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CHATEAUBBIARD. — TOMC 1T.
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L'enfantn'est jamais sevré de forcé ; aprèss'étre nourri d'autres aliments, il épuise le sein de sa
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s'élancer la flèche d'un nouveau clocher du sein d'une vieille forêt américaine. Gomme les mœurs angloises suivent partout les Anglois , après avoir traversé des pays où il n'y avoit pas trace d'habitants, j'apercevois l'enseigne d'une auberge qui pendoit à une branche d'arbre sur le bord du chemin , et que balançoit le vent de la splitude. Des chasseurs , des planteurs , des Indiens se rencontroient à ces caravansérails; mais la première fois que Je m'y reposai Je Jurai bien que ce seroit la dernière.
Un soir, en entrant dans ces singulières hôtelleries, Je restai stupéfait à l'aspect d'un lit immense bâti en rond autour d'un poteau : chaque voyageur venoit prendre sa place dans ce lit, les pieds au poteau du centre, la tête à la circonférence du cercle, de manière que les dormeurs étoient rangés symétriquement comme les rayons d*ooe roue ou les bâtons d'un éventail. Après quelque hésitation , Je m'introduisis pourtant dans cette machine, parce que Je n'y voyois personne. Je commençois à m'assoupir lorsque Je sentis la jambe d'un homme qui se glissoit le long de la mienne : c'étoit celle de mon grand diable de Hollandois qui s'étendoit auprès de moi. Je n'ai jamais éprouvé une plus grande horreur de ma vie. Je sautai dehors de ce cabas hospitalier, maudissant cordialement les bons usages de nos bons aïeux. J'allai dormir dans mon manteau au clair de la lune : cette compagne de la couche du voyageur n'avoit rien du moins que d'agréable , de frais et de pur.
Le manuscrit manque ici , ou plutôt ce qu'il eontenoit a été inséré dans mes autres ouvrages. Après plusieurs jours de marche, J'arrive à la rivière Génésée; Je vois de Tautre côté de cette rivière la merveille du serpent à sonnettes attiré par le son d'une flûte ' ; plus loin Je rencontre une femille sauvage , et Je passe la nuit avec cette famille à quelque distance de la chute du Niagara. On retrouve l'histoire de cette rencontre et la description de cette nuit, dans V Essai historique et dans le Génie du Christianisme,
Les Sauvages du saut de Niagara, dans la dé,pendance des Anglois, étoient chargés de la garde de la frontière du Haut-Ganada de ce côté. Ils vinrent au-devant denous armés d'arcs et de flèches, et nous empêchèrent de passer.
Je (us obligé d'envoyer le Hollandois au fort
> GéHte du Chrititanisme,
CHATEACVRIAIID. — TOME IV.
Niagara chercher une permission du commandant pour entrer sur les terres de la domination britannique : cela me serroit un peu le cœur, car Je songeois que la France avoit Jadis commandé dans ces contrées. Mon guide revint avec la permission : Je la conserve encore ; elle est signée : Le capitaine Gordon, N'cst-il pas singulier que j'aie retrouvé le même nom anglois sur la porte de ma cellule à Jérusalem > ?
Je restai deux Jours dans le village des Sauvages. Le manuscrit offre en cet endroit la minute d'une lettre que J'écrivols à l'un de mes amis en France. Voici cette lettre :
Lettre écrite de chez les Sauvages de Niagara.
Il faut qu^ je vous raconte ce qui s'est passé hier matin chez mes hôtes. L'herbe étoit encore couverte de rosée; le vent sortoit des forêts tout parfumé , les feuilles du mûrier sauvage étoient chargées des cocons d*une espèce de ver à soie, et les plantes à coton du pays, renversant leurs capsules épanouies, ressembloient à des rosiers blancs.
Les Indiennes s'occupoient de divers ouvrages, réunies ensemble au pied d'un gros hêtre pourpre. Leurs plus petits enfants étoient suspendus dansdes réseaux aux branches de l'arbre : la brise des bois berçoit ces couches aériennes d'un mouvement presque insensible. Les mères se levoient de temps en temps pour voir si leurs enfants dormoient, et s'ils n'avoient point été réveillés par une multitude d'oiseaux qui chantoient et voltigeoient à l'éntour. Gette scène étoit charmante.
Nous étions assis à part, l'interprète et mol, avec les guerriers, au nombre de sept; nous avions tous une grande pipe à la bouche; deux ou trois de ces Indiens parloient anglois.
