‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 51 sur 170 · DE L'ANCIENNE JÉRUSALEM ET DE SON TEMPLE · texte numérisé non relu

DE L'ANCIENNE JÉRUSALEM ET DE SON TEMPLE

CT SUR LES MESURES BÉBRAlQUES DE LONGUEIH.

Les villes qui tiennent un rang considérable dans rhis(oire exigent des recherches particulières sur ce

PIÈCES JUSTIFICATIVES

qui les regarde dans le détail ; et on ne peut disoon-* venir que Jérusalem ne soit du nombre de celles qui méritent de faire l'objet de notre ouriosîté. C'est ee qui a engagé plusieurs savants h traiter ce sujet fort amplement et dans toutes ses circonstances, en cherchant à retrouver les différents quartiers de cette ville , ses édifices publics , ses portes , et presque généralement tous les lieux dont on trouve quelque mention dans les livres saints et autres monuments de l'antiquité. Quand même les recherches de ces savants ne paroîtroient pas suivies partout d'un parfait succès, leur zèle n*en mérite pas moins des éloges et de la reconnoissance.

Ce qu'on se propose principalement dans cet écrit est de fixer l'étendue de cette ville, sur laquelle on ne trouve encore rien de bien déterminé , et qui semble même en général fort exagérée. L'emploi du local de voit en décider; et c'est parce qu*on l'a négligé, que ce point est demeuré à discuter. S'il est difficile et comme impossible de s'éclaircir d'une manière satisfaisante sur un grand nombre d'articles de détail concernant la ville de Jérusalem , ce que nous mettons id en question peut être excepté, et se trouve susceptible d'une grande évidence.

Pour se mettre à portée de traiter cette matière avec précision , il faut commencer par reconnottre ce qui composoit Taneienne Jérusalem. Cet examen ne laissera aucune Incertitude dans la distinction entrela ville moderne de Jérusalem et l'ancienne. L'enceinte de celle-ci parottra d'autant mieux déterminée, que la disposition naturelle des lieux en fait juger infailliblement. Cest dans cette vue que nous insérons ici le calque très-fidèle d'un plan actuel de Jérusalem, levé vraisemblablement par les soins de M. Deshayes, et qui a été publié dans la Relation du voyage qu'il entreprit au Levant en*163l, en oonséquence des commissions dont il étoit chargé par le roi Louis XIII auprès du Grand Seigneur. Un des articles de ces commissions étant de maintenir les religieux latins dans la possession des saints lieux de la Palestine, et d'établir un consul à Jérusalem y il n'est pas surprenant [qu'un pareil plan se rencontre plutôt dans ce Voyage que dans tout autre. L'enceinte actuelle de la ville, ses rues, la topographie du sol , sont exprimées dans ce plan , et mieux que partout ailleurs, que je sache. Nous n'admettons dans notre calque, pour plus de netteté, ou moins de distraction à l'égard de l'objet principal, que les circonstances qui intéressent particulièrement la matière de cette Dissertation. L'utilité, la nécessité même d'un plan en pareil sujet, sont une juste raison de s'étonner qu'on n'ait encore fait aucun usage de celui dont nous empruntons le secours. ^

DISC08SIOR DBS QUAIITIBRS DB L*ÂHCIIlC!lt

JBRUSâLBM.

