DESCRIPTION
«▼oit rieo à craindre des voleim , car il ne restoit partout que les quatre murailles. Ces cabanes n*ont aucune issœ pour la fumée; néanmoins, toutes celles où j'entrai étoient assez blanches. Le temple est à côté de celle du grand chef, tourné vers Torient, et à Textrémité de la place. Il est composé des mêmes matériaux que les cabanes, mais sa figure est diflférente; c*est un carré long, d'environ qua* rante pieds sur vingt de large , avec un toit tout simple , de la figure des nôtres. Il y a aux deux extrémités comme deux girouettes de bois, qui représentent fort grossièrement deux aigles.
La porte est au mUieu de la longueur du bâtiment , qui n*a point d'autres ouvertures; des deux côtés il y a des bancs de pierre. Les dedans répondent parfaitement à ces dehors rustiques. Trois pièces de bois, qui se joignent par les bouts, et qui sont placées en triangle, ou plutôt également écartées les unes des autres, occupent presque tout le milieu du temple, et brûlent lentement. Un Sauvage, que l'on appelle le gardien du temple, est obligé de les attiser et d'empêcher qu'elles ne s'éteignent S'il fait froid, il peut avoir son feu à part, mais il ne lui est pas permis de se chauffer à celui qui brûle en l'honneur du Soleil. Ce gardien étoit aussi à la fête , du moins je ne le vis point, et ses tisons jetoient une fumée qui nous aveugloit.
D'ornements, je n'en vis aucuns, ni rien absolument qui dût me faire connottre que j'étois dans un temple. J'y aperçus seulement trois ou quatre caisses rangées sans ordre, où il y avoit quelques ossements secs, et par terre quelques têtes de bois un peu moins mal travaillées que les deux aigles du toit. Enfin , si je n'y eusse pas trouvé du feu, j'eusse cru que ce temple étoit abandonné depuis longtemps, ou qu'il avoit été pillé. Ces cônes enveloppés de peaux, dont parlent quelques relations; ces cadavres des chefs, rangés en cercle dans un temple tout rond, et terminé en manière de dôme; cet autel, etc.; je n'ai rien vu de tout cela : si les choses étoient ainsi du temps passé , elles ont bien changé depuis.
Peut-être aussi , car il ne fiiut condamner personne que quand il n'y a aucun moyen de l'excuser, peut-être , dis-je , que le voisinage des François a foit cramdre aux Natchex que les corps de leurs chefs et tout ce que leur temple avoit de plus précieux ne courussent quelque risque s'ils ne les transportoient pas ailleurs , et que le peu d'attention qu'on apporte présentement à bien garder ce temple vient de ce qu'on l'a dépouillé de ce qu'il avoit de plus sacré pour ces peuples. Il est pourtant vrai que, contre la muraille , vis-à-vis de la porte , il y avoit une table dont je ne pris pas la peine de mesurer les dimensions , parce que je ne soupçonnois pomt que ce fût un autel : on m'a assuré depuis qu'elle a trois pieds de haut, cinq de long et quatre de large.
On m'a lyonté qu'on y (ait un petit feu avecdesécorcesde chêne , et qu'il ne s'éteint jamais ; ce qui est faux , car il n'y avoit alors ni feu, ni rien qui flt connottre qu'on y en eût Jamais lait. On dit encore quequatre vieillards couchent tour à tour dans le temple pour y entretenir ce fea; que celui qui est de garde ne doit point sortir pendant les huit Jours qu'il doit être en laction ; qu'on a soin de prendre de la braise allumée des bûclies qui brûlent an milieu du temple pour mettre sur l'autel ; qu'il y a douze hommes entretenus pour fournir des éooroes de chêne; qu'U y a des marmousets de bois et une figure de terpent à soiuiettes ,
aussi de bols', qu'on met sor rautèl, et anxqncitoD naddi grands honneurs; que, quand le chef menit, on Tcnlm d'abord, et que, quand on Juge que les chairs sont mées, le gardien du temple les exhume, lave I les enveloppe de ce qu'il peut avoir de plus pcédcox, et les met dans de grands paniers faits de cannes, qu'il feras bien; qu'il enveloppe ces paniers de peaax de Ghevrani très-propres, et les place devant l'aulel , où ils restent j»qu'à la mort du chef régnant ; qu'alors il sementsdans l'autel même, pour fiùre pboe ao <
Je ne puis rien dire sur ce dernier artide, sinon qne je vis quelques ossements dans une on deux caisses, «mS» qu'ils ne faisoient pas la moitié d'an oorps homain , qo% me paroissoient bien vieux, et qu'ito n'étoient point sur h table qu'on dit être l'autel. Quant aux aaCres articles, I* comme je n'ai été que de Jour dans le temple , j'îgiioR ce qui s'y passe la nuit; 2" il n'y avoit ancon gâràe dans Is temple quand je l'ai visité. J'y aperçus Inea , eomme je Vu déjà dit, quelques marmousets, mais je n'y point de figure de serpent.
