LIVRE VIII
et des fraises, des oseilles, des radnes, ajoutolent à la délicatesse de mes banquets.
a Déjà mes pas étoient arrivés au détroit des tempêtes. Les côtes du Labrador se montroient quelquefois par delà les flots'au coucher et au lever du soleil. Bans l'espoir de rencontrer quelque navigateur, je cheminois le long des grèves ; mais lorsque j'avois franchi des caps orageux , je n'apercevois qu'une suite de promontoires aussi so« litaires que les premiers.
«Unjourj'étois assissous un pin :1es flots étoient devant moi ; Je m'entretenois avec les vents de la mer et les tombeaux de mes ancêtres. Une brise froide s'élève des régions du nord, et un reflet lu* mineux voltige sous la >oûte du ciel. Je découvre une montagne de glace flottante ; poussée par le vent, elle s'approche de la rive. Manitou du foyer de ma cabane ! dites quel fut mon étonne* ment lorsqu'une voix, sortant de l'écueil mobile, vint frapper mon oreille. Cette voix chantoit ces paroles dans la hingue des Esquimaux :
« Salut, esprit des tempêtes, salut, ô le plus « beau des fils de l'Océan !
« Descends de ta colline où l'importun soleil «ne luit Jamais; descends, charmante Éllnal « Embarquons-nous sur cette glace. Les courants « nous emportent en pleine mer; les loups marins « viennent se livrer à l'amour sur la même glace «<[ue nous. »
« Sois-moi propice, esprit des tempêtes, ôle plus « beau des fils de l'Océan !
« Élina, Je darderai pour toi la baleine; Je te « ferai un l)andeau pour garantir tes beaux yeux «( de réclat des neiges ; Je te creuserai une demeure « sous la terre pomr y habiter avec un feu de « mousse ; je te donnerai trente tuniques impéné- « trahies aux eaux de la mer. Viens sur le som- « met de notre rocher flottant Nos amours y se- « ront enchaînées par les vents, au milieu des « nuages et de l'écume des flots.
« Salut , esprit des tempêtes , 6 le plus beau des « fils de l'Océan ! »
« Te| étoit ce chant extraordinaire. Couvrant mes yeux de ma main, et Jetant dans les flots une partie de mon vêtement, Je m'écriai : « Divinité « de cette mer dont Je viens d'entendre la voix , • soyez-moi propice; favorisez mon retour. » Aucune réponse ne sortit de la montagne qui vint s'échouer sur les sables à quelque distance du lieu où J*étois assis.
I «f J'en vis bientôt descendre un homme et unefc
LES NATCHE2.
femme vètut de peeu de loupe marins. Aux caresses qu'ils prodiguoient A un eafanti Je les reconnus pour mdH et femme. Ainsi i*a voulu le Gr«nd-Esprit{ le bonheur est de tous les peuples et de tous les cllnuits i le misérable Esquimaui sur son éeueil de glace ^ est aussi heureux que le monarque européen sur son trône t c'est le même instinct qui (ait palpiter le cour des mères et des amantes dans les neiges du Labrador et sur le duvet des cygnes de la Seine.
« Je dirige mes pas vers la femme^ dans Tespé* ranoe que l'homme aoooorroit au secours de son épouse et de son enfknt. L'esprit qui m'Inq^ra cette pmisée ne trompa point mon attente. Le guerrier s'avance vers moi avee Ibreur : il iMi armé d'un Javelot surmonté d'une dent de vache marine : ses yeux sanglants étineeloient derrière ses ingénieuses lunettes; sa barbe rousse , sejoi* gnant à ses cheveux noirs, lui donnoit un air af«freux. J'évite les premiers coups de mon adver^ saire , et m'élançant sur lui Je le terrasse.