Josèphe nous donne une idée générale de lérosalem, en disant (livre vi de la Guerre des Juifs ^ chap. Yi) que cette ville étoit assise sur deux coflius en £ace l'une de l'autre , et séparée par uae vallée; que ce qui étoit appelé la HauU'FiUe oceupolt h plus étendue ainsi que la plus élevée de ces ooHinei, et celle que l'avantage de sa situation a voit fait duisir par David pour sa forteresse ; que l'autre collioe, nommée jécra, servoit d'assiette à la BasseViiie. Or, nous voyons que la montagne de Sion, quiest la première des deux collines, se distingue eoeore parfaitement sur le plan. Son escarpement plus ml^ que regarde le midi et l'occident, étant formé (tir une profonde ravine, qui dans l'Écriture est nommée Ge^ben-Hinnom, ou la raUée des Efnf^ cPHInnom. Ce vallon, courant du couchant aa levant, rencontre à l'extrémité dumontdeSionlaTallêe de Kedron , qui s'étend du nord au sud. Ces ctitoai' tances locales, et dont la nature même décide, ne prennent aucune part aux changements qaeleteofv et la fureur des hommes ont pu apporter i la liHf de Jérusalem. Et par là nous sommes assarétdtf limites de cette ville dans la partie que Smo» poit. Cest le côté qui s'avance le plus ven/f A' et non-seulement on est fixé de manière iae poa* voir s'étendre plus loin de ce côté-là , mais eoeoie l'espace que l'emplacement de Jérusalem peotypTtadre en largeur se trouve déterminé , d'une part.ptf la pente ou Tescarpement de Sion qui regarde it couchant, et de l'autre, par son extrémité opposa vers Cédron et l'orient. Celui des murs de JérsKilem que Josèphe appelle le plus ancien, cono^ étant attribué à David et àSalonion, bordoitlacrfte du rocher, selon le témoignage de cet historien. A quoi se rapportent aussi ces paroles de Tacite, dans la description qu'il fait de Jérusalem ( HUt. , li^* ^^ ch. XI) : Duos colles, immensum edUaSfdaiidebm mûri... extrema rupis abrupta. D'où il wt ^ le contour de la montagne sert encore h iodiqiKr l'ancienne enceinte, et à la circonscrire.

La seconde colline s'élevoitau nord de Sien, ne sant face par son coté oriental au moat Moria, 9ff lequel le temple étoit assis, et dont cette eolw n'étoit séparée que par une cavité, que lesHs*** néens comblèrent en partie, en rasant le sommes d'Acra , comme on l'apprend de Josèphe (aani^ endroit que ci-dessus. ). Car, ce sommet ayant tne sur le temple , et en étant très- voisin , seloo 4"^ ^ sèphe s'en explique, Antiochns Ëpiphanesys^ei construit une forteresse, pour brider la vûk^ '■* commoder le temple; laquelle forteresse,aysQ^i''^ nison grecque ou macédonienne» se soutint eoni|« les Juifs jusqu'au temps de Simoui qut ^ ^^'^

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sît, et aplanit en même temps la colline. Comme il n*est méîaMqaestiond'Acra que depuis ce temps-là, il y a tonte apparence que ce nom n'est autre chose que le met grec ixp«, qui signifie un lieu élevé, et qui ne prend quelquefois aussi pour une forteresse, de la ■seine manière que nous y avons souvent employé letcmie deitoca, la Roche. D'ailleurs le terme de Uakra, avec aspiration, parott avoir été propre aux Syriens , ou du moins adopté par eux , pour dé. liSiier un lieu fortifié. Et dans la paraphrase dialdsiqne (Samuel, H V. ii,diap. n, v. 7) , Hakra-Dsfun «st la forteresse de Sion. Josèphe donne une idée de la figure de la colline dans son assiette, par le terme de m^Ê^coà^tc^f lequel, selon Suidas, est propre à la Hme dans une de ses phases entre le croissant et la pleine hine, et, selon Martianus-Capella , entre la deoii-loae et la pleine. Une circonstance remarquable dans le plan qui nous sert d'original , est un vestige de réminenee principale d*Acra entre Sion et le temple; et la circonstance est d'autant moins équivoque que, sur le plan même, en tirant vers Vangle sud-ouest du temple, on a eu l'attention d'écrire UeU'ktnU,

Le mont Moria , que le temple occupoit , n'étant d'alMinlqn'ttnecollineirrégulière, il avoit fallu, pour élesdre les dépendances du temple sur une surface égale et augmenter l'aire du sommet, en soutenir les cdtés , qui formoient un carré , par d'immenses constructions. Le côté oriental bordoit la vallée de Cédron, dite communément déJosaphaty et trèspA>fonde. Le côté du midi , dominant sur un terrain très-enfoncé, étoit revêtu de bas en haut d'une forte maçonnerie, et Josèphe ne donne pas moins de trois cents coudées d'élévation à cette partie du temple : de sorte même que, pour sa communication avec Sion, il avoit été besoin d*un pont , comme le même auteur nous en instruit. Le côté occidental regardait Aéra, dont l'aspect pour le temple est comparé a un théâtre par Josèplie. Du côté du nord, un fossé creusé, rdf^cç 9k i^û^wno, dit notre historien^ séparoit le temple d'avec une colline nommée Bezetiia, qui fut dans la suite jointe à la ville par un agrandisseoseut de son enceinte. Telle est la disposition générale du mont Moria dans l'étendue de Jérusalem.