Quant à ce que j'ai vu dans des relati(»s, qoece est tapissé et son pavé couvert de nattes de camies ; qa'on y met ce qu'on a de plus propre, et qu'on y ^|iorte tous ' les ans les prémices de toutes les récoltes , il en bol asmrément rabattre beaucoup : je n'ai jaouûs rien vu de plas maussade , de plus malpropre , qui fttt plus en déaonke : les bûches brûloient sur la terre nue, et je n'y afieiçH point de nattes, non plus qu'aux murailles. M. le 3iflir, avec qui j'étois, me dit seulement que tous les jouis m mettoit au feu une nouvelle bûche, et qu'an eommeneement de chaque lune on en faisoit la provisâoo poar tout k mois. Il ne le savoit pourtant que par oai<dire, car e'éloit la première fois qu'il voyoit ce temple, aussi bien qne boL
Pour ce qui regarde la nation des Natches en génial, voici ce que j'en puis apprendre. On ne voit rien danslnr extérieur qui les distingue des autres Sauvages àa Canada et de la Louisiane. Ils font rarement la guerre, et ne mettent point leur gloire à détruire des hommes. Ce qni les distmgue plus particulièrement , c'est la forme de leor gos* vemement , tout à fait despotique ; une grande d^pendanee, qui va même jusqu'à une espèce d'esclavage dans lessqiets; plus de fierté et de grandeur dans les chefs ; et leur esprit pacifique , qui cependant s'est un peu démenti depois pinsieurs années.
Les Hurons croient aussi bien qu'eux leurs diefr héréfr taires issus du Soleil; mais il n'y en a pas an qvi veaUt être son valet , ni le suivre dans l'autre monde pour y avoir l'honneur de le servir, comme il arrive souvent parmi In Natchez. Garcilasso de la Vega parie de cette nation oonne d'un peuple puissant, et il n'y a pas six ans qu'on y conptoitquatre mille guerriers. Il parott qv^elle éloit encore plu nombreuse du temps de M. de la Salle , et même lorsque M. d'ifoerville découvrit l'eaibouchure du Mississipi. Aa« jourd'hui les Natchez ne pourroient pas mettre sor pieJ deux mille combattants. On attribue cette dioiinnlion à des maladies contagieuses , qui , ces dernières années, ont bit parmi eux de grands ravages.
Le grand chef des Natcliez porte le nom de SoUil, cf c'est toujours , comme parmi les Hurons , le fils de sa pies proche parente qui loi succède. On donne à cette femme b qualité de Femme-Chef; et quoique pour l'ordinaire dk ne se mêle pas du gouvernement, on lui rend de gnaàs
DU PAYS DES NÀTCHEZ
lioaoean. Elle a même, aussi bien que le Soleil, droit de ▼ie et de mort : dès que quelqu'un a eu le malheur de déplaire à Tun ou à Tautre, ils ordonnent à leurs gardes, qu*on nomme Allouez , de le tuer. Va me dé/aire de ce chien , disent-ils ; et Us sont obéis sur-le-champ. Leurs sujets et les chefs mêmes des villages ne les abordent jamais qu'ils ne les saluent trois fois , en jetant un cri qui est une espèce de hurlement ; ils font la même chose en se retirant , et se retirent en mardiant à reculons. Lorsqu'on les rencontre, il laut s'arrêter, se ranger du diemin , et jeter les mêmes cris dont j'ai parlé, jusqu'à ce qu'il soient passés. On est aossi obligé de leur porter ce qu'il y a de meilleur dans les récoltes , dans le produit de la chasse et dans celui de la pèdie. Enfin personne, non pas même leurs plus proches parents et ceux qui composent les familles nobles, lorsqu'ils ont riionneur de manger avec eux , n'a droit de boire dans le même vase, ni de mettre la main au plat.
