‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 151 sur 170 · I.S3 8ACHBIIS · texte numérisé non relu

I.S3 8ACHBIIS

« Qu*importe que Tosselet de notre destinée soit • noir ou blanc , nous Jouons dans la vie assis sur « une tombe : à peine avons^nous tiré notre osse- « let heureux ou fatal, la Mort, qui marque la « partie, nous le redemande. »

Les joueurs se séparent en deux bandes; les Natchez d'un côté, les Chicassaws de l'autre, A un signal donné , le plus adroit des guerriers natchez, placé à son poteau, frappe d'un coup de raquette la balle qui fuit , comme le plomb sort du tube enflammé des chasseurs ; un Chicassaws la reçoit et la renvoie avec la même rapidité. Elle

est repoussée vers les Chicassaws , qui la reprennent de nouveau. Un mouvement général commence; la balle est chassée et rechassée : tantôt elle vole horizontalement, et vous verriez les Joueurs se baisser tour à tour comme des épis sous le passage d'une brise; tantôt elle est lancée au ciel à perte de vue : tous les yeux sont levés pour la découvrir dans les airs, toutes les mains tendues pour la recevoir dans sa chute. Soudain des guerriers se Jettent à l'écart, se groupent, s'entremêlent, se déploient, se rassemblent encore; la balle saute à petits bonds sur leurs raquettes Jusqu'au moment où un bras vigoureux , la dégageant du conflit , la reporte au centre de l'arène. Les cris d'espérance ou de crainte, les applaudissements et les risées , le bruit de la course, le sifflement de la balle, les coups de raquettes, la voix des marqueurs , les ronflements de la conque , font retentir les bois.

Au milieu de ce bruit et de ce mouvement les Ames étoient diversement occupées : les François Jouissoient en pleine confiance de ce spectacle , tandis que les ooi^urés eomptoleât leursvietimes. Il n'y avoit rien de plus affineux que ces plaisirs qui oouvroient le massacre de toute une colonie. Que d'hommes ont pris pour un Jour de fête celui qui devoît leur apporter la mort !

. Les jeux furent suspendus pour le festin , servi à l'ombre d*une futaie d'érables , au bord d'un

courant d*eau ; Ils reoommeneèrent ensidte : on ne savdt de quel côté se déciderolt la victoire, dont le prix étoit réglé à mille peaux de bèta sauvages. Tout à coup le speetade est intotoDpu ; les sachems se lèvent, la foule se porte vers la colline du nord , on entend répéter cêsumIi:

< Voici notre père, vold Ghactas ! Hélas! il cA « mourant ! Outoogamiz vient d'annoncer son « arrivée. »

En effet , Outougamiz , qui n*avoit pas rejoiot René, avoit rencontré le sachem, que portoH une troupe de Jeunes Chéroquois. La réputatioB de Chactas étoit telle, que le conunandaDt ftançois lui-même suit la multitude pour aller audevant du vieillard. La foule poussoit des cris d'amour sur le passage de l'homme véDérable; mais les yeux étoient remplis de larmes, caroa voyoit que Chactas n'avolt plus que quelques heures à vivre : son visage toujours serein annonçoit l'extrême fatigue et la décrépitude; a voix étoit si foible , qu*on avoit de la peioe àleotendre. Cependant le sachem répondoitavecsa bonté et son calme ordinaires à ceux qui lui adressoient la parole. Un Jeune guerrier remarquaot que les dieveux argentés du vieillard avoleot encore blanchi : « C'est vrai, mon enfant, dit « Chactas; J'ai pris ma parure d'hiver, et je vais « m'enfermer dans la caverne. » Un sacbem du parti d*Ondouré lui parloit des Jeux et de la paix de la ^trie ; il répondit : « L*eau est paisible ao- « dessus de la cataracte ; elle n'est troublée qu^ao-

< dessous. »

Outougamiz, qui marchoit auprès du lit de feuillage sur lequel les Chéroquois portoient Chactas, passoitd'un profond abattement à udc incompréhensible joie : « Ah I disoit-Utoutbaut, « c'est ainsi que j'ai vu porter Bené quand je Fai- « mois , et que je ne le voulois pas tuer, avant qu « Mila m'eût quitté pour toujours. »

Ces deux noms frappèrent l'oreille de Chadas. u Mon excellent Outougamiz , lui dit-il , tu paries « de René et de Mila ; et Céluta, où est-elle? oà « sont mes chers enfants, pour que je les embrasse « avant de mourir,?

— « Chêne protecteur 1 s'écria Oub»g8inii| « nous allons tous nous mettre à l'abri soos toa « ombre , excepté Mila , qui s'est fait une eoaebi • au fond des eaux. — Héroïque et Imo jeaM

< homme , dit Chactas, Je crains qM le chèH « ne soit tombé avant qu'il t'ait pu gaiaotir de

LES NATCHEZ

t Torage. » Chactas demanda où étoit Adario; on lui dit qu*i1 habitolt les forêts.

