‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 62 sur 170 · LE VATICAN · texte numérisé non relu

LE VATICAN

J'ai visité le Vatican à une heure. Beaa Jour, soleil brillant , air extrêmement doux.

Solitude de ces grands escaliers, ou plutôt de ces rampes où Ton peut monter avec des muleU; solitude de ces galeries ornées deschefe-d'œuvre du génie , où les papes d'autrefois passoient avee toutes leurs pompes; solitude de ces Loges ([oe tant d'artistes célèbres ont étudiées, quêtant d'hommes illustres ont admirées : le Tasse, Arioste, Montaigne, Milton, Montesquieu, d» reines , des rois ou puissants ou tombés, et toos ces pèlerins de toutes les parties du moude.

Dieu débrouillant le chaos.

'J'ai remarqué l'ange qui suit Loth etsafemme.

Belle vue de Frascati par-dessus Bome , au coin ou au coude de la galerie.

Entrée dans les Chambres, — Bataille de Constantin : le tyran et son cheval se noyant.

Saint Léon arrêtant Attila. Pourquoi Raphaâ a-t-il donné un air fier et non religieux au groupe chrétien? pour exprimer le sentiment de l'assistance divine.

Le Saint-Sacrement, premier ouvrage de Raphaël : froid, nulle piété, mais disposition et figures admirables.

Apollon , les Muses et les Poètes. — Caractère des poètes bien exprimé. Singulier mélange.

Héliodore chassé du temple. — Un auge re^)a^ quable, une figure de femme céleste, imitée par Girodet dans son Osslan.

L'incendie du bourg. — La femme qui porte un vase : copiée sans cesse. Contraste de l'homme suspendu et de l'homme qui veut atteindre l'enfant : l'art trop visible. Toujours la femme et l'enfant rendus mille fois par Baphaêl , et toujours excellemment.

L'École d'Athènes : j*aime'autant le carton.

Saint Pierre délivré. — Effet destrois lumières, cité partout.

Bibliothèque : porte de fer, hérissée de pointes; c'est bien la porte de la science. Armes d*uD pape : trois abeilles; symbole heureux. *

Magnifique vaisseau : livres invisibles. Si on les communiquoit, on pourroit refaire ici Vi^ toire moderne tout entière.

Musée chrétien. — Inrsti'uments de martyre : griffes de fer pour déchirer la peau , grattoir pour l'enlever, martinets de fer, petites tenailles : Mies antiquités chrétiennes! Comment souffroit-oo

VOYAGE EN ITALIE

aatrefois? comme anjonrd'hnl , témoin ces instraments. En fait de douleurs, l'espèce humaine est stationnaire.

Lampes trouvées dans les catacombes. — Le christianisme commence à un tombeau ; c'est à la lampe d'un mort qu'on a pris cette lumière qui a éclairé le monde. — Anciens calices, anciennes croix, anciennes cuillères pour administrer la communion. — Tableaux aj^rtés de Grèce pour les sauver des Iconoclastes.

Ancienne figure de Jésus-Christ, reproduite depuis par les peintres ; elle ne peut guère remonter an delà du huitième siècle. Jésus-Christ étoit-il le pius beau des hommes, ou étoit-il laid? Les Pères grecs et les Pères latins se sont partagés d'opinion : Je tiens pour la beauté.

* Donation à l'Église sur papyrus : le monde iccommence id.

Musée antique, — Chevelure d*une femme trouvée dans un tombeau. Est-ce celle de la mère des Gracques? est-ce celle de Délie, de Cinthie, de Lalagé ou de Lycinie, dont Mécène, si nous en croyons Horace, n'auroit pas voulu changer on seul cheveu contre toute l'opulence d'un roi de Phrygie :

Aat pingals Phryglie Hygdonias opes Pennutare velis crioe Lycinix?

SI quelque chose emporte l'idée de la fragilité , ce sont les cheveux d'uQC Jeune femme, qui furent peut-être l'objet de Tidoiâtrie de la plus voïage des passions; et pourtant lis ont survécu à l'empire romain. La mort, qui brise toutes les ehalues, n'a pu rompre ce léger roseau.

Belle colonne torse d'albâtre. Suaire d'amiante retiré d'un sarcophage : la mort n'en a pas moins consumé sa proie.

Vase étrusque. Qui a bu à cette coupe ? un mort. Toutes les choses , dans ce musée , sont trésor du sépulcre, soit qu'elles aient servi aux rites des funérailles, ou qu'elles aient appartenu aux fonctions de la vie.

MUSEE CAPnOLIN.

23 décembre 1803.

La Colonne Milliaire. Dans la cour les pieds et la tète d*un colosse : l'a-t-on fait exprès?

Dans le Sénat : noms des sénateurs modernes ; Louve frappée de la foudre; Oies du Capitole :

Tons les siècles y sont; on y voit tous les temps; Là soot les devanciers avec leurs descendants.

Mesures antiques de blé , d'huile et de vin , en forme d'autel , avec des tètes de lion.

Peintures représentant les premiers événements de la république romaine.

Statue de Virgile : contenance rustique et mélancolique , front grave , yeux inspirés , rides circulaires partant des narines et venant se terminer au menton, en embrassant la Joue.

Cicéron : une certaine régularité avec une ex* pression de légèreté ; moins de force de caractère que de philosophie, autant d'esprit que d'élo* quence.

L'Alcibiade ne m'a point frappé par sa beauté ^ il a du sot et du niais.

UnjeuneMithridate ressemblant À un Alexan* dre.

