LIVRE XI
cris de guerre succédèrent aux cris de mort; Ils annonçoient la quantité de chevelures enlevées à rennemi , et le nombre des prisonniers faits sar loi. Ces cris de guerre excédant les cris de mort , une exclamation de triomphe se prolongea dans les forêts.
La tribu de l'Aigle parut alors , et défila entre deux rangs de flambeaux. Les spectateurs cherchment à découvrir leur bonheur ou leur infortune : on vit tout d'abord que le vieux Soleil manqaolt; et Ontougamiz et sa sœur n'aperçurent point le frère d'Amélie. Céluta, défaillante, M à peine soutenue dans les bras d'Outougaroiz , aussi consterné qu'elle. Mila se cacha en disant : « Je « loi avois recommandé de ne pas mourir I »
Ondouré, qui remplaçoit le Soleil dans le commandement des guerriers 9 marchoit d*un air victMieax. Il salua la Femme-Chef', qui , au lieu de jooir de i'avénement de son fils au pouvoir suprême, sembloit troublée par quelque remords. Averti de ce qui se passoit, Chactas gardoit une contenance douloureuse et sévère.
A mesure que la troupe s'avançoit vêts le grand village 9 les chefs adressoient quelques mots aux diverses iamilles : « Ton fils s'est conduit dans la
• bataille comme un buffle indompté, » disoit un goerrier à un père; et le père répondoit : « C'est « bien. » « Ton fils est mort, » disoit un autre goerrier aune mère ; et la mère répondoit en pleurant : « C'est égal. »
Le conseil des sachems s'assemble : Ondouré , appelé devant ce conseil , fait le récit de Texpédition. Selon ce rédt, les Natchez avoient trouvé les Illinois venant eux-mêmes attaquer le^Nateliez : dans le combat produit par cette rencontre, la victoire s'étoit déclarée en foveur des premiers , maismalheureusement le Soleil étoit tombé mort, percé d'une flèche. « Quant au coupable auteur « de cette guerre, ajouta Ondouré, resté au pou- « v<rir de l'ennemi , il expie à présent même, dans
• le cadre de feu, le châtiment dû à son sacri- « lége. »
Ondouré auroit bien voulu accuser de lâcheté son rival; mais René, blessé trois fois en défendant le Soleil , avoit fait si publiquement éclater sa valeur aux yeux des Sauvages, qu'Ondouré même fut obligé de rendre témoignage à cette valeur.
« Devenu chef des guerriers , reprit-il , J'aurois « poursuivi ma victoire , si Tun de vos messagers « ne m'eût apporté, la nouvelle de Tattaque des
« François : J'ai commandé la retraite, et suis « accouru à la défense de nos foyers. »
Pendant le récit d*Ondouré, la Femme-Chef avoit donné des signes d'un trouble extraordinaire : on la vit rougir et pâlir. D*après quelques mots échappés à son coupable amant, lorsqu'il marcha aux Illinois , Akansie ne douta point que la flèche lancée contre le vieux Soleil ne fût partie de la main d*Ondouré. Le criminel lui-même se vint bientôt vanter auprès de la Jalouse Indienne , d'avoir fait commencer le règne du Jeune Sdieil. « Ma passion pour vous , dit-il , m'a em- « porté trop loin peut-être : disposez de moi , et « ne songez qu'a établir votre puissance. » Ondouré espéroit se faire nommer édile par le crédit de la Femme-Chef, et gouverner la nation comme tuteur du souverain adolescent.
La mort du vieux Soleil opéroit une révolution dans l'État : en lui expiroit un des trois vieillards qui avoient aboli la tyrannie des anciens despotes des Natchez. Il ne restoit plus que Chactas et Adario , tous deux au moment de disparottre.
Chactas conçut des soupçons sur le genre de mort de son ami : on ne disoit point de quel côté la flèche avoit frappé le chef centenaire ; on ne rapportoit point le corps de ce vénérable chef, bien qu'on eût obtenu la victoi re. Un bruit couroit parmi les guerriers de la tribu de l'Aigle , gue le Soleil avoit été blessé par derrière , qu'il étoit tombé sur le visage , et que , longtemps défendu à terre par le guerrier blanc , l'un et l'autre, indignement abandonnés , étoient demeurés vivants aux mains de l'eunerai.
Ce bruit n'a voit que trop de fondement ; telle étoit l'affreuse vérité ; René et le Soleil avoient été faits prisonniers. Les Illinois se consolèrent de leur défaite en se voyant maîtres du Grand-Chef des Natchez : non poursuivis dans leur retraite, ils emmenèrent paisiblement leurs victimes.
Après un mois de marche, de repos et de chasse, ils arrivèrent à leur grand village : là , les prisonniers dévoient être exécutés. Par un raffmement de barbarie , on à voit pris soin de panser les blessures du frère d'Amélie et du Soleil : les captifs étoient gardés Jour et nuit, avec les précautions que le démon de la cruauté inspire aux peuples de l'Amérique.
Lorsque les Illinois découvrirent leur grand village, ils s'arrêtèrent pour préparer une entrée triomphante. Le chef de la troupe s'avança le premier en Jetant les cris de mort. Les guerriers ve-
LES NATCHEZ
noient ensoite rangés deux à deux : ils tenoieot , par l*extréroité d'une corde, Bené et le chef des Matchez , à moitié nus , les bras liés au-dessus du coude.
