‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 145 sur 170 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

tme IdMrienae qai am»ga au matin sa cabane, oud'one mère cpiidonnede tendres soins à son AU.

Cm choses de Tamitié étant flBûtes, Outon* gamiz songe à se parer avant d'accomplir les desseins qu'il méditoit. Il se mire dans les eanx , peigne sa chevelure , et ranime ses joues décolorées avec la pourpre d'une craie précieuse. Ce Sanvago avoit tout oublié dans sob héroïque en* treprise, hors le verraillon.des fêtes, mêlant ainsi riiomme et l'enfant, portant la gravité du premier dans les frivolités du second , et la simplicité du second dans les occupations du premier : sur l'arbre d'Atalante, le bouton parfumé qui sert d'ornement à la Jeune fille grossit auprès de la pomme d'or qui rafraîchit la bouche du voyageur fatigué.

La nature avoit placé dans le cœur d^Outoupmi7 rintelligenoe qu'elle a mise dans la tète des autres hommes : le souffle divin donnoit à la Pythie des vues de l'avenir moins claires et moins pénétrantes, que l'esprit dont il étoit animé nedéoouvroit au frère de Céluta les malheurs qui pouYoieut menacer son ami. Saisissant le Temps corps à corps, l'Amitié forçoit ce mystérieax Protée à lui révéler ses secrets.

Ovtougamis , ayant pris ses armes , dit au nounau Philoctète couché dans son antre , mais que l'amitié des déserts, plus ildèle que celle des palais, B*avoit point trahi : « Je i&ais chercher lea

• dons du Grand-Esprit, car il iàut bien que

• ta vives, et il fiiut aussi que je vive. Si je ne « mangeois pas , j'aurois faim , et mon âme s'en

• Iroit dans le pays des Ames. Et comment ferois- «tu alors? Je vois bien tes pieds, mais ils sont

• immobiles; Je vols bien tes mains, mais elles « sont froides et ne peuvent serrer les miennes. «Ta es loin de ta forêt et de ta retraite :quidon- « neroit la pAtnre à l'iiermine blessée , si le eastor

• qui raccompagne alloit mourir? Elle baisseroit

• la tète , ses yeux se fermeroient , elle tomberoit i en défalUanee : les chasseurs la trouveroient « expirante y et diroient : « Voyez l'hermine bles^

• sée loin de sa forêt et de sa retraite. »

A ees mots l'Indien s'enfonça dans la cy prière , mais non sans toarner plusieurs fols la tête vers le lieu où repoeoit la vie de sa vie. Use parloit jneessamnaent^ et se disolt : «Ontougamizl tues

• on chevrenil sans esprit ; tu ne oonnois pcrint les « plantes y In ne lais rien ponr sauver ton frère. » Et il yenoil des larmes sur son peu d'expérience , a il se repcneholt d'être inntUe à son ami I

Il chercha longtenq^ dans les détours do marais des herbes salutaires : il cueillit des cressons , et tua quelques oiseaux. En revenant à l'asile consacré par son amitié , il aperçut de loin les Joncs bouleversés et épars. Il approche, appelle, touche à la couche , soulève les roseaux : le frère d'Amélie n*y étoit plus!

Le désespoir s'empare d'Outongamis : prêt à se briser la tête contrôle tronc des cyprès, il s'écrie : « Où es-tu? m'as-tu fui comme un faux « ami? Mais qui t'a dimné des pieds ou des « ailes? Est-ce la Mort qui t'a enlevé ?.»• »

Tandis que le Sauvage s'abandonne À ses transports. Il croit entendre un bruit à quelque dis^ tan^ : il se tait, retient son haleine, écoute : puis soudain se plonge dans l'onde , bondit , nage , bondit encore, et bientôt découvre René qui se débat expirant contre un Illinois.

Outougamiz pousse lecri de mort : l'effort qu'il fait en s'élançant est si prodigieux, que ses j^s s'élèvent au-dessus de la surface de l'eau. Il est déjà sur l'ennemi, le renverse, se roule avec lui parmi les limons et les roseaux. Comme lorsque deux taureaux viennent à se rencontrer dans un marais où il ne se trouve qu'un seul lien pour désaltérer leur soif, ils baissent leurs dards recourbés ; leurs queues hérissées se nouent en cercle ; ils se heurtent du frcmt; des mugissements sortent de leur poitrine , l'onde jaillit sous leurs pieds, la sueur coule autour de leurs cornes et sur le poil de leurs flancs. Outougamix est vainqueur; il lie fortement, avec des racines tressées, son prisonnier an pied d'un arbre, et étend à Tooilve , sous le même arbre, Tami qu'il vient encore de sauver.

Par les violentes secousses que le frère d'A* mélle avoit éprouvées, ses plaies s'étoient rouvertes. Le Natcbea, dans le premier moment de sa vengeance, fut près d'immoler l'Illinois.

« Gomment , lui dit-il , as^tu pu être assex «roel « pour entraîner ce cerf affoibli ? S'il eût été dans « sa force , lâche ennemi , d'un seul coup de tête « il eût brisé ton bouclier. Tu siériterois bien que « cette main t'enlevât ta chevelore. »

Outougamiz s'arrétant comme frappé d'une pensée : « As-tu un ami? » dit*il à l'Ulinoîs. « Oui , » répondit le prisonnier.

« Tu as un amil » rqprit le firère de Céluta s'ap* prochant de lui et le mesurant des yeux ; « ne « va pas faire un mensonge.