Ondouré, à ce triomphe de la vertu, éprouvoit de mortelles inquiétudes. L'arrivée Inattendue et la prolongation de la vie de Chactas sembloient déranger les projets du conspirateur. Il craignoit que le sachem ne découvrit ses trames , et qu'un entretien secret d'un moment avec Géluta etOutougamiz ne détruisit l'œuvre de deux années. Désirant séparer le plus tAt possible Outougamlz de Chactas , Ondouré eut l'imprudence de s'avancer jusqu'à la couche du vieillard , pour le supplier de se livrer au repos. Chactas, le reconnoissant à la voix , lui dit :

« 0 fe plus foux des hommes 1 tu n'as donc pas « encore appris à rougir? »

— « Courage, Chactas! s'écria Outougamiz, « tu parles tout comme Mila 1 >» Ondouré , balbutiant, avoit perdu son effronterie accoutumée.

« Mes enfants 1 » dit Chactas, élevant la voix et s'adressant à la foule qu'il entendoit autour de hii, mais qu'il ne voyoit pas; « voilà un des plus

• dangereux scélérats que la terre ait produits. « C'est notre foiblesse qui fait sa tyrannie ; il y a « longtemps que j'ai deviné les secrets de ce

• traître. »

Ces paroles violentes , dans la bouche d'un vieillard si modéré et si sage , produisirent un effet extraordinaire. Ondouré se crut perdu. Outougamiz encourageoit le tumulte : « Allez chercher « Céluta, s'écriolt-il; voici que tout est arrangé :

• René est sauvé I Je ne le tuerai pas I Quel dom- « mage que Mila soit morte ! »

Quelques sachems restes fidèles à Cliactas racontoient qu'Ondouré étoit vraisemblablement le meurtrier du vieux Soleil ; qu'il avoit séduit la Femme-Chef; qu'il s'étoit emparé de l'autorité par violence; qu'il médi toit dans ce moment même d'autres forfaits. Les Sauvages étrangers paroissoient troublés. Le commandant françois commençoit à s'étonner de ce mot de complot redit de toutes parts. La destinée d'Ondouré ne sem- Moit plus tenir qu'à un fil , lorsque les prêtres et les sachems du parti du traître répétèrent l'histoire du maléfice jeté par un magicien de la chair blanche sur Outougamiz et sur le vénérable Chactas. Les absurdités religieuses employées précé^ demment dans des occasions pareilles enrent leur succès accoutumé; la foule superstitieuse les crut de préférence à la vérité. Chactas fut porté à sa cabane. Chépar retourna au fort, toujours disposé

par Fébriano à se confier à Ondouré, et à soupçonner le frère d'Amélie. Le soleil étant couché, les Sauvages remirent au lendemain la continuation des jeux.

Mais Forage conjuré pour un moment menaçoft d'éclater de nouveau. Chactas, à peine déposé dans sa cabane, avoit demandé la convocation d'un conseil , désirant s'entretenir avec les sachems avant d'expirer. 11 étoit impossible aux conjurés de se refuser au dernier vœu de l'illustre vieillard , sans se rendre suspects et odieux à la nation. Ondouré à'empressadecherdier Adario, et de lui parler de Chactas, dont la tète, disoitil , étoit afiCoiblie par les approches de la mort. Adario, regardant de travers le Sauvage : « Il « te convient bien, misérable guerrier, de t'ex- « primer de la Borte sur le plus grand des sachems « et sur l'ami d' Adario! Ote-toi de devant mes « yeux, si tu ne veux que je punisse tes paroles « insensées. »

Ces deux vieillards étoient le désespoir d'Ondouré : Chactas ne cmmoissoit point les desseins du scélérat, et les auroit renversés s*ii les eût connus ; Adario méprisoit le tuteur du Soleil , et l'auroit poignardé s'il avoit pu croire que , par le massacre des blancs , il aspiroit à la tyrannie. Les sachems s'empressèrent de tenir le conseil dans la cabane de Chactas; Adario s'y rendit le premier.

Outougamiz étoit allé trouver sa sœur. Assise à ses foyers solitaires , et descendue daos son pro« pre cœur, Céluta y avoit remué , pour ainsi dire , tous ses chagrins ; elle les en avoit tirés l'un après i*autre : saillie , Mila , Outougamiz, René, s*étoient tour à tour présentés à ses craintes et à ses regrets; elle n'a voit oublié de pleurer que sur elle. Les grandes douleurs abrègent le temps comme les grandes joies; et les larmes qui coulent avec abondance emportent rapidement bs heures dans leur cours. Céluta ignoroit l'interruption des jeux, le retour de son frère , et l'arrivée de Chactas. Outougamiz se précipite dans la cabane et s'écrie :

« Me voici! le voilà! Chactas, Chactas lui- « même! Je l'ai trouvé au lieu de René; il estar- « rivé I Nous serons tous sauvés ! Ah I si Mila n'é- « toit pas morte ! Elle s'est trop pressée ! Allons, R prends ton manteau et ta fille, allons vite voir « Chactas. Il est peut-être mort à présent, mais « nous n'en sommes pas moins sauvés. »

Acesparoles inintelligibles pour tout autre que pour Géluta , l'Indienne éleva son cœur vers le

LES NATCHKZ.