Tous les matins', dès que le soleil parott, le grand chef se met à la porte de sa cabane , se tourne vers l'orient , et hurle trois fois en se prosternant jusqu'à terre. On lui apporte ensuite un calumet, qui ne sert qu'en cette occasion : il fume et pousse la fumée de son tabac vers Tastre du jour, pais il lait la même chose vers les trois autres parties du monde. Il ne reconnolt sur la terre de maître que le soleil , dont il prétend tirer son origine , exerce un pouvoir sans borne sur ses sujets , peut disposer de leurs biens et de leur irie, et, quelques travaux qu'il leur commande, ils n'en peuvent exiger aucun salaire.
Lorsque le chef ou la Femme-Chef meurent, tous leurs Allouez sont obligés de les suivre eu l'autre monde : mais ils ne sont pas les seuls qui ont cet honneur, car c'en est on , et qui est fort recherché. Il y a tel chef dont la mort coûte la vie à plus de cent personnes, et on m'a assuré qu il meurt peu de NatcheTCOusidérables , à qui quelquesuns de leurs parents , de leurs amis ou de leurs serviteurs , ne fassent pas cortège dans le pays des âmes. 11 parott , par les diverses reUtions que j'ai vues de ces horribles cérémonies, qu'elles varient beaucoup. En voici une des obsèques d'une Femme^hef , que je tiens d'un voyageur qui eu fut téinom, et sur la sincérité duquel j*ai tout lieu de compteif.
Le mari de cette femme n'étant pas noble, c'est-à-dire de la famille du Soleil, son fils aîné l'étrangla selon la coutume ; on vida ensuite la cabane de tout ce qui y étoit, et on y construisit une espèce de char de triomphe , où le corps de la défunte et celui de son époux furent placés. Un moment après, on rangea autour de ces cadavres douze petits enfants que leurs parents avoient aussi étranglés par ordre de l'aînée des filles de la Femme-Chef, et qui succédoit à la dignité de sa mère. Cela Dût, on dressa dans la place publique quatorze échafauds ornés de branches d'arbres et de toiles , sur lesquelles on avoit peint différentes figures. Ces échafauds étoient destinés pour autant de personnes qui dévoient accompagner la Femme-Chef dans l'autre monde. Leurs parents étoient tous autour d'elles, et re{;ardoient comme un grand honneur pour leurs familles la permission qu'elles avoient eue de se sacrifier ainsi. On s*y prend quelquefois dix ans auparavant pour obtenir celte grâce , et il faut que ceux Ou celles qui l'ont obtenue filent eux-mêmes la corde avec laquelle ils doivent être étranglés.
Ils paroissent sur leurs échafauds revêtus de leurs plus
Cn^TEUBBUKP. — TOMB IV.
riches habits , portant à la main droite nne grande coquille. Leurs plus proche parent est à leur droite, ayant sous son bras gauche la corde qui doit servir à l'exécution , et à la main droite un casse-tête. De temps en temps il fait le cri de mort , et à ce cri les quatorze victimes descendent de leurs échafauds, et vont danser toutes ensemble au milieu de la place , devant le temple et devant la cabane de la Femme-Chef. On leur rend ce joui^là et les suivants de grands respects : ils ont chacun cinq domestiques, et leur visage est peint en rouge. Quelques-uns ajoutent que pendant les huit jours qui précèdent leur mort ils portent à la jambe un ruban rouge, et que, pendant tout ce temps-là, c'est à qui les régalera. Quoi qu'il en soit , dans l'occasion dont je parle, les pères et les mères qui avoient étranglé leurs enfants les prirent entre leurs mains , et se rangèrent des deux oêtés de la cabane ; les quatorze personnes qui étoient aussi destinées à mourir s'y placèrent de la même manière , et ils étoient suivis des parents et des amis de la défunte, tous en deuil , c'est-à-dire les cheveux coupés. Tous faisoient retentir les airs de cris si affreux , qu'on eût dit que tous les diables étoient sortis des enfers pour venir hurler * en cet endroit. Cela fut suivi de danses de la part de ceux qui dévoient mourir, et de cliants de la part des luurents de la Femme-Chef.