La fameuse tour Antonia flanquoit l'angle du temple qui regardoit le N. 0. Assise sur un rocher, elle avoit d*abord été construite par Hyrcan, premier du nom, et appelée Bacpm, terme grec selon Josèphe, mais que saint Jérôme dit avoir été commua dans la Palestine , et jusqu'à son temps , pour désigner des maisons fortes et construites en forme de tours. Celle-d reçut de grands embellissements de la part d'Hérode, qui hii fit porter le non d'An* toine son bienfaiteur; et avant l'accroissement de fieaetba, l'enceinte de la rille ne s'étendoit pas

audelà du côté du nord. Il faut même rabaisser un peu vers le sud , à une assez petite distance de la face occidentale du temple, pour |exclure de la ville le Golgotha ou Calvaire , qui , étant destiné au supplice des criminels, n'étoit point compris dans l'enceinte de la ville. La piété des chrétiens n'a souffert en aucun temps que ce lieu demeurât inconnu, même avant le règne du grand Constantin. Car l'auroit-il été à ces Juifs convertis au christianisme, que saint Épiphanedit avoir repris leur demeure dans les débris de Jérusalem, après hi destruction de cette ville par Tite, et qui y menèrent une vie édifiante? Constantin, selon le témoignage d*Eusèbe, couvrit le lieu même d'une basilique, l'an 836, de laquelle parie très-convenablement à ce témoignage l'auteur de VIHnera* rium a Burdigala Hierusalem usque, lui qui étoit à Jérusalem en 338, suivant le consulat qui sert de date à cet Itinéraire : ibidem aïoûo Juêsu Con» stanfini Imperafaris, Basiiica faeia est, id est domirUcumj mirœ pukhriêudifUs, Et bien qu'au commencement du onzième siècle, Almansor-Hakimbillâ, calife de la race des Fatimites d'Egypte, eût fait détruire cette église , pour ne vouloir tolérer la supercherie du prétendu feu saint des Grecs la veille de Pâques ; cependant l'empereur grec Constantin Mottomaque acquit trente-sept ans après , et en 1048, du petit-fils de Hakim, le droit de réédifier la même église ; et il en fit la dépense , comme on l'apprend de Guillaume, archevêque de Tyr (liv.i,chap. vil). D'ailleurs, la conquête de Jérusalem par Godefroy de Bouillon en 1099 ne laisse pas un grand écoulement de temps depuis l'accident dont on vient de parler. Or, vous remarquerez que les circonstances précédentes qui concernent l'ancienne Jérusalem n'ont rien d'équivoque, et sont aussi décisives que la disposition du mont de Sion du côté opposé.

' Il n'y a aucune ambiguïté à l'égard de la partie orientale de Jérusalem. Il est notoire et évident que la vallée de Cédron servoit de borne à la ville, sur la même ligne, ou à peu près, que la face du temple, tournée vers le même côté, décrivoit au bord de cette vallée. On sait également à quoi s'en tenir pour le côté occidental de la ville quand on considère sur le plan du local que Télévation naturelle du terrain , qui borne l'étendue de Sion de ce côté-là y comme vers le midi, continue , en se prolongeant vers le nord , jusqu'à la hauteur du temple. Et il n'y a aucun lieu de douter que ce prolongement de pente, qui commande sur un vallon au dehors de la ville, ne soit le côté d'Acra contraire à celui qui regarde le temple. La situation avantageuse que les murs de la ville conservent sur l'escarpement justifie pleinement cette opinion. Elle est même appuyée du témoignage formel de Bro-

PIÈCES JUSTIFICATIVES

cardus, religieux dominicain, qui étoit en Palestine Tan 12SZ, comme il nous l'apprend dans la description qu'il a faite de ce pays. C'est à la partie occidentale de Tenceinte de Jérusalem prolongée depuis Sion vers le nord , que se rapportent ces paroles tirées de la Description spéciale de cette ville : Forago seu valUs, qux procedehat versus aquilO' nem, faciebatque fossam civitatis Juxta longitucUnem (jus, usque adplagam aguilonis; et super eam erat intrinsecus rupes eminens, quam José' phus Acram appeUat, quœ sustinebat murum civitatis superpositum, cingentem a6 occidente civi' tatem^ usqve ad portant Ephralm, ubi curvatur contra orieniem. Cet exposé de la part d'un auteur qui a écrit en vertu des connoissances qu'il avoit prises sur le lieu même , est parfaitement conforme à ce que la représentation du terrain, par le plan qui en est donné, vient de nous dicter : rupes îmminens voragirUy sive fossœ, procedenti versus aquUonem, sustinebat murum civitatis^ cingentem eam ab occidente usque dum curoatur versus orientem. En voilà suflGsajnment pour connoltre les différents quartiers qui composoient l'ancienne Jérusalem , leur assiette et situation respective.

lî.