Grand-Esprit et se hâta de chercher «m manteau. Oatougamiz lui ordonnoit d*aller vite , prétendoit l*aider, et ne faisoit que retarder ses apprêts. Quand le frère et la sœur sortirent de la cabane , la nuit atteignoit le milieu de son cours. Dans ce moment même les trois vieilles femmes attachées au culte d*Athaënsic entroient dans le temple , et , en présence du chef des prêtres , bràloient un des roseaux de la gerbe : on auroit dit des Parques coupant le premier fil de la vie de René.

Outougamiz et CSéluta arrivèrent à la cabane 4e Chactas : le conseil n*étoit pas fini , et les Allouez placés alentour les empêchèrent d'approcher. On n'a Jamais su ce qui se passa dans ce -conseil assemblé au bord dn lit funèbre de Chactas , et présidé par la vertu mourante. Les gardes les plus voisins de la porte saisirent seulement quelques mots lorsque les yoIx s*éievoient au milieu d'une discussion animée. Une fois Chactas jrépondit à Adario :

« Je crois aimer le patrie antant que toi; mais « Je Paime moins que la yertn. »

Quelque temps après il dit : « J*lgnore ce que « vous prétendez; mais quiconque est obligé de « cacher ses actions ne fiiit rien dligréabie au « Grand-Esprit. »

On entendit ensuite la Femme-Chef discourir d'un ton passionné , sans pouvoir recueillir ses paroles. Chactas dit après elle :

6 Vous le voyez , cette femme est en proie aux « remords ; elle ne dit pas tout ; mais sa conscienoe « lui pèse : pourquoi son complice, rinfâme On- « douré, n'est-il pas ici? »

Sur une observation qu'on lui faisoit, sans doute, Chactas repartit :

« Je le sais : les Jeunes guerriers doivent pré- « férer les conseils d' Adario aux miens; la Jeu- « nesse aime les brasiers qui se font sentir à une

< grande distance, et qui la forcent à reculer.

< Elle dédaigne ces feux mourants dont il se faut « approcher pour recueillir une chaleur prête à « s'éteindre. »

Adario répliqua quelque chose.

« Mon vieil ami , répondit Chactas , nous avons « parcouru ensemble un long chemin. Je vous « aime et vais vous attendre. Ne calomniez pas « Bené : pardonnez-lui l'excès dans le bien , et « ni vous ni moi ne vaudrons mieux que lui. »

Ici le trouble parut régner dans le conseil : les |

sachems parloient ensemble ; la voix de Chadis ramena le silence; il disoit :

« Qu'entends-je? il y a eu une assemblée générale des Natchez au rocher du lac! Mila s*C6t précipitée dans le fleuve! René est absent, et on l'accuse sans l'entendre! Céiuta est plongée dans la douleur! Outougamiz parolt inaensél Akansie se repent ! Les jeux proclamés semblent cacher quelque résolution funeste. On m'a éloigné , et mon retour jette de la oonftsion parmi vous!... Grand-Esprit! tu me rappelles à toi avant que j'aie pu pénétrer ces mystères! que ta volonté soit faite : prends dans ta main puissante ce qui échappe à ma foible main. Adieu , chère patrie , je dois à mon éme le dernier moment qui me reste. Id fîntsiwrt entre moi et les hommes les scènes de la \1e. « sachems, vous me donnez mon ccmgé en me « cachant vos secrets : je vais apprendre ceox de « l'éternité. »

Après ces paroles , on n'entendit plus rien. Les sachems sortirent bientôt en silence, les yeox baissés et chaînés de pleurs : ainsi de vieax diê> nés laissent tomber de leurs feuilles flétries les gouttes de rosée qu*y déposa une belle nuit L'aube blanchissoit l'horizon, et la femme-Chef envoya chercher le tuteur du Soleil.

Outougamiz et Céiuta entrèrent alors dans la cabane de Chactas. Le vieillard éprouvoit dans ce moment une défaillance. Il avoit prié, avant son évanouissement , qu'on le portât au pied d*nn arbre , et qu'on lui tournât le visage vers l'orient, pour mourir. Quand il reprit ses sens, il reconnut à la voix Outougamiz et Céiuta ; mais il ne leur put parler.

