MÉMOIRE SUR TUNIS
QUESTION
Lm beyt qui goavemênt Tanli tont^ni Tares on ktàbaÇt k queUe époque précisément te sont-ils emparés de Tautorilé que les deys avoieot auparavant?
SOLUTION
Il y a à peu près cent cinquante ans que les beys de Tunis ont enlevé l'autorité aux deys; mais Ils n'ont pas gardé sans révolutions la puissance qu'ils avoient usurpée. I^ parti des deys l'emporta sur
PIÈCES JUSTIFICATIVES
an à ploMon repiitM, et ne fîit «tièreniait abatta qa'eo 1684 par la fuite da dey Mahmed- Icheleby, dépossédé par Mahmed et Aly-Bey* son frère. Une monarchie héréditaire s'établit alors, et Mahmed-Bey, auteur de la rérolotion, en fut la première tige. Ce nouvel ordre de choses fut aussitôt interrompu qu'établi : le dey d'Alger, ayant à se plaindre des Tunisiens, Tint expliquer ses prétentions à la tête de son armée, mit le si^ devantTunis ( 1 3 octobre 1689 ) , s'en empara par la fuite du bey,et fit reeonnoîtreà saplaee Ahmed-ben-Chouques. Mahmed-Bey , ayant réussi à mettre dans son parti les Arabes des frontières , s'avançi contre Ahmed-ben-Chouques , lui livra bataille, la gagna, et vint mettre le siège devant Tunis ( 13 juillet 1695 ). Son oompétiteur s'étant retiré à Alger après l'issue de la bataille , Mahmed-Bey parvint sans peine à s'emparer de la capitale; il y établit de nouveau son autorité, et la conserva jusqu'à sa mort. Ramadan- Bey, son frère, lui succéda : la bonté de son caractère annonça au Tunisiens un règne tranquille : elle ne les trompa pas , mais elle causa sa perte. Son neveu Mourat, fils d'Aly-Bey , impatient de jouir du trône auqudilétoit appelé, profita de l'indolence de son oncle, se révolta , le fit prisonnier, et le fit mourir. Le règne de Mourat, trop long pour le bonheur du peuple , fut signalé par des cruautés excessives. Le Turc Ibrahim-Cherif en arrêta heureusement le cours en l'assassinant (10 juin 1703). La branche de Mahmed-Bey se trouvant éteinte par ce meurtre , Ibrahim pou voit sans peine se faire recon* noître bey par le divan et par la milice. Dans la suite, ayant été fait prisonnier dans une bataille quMI perdit contre les Algériens , l'armée élut, pour leremplaoer, Hassan-ben-Aly, petit-filsd'un renîégat grec. Une nouvelle dynastie commença avec lui , et elle s'est soutenue jusqu'à ce jour sans interruption. Le nouveau bey sentit bien qu'il ne seroit pas sûr de son pouvoir tant qu'Ibrahim seroit vivant. Cette considération le porta à tenter divers moyens pour l'attirer auprès de lui. U y réussit en publiant qu'il n'étoit que dépositaire de l'autorité d'Ibrahim, et qu'il n'attendoit que sa présence pour abdiquer. Ibrahim, trompé par cette soumission apparente, se rendit à Porto-Farina, où on lui trandia la tête (10 janvier 1706).