ENCEINTB DB L'ANCISNTIE JÉBUSALfiM*

Le détail dans lequel Josèphe est entré des diverses murailles qui enveloppoient Jérusalem , renferme des circonstances qui achèvent de nous instruire sur l'enceinte de cette ville.

Cet historien distingue trois murailles différentes. Celle qu'il nomme la plus ancienne couvroit nonseulement Sion ù l'égard des dehors de la ville , mais elle séparoit encore cette partie d'avec la ville inférieure ou Acra; et c'est même par cet endroit que Josèphe entame la description de cette muraille. 11 dit que la tour nommée Hippicos, appuyant le coté qui regardoit le nord , àf x^'**''^^ ^« '^^f * Popsav àîrô Tcîi t;TTfix6û, incipiens ad boreamab Hippico; elle s'étendoit de là jusqu'au portique occidental du temple, par où nous devons entendre, comme le plan en fait juger, son angle sud-ouest. On voit clairement que cette partie de muraille fait une séparation de la Haute-Ville d'avec la Basse. Elle paroît répondre à l'enceinte méridionale de la ville moderne de Jérusalem , qui exclut Sion; en sorte qu'il y a tout lieu de présumer ^ue la tour Hippicos dont on verra par la suite que la position nous importe, étoit élevée vers l'angle sud-ouest de l'enceinte actuelle de Jérusalem. Si on en croit plusieurs relations , cette enceinte est un ouvrage de Soliman, qui en 1520 succéda a son père Sélim, auquel les Turcs doivent la conquête de la Syrie et de Fftgypte. Cependant El-Edrisi, qui

écrivoit sa géographie pour Roger V\ roi deSicite, mort en 1 16X , représente Jérusalem dans uo eut conforme à celui d'aujourd'hui, en disant qu'elle s'étend en longueur d'occident en orient. 11 exdut même formellement de son enceinte le mont de Sion; puisqu'au terme de sa description, pour aller à un temple où les chrétiens prétendoient do lors que Jésus-Christ avoit célébré la Cène, et qui est situé sur ce mont, il faut sortir de la ville pir une porte dite de Sion, Bab-Seihmj ce quis'aceorie à l'état actuel de Jérusalem. Benjamin de Todèle, dont le voyage est daté de l'an 1173, remarque qu'il n'y avoit alors d'autre édifice entier sur le mont de Sion que cette église. Et ce qui se lit dans le Voyage fait par Willebrand d'01demboog,en nitt à l'égard du mont de Sion, Nunc includUitrmMm civitatis, sed tempore Passionis Dominicxexdsdebatur, doit être pris au sens contraire, quacd ce ne seroit que par rapport à ce dernier membre, excludebatur tempore Pcusionis. Il est très-mi* semblable , en général, que, dans les endroitsoùla parties de l'ancienne enceinte prennent quelque rapport à l'enceinte moderne, la disposition des lieu, les vestiges même d'anciens fondements, ayaDtdéterminé le passage de cette enceinte roodene, eiie nous indique par conséquent la trace de raDdeofli Il y a même une circonstance particulière qoitftorise cette observation générale, pouriasqiatatioo de Sion d'avec Acra. C'est ce coude rentraoUl'^ gard de Sion , que vous remarquerez sur leplaB^to suivant l'enceinte actuelle et méridionale de la ville de Jérusalem, dans la partie plus voisine de rmplacement du temple, ou du mont Moria. Car, il l'on y prend garde , ce n'est en effet que de eeUe manière que le quartier de Sion pouvoit être séparé d'Acra, puisque, comme nous l'avons observé ea parlant d'Acra, l'endroit marqué //auZ-to sur le plan , et duquel le coude dont il s'agit paroitdépen* dre , désigne indubitablement une partie de réminence qui portoit le nom ôiAcra, et vraisemblable ment celle qui dominoit davantage et qui par conséquent se distinguoit le plus d'avec Sion.