Enfin on se mit en marche : les pères et mères qui portoient leurs enfants morts, parolssoient les premiers , marchant deux à deux : ils précédoient immédiatement le brancard où étoit le corps de la Femme-Chef, que quatre hommes portolent sûr leurs épaules. Tous les autres venoient après dans le même ordre que les premiers. De dix pas en dix pas ceux-ci laissoient tomber leurs enfants par terre ; ceux qui portoient le brancard marclioient dessus, puis tournoient tout autour d'eux; en sorte que quand le convoi arriva an temple ces petits corps étoient en pièces.
Tandis qu'on enterroit dans le temple le corps de la Femme-Chef, on déshabilla les quatorze personnes qui dévoient mourir, on les fit asseoir par terre devant la porte, chacune ayant deux Sauvages , dont Fun étoit assis sur ses genoux , et l'antre lui tenoit les bras par derrière. On leur passa une corde au cou , on leur couvrit la tête d'une peau de chevreuil , on leur fit avaler trois pilloles de tabac et boire un verre d'eau, et les parents de la Femme-Chef tirèrent des deux eûtes les cordes en chantant , jusqu'à ce qu'elles fussent étranglées. Après quoi on jeta tous ces cadavres dans une même fosse qu'on couvrit de terre.
Quand le ^rand chef meurt, s'il a encore sa nourrice , il faut qu'elle meure aussi. Mais il est arrivé plusieurs fi>i8 que les François , ne pouvant empêcher cette barbarie , ont obtenu la permission de baptiser les petits enbnts qui dévoient être étranglés, et qui, par conséquent, n'accompagnoient pas ceux en l'honneur desquels on les immoloit dans leur prétendu paradis.
Nous ne connoissons point de nation , dans ce continent , où le sexe soit plus débordé que dans celle-ci. Il est même forcé par le Soleil et les chefs subalternes à se prostituer à tout venant ; et une femme, pour être publique, n'en est pas moins estimée. Quoique la polygamie soit permise , et que le nombre des femmes qu'on peut avoir ne soit pas limité, ordinairement chacun n'a que la sienne : mais U peut la répudier quand il veut, liberté dont il n 'y a pourtant guère que les chefs qui fassent usage. Les femmes sont assez bien faites pour des Sauvages , et assez propres dan^
DESCWPTION
lemr ajustem^t el date tout ^ <iii>11m fSont. Les ftttes de k famille noble ne penrent épmner que des boromes obscurs» mais elles sont en droit de congédier ieor mari quand bon leur semble , et d*en prendre un autre , pourvu qu'il n'y ait point d*alliance entre eux.
Si leurs maris leur font une infidélité , elles peùrent leur faire casser la léte , et elles ne sont point sujettes à la même loi. Elles peuvent même avoir autant de galants qu'elles le jugent à propos, sans que le mari puisse le trouver mauvais : c'est un privilège attaché au sang du Soleil. Il se tient debout, en présence de sa femme, dans une posture respectueuse; il ne mange point avec elle ; il la salue du même Ion que ses domestiques : le seul privilège que lui prt>cure une aRWnee si onéreuse, c'est d'être exempt de travail et d'avoir autorité sur ceux qui servent son épouse.
Les Natchez ont deux'chefe de guerre , deux maîtres des cérémonies pour le temple , deux officiers pour régler ce qui se doit pratiquer dans les traités de paix ou de guerre ; un qui a l'inspection sur les ouvrages , et quatre autres qui sont chargés d'ordonner tout dans les festins publics. C'est le grand chef qui donne ces emplois , et ceux qui en sont revêtus sont respectés et obéis comme H le seroit lui-même. Les récoltes se font en commun ; le Soleil en marque le jour et convoque le village. Vers la fin de juillet , il indique un autre Jour pour le commencement d'une fête qui en dure trois , et qui se passe en jeux et en festins.