Adario n'étoit point sorti de la cabane avec les autres sachems; il y étoit resté afin défaire exécuter la dernière volonté de son ami. Chactas M porté sous un tulipier planté au sommet d'un tertre d'où l'on découvroit le fleuve et tout le désert

L'aurore entr'ouvroit le ciel ; à mesure que la terre accomplissoit sa révolution d'occident ai orient, il sortoit de dessous l'horizon des lones de pourpre et de rose , magnifiques rubans déroulés de leur cylindre. Du fond des bois s^élevoient les vapeurs matinales ; elles se changeoicdt en filmée d'or, en atteignant les régions éclairées par la lumière du jour. Les oiseaux-moqœuri chantoient; les colibris voltlgeolent sur la tige des anémones sauvages, tandis que les dgogoei

LES NATGHEZ.

montoient au haut des airs pour découvrir le soleil. Les cabanes des Indiens , dispersées sur les oolttnes et dans les vallées, se peignoient des rayons du levant : Jusqu'aux bocages de la mort, tout rioit dans la solitude.

Outougamiz et Céluta se tenoient à genoux à quelque distance de l'arbre sous lequel le sadiem rendolt le dernier soupir. Un peu plus loin, Adario debout , les bras croisés , le vêtement déchiré, lepoiihérissé, regardoit mourir son ami ; Chactas étoit assis et appuyé contre le tronc du tulipier : la brise se Jonoit dans sa chevelure blanchie , et le reflet des roses de l'aurore coloroit son front pâlissant.

Faisant' un dernier effort , le sachem tira de 80Q sein un crucifix que lui avoit donné Fénelon. « Atala , dit-il , d'une voix ranimée , que je meure dans ta religion] que j'accomplisse ma promesse au père Aubry I Je n'ai point été purifié par l'eau sainte; mais je demande au ciel le baptême de désir. Vertueux chef de la prière , qui remis dans mes mains ce signe de mon salut, viens me chercher aux portes du ciel. Je donnerai peu de peine à la mort ; une partie de son ouvrage est déjà faite : elle n'aura point à clore mes paupières comme celles des autres hommes : je vais au contraire ouvrir à la clarté divine des yeux fermés depuis longtemps à la lumière terrestre. »

Chactas exhala la vertu avec son dernier soupir : Farbre parfumé des forêts américaines embaume Fair quand le temps ou l'orage l'ont renversé sur son sol natal. Outougamiz et Céluta, ayant vu le sachem s'affaisser, se levèrent, s'approchèrent du tulipier et embrassèrent les pieds déjà glacés du Yielllard : ils perdoient en lui leur dernière espérance. Adario s*éloigna sans prononcer un mot, comme le voyageur qui va bientôt rejoindre son compagnon parti quelques heures avant lui.

Les Sauvages étoient déjà rassemblés dans la vallée des Bois pour recommencer la partie de balle , lorsque la nouvelle du trépas de Chaclas se répandit parmi la foule. On disoit de toutes parts : « La gloire des Natchez est éteinte ! Chac- « tas, le grand sachem, n'est plus! » Les jeux fuirent interrompus de nouveau ; la douleur étoit universelle. Quelques tribus indiennes, frappées de ce deuil qui venoit se mêler à des fêtes, commencèrent à craindre la colère du ciel ; elles pliè-

rent leurs tentes de peaux , et reprirent le chemin de leur pays.

Tout menaçoit de ruine , encore une fois, les desseinsd'Ondouré ; ses messagerssecrets avoicnt perdu les traces du frère d'Amélie; le conseil rassemblé autour de Chactas avoit montré de l'hésitation; la Femme-Chef , qui s'étoit presque dénoncée , ne vouloit plus qu'une entrevue avec son complice pour céder ou pour résister aux remords. Au fort Rosalie, Chépar, malgré son aveuglement, ne se pou voit empêcher de réfléchir sur les avis que lui transmettoient chaque jour le père Souël , le gouverneur général de la Louisiane , et même le capitaine d'Artaguette ; avis que paroissoit confirmer la désertion d'un grand nombre de nègres réftigiésdansles bois. Le deisembloit enfin se déclarer pour l'innocence.

Les plus vieux parents de Chactas vinrent enlever son corps; la cérémonie funèbre fut fixée au lendemain à la troisième heure du jour. Céluta, comme femme du fils adpptif de Chactas; Outougamiz, comme frère de ce fils absent, furent prévenus qu'ils seroient chargés des fonctions d'usage ; ils reçurent Tordre de s'y préparer. ^

Céluta passa sa solitaire jouméeàdéplorer dans sa cabane la nouvelle perte qu'elle venoit de faire. Ce retour continuel à un foyer désert, où elle ne trouvoit personne pour la consoler, remplissoit son imagination deterreuretsonàme de tristetee. Où'étoient René, Mila, Chactas, ces parents, ces amis, qui la soutenoient autrefois? Adario n'habitoit plus que les lieux sauvages; Outougamiz, chaîné de sa propre douleur, jouissoit à peine de sa raison. Dans la foule, aucun signe de pitié et de bienveillance; partout des visages ennemis, ou des sentiments pires que la haine.