Josèphe , ayant décrit la partie septenuionafo de l'enceinte de Sion, depuis la tour Hippicos jusqu'au temple, la reprend à cette tour, pourlacoo' duire par l'occident, et ensuite nécessairement par le midi , jusque vers la fontaine de Siloé. Cette i^ taine est dans le fond d'une ravine profonde, qu coupe la partie inférieure de Sion prolongée josqi» sur le bord de la vallée de Cédron , et qai la sépare d'avec une portion de la ville située lelongdeoette vallée, jusqu'au pied du temple. A cette ravine te noit aboutir l'enfoncement ou vallon qui disua* guoit le mont de Sion d'avec la colline d'Acra, et que Josèphe appelle t«v Tofcirciwv, caseano^^ ou des fromagers. Edrisi fait mention decevailoOf

PIÈCES JUSTIFIC VTIVES.

et très-disitnclement, disant qu*à la sortie de la porle dont il a fait mention sous le nom de Sion , on descend dans un creux (infossam, selon la version des Maronites) qui se nomme, ajoute-t-il , la P^allée d^etifer^ et dans laquelle est la fontaine Seluan (ou fiiloan). Cette fontaine n'étoit pas renfermée dans Tcneeinte de la ville : saint Jérôme nous le fait conncrftre par ces paroles {in Matth, xxiii, 25) : M fortarum exitibusy qurnSiloam ducunt Le vallon dans reofoneement duquel est Siloé remontant du sod-est au nord-ouest , Josèphe doit nous parottre très-exact lorsqu'il dit que la muraille qui domine sur la fontaine de Siloé court d'un côté vers le midi, et de l'autre vers l'orient. Car c'est ainsi, selon le plan même du local, et presque à la rigueur, que cette muraille suivoit le bord des deux escarpements qui forment la ravine. Ultinéraire de Jérusalem s'explique convenablement sur la fontaine de Siloé : Deorsum in voile, juxla murum, esipisdnaquœcUciUirSiloa. Remarquons même la menlioD qui est faite de ce mur dans un écrit de l'âge du grand Constantin. On en peut inférer que le rétablissement de Jérusalem , après la destruction de celte ville par Tite, rétablissement qu'on sait être l'ouvrage d'Adrien , sous le nouveau nom ^jElia CapUoHna, s'étendit à Sion comme au reste de la Wlie. De sorte que la ruine de Sion , telle qu'elle parolt aujourd'hui , ne peut avoir de première cause que dans ce que souffrit cette ville jde la part de Cbosroès, roi de Perse, qui la prit en 614. Ce seroit donc à tort qu'on prendroit à la lettre ce qu'a dit Abulpbarage {Dynast. 7) , que r>£lia d'Adrien étoit auprès de la Jérusalem détruite. Cela ne doit signifier autre chose , sinon que l'emplacemeot de cette ville , conforme à son état présent du temps de cet histoirien , et depuis rétablissement du mahométisme, ne répond pas exactement à celui d'un âge plus reculé. 11 ne faut pas imaginer que Fusage du nom d'jElia, employé par Abulpbarage, se renferme étroitement dans la durée de la puissance romaine, puisque les écrivains orientaux emploient quelquefois la. dénomination d7/èa pour désigner Jérusalem.

Mats, pour reprendre la trace du mur à la suite de Siloé, ce mur étoit prolongé au travers d'Opbla, venant aboutir et se terminer à la face orientale du temple, ce qui nous conduit en effet à son apgle entre l'orient et le midi. Il est mention ,d*OIph'l oa Ophel.en plusieurs endroits de l'Écriture. Ce terme est même employé métaphoriquement, mais sans qu'on puisse décider par le sens de la phrase du texte original , s'il signifie plutôt présomption ou orgueil qu'aveuglement. Les commentateurs sont partagés, les uns voulant qu'Opbel désigne un lieu élevé, les autres un lieu profond. La contrariété de cette interprétation n'a, au reste, rien de plus extraordinaire que ce qu'on observera

dans l'usage du mot latin altuSy qui s'emploie quelqi^fois pour profondeur comme pour élévation. La version grecque (Ae^. lY, v. 24) a traduit Ophel oxcTiiv^, lieu couvert, et pour ainsi dire ténébreux; et, en effet, si Ton remarque qu'OphIa, dans Josèphe, se rencontre précisément au passage de la muraille dans ce terrain si profond , sur lequel il a été dit, en parlant du mont Moria, que dominoit la face méridionale du temple, on ne pourra disconvenir que l'interprétation du nom Ophel comme d'un lieu enfoncé, ne soit justifiée par une circonstance decette nature , et hors de toute équivoque.