Hassan-ben-Aly régnoit paisiblement ; il ne manquoit à son bonheur que de se voir un héritier, mais ne pouvant avoir d'enfant d'aucune des femmes qu'il avoit prises, il se décida à désigner pour son successeur Aty-Bey , son neveu , qui commandoit les camps. Plusieurs années se passèrent ainsi , lorsqu'il se trouva , dans une prise faite par lescorsaires de la régence, une femme génoise qui fut mise dans le harem d'Assan-ben-Aly. Cette femme, qui Uiiplut, devint enceinte; lorsque sa grossesse fut constatée, il assembla son divan , et lui demanda si , en cas
que cette femme^H avoit eo vain soDidtée k x fidre Turque vint à hn donner un prince, il pomôt être reconnu et lui succéder : le divan o|«iaqie cela ne pouvoH être, à moins que Feselave doétienne n'embrassât la loi de Mahomet. Hassao-b» Aly fit de nouvelles instances auprès de sooodaliique, qui se dédda enfin à se renier. Elle aeeooda d'un prince, qui fut nommé Mahmed-Be^fAn eut ensuite deux autres, Mahmood et Aly-Bev. Hassan-ben-Aly , se voyant trois héritiers, fit a»nottreà son neveu Aly-Bey que, le ciel ayant diaujé Tordre des choses , il ne pouvoit plus lui laisser le trône après lui ; mais que , voulant lui donoer une preuve constante de son amitié, il alloit adietcr pour lui la place de pacha que la Porte nommoitah core à Tunis. Le jeune bey se soumit à la xMHk son onde, accepta la place promise, et prit lethn ^My^ParJta. Son ambition parut satis&ite;ai»tii affectoit un contentement qu'il n'éproovoit pas, pourcouvrir les grands desseins qu'ilaveitoooças:3 soufiEroit impatiemment de voir passer le sceptre es d'autres mains que les signes ; et , pour s'épargner cette honte, il s'enfuit de Tunis à la montagne dei Osseletis , se mit à la tête d'un parti qu'il s'étoit fait secrètement, et vint attaquer son oade, Haanaben-Aly. Le succès ne répondit pas à son attente. Il fut défiait, et, se voyant obligé de quitter soa asile , il se réfugia à Alger ; pendant sob eai il iatrigua, et, à force de promesses, il eis^^ Algériens à lui donner des secours (173&)-1^^! décidèrrat, marchèrent à Tunis, et, après sk victoire complète, ils obligèrent Hassan-ben-Aly^ quitter sa capitale et à se réfugier au Kairouao. A la suite delà guerre civile, qui amena la faotne, ce prince fugitif ipiitta le Kairouan pour aller a Sousse.
Un capitaine françois de la Ciotat, nommé Afflreilàier, qui lui étoit attaché depuis longtemps lui donna des preuves de son dévouement en allant continuellement lui chercher des blés et des vivres ' le prince lui en faisoit ses obligations, qa*il ^l^^ remplir en cas que la fortune le remît sur letroo^ Mais elle lui devint de plus en plus contraire; eti privé de toute ressource, il se décida à envoyer se* enfants à Alger, qui semble être le refuge de tous les princes fugitifs de Tunis, espérant pouvoir les y rejoindre : mais lorsqu'il s'y disposoit, Youniws- Bey, fils atnéd'Aly-Pacha, le surprit dans safuitei et lui trancha lui-même la tête. AiyPacb^i ^ . de son plus dangereux ennemi, paroissoit devoi jouir d'un sort paisible; mais sa tranquiH*tc troublée par la division qui se mit entre ses enfa"- Mahmed-Bey, l'un d'eux, et pour lequel il avoit « la prédilection, forma le projet d'enlever à W«jj nes-Bey , son aîné, le trône qui lui étoit ^^'^^^^' tâcha en conséquence d'indisposer son père co son frère, et y réussit. Aly-Pacha, séduit pas s"
PIÈGES JUSTIFICATIVES
, Toiilot le ùire arrêter; Younnes rapprit, , et s'empara du cbâteaa de la Gaspe et de la ville de Tunis : il y fut forcé par Aly-Pacha et obligé de se réfugier à Alger. Malîmed-Bey , débarrassé d*uii concurrent dangereux , songea aussi à se dê&ire de son cadet, et il lui fit donner du poison. Il se fit reconnoftre héritier présomptif, et paroissolt devoir jouir un jour du sort que ses crimes lui aTCHcnt préparé, lorsque les choses changèrent de fMe. La ville d* Alger éprouva une de ces révolutions si fréquentes dans les gouvernements militaires ; un nouveau dey fut nommé, et le choix de la milice toonba sur le Turc Aly-Tchaouy. Il avoit été précédemment en ambassade à Tunis , et y avoit reçu un afihront de ce même Younnes-Bey , qui se voyoit réduit à implorer sa protection. Loin d*avoir égard à ses prières, il prit, pour se venger, le parti des eo&nts d*Hassan-be&-Aly , en leur donnant des troupes, commandées par le bey de Gonstantine, pour le i:eplacer sur le trône.