A quelque distance de Jeunes garçons s'ébattoient : mais , au milieu de leurs Jeux , en sautant, en courant, en lançant des balles, ils ne prononçoient pas un mot. On n'entendoit point l'étourdissante criaillerie des enfants européens ; ces Jeunes Sauvages bondissoient comme des chevreuils, et ils étoient muets comme eux. Un grand garçon de sept ou huit ans, se détachant quelquefois de la troupe, venoit téter sa mère, et rètournoit Jouer avec ses camarades.
L'enfant n'est jamais sevré deforce ; aprèss'être nourri d'autres aliments , il épuise le sein de sa
• JUnérairt,
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mèr^ comme la coupe qtie Von i^ide a la fin d*iiii banquet. Quand la nation entière meurt de foim , Tenfant trouve ei^core au sein maternel une source de vie. Cette coutume est peut-être une des causes qui empéciient les tribus américaipes de s'aocroftre autant que les familles européennes. Les pères ont parlé aux enfants et les enfants ont répondu aux pères. Je me suis fait rendre compte du colloque par mon Hollandois. Voici ce qui s*e8t passé :
Un Sauvage d'une trentaine d'années a appelé son fils, et Ta invité à sauter moins fort; Tenfant a répondu : Cest raisonnable. Et, sans faire ce que le père lui disoit, il est retourné au Jeu.
Le grand-père de l'enfant l'a appelé à son tour, et lui a dit : Fais cela; et le petit garçon s'est soumis. Ainsi l'enfent a désobéi à son père qui le prioity et a obéi à son aïeul qui lui commandoit. Le père n'est presque rien pour l'enfant.
On n'inflige jamais une punition à celai-oi; il ne reconnolt que l'autorité de l'âge et celle de sa mère. Un crime réputé affreux et sans exemple parmi les Indiens est celui d'un fils rebelle à sa mère. Lorsqu'elle est devenue vieille il la nourrit.
A l'égard du père , tant qu'il est jeune, Tenfant le compte pour rien , mais lorsqu'il avance dans la vie , son fils l'honore , non comme père , mais comme vieillard , c'est-à-dire comme un homme de bons conseils et d'expérience.
Cette manière d'élever les enfants dans toute leur indépendance devroit les rendre s^jets à l'humeur et aux caprices; cependant les enfants des Sauvages n'ont ni caprices ni humeur, parce qu'ils ne désirent que ce qu'ils savent pouvoir obtenir. S'il arrive à un enfant de pleurer pour quelque chose que sa mèr^ n'a pas , on lui dit d'aller prendre cette chose où il l'a vue : or, comme il n'est pas le plus fort, et qu'il sent sa foiblesse, il oublie l'objet de sa convoitise. Si l'enfant sauvage n'obéit à personne, personne ne lui obéit : tout le secret de sa gaieté ou de sa raison est là.
Les enfants indiens ne se querellent point , ne se battent point : ils ne sont ni bruyants, ni tracassiers, ni hargneux; ils ont dans l'air je ne sais quoi de sérieux comme le bonheur, de noble comme rindépendance.
Nous ne pourrions pas élever ainsi notre jeunesse; il nous fnudroit commencer par nous défaire de nos vices ; or, nous trouvons plus aisé de les ensevelir dans le cœur de nos enfants, prenant
soin seulement d'empêcher ces vices de patottre au dehors.
Quand le jeune Indien sent naître en lui le goût de la pèche, de la chasse, de la guerre, de la politique, il étudie et imite les arts qu'il voit pratiquer à son père : il apprend alors à coudre qq canot, à tresser un filet, à manier l'arc, le fusil, le casse- tête ^ la hache ; à couper un arbre, à bâtir une hutte , à expliquer les colliers. Ce qui est un amusement pour le fils devient une autorité pour le père : le droit de la force et de l'intelligence de celui-ci est reconnu, et ce droit le conduit peu i peu au pouvoir du sachem.
Les filles jouissent de la même liberté que la garçons : elles font à peu près ce qu'elles veulent, mais elles restent davantage avec leurs mères, qui leur enseignent les travaux du ménage. Lon* qu'une jeune Indienne a mal agi , sa mère se contente de lui jeter des gouttes d'eau au visage, et de lui dire : Tu me déshonores. Ce reproche manque ^rarement son effet*
Nous sommes restés jusqu'à midi à la porte de la cabane ; le ^leil étoit devepu brûlant. Un de nos hôtes s'est avancé vers les petits garçons et leur a dit : Enfants j le soleil vous mangera la \iéte; allez dormir. Ils se sont tous écriés : Ceti ]juste. Et pour toute marque d'obéi&sanoe ils ont continué de jouer, après être convenus que le soleil leur mangeroit la tête.