L'emplacement que prend Ophel parottra convenable à ce que dit Josèphe (li v. vi de la Guerre des Juifs, chap. vu) parlant des factions ou partis qui tenoient Jérusalem divisée; savoir que Tun de ces partis occupoit le temple , et Ophla et la vallée de Cédron. Dans les Paralipomènes ii, xxxiii, 14), le roi Manassé 'est dit avoir renfermé Ophel dans Tenceinte de la ville; ce qui est d'autant plus remarquable qu'il s'ensuivroit que la cité de David n'avoit point jusque-là excédé les limites naturelles de la montagne de Sion , qui est réellement bornée par la ravine de Siloé. Voici la traduction littérale du texte : /EdificavU murtun exteriorem civitati David, ab accidenté Gihon, in torrente, procedendo usque ad portam Piscium, et circuivU Ophel, et municit eunu Ces paroles Murum exteriorem civitati David, feroient allusion à la conséquence que l'on vient de tirer de l'accroissement d'Ophel , circuivU. Gihon, selon les commentateurs, est la même chose que Siloé; et, en ce cas, ab occi" dente doit s'entendre depuis ce qui est au couchant de Siloé, c'est-à-dire depuis Sion dont la position est véritablement occidentale à l'égard de cette fontaine , jusqu'au bord du torrent, in torrente, lequel il est naturel de prendre pour celui de Cédron. Je ne vois rien que la disposition du lieu même puisse approuver davantage que cette interprétation , laquelle nous apprend à mettre une distinction entre ce qui étoit proprement Cité de David et ce qui a depuis été compris dans le même quartier de Sion. Nous avons donc suivi la trace de Teaceinte qui renfermoit ce quartier tout entier, et avec ce qui en dépendoit jusqu'au pied du temple.

Le second mur dont parle Josèphe n'intéresse point notre sujet, par la raison qu'il étoit renfermé dans la ville même. Il commençoit à la porte appelée Genathy ou des Jardins^ comme ce mot peut s'interpréter; laquelle porte étoit ouverte dans le premier des murs, ou celui qui séparoît Sion d'avec Acra. Et ce second mur, s'avançant vers In partie septentrionale de la ville, se replioit sur la tour Antonia, où il venoit aboutir. Donc ce mur n'étoit

ses

PIÈGES JUSTIF1GATI\ES

qu'une coupure daus retendue d*Acra, appuyée d'un côté sur le mur de Sion , de Pautre sur la tour qui couvroît Tangle nord-ouest du temple. La trace de ce mur pourroit répondre à^ une ligne ponctuée que Ton trouvera tracée sur le plan , dans l'espace qu'Acra occupe. 11 est naturel de croire qu'il n'exîstoit que parce qu'il a voit précédé un mur ultérieur, ou tel que celui qui donne plus de, grandeur au quartier d'Acra, et dont il nous reste à parler. J'ajoute seulement que c'est à ce mur moins reculé qu'il convient de s'attacher par préférence, si l'on veut suivre le détail de la réédification de l'enceinte de Jérusalem par Néhémie; étant plus vraisemblable d'attribuer aux princes Hasmonéens, et au temps même de la plus grande prospérité de leurs affaires, l'ouvrage d'un nouveau mur qui double celui-là, et qui embrasse plus d'espace.

