‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 7 sur 170 · AMENDEMENT · texte numérisé non relu

AMENDEMENT

A ParUcIe i*' da projet de loi sur la répression des criaies commis par des François dans les échelles da Levant , et détint former ie second paragrapiie de cet article.

« Est réputée contravention , délit et crime , se- « Ion la gravité des cas , conformément à la loi do « 1 5 avril 1818, toute part quelconque qui serait « prise par des sujets et des navires françeis , en « quelque lieu, sous quelque condition et prétexte « que ce soit , et par des individus étrangers dans A les pays soumis à la domination frauçolse, au « trafic des esclaves dans les échellÉi du Levant « et de Barbarie. »

DISCOURS m siroiisK A M. LE 6AKDE DES SCEAUX.

Mbssibubs,

M. le garde des soean prétend que mon amen* dément serait mieux placé au vingt-sixième arti^ de du prcjet de loi qu'au premier article : qu'à cela ne tienne ; si M. le garde des sceaux veut s'engager à soutenir mon amendement placé au vingt-sixième artiele^ Je suis prêt à lui donuer satisfaction et à m'entendra avec lui,

La mémoire de M» le garde des sceaui( l'auFa , Je pense, trompé : il croit que j'ai accusé des Frauçoû* J'ai précisément mis les François hors de cause, et J'ai déclaré quej'espéroisqu'aucun d'eux n'avoit souillé te pavillon blanc dans un damnable trafic.

M. le garde des sceaux ne me semble avoir détruit ni ce que j'ai avancé touchant le crime , ni ce que J'ai soutenu sur la complicité du crime. Il Ito contente de tout nier. Mais nier n'est pas prouver ; et moi, pour soutenir que les transports d'esclaves existent , Je m'appuie sur les écrits de tous le$ voyageurs, sur les récits de toutes Ie$ gaa;ettes

DLSCOURS.

Imprimées dans l'Oilent, même de celles qui ne sont pas favorables à la cause des Grecs ; sur les Journaux officiels de Napoli de Romani, enfin sur les plaintes môme du gouvernement grec. Quand on a demandé à celui-ci de faire justice des pirates qui usurpent son pavillon , il a répondu qull ne demandoit pas mieux , mais qu'il falloit aussi que les puissances chrétiennes défendissent à leurs sujets de fournir des transports aux soldats turcs , et de nollser des vaisseaux pour y faire recevoir les malheureux habitants de la Grèce que Ton emmenoit en esclavage. Voilà, messieurs, des faits connus de tout l'univers.

£t enfin, comme je l'ai déjà dit, si le crime n'existe pas, 11 sufQroit qu'il fût possible, et qu'on en eût été menacé, pour ôter d'avance tout moyen de le commettre impunément. Si mon amendement introduit dans le projet de loi est inutile, tant mieux; mais c'est le cas de dire, plus que jamais, que ce qui abonde ne vicie pas. Cet amendement vous fera un immortel honneur sans pouvoir causer aucun dommage. Toute la question vient se réduire à ce point : Il y aura jugement devant les tribunaux. Si les prévenus ne sont pas coupables du crime qu'on leur impute, s'ils n'ont pas pris une part quelconque à un trafic réprouvé par les lois divines et humaines , ils seront acquittés. Tous les jours des vaisseaux sont arrêtés comme prévenus d'avoir fait la traite des noirs; les maîtres de ces vaisseaux se justifient , et ils sont libérés. Encore une fois, si le délit ou le crime que' l'amendement est destiné à prévenir n'existe pas, la loi ne sera jamais appliquée; s'il existe , et qu'il y ait des prévenus , ils seront jugés, et renvoyés absous s'ils ne sont pas coupables; s'ils sont coupables, voudriez-vous qu'un crime aussi énorme devant Dieu et devant les hommes restât impuni?

Une autre objection de M. le ministre de la justice consiste à dire que mon amendement introduit une loi pénale dans une loi de procédure.

Je croyols, messieurs, m*étre mis à l'abri de cette fin de non-recevoir dans le développement de mon amendement. En effet , je crois avoir prouvé d'une manière sensible que l'amendement ne fait aucune confusion de matières , et ne sort pas du caractère de la loi. Mais apparemment que Je ne me serai pas suffisamment expliqué ; essayons de mieux me faire entendre.

