‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 142 sur 170 · LIVRE XIL · texte numérisé non relu

LIVRE XIL

|ii6oi^iiut JMymojL et le» ruine» lomaiite» dl*

lion.

On brûle d'abord le» pied» du yieillard , au»»i tranquille au feu du bûcber que »'il eût été assi», aux rayoD» du matin , à la porte de »a cabane. Le sachem ebante au milieu de» tourment» qui le conduisent à la tombe, comme Tépoux répète le cri d'byménée , en »'approchant du lit nuptial. Les bourreaux , irrités , épuisent la fécondité de leur infernal génie. Ils enfoncent dan» les plaies ' de l'ami de Cbactas des éclisses de pin enflammées , et lui crient ^ « Éclaire-nous donc main- « tenant, ô bel astre M » Tel un soleil, couronnant son front du feu le plus doux , se coucbe au milieu du concert de la nature : ainsi parut aux Illinois la victime rayonnante.

Atbaënsic souffle sa rage dans les cœurs : un jongleur, qu*une louve avoit nourri dans un antre du Niagara, se précipite sur le sachem, lui arradie la peau de la tête , et répand des cendres rongies sur le crâne découvert du vieillard. La douleur abat le chef des Natchez aux pieds de ses ennemis.

Bientôt réveillé d'un évanouissement dont il l'indigne , il saisit un tison , appelle et défie ses persécuteurs : cantonné au milieu de son bûcher, il est un moment la terreur de toute une armée. Un faux pas le livre de nouveau aux inventeurs des tortures : ils se jettent sur le vieillard; la bacUe coupe ce» pieds qui visitoient la cabane des infortuné», ces mains qui pansoient les blessures. On roule un tronc encore vivant sur la braise, dont la violence sert de remède aux plaies de h victime et les cicatrise, tandis que le sang ftnnesur les charbons, comme l'encens dans un

sacrifice.

Le chef n'a pas succombé ; il écarte encore de ses regards le» guerriers les plus proches, et fait recttler les bourreaux. Moins effrayant est le serpent dont le voyageur a séparé les anneaux avec un glaive : le dragon mutilé 8*agite aux pieds de son ennemi , soufflant sur lui ses poisons , le menaçant de ses ardentes prunelles, de sa triple langue et de ses longs sifflements.

« Benél » s'écrie enfin le vieillard d'une voix qui semble avoir redoublé de force, « Je vais re- « joindre mes pèresl Je ne me suis Uvré à ce» ac- « tiona qu'afin de t*enâ)urager à mourir, et de « te montrer ce que peut un homme lorsqu'il veut « exercer toute la puissance de son âme. Pour

* Historique.

« l'honneur de ta nouvelle patrie, imite mon « exemple.»

Il expire. Il avoit accompli un siècle : sa vertu antique, cultivée si longtemps »ur la terre, s'é*panouit aux rayon» de l'éternité, comme l'aloès américain qui , au bout de cent printen^p» , ouvre »a fleur aux regard» de l'aurore.

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