« Élina , arrêtée à quelque distance , faisoit éclater les signes de la plus vive douleur; ses genoux fléchirent; elle tomba sur le rocher. Comme le pois fragile qui s'élève autour de la gerbe de mais , sa fleur délicate se marie au blé robuste , et Joint ainsi la grâce à la vie utile de son époux; mais si la plem tranchante de l'Indienne vient à moissonner l'épi , l'humble pois, qu'une tige amie ne soutient plus, s'athisse, et couvre de ses grappes fanées le sd qui Fa vu naître : ainsi la Jeune Sauvage étoit tombée sur la terre. Elle tenoit embrassé son fils , tendre fleur de son sein.
« Je rassure l'Esquimau vaincu : Je le caresse en passant la main sur ses bras , comme un chasseur encourage Tanimal fidèle qui le guide au fond des bois; l'Esquimau se relève à demi, et presse mes genoux, en signe de reconnoissance et de foiblesse. Dans cette attitude , il n'avoit rien de rampant à la manière de l'Europe : c'étoit l'homme obéissant à la nécessité.
« La femme revient de son évanouissement. Je rjippelle; elle fait un pas vers nous, fuit, revient, et toujours resserrant le eerde, s'approche de plus en plus de son mettre et de son' mari. Bientôt elle met les mains à terre et s'avance ainsi Jusqu'à mes pieds. Je prends l'enfant qu'elle portxtft sur eon dos ; Je lui prodigue des caresses : ces caresses apprivoisèrent tellement la mère de l'enfant, se mit à bondir de Jelei mes celés. Lors-
qu'un guerrier emporte dans ses brssvidievnM qu'il a trouvé sur la montagne, la mtee, tratat ses longues mamelles, et surmontant sa ffqfesr, suit avec de doux bêlements le ravissear qa'dli semble craindre d'hrriter contre le Jeune hte dn forêts.
Aussitôt que l'Esquimau eut rsoennii ans droit de fwm, U devint ansil loumis qali iTétoit montré intraitable. Je descendis la sête tvee mes deux nouveaux SHJeta, et Je leur fis eatet* dro que Je voulois passer au Labrador.
« L'Esquimau va prendra sur le roeher à glace des peaux de loup marin que Je n'avoii pa aperçues ; il les étend avec des barbes de baidv ; il en forme un long canot; il recouvre eeomol d'une peau élastique. Il se place au milles de cette espèce d'outre, et ip*y fait entrer sfeen femme et son enfimt ; rofermant alors la pessii^ tonr de ses reins, semblable à Hiehabos Inmême, il gourmande les mers.
• Un traîneau parti du grand villsgs de ta pères, au asoraent où noua quittâmes 11b à nauflrage , n'aurait atteint te palais de t» nii qu'après notra arrivée anx rivages dii Lsbndor. Cétoit l'beu» où les eoqaillagas des grèfes s'entr'ouvrent au soleil, et la saison où les serfs oommeneent à changer de parnre. Les géoia sie préparaient encore nne nouvelle destiaée : Je commandois, J'^lois servir.
« Noos ne Urdêmes pas A rencontrer en pirtl d'KsquImanx. Ces guerrien, lans s'biliNtiMrdei arbres de mon pays, ni du nom de ma mère, ne cbargèrant de l'attirail de ieim pèches, et ne contraignirent d'entrer dans «n grand csnot. Ita armèrent mon bras d'une rame, conne il depuis longtemps leura manitooa eussent été es liliance avec les miens, et nous rementâo» le long des roche» du Labrader.
« Les deux époux , nagoèra mesesdavee,!'^ toient embarqués avec nous ; ils ne me doanèreet
pas la moindre marque de |dtié ou de reooaiMb' sanee : ils avoleot cédé à mon pouvoir; ilstitNh volent tout simple que Je subisse le leur : se plus fort l'empire, au plus fmbie robéiessoee. « Je me résignai à mon sort « Nous arrivAmes à une contrée où' se cottchoit plus. Pâle et éla^i, œt aslreto8^ noît tristement antour d'un ciel glacé; d« nns animaux erroient sur des montagnes inconDoee. D*un c6té s'étendoient des champs de glace contre lesquels se brisoit imc mer décolorée; del'eû-