René cependant ne paroissoit point, bien que son retour fût annoncé; et dans cette absehce prolongée, Céluta entrevoyoit une lueur d'espérance. Le malheur est religieux ; la solitude appelle la prière : Céluta pria donc. Tantôt elle demandoit des conseils au Grand-£sprit des Indiens, tantôt elle s'adressoit au Grand-Esprit dea blancs : elle présentoit à celui-ci Finnooente Amélie que l'eau du baptême avoit rendue chrétienne , et qui pouvoit invoquer mieux que sa mère le Dieu de René. Une idée frappe tout à coup Céluta , elle se lève, elle s'écrie : « Manitou « protecteur de René, est-ce toi qui m'inspires ? »

Céluta s'efforce de calmer sa première émotion

LES NATGHEZ.

afin de inleQx réfléchir à son dessein : phis elle Texamine , plus elle le trouve propice ; elle n'attend plus que la nuit pour Texécuter.

Les ombres régnoient sur la terre ; la lune n'étoit peint dans le ciett on dlstinguolt seulement les grandes masses des bois et des rochers qui se dessinoient sur le fond bleu du firmament comme des découpures noires. Célnta sort de sa cabane avec une petite lumière enfoncée dans un nœud de roseau ; elle portoit en outre des cordons de lin sauvage et un rouleau d'étoflé de mikrier. Plus légère qu'une ombre, elle vole à la caverne des Reliques; elle y descend sans crainte, elle se pare des dét>ris de la mort qu'elle attache autour d'elle et sur son front , comme une Jeune fille ornerolt sa tète et son sein pour plaire dans Téelat d'une fête. Elle s'enveloppe ensuite du long voile de mûrier blane , et , sous ce voile , elle cache sa lampe de roseau.

Quittant l'asile funèbre , elle traverse les campagnes que oouvroit un brouillard; elle dlrigeoit ses pas vers le temple d' Athaênsic pour dérober la gerbe fiitale.

« Si J'enlève la gerbe , s'étoit-elle dit , les eon- « Jurés aux Natches ne sauront plus à quoi se ré- « soudre; ils se croiront découverts ; ils se divl- « seront; les uns voudront hâter l'exécution du « complot, les autres l'abandonner : il faudra en- « voyer des messagers aux nations qui doivent « de leur côté exécuter le massacre, afin de les « prévenir de l'accident arrivé aux Natcbes. Quel- « ques rumeurs coniVises parviendront aux oreil- « les dès François. Il est impossible que le projet « n'avorte pas au milieu de cette confusion. Gé- « luta, tu épargneras ainsi un crime à ta patrie, « ou , si le meurtre général a lieu , René arrivera « quand le coup sera porté : tu auras sauvé ton « mari sans avoir révélé le secret, sans avoir menti « à la promesse que tu as faite à Adario. »

LetempIed'Athaênsicétoitbttiau milieu d'une cyprière qui lui servolt de bois sacré. Les révélations de Mila avoient appris à Céluta que la gerbe de roseau étoit déposée sous l'autel. Dans l'intérieur du temple , un Jongleur, remplacé de deux heures en deux heures par un autre Jongleur, veilloit au trésor de la vengeance ; au dehors une garde d'Allouez avolt ordre de tuer ^quiconques'approcheroit du fhtal édifice. Que ne peut l'amour dans le cœur d'une femme , même lorsqu'elle n'est pas aimée! C'étoit cet amour qui

avolt inspiré à l'épouse de René ridée d'empnnter la forme d'un fàntômei Intrépides sur k champ de bataille , les Sauvages prennent dans le silence ou le bruit de leurs fbréts la cro^'ance et b frayeur des apparitions. Leurs prêtres même, par une Justice divine , éprouvent les terreurs superstitieuses qu'ils emploient pour tromper les hommes.

Arrivée à la cyprière, Céluta, se glissant d'arbre en arbre, se trouve'bientôt à quelques pas du temple ; elleentr'ouvre son voile blanc, d laisse voir la figure de la mort à l'aide de la petite lampe. Le firoissement du linceul qui tnbioit sur les feuilles parvient à l'oreille des Aliouei : ils tournent les yeux du cdté du bruit et aperçoivent le spectre. Les armes échappent à lens mains ; les uns fuient , les antres , sentant défaillir leurs genoux , ont à peine asses de force pow se traticr dans les buissons voisins,

Céluta marche au temple, ouvre une des portes , se place sur le seuil. Le prêtre gardlcD élod assis à terre ; l'apparition le frappe tout à coup : ses prunelles se dilatent, sa bouche s'entr^ouvre, sa peau frémit Llndleane franclût le seuil ; elle s'avance à pas mesurés, s'arrête, s'avance eneors, et étend la main d'an squelette sur la tête du Jongleur. Celui-ci veut crier, et ne peut trouver de voix : une sueur froide inonde son corps, sei dents claquent dans le frisson de la peur. Céluta achève sa victoire, touche d'une main glaoée le front du prêtre : la victime tomiie évanouie.