— « Je dis la vérité , » reprit riUinols.

LES rsATCHEZ.

«Eh bien! » s'écria OutoDgamiz tirant son poignard après avoir approché de son oreilie la petite chaîne d*or; « eh inen I rends grâces à ce manitou qui vient de me défendre de te tuer : il né sera pas dit qu'Outoogiimiz, de la tribu du Serpent, ait Jamais séparé deux amis. Que seroit*ce de moi si tu m*avois privé de René? Ah I Je ne serois plus qu'un chevreuil solitaire. Tu vois, ô Illinois I ce que tu aliois faire; et ton ami seroit ainsi I et il iroitseul murmurant ton nom dans le déserti Non ! il seroit trop infortuné I et ce seroit moil... »

Le Sauvage coupe aussitôt les liens de l'Illinois. « Sois libre, lui dit*4l; retourne à l'autre « moitié de ton âme, qui te cherche peut-être, « comme je cherchois à l'instant ma couronne de « fleurs, lorsque tu étois assez inhumain pour la

• dérober à ma chevelure. Mais Je compte sur ta « foi : tu ne découvriras point mon lieu à tes com- « patriotes. Tu ne leur diras point : « Sous le « qrprès de Tamitié, Outougamiz le Simple a ca- « ché la chair de sa chair. » Jure par ton ami que «tes lèvres resteront fermées, comme les deux « coupes d*une noix que la lui)e des moissons n*a « point achevé de mûrir.

— N Moi, Nassoute, reprit l'étranger, Je jure « par mon ami , qui est pour moi comme un baume « lorsque J'ai des peines dans le cœur ; Je jure que «Je ne découvrirai point ton lieu , et que mesiè- « vres resteront fermées comme les deux coupes « d'une noix que la lune des moissons n'a point

* achevé de mûrir.

A ces mots Nassoute allolt s'éloigner, lorsque Outougamiz l'arrêta et loi dit : « Où sont les guer- « riers illinois? — Crois-tu, répliqua l'étranger, « que je sois assez lâche pour te l'apprendre? » Frère de Géluta, vous répondîtes : « Yaretrou- « ver ton ami : je te tendois un piège ; si tu avois « trahi ta patrie, je n'eusse point cru à ton ser- « ment, et tu tombois sous mes coups. »

Nassoute s'éloigne : Outougamiz vient donner ses soins au frère d'Amélie , comme s'il ne s'étoit rien passé, et comme s'il n'y eût aucun lieu de douter de la foi de illlinois, puisqu'il avoit fait le serment de l'amitié.

Quelques Jours s'écoulèrent : les blessures de René commençoient à se cicatriser; les meurtris* sures étoient moins douloureuses; la fièvre se caimoit. Le frère d'Amélie seroit revenu plus promptement à la vie, si une nourriture abondante avoit pu rétablir ses forces; mais Outou-

gamiz trouvoit à peine quelques iNdes sauvages; elles manquèrent enfin : il ne resta plus an frère de Géluta qu'à tenter les derniers efforts de l'amitié.

Une nuit, il sort furtivement du marais, cachant son entreprise a René , et laissant çà et là des paquets flottants de roseaux pour reconnollre la route, si les génies lui permettoient le retour. Il monte à travers le bois de la colline , il déoovvre le camp des Illinois, où il étoit résolu de pénétrer. ^

Des feux étoient encore allumés : la plnpartda familles dormoient étendues autour de ces feox. Le jeune Natchez, après avoir noué sa cbevehire à la manière des guerriers ennemis, s'avaan vers l'un des foyers. Il aperçoit un cerf à dem dépouillé, dont les chairs n'avoieut point enooie pétillé sur la braise. Outougamiz en dépèce avec son poignard les parties les plus tendres, anai tranquillement que s'il eût préparé an festin dan la cabane de ses pères. Cependant on vojrit cà et là quelques Illinois éveillés qui noient et diaBtoient La matrone du foyer où le frère de Câott déroboit une part de la victime, ouvrît elIcHBiéiiie les yeux , mais elle prit l'étranger pour le jeoM fils de ses entrailles , et se replongea dans le sontmeil. Des chasseurs passent auprès de Tami de René, lui souhaitent un ciel bien , an manteifl de castor et l'espérance. Outougamiz taur re&dà demi-voix le salut de l'hospitalité.

Un d'entre eux s'arrétant, lui dit : « Il a sio* « gulièrement échappé. — Un génie sans doute « l'a ravi , » répond le frère de Géluta. L'Illinois repartit : « Il est caché dans le marais ; il ne se « peut sauver, car il est environnéde tontes parts: « nous boirons dans son crâne. »

Tandis qu 'Outougamiz se trouvait engagé dans cetteconversation périlleuse, la voix d'one femme se fit entendre à quelque distance ; elle dianloit : « Je suis l'épouse de Yenclao. Mon sein , avecsoa « bouton de rose, est comme le duvet d'un c^ae « que la flèche du chasseur a taché d'une goutte de « sang au milieu. Oui, mon sein est btasé, car « je ne puis secourir l'étranger qui respecta la o viergedesdemièresamours. Puissé-jedumoios « sauver son ami ! » L'indienne se tut; pois, s'approchant du Natchez dans les ombres, elle eon*. tinua de la sorte :

« La nonpareille des Florides croy<Ht que llii* « ver avoit changé sa parure, et qu'elle ne sonoit <f point reconnue parmi iesaigles desrodierB ehci

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