Le suecès couronna leur entreprise ; ils saccagèrent la ville de Tunis, et firent prisonnier Aly-Paciha , «soi fdt immédiatement étranglé. Mahmed- Bey ,fils aîné d*Hassan-ben-Aly , fut mis sur le trône. Ce bon prince ne régna que deux ans et demi , et laissa deux enfants en \m âge , Mahmoud et Ismaïi- Bey.
Aly-Bey , son frère, lui succéda, avec promesse, dit-on , de remettre le trône aux enfants de son frère , lorsque Tafné seroit en état de Toccuper. Le désir de le perpétuer dans sa propre race Tempêcha de la tenir. Il chercha peu à peu à éloigner ses neveux du gouvernement et à y élever son fils. 11 montra le jeuiK Hamoud au peuple , lui donna le commandement des camps, et enfin sollicita pour lui, à la Porte, le titre de pacha : il assura par là le suffrage du peuple à son fils, et, à force d'égard, il se rendit si bien maître de Tesprit de ses neveux , qu'à sa mort , arrivée en 1782 ( 26 mai 1782 } , ils se désistèrent eux-mêmes de leurs prétentions , et furent les premiers à saluer Hamoud-Pacha, leur cousin, unique bey de Tunis.
Depuis cette époque, TÉtat n'a été troublé par aucune révolution , et ceux qui pourroient en exciter paroissoient trop bien unis au bey pour leur.en supposer Tenvie.
Le souvenir des malheurs passés, le spectacle des troubles d'Alger, ont trop appris aux Tunisiens à quel point il faut se méfier de Tesprit inquiet et remuant des Turcs , pour les admettre dans le gouvernement. Aussi les beys ont-ils peu à peu cherché à abolir Tautorité que les Turcs avolent usurpée : ils se sont attachés à I^s éloigner des places importantes dt Tadministration réservées aux indigènes et aux Géorgiens, et à ne leur laisser absolument que celles qui n'ont plus qu'une ombre d'autorité. Ainsi donc,quoiquela&millerégnaate8oitregardée
comme turque, puisque Hassan-ben-Aly descend d'un renégat grec, le gouvernement doit être considéré comme maure.
QUESTIONS
u% xvii«, xvin».
Quelles sont les natioDs de l'Europe aaxqaelles Tanis a accordé des capUalaUons? A queUe époque et à queUes condi- UoDs ont-elles été accordées? Existent-elles encore?
, xvu«.
Quelles sont les nations qui ont des consuls à Tunis? Y at-U des naUonsqui permettent à leurs consub défaire le oommerce?
xvni*.
Combien y a-t-U de maisons étrangères établies à Tunia pour leur commerce , et de queUes naUons ces maisons sonteUes? Sont-elles toutes dans la capiUie *?
SOLUnOMS
n«, xm% xvin.
La France, l'Angleterre, la Hollande, la Suède, le Danemark et TEspagne, sont les nations européennes auxquelles Tunis a accordé des traités; on peut même comprendre dans ce nombre Venise, malgré la guerre actuellequ'eile aavec cette régence, et l'empereur dont le pavillon n'a été abatttu qu'en raison de sa rupture avec la Porte. Les Ragusois, comme tributaires du Grand Seigneur, ont aussi leur traité , mais sans pavillon et sans commerce , et seulement pour la franchise de leurs navigations.