Mon amendement confond si peu une loi pénale avec une loi de procédure , qu'il ne renferme le

prononcé d aucune peine. Il exprime seulement un délit, lequel délit sera puni sans doute par les lois françoises, comme tous les délits et crimes commis dans les^ échelles du Levant; et ainsi le veut le projet de loi même, par son article 26.

Le savant magistrat à qui j'ai l'honneur de répondre semble avoir confondu lui-même des choses extrêmement diverses : parce que je m'occupois de délits, il lui a paru que j'établissois des peines , dont je ne dis pas un mot.

Considéré sons tous les rapports, m(m amendement, messieurs, ne dénature point le principa de la loi dans laquelle je sollicite son introduction. Ce n'est qu'un article oublié dans cette loi , dont je demande pour ainsi dire le rétablissement. La matière est parfaitement homogène. L'amendement ne fait que généraliser la nature d'un crime déjà mentionné dans vos lois ; il n'introduit aucune peine nouvelle pour la répressionde ce crime. liC projet de loi s'occupe des délits commis dans les échelles du Levant , sous les yeux des consuls françois ; et ce sont aussi des délits commis dans les échelles du Levant, sous les yeux des consuls du roi, que l'amendement spécifie. Ici les crimes ont le même théâtre, sont perpétrés par les mêmes hommes , attestés par les mêmes témoins, jugéspar les mêmes tribunaux : que fautil donc de plus pour donner à un amendement le caractère de la loi même dans laquelle il peut être placé?

Je voulois négliger de répondre à une objection qui n'est pas nouvelle , et que , depuis dix ans j*ai vu reproduire à propos de presque toutes les lois.

Il est rare, quand un amendement a quelque importance, qu'on ne dise pas que cet amende* ment n'est autre chose qu'une loi particulière, qu'un envahissement de l'initiative royale, et qui peut tout au plus devenir l'objet d'une proposition spéciale. Votre sagesse, messieurs, ne s'est pas souvent rendue à cette objection , et vous avez nombre de fois , au contraire, adopté des amendements qui, vous assuroit-on , dénaturoient la loi dans son principe, introduisoient une loi dans une loi. Votre mémoire vousen foumiradegrands exemples. Vous aurez bientôt, dans le projet de loi sur le droit d'aînesse, l'occasion d'user laidement du droit d'amender. Je ne pense pas que vous demandiez au noble rapporteur de votre commission de changer en proposition les amendements qu'elle a jugé convenable de vous présenter à^votre dernière séance.

PBÉFACE*

EL en vérité, meuieiin, mon amendement fûtil pins étranger à la loi , ponrriez-voiis , pour une petite convenance de matières, refuser de prévenir nn si grand crime ? Et qu*on ne dise pas que dans tons Jes cas on a le temps d'attendre : l'amendement est urgent , car les malheurs se précipitent ; il ne s'agit pas de prévenir un désordre à venir, mais un désordre du Jour.

An moment où Je vous parle, messieurs, une nouvelle moisson de victimes humaines tombe peut-être sons le fer des Turcs. Une poignée de chrétiens héroïques se défend encore au milieu des mines de Missolonghi , à la vue de l'Europe dirétienne insensible à tant de courage et à tant de malhenrs. Et qui peut pénétrer les desseins de la Providence? J'ai lu hier, messieurs , une lettre d*an enfant de quinze ans , datée des remparts de MissoloDghi. <( Mon cher compère, écrit-il dans sa naïveté à un de ses camarades à Zante , J'ai été blessé trois fois; mais Je suis moi et mes compagnons assez guéri pour avofr repris nos IWIs. Si Doos avions des vivres, nous braverions des ff!*ifffi<» trois fois plus nombreux. Ibrahim est sous nos murs; il nous a fait faire des proportions et des menaces; nous avons tout repoussé. Ibrahim a des officiers françois avec loi : qu'avons-nous fait aux François pour nous traiter ainsi?»

Messieurs, ce Jeune homme sera-t-il pris, transporté par des chrétiens aux marchés d'Alexandrie? S'il doit encore nous demander ce qu'il a fût anx Françds, que notre amendement soit li pour satisfaire à l'interrogation de son désespoir,au cri de sa misère, pour que nous puissions lui répondre : « Non , ce n'est pas le pavillon de « saint Louis qui protège votre esclavage , il vou- ■ droit phitdt couvrir vos nobles blessures ! »

Pairs de France, ministres du roi très-chrétien , si nous ne pouvons pas par nos armes secourir la malheureuse Grèce, séparons-nousdu moins par nos lois des crimes qui s'y commettent : donnons nn noble exemple qui préparera peut-être en Europe les voies à une politique plus élevée, phis humaine, plus conforme à la religion , et plus digne d'an siècle éclairé; et c'est à vous, messieurs, c'est à la France qu'on devra cette noble Initiative!

