DISCUSSION
IMB LA COODÉK ARASIQCB.
J'ai pris engagement, au sujet d'un article qui intéresse la mesure du temple, d'entrer en discussion sur la coudée arabique , à la suite des mesures liébraîques.
Cette coudée , deraga ou derah , est de trois sortes, l'ancienne, la commune et la noire. La première , qui tire sa dénomination de ee qu'on prétend qu'elle existolt du temps des Persans , est compo* jée de trente-deux doigts ; la seconde , de vingt-quatre, selon la définition plus ordinaire et naturelle; la troisième tient le milieu , et est estimée vingt-aept
doigts. On distidgoe la pranière psrrsdditioaà deux palmes aux six palmes, qui soatréléaMiiKdi la seconde , et qui lui ont été communs arec la eon* dée égyptienne et hébraîqtte* Ces défioitioDi n tirent ainsi de l'extrait d'un arpenteur orieDUl, dont on est redevable à Goliui, dans les notes dont il i illustré les ÉiémenU d'Âsinmomle ds rAlfcrgam.
De ces trois coudées, celle k laquelle il Mibk qu*on doive avoir plus d'égard , surtout par npport à l'usage et à une plus grande convenaoee aviefli qui est de l'espèce de coudée en général , eitkeoomune. Et ce qui devient essentiel pour paneur ï en fixer la mesure, je dis que ceilequi se déduit dt l'analyse de la mesure de la terre , £ute par ordre du calife Almamoun , dans les plaines de Siaiir,(a Mésopotamie, ne peut se rapporter mieux qu*à II coudée qualifiée de commune ou ordlMoire. Sdoob narration d'Abul-Fedasur la mesure d'AlmaoNN», le degré terrestre sur le méridien fut éfalué c» quanto-six milles arabiques et deux tiers; et \k^ gane (chap. tiii) dit que le mille en cette wm étoit composé de quatre mille coudées. £o prenant le degrédecinquante-sept milletoisesdecoôpte rond (par la raison dont nous avons cru devoir k faire en parlant de la mesure du temple}, iemilie anbique revient à mille six au plus près. Les mille toises font la coudée de dix-huit pouces ; et si i'oo ^^ avoir égard à l'excédant de six toises , il ennén/tn une ligne et à peu près trois dixièmes de liguetu delà.
Le docte Golius a cru qu'il étoit question deii coudée noire dans la mesure d'AlmamouD,soree que l'Alfergane s'est servi du Vetmtùtcoudhrvfà pour désigner celle qu'il a pensé être propre à cette mesure. Il faut convenir d'ailleurs que l'opiolooTCOl que cette coudée doive son établissement i Almamoun, et qu'elle fut ainsi appelée pour avoir été prise sur le travers de main ou palme naturel d'an esclave éthiopien au service de ce prince, et qai s'étoit trouvé fournir plus d'étendue qu'aucooaih tre. Mais , outre que l'arpenteur cité par GoKos applique l'usage de la coudée noire h la mesure dei étoffes de prix dans Bagdad , la proportion établie entre les différentes coudées arabiques est d'uo graod inconvénient pour l'application de la coudée noire à la mesure de la terre sous Almamoun. RemarqueK, 10 que la coudée noire, avec l'avantage de trois doigtt sur la coudée commune , n'aurolt point toutilbii l'excédant trop marqué sur la portée ordinaire , a son évaluation n'alloit qu*à dix-huit pouces; S* ^ la coudée commune, qui seroit a deux pouces aiHlosous, pourrolt conséquemment paroftre foiblet puisque nous voyons que la coudée d'usage cheslef Juifs , malgré son Infériorité à l'égard de la eoodée légale, s'évalue au moins dix-sept pouces; 1* ^ la coudée ancienne, qui est appelée AaiAésiM^ii* monterait par proportion qu'à vingt et un pooetfd
PitCES JUSTIFICATIVES.
fuHquit ligDM « quoiqu'il y ait des raiaons pour la
Touioîrplwaforia. Cartaeloo le Marufide, la hauteur
de la Imilique de Sainte-Sophie « qui « du pavé au
dôiiM, Mt de aolxante>dix-buit coudéee haahéinides,
s*évaiiie par Évagriua à cent quatre-vingts pieds
grcts ; el, par une suite de la proportion qui est en*
tr« le pied grec et le nôtre, la coudée dont il s'agit
noDlera à vîngt-six pouces et près de deux lignes.
