : le Grand-Esprit, qui mêle le bie&etic ' mal dans sa justice, a quelquefois rendu amerie souvenir des bienfaits, et toujours doux celui des persécutions. On aime facilement son enoeoiii surtout s'il nous a donné occasion de vertu oq de renommée. Tu me pardonneras ces réflexions : , les vieillards sont sujets à allonger leurs propos. >.
René répondit : ^ Ghactas , si les disconrs qœ « tu vas me faire sont aussi beaux que oeox (pe « tu m'as déjà faits , le soleil pourroit fiiûr et « recommencer son tour avant que je fusse las « de t'écouter. Gontinue à répandre dans ton ré- « cit cette raison tendre , cette douce chaleor des « souvenirs qui pénètrent mon cœur. Quelle idée « de la société dut avoir un Sauvage aux galères!-
Ghactas reprit le récit de ses aventures. Se paroles étoient toutes naïves ; il y mêla une sorte > d'aimable enjouement; on eût dit que pariac délicatesse digne des grâces d'Athènes, ce Sauvage cherchoit à rendre sa voix îngénne, poor adoucir aux oreilles de René l'histoire de finjustice des François.
« Une forte résolution de mourir, dit-il , m'empêcha d'abord de sentir trop vivement mon malheur dans la hutte de l'esclavage : trois jours entiers nous chantâmes notre chanson de mort, moi et les autres chefe. Jusqu'alors je m'étols cru la prudence d'un sachem, et pourtant, loin d'enseigner les autres , je reçus des leçons de sagess**
« Manenie.
* La MédfterraDée.
> Les bagnes.
LIVBE V.
« Un Fran^ti mail frère ém ckaines, B*étoit fBDdn owpable d^uiie aetioa qai Tavoit fait aDodanmer ao tribanal de tes yidUards. Jeune cneore, Hoafiroy prenoil l^èremeiit la yie. Chamé de m'oBteodre parler sa langue i il me laeoiitDit ses aventores ; il me disoil : n Ciiaetas, c ta et on Sanvage^ et Je suis un himime eivHJBé . , « Viaieemblablement tu ee un boupéte homme, |t et moi Je enia mieeéléral. N'est-il pas singulier « que ta anriTea après de T Amérique pour être « neneempagnon de boulet en Europe^ pour mon- « trar la liberté et la serTitode, le viee et la vertu, % aeeoapléa au mime Joug? Voilà « mon oher Iro-
• ((ooiB) OB qoe e*est que la soolété. N'est-oe pas 9 une trèa^belle ehoee? Mais prends courage et « as t'itonae de rien : qui sait si un Jour je ne « seiaî point assis sur un tr6ne? Ne t'alarme pas
• trop d'être appareillé avee un criminel an char
• 4s la vie : la Journée est courte i et la mort « Tiendra vite nous dételer. »
« Je n'ai Jamais été si étonné qu'/9p entendant psrler cet homme : il y avait dans son insouciance snsespèee d'horrible rayon qui me coofondoit. Quelle est , disois-je en moi-piéme , cette étrange asUon où les insensés semblent avoir étudié la sageve, où les scélérats supportent la douleur ooBirae ils goùteroient le plaisir? Honfroy m'engagea à lui ouvrir mon cœur : il me fit sentir qu'il y avoit lâcheté à se laisser vaincre du cfiagria. Ce nialheurem me persuada : Je consentis à vivre, et J'engageai les autres chefs à suivre mon exemple.
• Le soir, après le travail , mes compagnons s'sMembloient autour de moi, et me demandoient dei histoires de mon pays. Je leur disois comment nous poursuivions les élans dans nos forêts , commeut nous nous plaisions h errer dans la solitude avec Qos femmds et nos enfants. A ces peintures ^ la liberté , Je voyois de^ pleurs couler sur tou- ^ les mains enchaînées. Les galériens me ra- GOQtoient à leur tour les diverses causes du châtiment qu'ils éprouvoient. U m'arriva à ce sujet Qoe chose bizarre : je m'imaginai que ces malbiteurs dévoient être les véritables honnêtes gens de la société, puisqu'ils n^e sembloient punis pour des choses que nous faisons tous les jours •ans crime dans nos bois.
