LIVRE xir
Ootongamlz , par cet instinct de la vertu qui bit deviner le crime, avoit ajouté peu de foi au récit d'Ondouré; ce qu*ii recueillit de la bouclie dediver8|gaerriers augmenta ses doutes. Dans tous les cas, René étolt mort ou pris , et il failoit oolui donner lasépulture ou le délivrer des flara-
Ootougamiz cache ses desseins à Géluta : il n'arertit qu'une troupe de Jeunes Natchez qui eonlentent à le suivre. Il se dépouille de tout vêtement, et ne garde qu'une ceinture pour être plus léger; il peint son corps de la couleur des ombres, ceint le poignard , s'arme du tomahawk * , attache sur son cœur la chaîne d'or, suspend de petits pains de mais à son c6té , Jette l'arc sur 8on épaule, et rejoint dans la forêt ses compagnons. Il se glisse avec eux dans les ténèbres : arrivé au Bayouc des Pierres, il le traverse, aborde la rive opposée , pousse le cri du castor qui a perdu ses petits, bondit, et il disparolt dans le désert
Huit Jours entiers il marche, ou plutôt il vole : poor loi plus de sommeil, pour lui plus de repos. Ah lie moment où il fermeroit la paupière ne poorrolt-il pas être le moment même qui lui raviroit son ami ? Montagnes , précipices , ri vières , tout est franchi : on diroit un aimant qui cherche à le réunir à l'objet qui l'attire à travers les eorpsqui s'opposent à son passage. Si l'excès de la ftitigoe arrête le frère de Céluta , s'il sent, malgré lui, ses yeux s'appesantir, il croit entendre une voix qui lui crie du milieu des flammes : « Outoagamiz I Outougamiz ! où est le ma- « nitouquejet'ai donné?» A cette voix intérieure, il tressaille, se lève, baiselachatned'or, et reprend laooQrse.
La lenteur avec laquelle les Illinois retourné* rent à leurs villages donna le temps à Outougamiz d'arriver avant la consomption de l'holocaoste. Ce Sauvage n'est plus le simple, le crédule Ootougamiz : à sa résolution, à son adresse, à la manière dont il a tout prévu , tout calculé , on prendroit ce soldat pour un chef expérimenté. Il sauve René, mais en perdant ses nobles compagnons, troupe d'amis qui offre à llamitié ce magnanime sacrifice ! il sauve René , l'entratne dans le marais; mais que de périls il reste encore à surmonter!
Le Heu ou les deux amis se reposèrent d'abord étant trop voisin do rivage , Outougamiz résolut
de se réftagier sous d'autres cyprès qui croissofent au milieu des eaux : lorsqull voulut exécuter son dessein, il sentit toute sa détresse. Un peu de pain de mais n'avoit pu rendre les forces à René; ses douleurs s'étoient augmentées, ses plaies s'étoient rouvertes; une fièvre pesante l'accabloit, et Ton ne s'apercevoit de sa vie qu'à ses souffrances.
Accablé par ses chagrins et ses travaux, affoibli par la privation presque totale de nourriture, le frère de Géluta eût eu besoin pour lui-même des soins qu'il prodigooit à son ami. Mais il ne s'abandonna point au désespoir; son âme, s'agrandissant avec les périls, s'élève comme un ch^ne qui semble croître à l'œil, à mesure que les tempêtes du ciel s'amoncellent autour de sa tête. Plus ingénieux dans son amitié qu'une mère in* dienne qui ramasse de la mousse pour en foire un berceau à son fils, Ootougamiz coupe des Joncs avec son poignard, en forme une sorte de nacelle, parvient à y coucher le frère d'Amélie, et, se Jetant à la nage , tratne après loi le fragile vaisseau qui porte le trésor de l'amitié.
Outougamiz avoit été au moment d'expirer de douleur ; il se sentit près de mourir de Joie , lors^ qu'il aborda la cyprière. « Oh ! » s'écria-t-il en rompant alors pour la première fois le silence, « il est sauvé I Délicieuse nécessité de mon cœur ! « pauvre colombe fugitive I te voilà donc à l'abri « des chasseurs I Mais, René, Je crains que tu « ne me veuilles pas pardonner, car c'est moi qui « suis la cause de tout ceci , puisque Je n'étois « point auprès de toi dans la bataille. Comment « ai-Je pu quitter mon ami qui m'a voit donné un ff manitou sur mon berceau? C'est fort mal , fort « mal à toi , Outougamiz ! »
Ainsi parloit le Sauvage; la simplicité de ses propos , en contraste avec la sublimité de ses actions , firent sortir un moment René de l'accablement de la douleur : levant une main débile et des yeux éteints, il ne put prononcer que ces mots : « Te pardonner ! -
Outougamiz entre sous les cyprès : il coupe les rameaux trop abaissés, il écarte des genoux de ces arbres les débris des branches : il y fait un doux lit avec des cimes de Joncs pleins d'une moelle légère; puis, attirant son ami sur ce lit, ii le recouvre de feuillrâ séchées : ainsi un castor, dont les eaux ont inondé les premiers travaux, prend son nourrisson et le transporte dans la chambre la plus élevée de son palais*
LES NATGHEZ.