Fastes consulaires antiques et modernes.

Sarcophage d'Alexandre Sévère et de sa mère.

Bas-relief de Jupiter enfant dans l'Ile de Crète; admirable.

Colonned'albâtre oriental, la plus belleconnue.

Plan antique de Rome sur un marbre : perpé* tuité de la Ville Éternelle.

Buste d'Aristote : quelque chose d'intelligent et de fort.

Buste de Caracalla : œil contracté ; nez et bouche pointus; l'air féroce et fou.

Buste de Domitien : lèvres serrées.

Buste de Néron : visage gros et rond, enfoncé vers les yeux , de manière que le front et le menton avancent; Tair d'un esclave grec débauché.

Bustes d'Agrippine et de Germanicus : la se» conde figure longue et maigre; la première, sérieuse.

Buste de Julien : front petit et étroit.

Buste de Marc-Aurèle : grand front, œil élevé vers le ciel ainsi que le sourcil.

Buste de Vitellius : gros nez, lèvres minces, joues l)oufûes , petits yeux , tète un peu abaissée comme le porc.

Buste de César : figure maigre, toutes les rides profondes, l'air prodigieusement spirituel , le front proéminent entre les yeux , comme si la peau étoit amoncelée et coupée d*une ride perpendiculaire; sourcils surbaissés et touchant l'œil, la bouche grande et singulièrement expressive; on croit qu'elle va parler, elle sourit presque ; le nez saillant, mais pas aussi aquilin qu'on le trace ordinairement; les tempes aplaties comme chez Boonaparte ; presque point d'occiput ; le menton rond

tu

yOVAOE EN ITAUB.

et douMc; 1m bbiIiubi m peu tÊimém : flgare d'imagînatioii et de gépie.

Ua bift-relief : Endymioii ^wnsauil assis sur un rocher; sa tète est peocbée dans sa poitrinei et on peu appuyée sor le bols de sa lance, qui repose sur um épaule gauche ; la main gauche jetée négligemment sur cette lance , tient k peine la laisse d*un chien qui , planté sur ses pattes de derrière , cherche à regarder au-dessus du rocher. Cest un 4es plus beaux-bas reliefs connus '.

Des fenêtres du Capitole on découvre tout le Forum, les temples de la Fortune et de la Concorde, les deux colonnes du temple 4^ Jupiter Stator, les Rostres, le temple de Faustine, le temple du Soleil , le temple de la Paix , les ruines du palais doré de Néron, celles du Colisée, les arcs de triomphe de Titus, de Septime Sévère , de Constantin ; vaste cimetière des siècles, avec leurs monuments funèbres, portant la date de leur décès.

GALERIE DOBIA.

Gaspard Poussin : grand paysage. Vues de Naples. Frontispice d*un temple en ruine dans une campagne.

Cascade de Tivoli et temple de la Sibylle.

Paysage de Claude Lorrain. Une fdite en Egypte , du même : la Vierge arrêtée au bord d'un bois tient TEnfont sur ses genoux ; un Ange présente des mets à l'Enfant, et saint Joseph 6te le bét de TAne ; un pont dans le lointain , sur lequel passent des chameaux et leurs conducteurs; un horizon où se dessinent à peine les édifices d'une grande ville : le calme de la lumière est merveilleux.

Deux autres petits paysagesde Qaude Lorrain, dont l'un représente une espèce de mariage patriarcal dans un bois : c'est peut-être l'ouvrage le plus fini de ce grand peintre.

Une fuite en Egypte , de Nicolas Poussin : la Vierge et rEnfimt , portés sur un âne que conduit un Ange, descendent d'une colline dans un bois; saint Joseph suit : le mouvement du vent est marqué sur les vêteinents et sur les arbres.

Plusieurs pi^sages du Dominiquin : ooulenr vive et brillante ; les sujets riants ; mais en général un ton de verdure cru et une lumière peu Auporeuse , peu idéale : chose singulière I œ soat

* rai fait OMge de nUepote daai U$ Mturtffn.

des yeux franfois qpl onl mimai vu la tanim de l'Italie.

Paysage d'Annibal Carradie : gpawb vérité, mais poîDtd'élévatioB de style,

Diane el Endymloii, da ^ubens : l'idée ot heureuse. Endymlon est kpm^eoàamÂim la position dn beau tas*relief duCspiMi;Diiiii suspendue dans l'air appuie légèsenentaDemiiB sur l'épaule du diasieuf , pm donner i csivi-d un baiser sans l'éveiller; iaivain de ladétiKdi la nuit est d'une WaiMbeur ABlnue^eiiatétise distingue à petite de l'awr du finnament. Le bnk est bien dessiné; mais quand Bubsus dcssai bien, il peini mal : le gmid colorisie perdsitsi palette «juend il relro«vQit son erayou.

Deux têtes, par Baphaêl. Lw quatre Àvam, par Albert Durer. Le Temps arraebaot la |ihimes de l'Amour, dn Titien ou de l'Albaas : minière et froid ; une chair toute vivante.

Noces Aldobrandines, copie de Nicolas Poossin : dix figures sur un même plan , fonnaDttrois groupes de trois, quatre, et trois figures. Le fond est une espèce de paravent gris à hanteor d*appul ; les poses et le dessin tiennent de la simplicité de la sculpture ; on diroit d'un b&s-relief.P(Hnt de|richessede fond , point de détails , dednperies, de meubles, d'arbres ; point d'accessoireqôdcooque, rien que les persouDages natareilement groupés.

Page 1