La fille de Tai>amica est à l'autel ; elle eo che^ che de toutes parts l'ouverture; vingt fois elle fait le tour de la pierre sans rien découvrir; elle essaye de soulever la table sacrée, se baisse, se relève , porte la lampe À tous les points du taiwrnacle, renverse l'idole : le dépôt mystérieux échappe à ses perquisitions !

Le temps presse , les gardes et le jongleur peuvent revenir de leur épouvante. La sœur d*Oatoagamiz croît entendre des pas et des vdx au dehors ; elle adresse des prières à l'Amour et à la Patrie; elle pi*omet des dons, des offrandes : s'il faut du sang pour celui qu'elle veut épargner, elle offre le sien. Les yeux ol)scurcis par les lar> mes du désespoir, l'Indienne tantôt regarde vers la porte du temple , tantôt examine de nouveau l'autel. N*a-t-elle pas senti fléchir une des marches de cet autel ? Son cœur bat ; elle s'agenodile, presse le cèdre obéissant, l'ébranlé : la planclie

LES NATCHEZ

•lut borlzontatement êoos sa main. Joie et terreur I espérance et crainte ! Célnta plonge son bras na dans l'ouverture, et touclie du l>out des doigts la gerbe dé roseaux.

Mais comment la retirer? Touverture n'est pas Bsses large , et la planche arrêtée refnse de s'éearter. Il ne reste qu'an seul moyen , c'est de saisir les roseaux un à un ; trois fols Céluta plonge son bras dans l'ouverture, trois fois elle ramène quelques roseaux/ comme si elle arraelioit les Jours de René à la destinée t mais elle ne peut teut enlever; les roseaux du dessous de la gerbe sont hors de la portée de sa main. La pieuse sacrilège se détermine à fuir avec son larcin : elle avolt retiré huit roseaux , Il n'en restoit plus que trois dans l'habitacle , le douzième ayant été déjà brûlé. Elle sort du temple au moment même où le prêtre revenoit de son évanouissement. Bientêt, enfoncée dans l'endroit le plus épais de la eyprlère, elle détache son effroyable parure, roule soD voile, rend les ossements à la terre , leur demandant pardon d'avoir troublé leur repos éternel. « Dépouille sacrée, leur dit-elle, vous • appartenies peafc*être à un infortuné^ et vous « avea soeooru l'infortune ! »

Son succès n'étoit pas complet , mais du moins Céluta croyolt avoir augmenté les ehanoes de salut pour René. Si le massacre étoit avancé de huit Jours,, c'était huit Jours à retrancher du nombre de ceux qpii menaçoient la vie du ft*ère d'Amélie. Il n*y avoU plus que trois jours de péril : qui sait si rabaenee de l'homme menacé ne se prolongeroit pas au delà d*ua terme désormais si court? Céluta, rentrée dans sa cabane , Jette aux flammes les roseaux , s'approche de sa fille endormie sur un Ut de mousse , la regarde à la lumière de cette même lampe qui avoit servi à éclairer les ossements des morts. L'enfant s'éveille et sourit à sa mère; la mère se penche sur l'enfant, le couvre de baisers : elle prenoit le sourire de l'Innocenœ pour une approbation de renlèvement des roseaux. Céluta n'avoit d'autre conseil que cette petite Amélie qui, ^n venant au monde, n'avoit pas réJfHii le cœur paternel ; que cette Amélie dont René vonloit rester à jamais inconnu. G'étoit sur un berceau dékiissé qu'une femme abandonnée oonsultoit le ciel pour un époux malheureux , et interrogeoit l'avenir.

Ootougamiz se fait entendre et paroit sur le leoil de la cabane. Il avolt passé le Jour précéieot et une grande partie de la nuit à explorer

les chemins par où son ami pou voit revenir. Rien ne s'étoit présenté à sa vue. Il remarqua quelque chose de plus animé dans les regards de sa sœur. « Tu prends courage , lui dit-il , pour assister aux « funérailles de nothf p^e. Dépêchons-nous , Il « eêt temps de partir. »

Céluta ne erut pas devoir révéler à Outougamiz la larcin qu'elle venolt de commettre, ni embarrasser son frère d'un nouveau secret. Elle se hêta de prendre ses habits de deuil. En se rendant de bonne heure au lit funèbre de Chactos, elle espéroit éloigner encore les soupçons qui pourroient planer sur elle lorsque la disparition des roseaux seroit connue.