Chaque particulier y contribue de sa dusse , de sa pêche et de ses autres provisions, qui consistent en mais, fèves et melons. Le Soleil et la Femme-Chef y président, dans une loge élevée et couverte de feuillages : on les y porte dans un brancard , et le premier tient en sa main une manière de sceptre orné de plumages de diverses couleurs. Tous les nobles sont autour d'eux dans une posture res^ pectueuse. Le dernier jour, le Soleil liarangue l'assemblée : il exhortif tout le monde à remplir exactement ses devoirs , surtout à avoir une grande vénération pour les esprits qui résident dans le temple, et à bien mstruire les enfants. Si quelqu'un s'est signalé par quelque action de zèle, il fait son éloge. 11 y a vingt ans que le feu do ciel ayant réduit le temple en cendres, sept on huit femmes jetèrent leurs enfants au milieu des flammes pour apaiser les génies; le Soleil fit aussitôt venir ces héroïnes, leur donna publiquement de grandes louanges , et finit son discours en exhortant les autres femmes à imiter dans l'occasion on si bel exemple.
Les pères de fomille ne manquent jamais d'apporter au temple les prémices de tout ce qu'ils recueillent , et on fait de même de tous les présents qui sont offerts à la natioiT. On les expose à la porte du temple , dont le gardien , après les avoir présentés aux esprits , les porte chez le Soleil , qui les distribue à qui bon lui semble. Les semences sont pareillement offertes devant le temple avec de grandes céréitoonies; mais les offrandes qui s'y font, de pains et de fanne, à chaque nouvelle lune, sont pour le profil des gardiens du temple.
Les mariages des Natehez ne diffèrent presque pas de ceux des Sauvages du Canada : la principale différence qui t'y trouve consiste en ce qn'id le futur époux commence par faire aux parents de la fille les présents dont on est convenu, et que les noces sont suivies d'un grand festin. La raison pour laquelle II n'y a guère que les chefs qui aient pkifienrs Itomes, c'est que , pouvant Ikire cultiver leurs
champs par le peuple , lans quil leur en eoAte rien , le bre de leurs épouses ne leur est point k charige. Les cke6 se marient avec encore «oins de cérémonie que les antres. Ils se contentent de faire avertir les parents de la fiOe snr laquelle ils ont jeté les yeux , qu'ils la mettent an noaibrf de leurs femmes ; mais ils n'en gardent qu'me on deux dans leurs cabanes ; les autres restent chez leurs parents, où leurs maris les visitent quand il leur plaît. La itkmsm ne règne point dans ces mariages ; les Natdiez se priHcst même sans façon leurs femmes , et c'est appnremrnenl de ft que vient la fMlité avec laquelle ils les congédient pour en prendre d'autres.
Lorsqu'un chef de guerre veut lever un parti , Q plante dans un endroit marqué pour cela deux arbres ornés de plumes , de flèdies et de casse-têtes , le tout peint en nmgt, aussi bien que les arbres, qui sont encore piqués du côté où l'on veut porter la guerre. Ceux qui veulent s'em^ôkr se présentent au chef, bien parés, le visage barbouSIé de difliérentes couleurs, et loi déclarent le désir qn1te ont de pouvoir apprendre sous ses ordres le métier d» annei ; qu'ils sont disposés à endurer toutes les fatigues de la guerre, et prêts à mourir, s'il le fiiut, pour la patrie.
Quand le chef a le nombre de soldats que demande fapéditioo qu'il médite, il fidt préparer chez loi un brenvage qui se nomme la médecine de la guerre. C'est un vonitif fait avec une racine bonillie dans Peau : on en donne à chacun deux pots, qu'il faut avaler tout de suite, et que l'on rend presque aussitôt avec les plus violents efforts. On travaille ensuite aux préparatifs, el , jusqu'au joar fixé pour le départ , les guerriers se rendent soir et matB dans une place où , après avoir bien dansé el raeonté leurs beaux foits d'armes , chacun chante sa chanson de mort Ce peuple n'est pas moins superstitieux sur les songiesque les Sauvages du Canada : il n*en faut qu^nn de mauTtis augure pour rebrousser chemin quand on est en marche.