* Cependant, notre vêtement et notre langage axcitoient la curiosité. Les premiers guerriers et lo principales matrones nous venoient voir : lors- ^enous étions au travail , Us i|0|is apportoient
des fruits et nous les donnoient en retirant la main. Le chef des esclaves nous montrait pour quelque argent ; l'homme était offert en speotade à rhomme.
« Nous n'étions pas sans consolations. Le firand-Ghef de la prière du village ' noua visitoit : oe digne paateor, qui me rappelolt le père Aobry, nous amenoit quelquefois ses parents.
1 Chaotas, me disoit*il, voilà ma mère I figurent toi que c'est la femme qui t'a nenrri et qui t'a « porté dans la peau d'ours, comme nous Tap- « prennent nos missionnaires. « A oe souvenir de ma famille et des coutumes de mon pays, mon cœur était noyé d'amertume et de plaisir. Ce prêtre charitable nous laissoit toujoars, ai nous quittant , des pleurs pqnr effiieer les maux de la veille , des espérances pour nous conduire à travers les maux du lendemain.
« Le dief de la hutte des chatoes , dans la vue de prolonger notre existenoe , utile à ses intérêts , nous permettoit quelquefois de nous promener avec lui au bord de la mer.
« Un soir j'errois ahisi sur les grèves : mes yeux , parcourant réteadue des flots , têcboient de découvrir dans le lointain les e6tes de ma patrie. Je me figurois que ces flots avaient bidgné les rives américaines. Dans l'illusion de ma douleur, la iper me sembloit murmurer des plaintes comme celles des arbres de mes forêts ; alors Je lui racontois mon malheur, afin qu'elle le redit à son tour aux tombeaux de mes pères.
« Le gardien , occupé avee d'autres guerriers, oublia de me ramener à mes chaînes. Des millions d'étoiles percèrent la voûte céleste, et la lune s'avança dans le firmament. Je découvris è sa lumière un vieillard assis sur un rocher. Les flots calmés expiroient auxpiedsdece vieillard, comme aux pieds de leur mettre. Je le pris pour Miebaboii , génie des eaux : Je m'allols retirer, lor^ qu'un soupir apporté à mon oreille m'apprit que le dieu étoit un homme.
« Cet homme , de son cêté , m'aperçut : la vue de mon vêtement natcliez lui fit faire un mouvement de surprise et de frayeur : « Que vois-Je ! « s'écria-t-il , l'ombre d*un Sauvage desFIorides? « Qui es-tu? Viens-tu chercher Lppez? — Lo- « pez ! » répétai-Je en poussant un cri. Je m'ap^ proche du père d'Atala; je crois le reconnottre. Il me regarde avec le même étonnement, la même hésitation ; il me tend à demi les bras; il me
* L'évSqi» éb Mandate.
parle de nouveau. C'est sa voixl sa voix même ! Erreur ou vérité, Je me précipite dans 'les bras de mon vieil ami , je le serre sur mon coeur ; Je baigne son visage de mes larmes. Lopez, bors de lui ^ doutoit encore de la réalité. « Je suis « Ghactas, lui disois-je , Gbactas, ce jeune Nat- « chez que vous comblâtes de vos bienfaits à « Saint- Augustin , et qui vous quitta avec tant « d'ingratitude! » A ces derniers mots, Je fus . obligé de soutenir le vieillard prêt à s'évanouir ; et pourtant il me pressoit encore de ses mains devenues tremblantes par PAge et par le chagrin. « L'effusion de ces premiers transports passée , après avoir ranimé mon ancien hAte, Je lui dis : « Lopez , quels semblables et funestes génies pré- « sident à nos destinées? quelle infortune f amène « comme moi sur ces bords? que tu es malheu- « reux dans tes enfants ! Pourras-tu croire que « j'ai creusé le tombeau de ta fille , de ta fille qui « devoit être mon épouse 1
— « Que me dis- tu? » répondit le vieillard.