Ce R*eel pas même assez, si l'on s'en rapporte au
module de la eoudée bashémienne du Marufide ,
qa*£dward Bernard dit être marqué sur un manus-
erit de la bibliothèqued'Oxford, et qu'il évalue vingt-
huit pouces neuf lignes du pied anglois, ce qui égale
à peu de choses près vingt-sept pouces du pied de
Paria. Les mesures données par le Marufide de la
longueur et largeur de Sainte-Sophie, savoir : cent
une coudées d'une part , et quatre-vingt-treize et
deittiede Tautre, feront la coudée plus forte, si on
les compare aux dimensions de Grelot , quarante-
dcui toises et trente-huit. La comparaison n'étant
^int en parfaite analogie, il résultera de la longueur
prèa de trente pouces dans la coudée, et de la lar*'
geor Tingt-oeuf pouces trois lignes de bonne me-
aura*
Je sens bien que Ton pourroit se croire en droit de prétendre que l'évaluation quelconque de la coudëeancienne ou hashémide ait une influence de proportion sur les autres coudées et qu'elle fasse monter lacommuneàvingt poueestrols lignes, en se confor- BUint à rétalon même de la coudée hashémide, puisque la comparaison apparente entre ces coudées est eomme de quatre à trois. Mais un tel raisonnement ne suffisant pas pour supprimer* et rendre nulle Tanalyse de coudée résultante de la mesure positive du degré terrestre sous Almamoun , quand même cette mesure ne seroit pas jugée de la plus grande précision , Il sera toujours naturel de présumer qu'il ny a point de proportion entre les différentes coudées arabiques qui soit plus propre à cadrer à cette analyse de coudée , que ta coudée commune. Et la eoudée noire y sera d'autant moins convenable, qu'en conséquence de la mesure hashémide, elle devait monter à vingt-deux ponces et neuf lignes.
Tliévenot, dont l'exactitude et l'habileté au-des- * sus do commun des voyageurs sont assez connues , ayant remarqué, dans une géographie écrite en persan, que le doigt, la quatrième partie du ^nie, la vingt-quatrième de la coudée, étoit défini à six grains d'orge mis à côté l'un de l'autre Cdéfinitlon qui est en effet universelle chez tous les auteurs orientaux), dit avoir trouvé que la mesure cSes six grains d'orge , multipliés huit fois , revenoit % six pouces de notre pied; d'où il conclut que la ^asodée composée de cent quarante-quatre grains ^iott valoir un pied et demi. (Voyez Hv. ii du second Toyage » diap* vii.) Or, n'est-ce pas là ce qui résulte
non-seulement de la mesura du degré terrestre par ordred'Almamoun, mais encore de l'application spé* ciale que nous faisons de la coudée commune à cette mesure? Je remarque que la coudée noire, par proportion avec la mesure analysée de la commune, sera de vingt pouces et quatre à cinq lignes par delà; ce qui, pour le dire en passant, prend beaucoup de convenance avec la coudée égyptienne et hébraïque. Or, cette coudée noire n'ayant excédé la commune que parce que le travers de main de TÉtblopien ; ou le palme qu'on prenoit pour étalon , surpassoit la mesure plus ordinaire, non parce qu'il fut question de déroger à la déûnition de la coudée sur le pied de six palmes : n'est-ce pas en effet charger très^sensiblement la proportion naturelle que d'aller à vingt pouces et prèii de demi , tandis que les six palmes grecs , quoique proportionnés à une stature d'homme de einq pieds huit pouces , comme il a été re« marqué précédemment, ne s'évaluent que dix-sept pouoesPSi cesconvenances et probabilités nes'éten* dent point à la comparaison qui est faite de la coudée ancienne ou hashémide avec les autres coudées, disons que cette comparaison n'est vraisemblablement que numéraire à l'égard des palmes et des doigts , sans être proportionnelle quant à la longueur effective. Ne voit-on pas une pareille diversité entre des mesures de pieds , bien qu'ils soient également de douze pouces ? Et pour trouver nii exemple dans notre sujet même, quoique la eoudée noire excédât la commune de la valeur de trois doigts des vlngt^uatre de cette commune, avoit-on pris plus de six palmes pour la composer f
Cette discussion de la coudée arabique, qui ne regarde qu'un point particulier dans ce qui a fait l'ohietde notre Dissertation, m'a occupé d'autant plus volontiers, que je n'ai point connu que ce qui en résulte eilt été développé jusqu'à présent.