‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 121 sur 170 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

La force de mon âme resta longtemps abattue par la tendresse de mes adieux à Lopez. Le génie de la renommée nous avoit devancés : durant tout le voyage , nous reçûmes Thospitalité dans des buttes que le Soleil avoit fait préparer pour nous. Notre simplicité en conclut que ces hommes que nous voyions étoient les esclaves du Soleil , que ces champs cultivés que nous traversions étoient des pays conquis, labourés par les vaincus pour les vainqueurs qui, sans doute, fumoient tranquillement sur leur natte, et que nous allions trouver au grand village. Cette idée nous donna un mépris profond pour les peuples qui nousenvironnoient; nous brûlions d'arriver à la résidence des vrais François, ou des guerriers libres.

« Nous fûmes étrangement surpris en entrant au grand village ' : les chemins * étoient sales et étroits; nous remarquâmes des huttes de commerce ^ et des troupeaux de serfs comme d^dis les rues de la France. On nous conduisit chez notre père Ononthio-Frontenac. La cabane étoit pleine de guerriers qu'Ononthio nous dit être de ses amis. Il nous avertit que nous irions, dès le lendemain , à un autre village < , où nous allumerions le feu du conseil avec le chef des chefs. Après avoir pris le repas de Thospitalité, nous nous retirâmes dans une des chambres de la cabane, où nous dormîmes sur des peaux d*ours.

« Le soleil éclairoit les travaux de Thomme civilisé et les loisirs du Sauvage , lorsque nous partîmes du grand village. Des courriers couverts de

' Paris, s Letrufli.

* Lm l>OUti<|!lM.

« VecsaUles.

Année noos trafaièffeDt à la hette* du eM des eheCi, en moins de temps qu'un saehcm plein d'apérienee I eirorade de sa nation^ awt àj«gar un dUftrand qui s'élève entre deu mène de Camille.

« A travers usa foule de gurdet, nuoa ttnm conduits Jusqu'au père des FnuMais. Sarpria de l'air d'eaolavage que Je remarqucds avlMr de mot , Je disoia sans ceaae à Onontliie : « Oà cA donc la natîoQ dee guerriers libres? Nomi trastômes le Soleil aaris comme un génie, aar je w aais quoi qu'mi appaloit un trôna^ et qui brilM de toutes parts. Il tenoit en main un pelH hâte avec lequel il Jugeoit les peuples. Onoothlo nous présenta h ce Gnmd-Gbef en disant :

• « Sire , les si^ets de Votre Mijesté.... » »

« Je me tournai vera les ebefr des Onq-Natiops, et leur expliquai la parole d'Onontiiip. Ib me répondirent : <« C'est faux ; « et Us s*i à terre, les Jambes eroiaée^ AlefSi m'adi au premier saebem :

« Puissant Soleil, lui dit-J^ , ti^ dont les « s'étendent Jusqu'au milieu de la terre I Oneu- « tbio vient de prononcer une parole qu'un giénie « ennemi lui aura sans doute inspirée : naais td « gu'Atbaensic ^ n'a pas privé de sens, tu es trop « prudent pour te persuader que nous soyoos tes « esclaves. »

« A ces paroles, qui aortoient ingénumnit de mes lèvres, il se fit un mouvemeuldansla hutte. Je eontinuai mou discours :

« Chef des chefs, tu nous aaretenuadaiisla hutte

• de la servitude p4r la plus indigne trahiaiw. Si « tu étois venu obanter la ebansou de paix ches « nos vieillards, nous aurions respecté en tel les « manitous vengeurs des traités. Cependant la « grandeur de notre Ame veut que noua t*exca- « sions , car le souverain Esprit 6te et donne la <i raison comme il lui plait , et il n'y a rien de plos « insensé et de plos miaérable qu'un liomrae absD- « donné à lui-même. Enterrons donc la bâche dont « le manche est teint de sang. Éclaireiasoos la « chaîne d'amitié, et puisse notre union dorer « autantipie la terre et le soleil 1 J'ai dit. •

« En achevant ces roots, je voulus présentsr le calumet de paix au Soleil ; mais sans doute quel* que génie frappa ce chef de ses traits invisibles, car la pâleur étendit son bandeau blane sur sot

■ Cbàteâa de Venaillet.

* Loalfl XIV.

' l3 vcngsancé.

Page 1