Mais les femmes se sont levées, l'une montrant de la sagamité dans un vase de bois, l'autre un fruit favori , une troisième déroulant une natte pour se coucher : elles ont appelé la troupe obsti- .née, en joignant à chaque nom un motdeten- ! dresse. A l*instant les enfants ont volé vers leon I mères comme une couvée d'oiseaux. Les {eaunes les ont saisis en riant, et chacune d'elles a emporté avec assez de peine son fils, qui maageoit dans les bras maternels ce qp'on venoit de loi donper.
Adieu, je ne sais si cette lettre écrite da milieu des bois vous arrivera jamais.
Je me rendis du village des Indiens à la cataracte de Niagara. La description de cette cataracte, placée à la fin à\i(ala, est trop connue pour la reproduire ; d'ailleurs elle (ait eDCore pa^ tle d'une note sur VEssai historique; mais il y a dans cette même note quelques détails ù intimement liés à l'histoire de mon voyage, qoe je crois devoir les répéter ici.
A la cataracte de Niagara, l'échelle indienne
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qui s*y troqToit jadis étant rompue, je youIus, en dépit des représentation^ de mon guide, me rendre au bas de la chute par un rocher à pic d'environ deux cents pieds de hauteur. Je m'aventurai dans la descente. Malgré les rugissements de la cataracte et Tabime effrayant qui bouillonnoit audessoos de moi , je conservai ma tête, et parvins à une quarantaine de pieds du fond. Mais ici le rocher lisse et vertical n'offroit plus ni racines ni fentes où pouvoir reposer mes pieds. Je demeurai suspendu par la main à toute ma longueur, ne pouvant ni remonter ni descendre, sentant mes doigts s*ouvrlr peu à peu de lassitude sous le poids de mon corps, et voyant la mort inévitable. Il y apeu d'hommes qui aient passé dans leur viedeux minutes comme je les comptai alors, suspendu sur le gouffre de Niagara. Enfin mes mains s'ou-. vrirentet je tombai. Par le bonheur le plus inouï Je me trouvai sur le roc vif, où j'aurois dû me hriier cent fois>, et cependant je ne me sentois pas grand mal ; j'étois à un demi-pouce de Tablme, et Je n'y avois i>as roulé; mais lorsque le froid de l'eaq commença à me pénétrer. Je m'aperçus que je n'en étois peu quitte à aussi bon marché que je i'avois cru d'abord. Je sentis une (louleur insupportable au bras gauche; je I'avois cassé au-dessous du coude. Mon guide, qui me r^ardoit d'en haut, et auquel je fis signe , courut chercher quelques Sauvages , qui , avec lieaucoqp de peine, me reipontèrent a^ec des cordes de bouleau et me trapsportèrent chez eux.
Ce ne fut pas le seul risque que je courus à Niagar£(. En arrivant , je m'étois rendu à la chute , tenant la bride de mon cheval entortillée à mon bras. Tandis que je me penchpis pour regarder en bas , un serpent à sonnettes remua dans les buissons voisins; le cheval s'effraye, recule en se cabrant et en approchant du gouffre. Je ne puis dégager mon bras des rênes , et le cheval , toi^ours plus effarouché, m'entraîne après loi. Déjà ses pieds de devant quittoient la terre, et, accroupi sur le bord de l'abîme, il ne s'y tenoit plus que par force de reins. C'en étoit fait de moi, lorsque l'animal , étonné lui-raênie du nouveau péril , fait un nouvel effort, s'abat en dedans par une pirouette , et s'élance à dix pieds loin du bord >.
Je n'avois qu'une fracture simple au bras : deux lattes, un bandage et une écharpe suffirent àma guérison. Mon Hollandois ne voulut pas aller phis loin. Je le payai, et il retourna chez lui. Je
' Euai hittorique.
fis un nouveau marché avec des Gansidiens de Niagara, qui avoient une partie de le\:ir famille à Saint-Louis des Illinois , sur le Mississipi.
Le omnuscrit présente maintenant un aperça'^ général des lacs du Canada.