Le cortège parvint ainsi sur la place du village :' une foule curieuse s'y trouvoit déjà assemblée; cette foule se pressoit, s*agitoit, dansoit autour du vieux Soleil et de son compagnon : telles , dans un soir d'automne, d'innombrables iiirondelles voltigent autour de quelques ruines solitaires; tels les babitants des eaux se Jouent dans un rayon d'or qui pénètre les vagues du Meschacebé , tandis que les fleurs des magnolias, détachées par le souffle de la brise, tombent en pluie sur la surface de l'onde.
Lorsque l'armée et tous les Sauvages furent réunis dans le lieu de douleur, le grand prêtre donna le signal du prélude des supplices, appelé, par l'horrible Atbaensic ' , les caresses aux prisonniers.
Aussitôt les Indiens, rangés snr deux lignes, frappent avec des bâtons de cèdre le cbd* des Natcbez : celui-ci, sans bAter sa marche, passe entre ses bourreaux , comme un fleuve qui roule la lenteur de ses flots entre deux rives verdoyan* tes. René s'attendoità voir tomber la victime; il ignoroit que ces maîtres en supplice évitoient de porter les coups aux parties mortelles, afin de prolonger leurs plaisirs, « Vénérable sachem, « s'écrioit le frère d'Amélie, quelle destinée ! Moi, « je suis jeune ; je puis souffrir; mais vous I »
Le Soleil répondit : « Pourquoi me plains-tu? « je n'ai pas besoin de ta pitié. Songe à toi y rap- « pelle tes forces. L'épreuve du feu commencera « par moi , parce que je suis un chêne desséché fi sur ma tige , et propre a m'erobraser rapide- « ment J'espère jeter une flamme dont la lumière « éclairera ma patrie et réchauffera ton courage. >
Après ces traitements faits à la vieillesse , le jeune François eut à supporter les mêmes barbaries; ensuite les deux prisonniers furent conduits dans une cabane , où on leur prodigua tous les secours et tous les plaisirs : l'oiseau de Minerve canadienne brise le pied de ses victimes , et les engraisse dans son aire durant les beaux jours, pour les dévorer dans la saison des fumas.
La nuit vint : René , couvert de blessures , étoit couché sur une natte à l'une des extrémités de la cabane. Des gardes veilloient à la porte. Une
t LatcngMiiM.
femme vètoe de blane,aDecoQrûiuiede]MBii jaune sur la tête, s'avance dans rombre',(mcB* tendoit couler ses larmes. « Qui es-tu? « ditBni en se soulevant avec peine. « Je sois k Fû rpt « des dernières amours ' , répondit Tlndieuit « Mes parents ont demandé pour moi la préK* • rence, car ils haïssent Venelao que j'aioie. Yoili « pourquoi je pleure à Ion cbevet : js n'appilii « Nélida. >
Reué répondit dans la langue des Sssvaseï ; « Les baisers d'une bouche qui n'est polat atmii « sont des épines qui percent les lèvra. Nélidi, « va retrouver Venelao; dis-lui que rétnagerdei « sassafrasa respecté ton amour et ton malhcv.* A ces mots , la fille des Illinois s'écria : • Miii> « too des infortunés, écoute ma prièrel Faisfie « ce prisonnier échappe an sort qu'on lai rénmi « Il n'a point flétri mon sein I puisse sa bleo«we « lui ôtre attachée comme l'épouse de ralqm, « qui porte aux rayons da soleil son épooi tai* « gulssant sous le poids des annéesl •
En achevant ces paroles , la Vierge ia A^ nières amours prit les fleurs de jasmla qui oonvroient ses cheveux et les déposa sur le frootde René : mœurs extraordinaires dont la tim semble être tissue par les Muses et par les Fana
« Couronnée de ta main, • dit le jeune hooM à Nélida, « la victime sera plus agréable n « Grand-Esprit. » René, depuis longtemp^avoit assez de la vie ; content de mourir, ileffinKltt ciel les tourments qu'il alloit endurer poor l'expiation de coix d'Amélie»
Dans ce moment les gardes entrèrent, et il fllle des ïilinois se retira.
Elfl vint , l'heure des supplices : les IndieBi racontèrent que Fastrede la lumière , époavasté, ne sortit point ce jour-là du sein des moS) ^ qu*Athaënsic, déesse des vengeances, édiiA seule la nature. Les prisonniers furent coodoili au lieu de Texécution.
Le chef des Natchez est attaché à un poteaii au pied duquel s'élevoit un amas d'écorccs cÉde feuilles séchées : le frère d*AméIie est ré^^ pour la dernière victime. Le grand prêtre paroR au milieu du cercle que formoit la foule auloor du poteau : il tient à la main une torche, qa'Jl secoue en dansant. Bientôt il communique le fea au bûcher : on eût cru voir un de ces sacrifices offerts par les anciens Grecs sur les bords * l'Hellespont : le mont Ida , le Xante et le SinM*
« Voyei, pour reapUetUan de eel «Hall Wpi»*''^***