Les guerriers marchent avec beaucoup d*ordre, et preonent de grandes précautions pour camper et pour se relier. On envoie souvent à la découverte , mais ou ne pose point de sentinelles pendant la nuit : on étefait tous ks feux , on se recommande aux esprits , et on s'endort avec sécurité , après que le chef a averti tout le monde de ne point ronfler trop fort , et d'avoir toujours près de soi ses armes en bon état. Les idoles sont exposées sur une pe^ che penchée du côté des ennemis; et tous les guerriers, avant que de s'aller coucher, passent les ans après les autres , le casse-tête à la m^in , devant ces prétendues fivinités. Hs se tournent ensuite vers le pays esnemi, cl font de grandes menaces que le vent emporte soufent d'un autre côté.
Il ne parott pas que les Natehez exercent snr leurs prisonniers, durant la marche, les cruautés qui sont en usage dans le Canada. Lorsque ces malheureux sont arrivés au grand village , on les fait chanter et danser plosieHrs jours de suite devant le temple, après quoi ils sont Bvrés aux parents de ceux qui ont été tué^ durant la campagne. Ceux-ci , en les recevant , fondent en pleurs ; pais , après avoir essuyé leurs larmes arec les dievelnres que les guerriers ont rapportées, ils se cotisent pour récompenser ceux qui leur ont fait présent de leurs esclaves, dont le sort est toujours d'être brûlés.
Les guerriers changent de nom à mesure qu'ils fbnt de nouveaux exploits; ils les reçoivent des andens cMi de
DU PAYS DES NATCHEZ
guerre, el ces noms ont toujours quel^Qe rappoK à l'actioa ptr li^fiello oo a mérité celle disdBctioii; oeot qui , peor h premièw fois , ont Tait on prisonnier on enlevé nne cherelttre , doivent pendent an mois s'abstenir de voir leors femmes et de manger de U viande. Us s'Ima^nent qne , slls y manqooient , les âmes de cenx qnlls ont taés on brOMs les lleroient moortr, on que là première Mes* anre qn'ib reeevroient seroit mortelle , on dn moins qa'ils ae rempovterolent plos ancnn avantage sor lents ennemis. Si le Soleil commande ses sujets en personne, on a grand noin qnll ne s'expose pas trop, moins pent-étre par zèle pour sa conservation , qu'à cause que les antres chefs de goerre et les prindpanx dn parti seroient mis à mort pnnr ne ravoir pas Men gafdé.
Les jon^Mts des Natchez ressemblent assez à oeox dn Canada, et traitent les malades à peo près de la même ISiçon. Ils sont bien payés qnand le malade gaérit; mais , É^l meurt, il leur en ooAte souvent à eux-mêmes la vie. n y a, dans cette nation , une autre espèce de Jongleurs qui ne courent pas moins de risques que ces médecins : oe sont certains vieillards fiiinéants , qui , pour foire subsister leurs femilles sans être obligés de travailler, entreprennent de procurer la pluie ou le beau temps , selon les besoins. Vers le printemps on se cotise pour adieter de ces prétendus magiciens on temps fevoraUe aux biens de la terre. Si c'est de la pluie qu'on demande , ils se rempOssent la boudie d*eau , et avec un chalumeau dont Tex- Mmlté est percée de plusieurs trous comme un entonnoir, fls soufflent en 1*air du cdté où ils aperçoivent quelque mage, tandis que, le chichikoué d'une main et leur roanltoo de Tautre , ils jouent de l'un et lèvent l'autre en l'air, invitant, par des cris affreux, les nuages à arroser les campagnes de ceux qui les ont mis en œuvre.
S1I est question d*avoir du beau temps, ils montent mir le toit de leurs cabanes , font signe aux nuages de passer outre; et, si les nuages passent et se dissipent, ils danaent et chantent autour de leurs idoles, puis avalent de la Aimée de tabac , et présentent au ciel leurs calumets. Tout le temps que durent ces opérations, ils observent «n jeOne rigoureux, et ne font que danser et chanter; si on obtient ce qolls ont promis, ils sont bien récompensés; s'ils ne réussissent pas, ils sont mis à mort sans misérieorde. Mais ce ne sont pas les mêmes qui se mêlent de procurer la pluie et le beau temps : leurs génies, disent-Os, ne peuvent donner que l'un ou Vautre.