PREFACE

DE U PREMIÈRE ÉDITION DE L'ITL^ÉRAIRE.

Si je disois que cet Itinéraire B*éUâi point destiné à Toir le jour, que je le donne au public à regret et comme malgré moi , Je dirois la vérité, et Traisemblablement on ne me croiroit pas.

Je n*ai point fait mon voyage pour l'écrire ; j'aTois un autre dessein : ce dessein je l'ai rempli dans les Hartyrs, J'aUois chercher des images; Toilà tout.

Je n'ai pu Toir Sparte, Athènes, Jérusalem , sans faire quelques réflexions. Ces réflexions ne pouvoient entrer dans le svûet d'une épopée ; elles sont restées sur mon journal de route : je les publie aujourd'hui , dans ce que j'appelle Itinéraire de Paris à Jérusalem, faute d'avoir trouvé un titre plus convenable à mon sujet.

Je prie donc le lecteur de regarder cet Itinéraire moins comme un voyage que comme des Mémoires d'une année de ma vie. Je ne marche point sur les traces dles Chardin , des Tavemier, des Chandler, des Mungo Parck , des Humboldt : je n'ai point la prétention d'avoir connu des peuples chez lesquels je n'ai fait que passer. Un moment suffit au peintre de paysage pour crayonner un arbre, prendre une vue , dessiner une ruine ; mais des années entières sont trop courtes pour étudier les mœurs des hommes , et pour approfondh* les sciences et les arts.

Toutefois je sais respecter le public , et Ton auroit tort de penser que je livre au jour un ouvrage qui ne m'a coûté ni soins , ni recherclies ,.ni travail : on Terra que j'ai scrupuleusement rempli mes devoirs d'écrivain. Quand je n'aurois finit que donner une description détaillée des mines de Lacédémone, découvrir un nouveau tombeau à Mycènés , indiquer les ports de Cartilage, je mériterois encore la bienveillance des voyageurs.

J'avois commencé à mettre en latin les deux MéoM>ires de l'Introduction , destinés à une académie étrangère; il est juste que ma patrie ait la préférence.

Cependant, je dois prévenir le lecteur que cette Intro* duction est d'une extrême aridité. Elle n'offre qu'une suite de dates et de faits dépouillés de tout ornement : on peut la passer sans inconvénient, pour éviter l'ennui attaché à ces espèces de tsbles chronologiques.

Dans un ouvrage du genre de cet Itinéraire » j'ai dû souvent passer des réflexions les plus graves aux récits les plus familiers : tantôt m'abandoonant à mes rêveries sur les ruines de la Grèce , tantôt revenant aux soins du voya* geur, mon style a suivi nécessairement le mouvement de ma pensée et de ma fortune. Tous les lecteurs ne s'attacheront donc pas aux mêmes endroits : les uns ne chercheront que mes sentiments ; les autres n'aimeront que mes aventures ; ceux-d me saaront gré des détails positifs que j'ai donnés sur beaucoup d'objets ; ceux-là s'ennuieront de la critique des arts , de l'étude des monuments, des digressions historiques. Au reste, c'est l'homme , beaucoup plus que l'auteur, que l'on verra partout; je parle éternellement de moi , et j'en parfois en sûreté, puisque je ne eomptois point publier ces Mémoires. Mais , comme je n'ai rien dans le cœur que je craigne de montrer au dehors, je n'ai rien retranclié de mes notes originales. Enfin , j'aurai atteint le but que je me propose, si l'on sent d'un bout à l'autre de cet ouvrage une parfUte sincérité. Un voyageur

PRÉFACE

est one espèce d'historien : sen devoir est de raconter fidèlemeut ce qu'il a tu on ee qu*il a entendu dire ; il ne doit rien inventer; mais aussi il ne doit rien omettre ; et, quelles que soient ses opinions particulières, elles ne doi- Teut jamais Taveugler au point de taire ou de dénaturer la ▼érité.