Quand le frère et la sœur arrivèrent à la cabane de Chactas , le Jour naissoit. Les parente alHiment un grand feu ; on purifie la hutte avec Peau lustrale ; on revêt le corps du sachem d'une superbe tunique et d*on manteau qui n'avoit Jamais été porté. Dans la chevelure blanche du vieillard on place une couronne de plumes cramoisies. Géiuta et Outougamiz furent chargés de peindre les traits du décédé. Quel triste devoir! Ils se mirent à genoux des deux côtés du corps étendu sur une natte. Lorsque les deux orphelins vinrent à se pencher sur le visage de leur père, leurs têtes charmantes se touchèrent et formèrent une voûte au-dessus du ftront de Chactas.

Un sachem, maître de la cérémonie fbnèbre, donnoit les couleurs et en expllquoit les allégories : le rouge étendu sur les Joues devoit être de différentes nuances , selon les morts ; l'amour ne se colore pas du même vermillon que la pudeur, et le crime rougit autrement que la vertu. L'azur appliqué aux veines est la couleur du dernier sommeil ; c'est aussi celle de la sérénité. Les pleurs de Céluta effaçolent son ouvrage. Il fiiilut finir par le terrible baiser d'adieu : les lèvres de Famitlé et de l'amour vinrent toucher ensemble celles de la mort.

Cela étant fait , des matrones donnèrent au vieillard l'attitude que l'enfant a dans le sein de sa mère ; ce qui voulolt dire que la mort nous rend à la terre , notre première mère , et qu'elle nous enfante en même temps à une autre vie.

Déjà la foule s'assemblolt : les eongrégations des prêtres, des sachems, des guerriers, des matrones, des Jeunes filles, des enfants, arrivoient tour à tour et prenoient leur rang. Les sachems avaient tous un bâton blanc à la main ; leurs têtesétoient nues, et leurs cheveux , négligés :

LES NATCHEZ

Adario menoit ces vieillards. Les François et le commandant du fort se Joignirent à la pompe funèbre j comme ils 8*étoieDt mêlés aux Jeux : le cortège j attendant la marche , formoit un vaste demi-cercle à la porte de la cabane.

Alors on enleva les écorces de cette cabane du côté qui touchoit au cortège, et l'on aperçut Ghactas assis sur un lit de parade : derrière lui étoit couché, en travers, son cercueil, fait de bois de cèdre et de petits ossements entrelacés. Debout, derrière cette redoutable barrière, se tenoit un sachem représentant Ghactas lui-même, et qui devoit répondre aux harangues qu*on lui alloit adresser.

Les deux chiens favoris du mort étoient enchaînés à ses pieds ; on ne les avoit point égorgés selon Tusage , parce que le sachem abhorroit le sang ; d'ailleurs, il n'auroit aucun besoin de ses dogues pour chasser dans le pays des âmes; car il y seroit employé, disoit la foule, à gouverner les ombres. Le calumet de paix du vieillard reposent pareillement à ses pieds; à sa gauche on voyoit ses armes, honneur de sa Jeunesse; à sa droite, le bâtonsur lequel il appuy oit ses vieux ans. Gomme on est plus touché des vertus du sage que de celles du héros , la vue de ce simple bâton portoit l'attendrissement dans tous les cœurs.

Adario commença les discours au nom des sackems ; il s*avança à pas lents dans le cercle des spectateurs. Lesbrascroisésetle visage tourné vers son ami , il lui dit :

« Frère, vous aimâtes la patrie; frère, vous « combattîtes pour elle; frère, vous l'enseignâtes « de votre sagesse. Dire ce que vous avez fait est « inutile : ennemi de l'oppresseur, vengeur de Top- « primé , tout en vous étoit indépendance. Votre « pied étoit celui du chevreuil qui ne connoit point « de barrière dont il ne puisse franchir la hau- « teur ; votre bras étoit un rameau de chêne qui « se roidit aux coups de la tempête ; votre voix « étoit la voix du torrent que rien ne peut forcer « au silence. Geux qui ont habité votre cœur sa- « vent qu'il étoit trop grand pour être resserré « dans la petite main de la servitude. Quant à « votre âme, c'étoit un soufile de liberté. »

Le sachem représentant Ghactas répondit de derrière le cercueil :

« Frère , Je vous remercie : je fus libre et le suis « encore ; si mon corps vous semble enchainé , vos « yeux vous trompent : 11 est sans mouvement, « mais on ne le peut faire souffrir; il est donc

« libre. Quant à mon âme, Je garde le seereL «Adieu, frère!

— « Vous n'avez point parié de votre amitié « mutuelle I » s'écria Outougamiz en se levsmt, à la grande surprise des spectateurs.

Adario et le sachem représentant Ghactas se regardèrent sans répliquer une parole.