Le troisième mur, qui, joint au premier, achèvera la circonscription de l'enceinte de Jérusalem, se prend, en suivant Josèphe, à la tour Hippicos. La description de la première muraille nous a déjà servi a connottre le lieu de cette tour. Ce que le même historien dit de la muraille dont il s'agit à présent confirme cet emplacement. Commençant donc à la tour Hippicos, cette muraille s'étendoit en droiture vers le septentrion jusqu'à une autre tour fort considérable, nommée PsepMna. Or, nous voyons encore querenceioteactuellede Jérusalem, conservant l'avantage d'être élevée sur la pente de la colline qui servoit d'assiette à la Basse- Ville ancienne, s'étend du midi au septentrion, depuis l'angle boréal de Sion, où il convient de placer l'Hippicos, jusqu'au château qu'on nomme des Fisans. La tour Psephina. selon que Josèphe en parle ailleurs, ne oédoit à aucune de celles qui entroient dans les fortifications de Jérusalem. Le Castel-Pisano est encore aujourd'hui une espèce de citadelle h l'égard de cette ville. C'est là que logent l'aga et la garnison qu'il commande. Le Grec Phocas , qui visita les saints lieux de la Palestine l'an 1185, et dont le Voyage a été mis au jour par Allatius , in SymmicUs êive Opuictdis, dit que cette tour, ou plutôt ce château, pour répondre aux termes dont il se sert, iràp'yof (ikapi(ii'Yitt/9T«Teç ( turris insigni admodtan maçnUudine) étoit appelée par ceux de Jérusalem, la Tour de David. Il la place au nord de la ville; Épiphane l'hagiopolite , près de la porte qui regarde le couchant, ce qui est plus exact, eu égard surtout à la ville moderne de Jérusalem. Selon la relation du moine Brocard, que j'ai citée précédemment, la tour de David auroit été comprise dans l'étendue de Sion, et élevée vers l'encoignure que le vallon qui séparait ce mont d'avec Acra faisoit avec l'escarpement occidental de Sion, situation plus convenable à l'Hippicos qu*à Psephina. Mais cela nVmpéche pas que, dans cette même relation,

on ne trouve une mention pattiealièndalieQqî se rapporte au Castel-Pisano. On le neonoolt d» tittctement dans ces paroles : R^fet iila, npn quam ex parte ocddaUU erai exsirwchiM mm civUaiis, erai valde emineii$,prxtertim iaongal», ubi occideiUaiU mûri pars connectebakar agiibnari;\ubietturris Neblosa dicta$ eêpropugmalm valde Jirmum, ctgus ridnm adkuc ^twUv, va tota Arabia, JordaniSf mare Martmimt ei o/is plurima loca, $ereno ooUo videri poêoaiL Cett dernière circonstance , qui fait voir tout rafan^c de la situation du lieu , est bien propre àdétenmiKr notre opinion sur Templacemeot qui peut oùen convenir à l'ancienne tour Psephina, eonme n Castel-Pisano d'aiiyourd'hui. Disons plus : ce fK Brocard nous rapporte ici est conforme à ce qa'oi lit dans Josèphe (liv. yi delà GuerredetJvifiyàB^ VI) , qu'au lever du soleil , la tour Psephiae déeoi* vroit l'Arabie , la mer, et le pays le plus reculé deb Judée. Et , quoique n'y ait point de vrvsembbm que le château , de la manière dont il eiiste, mit encore le même que celui dont il tient la plia, et qu'on eût tort, comme Phocas l'a bien renuniBéi de le rapporter à David même, dépendant il m s'ensuit pas qu'il fût différent quant ao iiiu et à l'assiette. Benjamin de Tudèle prétend àtMp les murailles construites par les Juifs sei vdtm subsistoient encore de son temps, c'est-à^nredus le douzième siècle, à la hauteur de dix eoadto'

S'il paroît déjà tant de convenance entnC»lx^ Pisano et la tour Psephina, voici ce qui en^ d'une manière indubitable. Josèphe dit fonMDe' ment que cette tour flanquoit l'angle de la viBe tourné vers le nord et le couchant, et comiMH vient de voir que Brocard s'explique sur te lieiiqM nous y faisons correspondre , vbi ocddentaHi sum pan connecUbatur aquUonarL Or, vous remarquerez qu'à la hauteur de la face septenUiooale^ Castel-Pisano, ou de la porte du couchant qui jeÎDt cette fdce, on ne peut exclure de l'ancienne ville te lieu du Calvaire, sans se replier du côté du lenaL Donc le Castel-Pisano, auquel nous avons été coih duits par le cours de la muraille depuis la tour Hippicos , ou par une ligne tendante vers le nord , pf»" précisément cet angle de l'ancienne enceinte. H ^«^ ensuite tomber d'accord que , si le lieu de l'Hippi** avoit besoin de confirmation , il la trouveroit dans une détermination aussi précise de Psephina, ea conséquence du rapport de situation.