Le deuil , parmi ces Sauvages , consiste à se couper les cheveux , à ne se point peindre le visage , et à ne se point trouver aux assemblées; mais j'ignore combien il dure. Je n'ai pu savoir non plus s'ils célèbrent la grande Fête de Morts dont Je vous ai donné la description; il parottqiie, dans cette nation , où tout est en quelque façon esclave de ceux qui commandent, tous les honneurs mortuaires sont pour ceux-ci , surtout pour le Soleil et pour la Femme-Clief. Les traités de paix et d'alliance se font avec beaucoup d'appareil , et le grand chef y soutient toujours sa diguité en véritable souverain. Dès qu'il est averti du jour de rarrivée des ambassadeurs , il donne ses ordres aux maîtres des cérémonies pour les préparatifs de leur réception, et nomme ceux qui doivent nourrir tour à tour ces en- ' Yoyés; car c'est aux dépens de ses sujets qu'il fait tous les frais de l'ambassade. Le jour de l'entrée des ambassadeurs, chacun a sa place marquée selon son rang; et»
quand ces ministres sont k cinq cents pas du grand dief , ils s'arrêtent et diantent la paix.
Ordinairement l'ambassade est composée de trente honmies et de six femmes. Six des meilleures voix mar* chent à la tête du cortège et entonnent; les autres suivent, et le chiehftoué sert à régler la mesure. Quand le Soleil Mt signe anx ambassadeurs d'approcher, Ils ee remettent en marche ; ceux qui portent le calumet danaent en chantant, se tennient de tous cétés, se donnent de grands mouvements, et font quantité de grimaces et de oontorslona. Us reeommenoent le même manège autonr dn grand chef, quand ils sont ànivés auprès de Ini ; Us la frottent ensuite avec leur calumet depuis les pieds jusqu'à la tête, puis ils vont rejomdre leur troupe.
Alors ils remplissent un calumet de tabac, et, tenant du feu d'une main, ils avancent tous ensemble vers le grand chef, et lui présentent le alumet allumé. Ils fument avec lei, puassent vers le del la première vapeur de leur Ubac, la seconde vers la terre, et la troisième autour de l'horixon. Cela ftii, ils présentent leure calunieu aux parenU du Soleil et aux cheb subalternes. Ils vont ensuite frotter de leurs mains l'estomac du Soleil , puis ils se frottent eux-mêmes tout le corps; enfin ils pa* aent leurs calumets sur des fourches, vis-à-vis le grand chef, et l'oretenr de l'ambassade commence sa harangue , qui dure une heure.
Quand il a fini, on fiiit signe aux ambassadeurs, qui jusqueJà étolent demeurés debout, de s'asseoir sur des bancs placés pour eux près du Soleil, lequel répond à leurs discours, et parle aussi une heure entière. Ensuite un maître des cérémonies allume un grand calumet de paix, et y fait fumer les ambassadeurs, qui avalent la première gorgée. Alors le Soleil leur demande des non* velles de leur santé; tous ceux qui assistent à l'audience .leur font le même compliment; puis on les conduit dans la cabane qui leur est destinée, et où on leur'^onne un grand repas. Le sofa* du même jour le Soleil leur rend visite; mais, quand fls le savent prêt à sortir de chez lui pour leur faire cet honneur, ils le vont chereher, le portent sur leure épaules dans leur logis, et le font asseoir sur une grande peau. L'im d'eux se place derrière lui , appuie ses deux mains sur ses épaules, et le secoue assez longtemps, tandis que les autres , assis en rond par terre , chantent leun belles actions à la guerre.
Ces visites recommencent tous les matins et tous les soirs , mais à la dernière le cérémonial change. Les ambassadeurs plantent un poteau an milieu de leur cabane , et s'asseyent tout autour : les guerriers qui accompagnent le Soleil, parés de leurs plus belles robra, dansent, et tour à tour frappent le poteau , et racontent leurs plus beaux faits d'armes; après quoi ils font des présents aux ambassadeurs. Le lendemain ceux-ci ont, pour la première fois, la permission de se promener dans le village , et tous les soirs on leur donne des fêtes qui ne consistent que dans des danses. Quand Us sont sur leur départ, les maîtres de cérémonies leur font fournir toutes les provisions dont ils ont besoin pour leur voyage, et c'est toujours aux dépens des particuliers.
La plupart des nations de la Louisiane avoient autrefois leur temple aussi bien que les Natcliez, et dans tous ces temples il y avoit un feu perpétuel. ïi semble même que les Maubiliens avoient sur tous les peuples de cette partie
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