‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 8 sur 170 · DE LA TROISILME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA TROISILME ÉDITION

J'ai revu le style de cet IHnérûire a'vee one âHentioo scrupuleuse, et j'ai, selon ma coutome, écouté les een« seiis de la critique. On a paru désapprouver généralemeni les citations intercalées dans le texte; je les ai rejetées à la fin de chaque volume : débarrassé de ces richesses étrangères , le récit marchera peut-être avec plus de rapi* dite.

Dans les deux premières éditions de Yltéuéraire » j'avois rappdé, à propos de Cartilage, un livre italien que je ne connoissois pas. Le vrai titre de ce livre est : Hag* guaglio dell Viaggio compendloio diun dilettante an* tiquario, sorpreso da corsari; conêotfo in Bartferla, efeiicemente ripairiato, Milemo, 1S0&. On m'a prèle cet ouvn^ : je n'ai pu découvrir distinctement si son auteur, le père Caroni, est de mon opinion touciuint la posi^ tiondes ports deCarthage; cependant, ils sont placés sur la carte du Bagguaglio là oè Je voudrois les placer. 11 paraît donc que le père Caroni a suivi, comme moi, le sentiment de M. Humbert , officier du génie bollandois , qui commande à la Ooulelte. Tout ce que dit d'ailleurs l'antiquaire italien sur les ruines de la patrie d'Annlba! est extrêmement intéressant : lès lectenrs , en achetant le Baggnaglio, auront le douUe |rtaisir de lira on beDonvrage et de foira «ne home setien, ear le père Caroni, qui a été esclave à Tnnis, veut consacrer le prit de la vente de son livre à la délivrance de ses compagnons d'infortune ; c'est mettre noblement à profit la sdence et le malheur : le non ignora tnaH, miseris eueeuirer^ diicêi est partleaHIrement inspiré psr lé sol de Cartilage,

VlUnéraire semble avoir été reçu du pubUoaveoindul* gence : on m'a fiiit cependant quelques objections auxquelles je me crois obligé de répondrç.

On m'a reproché d'avoir pris mal à propos le Sousou* ghirli pour le Granique, et cela uniquement pour avoir le

> M. de Fontanes.

PRÉFACE

pUBir de ààn le poilnll d'Alexwdre. Ed Térité , j'aoïois ftt àin.àa conquérant OMeédonien ce qu^en dit Montes* : Parlonp^H ûmi à noire aise. Les occasions ne laquoiail pas ; el, pu* eiemple, il ettt été assez natarel de perler d'Alexandre à propos d'Alexandrie. ' Mais eomMiit un critique , qui s*est d'ailleurs exprimé avae iHewcn sur mon ouTrage , a-t-il pu s'imaginer qu'aux risques de Mn rire à mes dépens l'Europe savante , j'arois été de mon propre clief trouver le Granique dans le Sousimgkirli ? N'étoit-il pas nathrei de penser que je m'appoyois sur de grandes autorités ? Ces autorités étoient d'autant plus faciles à découvrir, qu'elles sont indiquées dans le texte. Spon et Tonmeforl jouissent , comme voyageurs , de l'estime universelle; or, ce sont eux qui sont les coopnblea , s'fl y a des coupables ici. Yoid d'abord le passage deSpoo.

« Noos continuâmes notre marche le lendemain jusqu'à midi dans cette belle plaine de la Mysie; puis nous vin- OMS à de petites collines. Le selr nous pass&mes le Granique sur un pont de bois à piles de pierres , quoiqu'on refit pu aisément guéer, n'y ayant pas de l'eau jusqu'aux sugles des chevaux. C'est cette rivière que le passage d'Alexandre le Grand a rendue si fameuse, et qui hit le théâtre de sa gloire lorsqu'il marcboil contre Da- EDe est presque à sec en été ; mais quelquefois elle se dâwrde étrangement parles pluies. Son fond n'est que sabioo et gravier ; et les Turcs, qui ne sont pas soigneux de tenir les embouchures de rivières nettes, ont laissé piesque combler celle du Granique, ce qui empédie qu'elle ne soit navigable. Au village de Sousouçhirli , qui n'en est qu'à une mousquetade, il y a un grand kan ou kiervaosera, c'est-à-dire une hôtellerie à la mode du pays, de quoi M. Tavernier nous donne une longue et exacte description dans ses Voyages d'Asie

« Ayant quitté le village des Bufiles d'eau , car c'est ce qne signifie en turc Sousoughirlii nous allâmes encore le hMig du Granique pendant plus d'une lieure ; et , à six nulles de là , M. le docteur Pierelin nous fit remarquer de rentre oMé de l'eau » assez loin de notre chemin , les masures d*an château qu'on croit avoir été bâti par Alexandre , après qu'il eut passé la rivière '. » Il est , je pense, assez clair que Spon prend comme moi la rivière du «ilhige de Sousouçhirli ou des Buifles d'eau pour le Granique.