QuantaunomdeCa^fe^PlMfio (car onpeat'O»' loir savoir la raison de cette dénomination),]] a*<^ n'avoir point rencontré dans l'histoire de faitp»^ ticulier qui y ait un rapport direct H est constaot néanmoins, qu'en vertu de la part que les Pi»»' très-puissants autrefois, prirent aux guerres saintes, ils eurent des établissemenU et eonecssiofls* Acre, Tyr, et autres lieux de la Palestine. L««'

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Uar des Jnnalet ée PUe, Paolo Tronci ( page Zê)\ •ttribuo métne à deux de ses compatriotes l*iion« netir d'avoir escaladé les premiers la muraille de Jérusalem Y lors de la prise de cette ville par Godeùoy de Bouillon. On peut encore remarquer que le premier prélat latin qui fut installé dans la chaire palrîarcale du Jérusalem après cette conquête, fut un évéque de Pise nommé Daibert, Je pense, au reste, qu'il a pu sufDre de trouver quelquesécussons aux armes de Pise en quelque endroit du château , pour lui faire donner dans les derniers temps le nom qu*il porte. Du temps que Brocard étoit en Palestine , c'est-à-dire vers la fin du treizième siècle, nous voyons que ce château se nommoit Neblosa, qui est la forme que le nom de Neapolis prend communément dans le langage des Levantins. Il n'est pas surprenant que ce religieux en parle comme d'un lieu ruiné ou fort délabré, puisqu'il est vrai qu'en- Tîron trente-trois ans après la prise de Jérusalem par Saladin, et en l'an de l'hégire 616, de Jésus- Christ 1219 , Isa , neveu de ce prince , régnant à Damas, fit démolir les fortifications de Jérusalem, et que David , fils de celui-ci, détruisit, vingt ans après, nue forteresse que les François avoient rétablie en eette riUe.

 la scite de Psephtna , Josèphe achève de tracer reoeeîote de Jérusalem dans sa partie septentrionale. Avant que Bezetha ftt un agrandissement à la ville, il n'eût été question, pour terminer l'enceinte de ee o6té-là , que de se rendre à la tour Antonia, près de l'angle nord-ouest du temple. Aussi n'est-il fait aucune mention de cette tour dans ce qui regarde la troisième muraille. Josèphe y indique un angle pcMir revenir à la ligne de circonférence sur le bord du Gédron; et nous voyons en effet que l'enceinte moderne, dans laquelle le terrain de Bezetha est conservé , donne cet angle , et même à une assez grande distance de l'angle nord-est du temple, où il convient d'aboutir. L'enceinte actuelle de Jérusalem , par son reculement à l'égard de la face septentrionale du temple, fournit à Bezetha une étendue qui ne cède guère à celle de la Basse-Ville, ce qui a tout lieu de paroltre convenable et bien suffisant. Josèphe nous indique les Grottes Royales comme un lieu situé vis-à-vis du passage de l'enceinte, dans cette partie qui regarde le septentrion. Ces grottes se retrouvent dans le voisinage de celle que l'on nomme de Jérémie; et on ne peut serrer de fdus près cette grotte qu'en prenant la trace de Tenceinte actuelle, comme il s'ensuit du plan de Jérusalem. Josèphe prétend que le nom de Bezetha revient à la dénomination grecque de xaivii-froXi; , la Kouvelle-Ville, ce qui lui est contesté par VillalfKmdo et par Lamy, qui produisent d'autres interprétations. Agrippa , le premier qui régna sous ce nom , commença sous l'empire de Claude l'enceinte qui renfermoit ce quartier; et ce qu'il n'avoit osé

achever, qui étoit d'élever ce nouveau mur à une hauteur suffisante pour la défense , fut exécuté dans la suite par les Juifs.

C'est ainsi que non-seulement les différents quartiers qui composoient la ville de Jérusalem dans le plus grand espace qu'elle ait occupé, mais encore que les endroits mêmes par lesquels passoit son enceinte se font reconnoltre. Avant que toutes ces circonstances eussent été déduites et réunies sous un point de vue, qu'elles fussent vérifiées par leur application à la disposition même du local, un préjugé d'incertitude sur les moyens de fixer ses idées touchant l'état de l'ancienne Jérusalem pouvoit induire à croire qu'il étoit difficile de conclure son étendue, d'une comparaison avec l'état actuel et moderne. Bien loin que cette incertitude puisse avoir lieu, on verra, parila suite de cet écrit, que les mesures du circuit de l'ancienne Jérusalem qui s'empruntent de l'antiquité même, ne prennent point d'autre évaluation que celle qui résulte d'une exacte combinaison avec la mesure actuelle et fournie par le local. 11 est clair qu'une convenance de cette nature suppose nécessairement qu'on ne se soit point mépris en ce qui regarde Tancienne Jérusalem.

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