Je n'ai point diargé cet îtinéraire de notes; J'ai seiilement réuni , à la fin du troisième Tolume , trois opuscules qui éclaircissent mes propres travaux ■ :

r VIHn&aire latin de Bordeaux à Jérusalem : il trace le chemin que suivirent , depuis , les croisés , et c'est pour ainsi dire le premier pèlerinage à Jérnsalem. Cet Itinéraire ne se trouvoit jusqu'ici que dans les livres connus des seuls savants ; '

T* La dissertation de d'AnvUle sur Pancienne Jérusalem : dissertation très-rare, et que le savant M. de Sainte- Croix regardolt , avec raison i comme le cher-d'œuvre de l'auteur;

3* Un Mémoire inédit sur Tunis.

J'ai reçu beaucoup de marques d'intérêt durant le cours de mon voyage. M. le général Sébastiani , MM. Vlal , Fauvel, Drovetli, Saint-Marcel, CafTe, Devolse, etc., trouveront leurs noms cités avec honneur dans cet Itinéraire : rien n'est 4oux comme de publier les seivices qu'on a reçus.

La même raison m'engage à parler de quelques autres personnes à qui je dois aussi beaucoup de reconnoissance.

M. Boissonade s'est condamné, pour m'obli|er, à la chose la plus ennuyeuse et la plus pénible qu'il y ait au monde : il a revu les épreuves des Martyrs et de Vllinéraire. J'ai cédé à toutes ses observations, dictées par le goût le plus délicat , par la critique la plus éclairée et la plus saine. Si J'ai admiré sa rare complaisance, il a pu ennnottre ma délité.

M. Guizot, qui possède aussi ces omnoissances que l'on avait toujours autrefois avant d'oser prendra la plume. S'est empressé de me donner les renseignemeDls qui pouvoient m'ètre utiles. J'ai trouvé en lui cette politesse et eetle noblesse de earaetèro qui font aimer et respecter le talent.

Enfin, des savants distingués ont bien voulu éclaircir mes dootea et me faire part de leurs lumières : j'ai consulté MM. Malte-Brun et Langiès. Je ne pouvois mieux m'adres' ter pour tout ce qai oonceme la géogrsphie et les langnes anciennes et modernes de l'Orient.

Comme mtUe raisons peuvent m'arrèler dans hi carrière littéraire au point où je suis parvenu , Je veux payer id toutes mes dettes. Des gens de lettres ont mis en vers plusieurs moroeans de mes ouvrages 4 j'avouê que je n'ai connu qo'asses tard le grand nombre d'obligations que j'avois aut muses sons oe rapport. #• ne sais eomm^nt, par exemple, une pièce diarmaole, iotitolée le Vaifa§edM Poète, a pa si kmgtemps m'écbapper. L'auteur de ce petit poème « M; de Safait-Vietar, a bien voulu embelli^ mes descriptions sauvages 1 et répéter sur Sfk lyre une partie de ma dunuoit ëq désert. J'aurais dû Fia remerder plus tdt. 8i doue qndqoes éerivains eut été jostemen^ dioqués de mon silenee, quand ils me faisoient l'Iionneiir de perfocllonner mes étaauebes , ils verront id la réparation

* Dans la froisiène édition , on a rejeté en notes , à la fin de ebaqne volume , les longMes dtatious qui se trouvoieut ior sérées dans le texte.

de mes torts. Je n'ai Jamais Tinteotion de blesser personne, encore moins les hemmes de talent, qui me font jouir d'une partie de leur gloire en empruntant qiieique diose à mes écrits. Je ne veux pomt me brouiller avec les neuf So'urs , même au moment où je les abandonne. £h ! cornment n'aimerols-je pas ces nobles et généreuses immortel^ les ! Elles seules ne sont pas devenues mes ennemies lorsque J'ai obtenu qndques suoeès ; elles seules encore , sans s'étonner d'une vaine rumeur, ont opposé leur opinion ai| dédialoement de U. malveillance. Si je ne puis faire vivre Cymodocée, elle aura du moins la gloire d'avoir été chantée par un des plus grands poètes de nos Jours, et par l'homme qui;, de l'aveu de tous , juge et appiéde le miens les ouvrages des autres '.

Quant aux penseurs qui, jusqu'à présent, ont parlé de mes ouvrages, plusieurs m'ont traité avec une indulgence dont je conserve la reconnoissance \à plus vive : Je tftdierai, d'ailleurs, dans tous les cas et dans tons les temps » de mériter les éloges^ de profiter des critiques, et de pm donner aux ûyures.

PREFACE

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