I Le seeond soin du frère de Célvta ftit de panser : les plaies do frère d'Amélie. Il séparedeux nœuds de roseaux , puise un peu d'eau du marais , verse cette eau d'une ooupe dans l'autre pour l'épurer, et lave les l>lessofes^ dont 11 a sucé d'alx>rd le venin. La main d'un fils d'Esculape, armé des instruments les plus ingénieux , n'auroit été ni plus douce , ni plus salutaire que la main de cet ami. René ne pou voit exprimer sa reoonnoissance que par le mouvement de ses lèvres. De temps en temps l'Indien lui disoit avec inquiétude : « Te m iàis-Je mal? te trouves-tu un peu soulagé? » René répondoit par un signe qu'il se sentoit sou* lagé , et Ontougamiz oontlnoolt son opération avec délices.
Le Sauvage ne soogeoit pdnt à lui : il avoit encore quelque reste de mais y il le réservolt pour René. Outougamia ne ftisoit qu'ol^éir à un instinct sublime, et les plus belles actions n'étoient chez lui que l'accomplissement dealkcultés de sa vie. Comme un charmant olivier nourri parmi les ruisseaux et les ombrages laisse tomber, sans s'en apercevoir, au gré des brises , sesflruits mûrs sur les gazons fleuris, ainsi l'enfant des forêts américaines semoit , au soufOede Tamitlé, ses vertussur la terre, sans se douter des merveilleux présents qu'il faisolt aux hommes.
Rafraldii et calmé par les soins de son lU)érateur, René sentit ses paupières se fermer, et Outougamiz tomba lui-même dans un profond someil à ses cdtés : les anges veillèrent sur le repos de ces deux hommes , qui avolent trouvé grAce auprès de celui qui dormit dans le sein de Jean.
Ootougamiz eut un songe. Une Jeune femme lui apparut : elle s'appuyoit en marehant sur un are détendu, entouré de lierre comme un thyrse ; un chien la suivoit Ses yeux étotent bleus ; un sourire sincère entr*ouvrolt ses lèvres de i^ : son air étoit un mélange de force et de grâce. Presque nue , elle ne portoit qu'une ceinture plus belle que celle de Vénus. Ontougamiz se figurait lui tenir ce discours :
« Étrangère , J'avds planté un érable sur le sol « de la hutte où je suis né : voilà que pendant « mon absence, de méchants manitous ont blessé « son écorce et ont ihit couler sa sève. Je cher- « che des simples dans ces marais pour les ap- « pliquer sur les plaies de mon érable. Dis-moi « oA Je trouverai la feuilTe du savinier. »
D'une voix paisible l'Indienne paroissoH répondre à Ontougamiz : « En vérité , Je dis qull
« eonnottra toutes les ruses de la 8agme,riNiiiiK « qui pourra pénétrer celle de votre amitié. Ne « craignez rien; j'ai dans le jardin de mm pèn « des simples pour guérir tous les arbm, et es « particulier les érables blessés. »
£n prononçant ces paroles, qu'Outoogunii croyoit entendre, l'Indienne, fille du songe, prit unair de n^Jesté : satlte se oouronnadenya»; deux ailes blanches bordées d'or ombragènst ses épaules divines. L'extrémité d'un des» |Mi toncboit légèrement la terre, tandis que aoa eoffi flottoit déjà dans lair diaphane.
« Ootougamte , sembloit dire le brillant faa- « tAme , élève-toi par l'advenité. Que ki vertu « de la nature te servent d'échelons pour attaa- « dre aux vertus plus sublimes de la religion de « cet homme à qui tu as dévoué ta vie : ak» je « reviendrai vers toi, et tu pourras compter iv « les secoura de l'ange de l'Amitié. »
Ainsi parle la vision an jeune Natcbet pkiB|é dans le sommeil. Un parfum d'ambroisie, eodii' mant les lieux d'alentour, répand la fiNte dus l'Ame du frère de Céluta , comme l'huile saoée qui fait les rois ou prépare l'âoie du moniaotan béatitudes célestes.
£n même temps le rêve devient nmgMfit : le séraphin , dont il produit l'image, poowot II terre de son pied comme un piongeurqiri remeoli du fond de l'abîme, s*élèvedans lesairs.Grtte vertu calme ne se meut point avec larapiditéda messagère qui portent les ordres redoutaUeidi Tout-Puissant ; son assomption vers la région de l'éternelle paix estmesurée, grave et nuijestnesn» Aux champs de l'Europe un globe lumineai» t^ rond! par la main d'un enfant des Ganlcs, peroi lentement la voûte du del ; auxchampsde Tlade l'oiseau du paradis flotte sur un nuage d'or, dios le fluide azuré du firmament.
Outougamiz se réveUle ; la voix du hém •* noncof t le retour de l'aurore : le flrère de GéWi se sentoit tout fortifié par son rêve et par no sommeil. Après quelques moments empk?^ ^ rassembler ses idées, llndien, rappelant et Ici périls passés et les dangen à venir, se lète petf commencer sa journée. Il visite d'abord les Nei* sures de René, tr€/(Xe les membres engoovdisdi malade avec un bouquet d'heites aiomatîtiuei, partage avec lui quelques morceaux de bhH» change les joncs de la couche, renouvelle l'air en agitant les branches des cyprès , et replace *• ami sur de frais roseaux ; on eût dit d'uae a**