Toomefort est encore plus précis :

« Ce Granique, dont on n'oubliera jamais le nom tant « qu'on pariera d'Alexandre , coule du sud-eslau nord , et « ensuite vers le nord-ouest, avant que de tomber dans la ■ mer; ses bords sont fort élevés du cùté qui regarde le « couchant. Ainsi les troupes de Darius avoient un grand • avantage, si elles en avoient su profiler. Cette rivière , si « fameuse par la première.bataille que le plus grand capi- « taine de l'antlquilé gagna sur ses bords, s'appelle à pré- « sent Sousmi§hirli , qui est le nom d'un village où die « passe ; et Sousmtgkirli veut dire le village des BvSfiu « d'eau. »

Je pourrois joindre à ces autorités celle de Paul Lucas ( Ye^ia^e de Turquie en Asie, Ut. ii , pag. 131); je pour-

■ yofûge d'Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, p« S. Spon et G. Wbeler, tom. i , pag. 285, 80, 87, édition de Lyoo, 1078.

rois renToyer le oritkpieau grand DUHêHHoère êe la Mêriinière, au mot Granique, tom. lu, pag. 160; àrjS'nesF" elopédie, au même mot Grani^tM, tom. tu , pag. 858 ; enfin à l'auteur de Y Examen critique des\hisforiens d'Alexandre , pi^. 239 de la deuxième éditien : il Terrott dans tous ces ouvrages que le Granique est aujourd'hui le Sa»> sou, ou le Samsou , ou le Sousoughirli , c'est-à-din que la Martinière , les encyclopédistes et le savant M. de SainlS' Croix s'en sont rapportés à l'autorité de Spon , de Wbeler, de Paul Lucas et de Tournefort. La même autorité est re^ connue', dans V Abrégé de l'Histoire générale des VogU" ges, par la Hariie^, tom. xxix, pag. 86. Quand un ehétif voyageur comme moi a derrière lui des voyageurs tels que SpoD , Wheler, Paul Lucas et Touroefart , il est hors d'at* temte , surtout lorsque leur opinion a été adoptée par des savants aussi distingués que ceux que je viens de nommer- Mais Spon, >Vheler, Tournefort, Paul Lucas, sont tombés dans une méprise , et cette méprise a entraîné celle de la Martmière, des encyclopédistes, de M. de Sainte-Croix et de M. de la Harpe. C'est une autre question : ce n'est pas à moi à m'ériger en mal're , et à relever les erreurs de ces hommes célèbres; il me suffit d'être à l'abri sous leur autorité : je consens à avoir tort avec eux.

Je ne sais si je dois parler d'une autre petite shicane qu'on m'a faite au sujet de Kirkagack : j'avois avancé que le nom de cette ville n'existe sur aucune carte ; on a répondu que ce nom se trouve sur une carte de l'Anglois Arovrsmilli, carte presque inconnue en France : cette quereQe ne peut pas être bien sérieuse.

Enfin, on a cru que je me vantois d'avoir découvert le premier les ruines de Sparte. Ceci m'humilie un peu ; car il est clair qu'on a pris à la lettre le conseil que je donne dans la Préface de ma première édition, de ne point lire Y introduction à l itinéraire ; mais pourtant il restolt asses de choses sur ce sujet dans le corps même de l'ouvrage , pour prouver aux critiques que je ne me vantois de rien. Je cite dans Tintroduction et dans Yiiinéraire tous les voyageurs qui ont vu Sparte avant moi , ou qui ont parlé de ses ruines. Giambetli , en 1 465 , Gh-aud et Vemon , en 1676; Fourroout,en 1726; Leroi, en 17S8; Biedsel,eB 1773; Villoison et Fanvel, vers l'an 1780; Scrofani, en 1794 , et Pouqneville , en 1 798. Qu'on lise dans Y Itinéraire les pages où je traite des diverses opmions toucliant les ruines de Sparte , et l'on verra s'il est possible de parler de soi-même avec moins de prétention. Comme il m'a paru néanmoins que quelques phrases, rehitives à mes trèsfoibles travaux, n'éloient pas asses modestes , je me suis empressé de les supprimer ou de les adoucir dans cette troisième édition '.

■ Au reste, je ne sais pourquoi je m'attache si sérieusement à me justifier sur quelques polots d'érudition : U est trto-boa sans doute que Je ne me sois pas trompé; mais quand cela me seroit arrivé, on n'auroit encore rien h me dire : j*ai déclaré que je n'avois aucune prétention, ni comme savant, ni même comme voyageur. Mon Itinéraire est la course rapide d*un homme qui va voir le ciel , la terre et l'eau, et qui revient à ses foyers avec quelques images nouvelles dans la tête, et quelques sentiments de plus dans le cœur : qu'on lise attentivement ma première préface, et qu'on ne me demande pas ce qne Je n'ai pu ni voulu donner. Après tout, cependant, je réponds de l'exactitude des faits. J*ai peutrèlre commis quelques erreurs de mémoire , mais Je crois pouvoir dire que Je ne sols tombé dans aucune faute essentielle. Voici « par exemple, une inadvertance assez singulière qu'on veut bien me faire connoitre à l'instant : en parlant de l'épisode d'Henni-

JNTRODUCÏiON.

Cette bonne foi, à laquelle j'altache nu grand prix, se fait «eotir, da moins je l'espère , d*un boat à l'autre de mon Toyage. Je pourrois citer en iaTeur de la sincérité de mes récits plusieurs lémoignages d'un grand poids ; mais je me contenterai de mettre sous les yeux du lecteur une preuve tout à fait inattendue de la conscience avec la(|uelle IV/inéraire est écrit : j'avoue que cette preuve m'est extrême* ment agréable.

S'il y a quelque chose qui puisse parottre singulier dans ma relation , c'est sans doute la rencontre que je fis du père Clément à Bethléem. Lorsqu'au retour de mon voyage on imprima dans le Mercure un ou deux fragments de YUiné' raire , les critiques , en louant beaucoup trop mon style » eurent l'air de penser que mon imagUiation avoit fait tous les frais de Tbistoire du père Clément. La lettre suivante fera voir si ce soupçon étoit bien fondé. La personne qui me fait l'honneur de m'écrire m'est tout à fait inconnue :

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