— « J'ai aimé Atala, m'écriai-Je, la fille de « cette Fioridienneque tu asaimée. » Ici ma voix, étouffée dans mes larmes, s'éteignit. Mille souvenirsm'accablèrent : c*étoient la patrie, l'amour, la liberté , les déserts perdus 1
« Lopez , qui me comprenoit A peine , me pria de m'expliquer. Je lui fis succinctement le récit de mes aventures. Il en fût touché, il admira et pleura cette fille qu'il n'avoit point connue 1 II s'étendit en longs regrets sur le bonheur que nous eussions pu goûter réunis dans une cabane, au fond de quelque solitude.
«Mais, mon fils, c^outa-t-il, la volonté de « Dieu s'est opposée à nos desseins; c'est à nous « de nous soumettre. A peine m*aviez-vous quitté « à Saint- Augustin , que des méchants m'accusè- « rent : des colons puissants à qui j'avois enlevé « quelques Indiens esclaves en les rachetant à un « prix élevé , se Joignirent à mes ennemis. Le m gouverneur, qui étoit au nombre de ces derniers, « nous fit saisir moi et ma sœur : on nous trans- « porta à Mexico , où nous comparûmes au tribu- « nal de l'inquisition. Nous fûmes acquittés, mais « après plusieurs années de prison, durant les- « quelles ma sœur mourut. On me permit alors « de retoumeràSaint' Augustin. Mes biens avoient « été vendus. J'attendis quelque temps dans Tes- « poir d'obtenir Justice : l'iniquité prévalut. Je me « décidai à abandonner cette terrede persécution.
« Je m'embarquai pour les vieilles Espagnes :
« comme Je mettols le pied au rivage, j'appris « que mes ennemis, redoutant mes pUôntei, « avoient obtenu contre moi un ordre d'exil. Je « remontai sur le vaisseau, et Je me réfàgfaddw « la Provence. Le prélat de Marseille m'aecoéBit « avec bonté : ses secours ont soutenu ma ik, « J'ai fait autrefois la charité, et maintenuit je « suis nourri du pain des pauvres. Mais j'appnehe « du moment de la délivrance étemelle, etûico, « J'espère , me fera part de son troBomt »
« Gomme L&gez finissent de parier, le goeiTier qui surveilloit ma servitude revint, et m'ordoma de le suivre. Le sachem espagnol me voallltB^ compagner, mais son habit n'étoit pas eehii d'à possesseur de grandes cabanes, et le gaide repoussa l'indigent étranger. « Rocher insensible, > m'écriai-Je , les esprits vengeurs de l'hospitifité « violée vous frapperont pour votre dureté. Ce « sachem est un suppliant oonmie mol pami « votre peuple ; il y a plus : c'est un vieiltaiid et « un infortuné. Ce n'est pas ainsi que Je vous trai* « terols, si vous veniez dans le pays des die- « vreuils : Je vous présenterois le calumet de « paix ; je fùmerois avec vous , je vous offrirois « une peau d'ours et du maïs : le Grand-Esprit « veut que l'on traite de la sorte les étrangers. •
« A ces paroles , le guerrier des cités se prità rire : j'aurois tiré de ce méchant une ^eDgeanœ soudaine , mais songeant que J'exposois LopeZi j'apaisai le bouillonnement de mon cœur. I/ipa, à son tour, dans la crainte de m'attirer quelque mauvais traitement, s'éloigna, promettant de me venir voir. Je regagnai la natte da malbenr, sur laquelle sont assis presque tous les hommes.
« Lopez et le Grand-Chef de la pri^ aocoamrent le lendemain : Je formai avec eux et mes compagnons sauvages une petite société libres vertueuse au milieu de la servitude et da «ce, comme ces cocotiers chargés de fruits et de lait, qui croissent ensemble sur un écueil aride, n milieu des flots mexicains. Les autres esdaws assistoient à nos discours : plusieurs common^ rent à régler leurs âmes , qu'ils avoient laissées jusqu'alors dans un affreux abandon. Bientôt, par la patience , par la confession de nos errenrs, par la puissance des prières, nous enchantâm» nos fers. C'est de cette façon , me disoît le ministre des chrétiens , que d'anciens esclaves atoient racheté autrefois leur liberté, en répétant à lenn maîtres les compositions d'un homme ditin, et des chants aimés du del.