Le tuteur du Soleil s'avança pour prononccT un discours au nom des Jeunes guerriers; mais un des bras de Ghactas , plié de force , s^échappa comme pour repousser Ondouié. Une voix s'élève : « Il est désagréable aux morts, qu'il s'é- « loigne ! »

Géluta, fille adoptive de Ghactas, fût chai^ de rattacher le bras du vieillard. Dans sa tnniqie noire et sa beauté religieuse on Teât prise pour une de ces femmes qui se consacrent en Eanuft aux œuvres les plus pénibles de la charité.

Géluta, s'adressant au mort, lui dit : « Mon père, «êtes- vous bien?

— « Oui , ma fille, ^ répliqua le sachem inte^ prête; « si dans le tombeau Je me retourne pour « me délasser, ma main s'étendra sar toi. »

Le représentant de Ghactas répondit aux discours des mères , des veuves, des Jeunes filles et des enfants.

Ges harangues extraordinaires finies, les pt* reots poussèrent trois cris ; trois sons des cooqiiei funèbres annoncèrent la levée du corps. Les boit sachems les plus âgés , au nombre desqueb étia^ Adario, s'avancèrent en exécutant la marche de la mort pour emporter Ghactas : ils imitoient le bûcheron, le moissonneur, le chasseur, qui coupe l'arbre, rompt l'épi , perce l'oiseau. Adario dit à Ghactas : « Frère, voulez- vous vous coucher? »

Le truchement de la tombe répondit : • Frère , « J'ai besoin de sommeil. »

Alors quatre des huit sachems de la mort formèrent en s'agenouillant uncarréétroit ; lesaatm sachems prennent le lit où reposoit le défunt, le posent sur les quatre épaules des quatre saofaeais à genoux; ceux-ci se relèvent, et montrent à la foule ce qui n'étoit plus qu'une idole pour la patrie. Les quatre vieillards libres appuyoient de leurs bâtons , comme avec des arcs-boutants, le lit de Ghactas : le cercueil, traîné sur des roues, suivoit son maître comme le char vide du triomphateur. On marche aux bocages de la mort.

La tombe avoit été marquée près du ruissraa de la Paix; la fosse étoit large et profonde, les parois en étoient tapissées des plus belles pelleté-

LES NATCHEZ

ries. Les huit sachems de la mort déposèrent leur frère dans le cercueil , que l'on planta debout a la tête de la fosse ouverte. Le vieillard ainsi placé ressembloit à une statue dans un tabernacle. Les Jeux funèbres commencèrent le long d*une vallée verte qui se prolonge à travers les bocages.

Ces Jeux s'ouvrirent par la lutte des Jeunes filles; la course des guerriers suivit la lutte; et le combiat de Tare, la course.

A un poteau peint de diverses couleurs étoit attaché par un pied, au bout d'une longue corde, un écureuil , symbole de la vie chez les Sauvages. L'amimal agile toumoit autour du poteau , descendoit, remontoit, descendoit encore, sautoit , couroit sur le gazon , puis regagnoit le haut du poteau , où il se tenoit planté sur les pieds de derrière, en se couvrant de sa queue de soie : c'étolt le but que la flèche devoit atteindre, et dont la mobilité fatiguoit les regards. Un arc de bols de cyprès étoit le prix désigné au vainqueur.

€e prix, ainsi que celui de la course, fut remporté par Outougamiz , qui disoit à Géluta : « A « qui Toffrirai-Je? Mila est morte ^ René est ab- < sent , et je dois tuer mon ami s*il revient. »

Tandis qu*on étoit occupé de ces jeux, qn vit arriver le grand prêtre, l'air effaré, le vêtement en désordre , cherchant et demandant partout le tuteur du Soleil; on le lui montra dans la foule. Il courut à lui , Tentrahia au fond d*un des bocages, d'où il sortit avec lui quelque temps après. Ondouré paroissoit ému ; on le vit se pencher à l'oreille d'Adario et parler à plusieurs autres sachems. Le jongleur déclara qu'il avoit vu des signes dans le ciel , que les augures n'étoient pas favorables , qu'il falloit abréger la cérémonie.

On se hâta de faire au trépassé les présents d*iisage. Chactas fut descendu dans son dernier asile ; et tandis qu'on élevoit le mont du tombeau, le Jongleur entonnoit l'hymne à la mort.

LE GBAND PBâTBE.

« Est-ce un fantôme que j'aperçois, ou n'est-ce « rien? C'est un fantôme I A moitié sorti d'une « tombe fermée, il s'élève de la pierre sépul- « craie comme une vapeur. Ses yeux sont le vide, « sa bouche est sans langue et sans lèvres ; il est « muet, et pourtant il parle ; il respire, et il n'a m point d'haleine : quand il aime, au lieu de don- « ner l'être , il donne le néant. Son cœur ne bat « point. Fantôme , laisse -moi vivre I »

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