Les capitulations de. la France avec Tunis sont les plus anciennes; elles datent de 1685, quoiqu'il y en ait d'antécédentes et qui n'existent plus, et qui ne sont pas rappelées dans ce traité. Celui de l'Angleterre a été fait cinq ou six mois après, et celui de la Hollande , peu d'années ensuite. La paix des autres nations nommées ci-dessus n'a pas une époque plus reculée que celle de quarante à cinquante ans. En donnant ici un résumé des capitulations de la France , on peut juger de celles des autres nations, puisque c'est sur ces capitulations qu'on a à peu près calqué les leurs. Par un article des traités, et relativement à ce qui se pratique à la Porte envers les ambassadeurs, le consul de France à Tunis a le pas sur les autres consuls. Sa Majesté lui accorde le titre de consul général et de chargé des affaires, parce que, d'un coté, il est dans le cas d'administrer la justice aux maisons établies sur l'Échelle et aux navigateurs qui y abordent; et que, d'un autre, il traite des intérêts des deux puissances. Tous les consuls ont le droit de faire le commerce, à l'exception de celui de France , auquel cela est dé* fendu, sous peine de destitution. Cette sage défense est fondée sur ce quUl pourroit se trouver juge et
* On a réuni ces questions, ainsi que quelques intres •alruilei * à canw te rapproAtaent qa'eUa Ml «nire eUes*
trs
partie en même tempe, et de plue un eonearrent trop puissant pour les marchands , puisque la con^ sidératîon attachée à sa plaoe loi feroit aisément obtenir la préférence dans les affaires.
Les autres nations n'ayant aucun négociant établi sur TÉchelle, par une conséquence contraire, permettent à leurs consuls de.falre le commerce.
Il y a (en 1787) huit maisons de commerce établies à Tunis, toutes françoises, et fixées dans la capitale.
QUESTION
A combien fait-on monter la populaUon de TempireT Sont- M les Maures ou les Arabes qui sont les plus nombreux? Payent-Us l'impôt par trU>u ou par individu.? Y a-t-il quelques proportions dans les imposlUons? Y a-t-U des Aivbes fixés dans la ville?
SOLUnON
On faisoit monter à quatre ou cinq millions drames la population de Tempire avant la peste ; mais on peut dire qu'elle en a enlevé environ un huitième : le nombre des Arabes surpasse celui des Maures.
Il est des impôts qui se payent par tribus et d'au* très par individus : il n'y a absolument aucune règle pour mettre quelque proportion dans les impôts, et rien en général ne dépend plus de l'arbitraire. Il y. a des Arabes fixés dans la ville, mais ce ne sont pas les citadins les plus nombreux.
QUESTION ÏV«.
Y a-t-11 dans te cœur du royaume, ou sur les fronUéres, beaucoup de tribus qui se refbsent aux imposlUons? Sont-ce les Maures ou les Arabes qui sont les plus iodocUes ? Quels sont les plus rlcliw , des Maures ou des Arabes? Les hordes errantes afferment-elles quelquefois les terres des habitants des villes pour les culUver ou pour y lalrepaitrelMin troupeaux.? En quoi consistent ces troupeaux?
SOLUTION
Il y a quelques tribus sur les frontières qui se refusent parfois aux impositions, mais les camps qu'on envole pour les prélever les contraignent bientôt h payer. Ce sont en général tes Arabes qui sont le plus indociles. Il est à présumer que les Maures sont plus riches, en ce qu'ils se livrent en même temps à l'agriculture, au commerce, aux manufactures et aux emplois, tandis que les premiers se bornent à l'agriculture ; les hordes errantes affe^ ment souvent des terres des habitants des villes , soit pour les cultiver, soit pour y faire pattre leurs troupeaux , qui consistent en gros et en menu liétail, en chameaux, qui leur servent pour le transport, dont ils filent le poil , et dont le lait leur sert de nourriture : ils se nourrissent souvent de l'ani^ mal lui-même.
Les beaux chevaux sont devenus très*rares, les
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Arabes s'étani dégoûtés d'en élever, bkigoéiihfQtr le gouvernement ou ses employés leoreoitm litil prix le moindre cheval passable.
QUESTION
T a-t-il beaucoup de ptopriétaires de tecm? Oeiimiiiriitalres sont-ils tous dans les vUles, ou y en a-t-ii eDooredm des maisons isolées ou dans des villages ? Des derofen aeioii^ ilB paa KpoiéB aux brigandacea d« bordai enantcir
ÉIOLUTION
Quoique le bey possède beaucoup de term, quoi* qu'il y en ait beaucoup dont les revenus appartleonent à la Mecque , il ne laisse cependant pas d'y avoir quantité de propriétaires; ils sont dans les vito, dans les villages, et même dans des habiutioni iso* lées, et, dans cette position, peu exposés asxlnipi» dages des hordes errantes.
QUESTION