MŒURS DES SAUVAGES
11 y a deux manières également fidèles et infidèles de peindre i^ Sauvages de l'Amérique a^tentrionale : l'unç est de ne parler que de leurs lois et de leurs mœurs , sans entrer dans le détail de leurs coutumes bizarres , de leurs habitudes souvent dégoûtantes pour les hommes civilisés, Alors on ne verra que des Grecs et des Romains ; car les lois des Indiens sont graves et les mœurs souvent charnuntes.
L'autre manière consiste à ne représenter que les habitudes et les coutumes des Sauvages, sans mentionner leurs lois et leurs mœurs; alors on n^aperçoit plus que des cabanes enfumées et in* fectes dans lesquelles se retirent des espèces de singes à parole humaine. Sidoine Apollinaire se plaignoit d*étre obligé cTeniendre le rauque langage du Germain et de fréquenter le Bourgui-gnon qui se frottait les cheveux avec du beurre. Je ne sais si la chaumine du vieux Caton, dans le' pays des Sabins , étoit beaucoup plus propre qoe la hutte d'un Iroquois. Le malin Horace pdurroit sur ce point nous laisser des doutes.
SI l'on donne aussi les mêmes traits à tous les Sauvages de TAmérique septentrionale, on altérera la ressemblance; les Sauvages de la Louisiane et de la Floride différoient en beaucoup de points des Sauvages du Canada. Sans faire l'histoire particulière de chaque tribu , J*ai rassemblé tout ce que J'ai su des Indiens sous ces titres :
Mariages y enfants y funérailles; Moissons, fêtes danses et jeux; Année ^ division et règlement du temps y calendrier naturel; Méde* cine ; Langues indiennes ; Chasses; Guerre; Religion; Gouvernement, Une conclusion générale fait voir l'Amérique telle qu'elle s'offre aujourd'hui.
MABI4GBS, SNrARTS, FUNÉRAILLES.
Il y a deux espèces de mariages parmi les Sauvages : le premier se fait par le simple accord de la femme et de l'homme ; l'engagement est pour un temps plus ou moins long , et tel qu'il a plu au couple qui se marie de le fixer. Le terme
de rengagement expiré, les deux époux se séparent : tel étoit à peu près le concubinage légal en Europe, dans le huitième et le neuvième siècle.
Le second mariage se fait pareillement en vertu du consentement de l'homme et de la femme ; mais les parents interviennent. Quoique ce mariage ne soit pohdt limité, comme le premier, à un certain nombre d'années, il peut toujours se rompre. On a remarqué que, chez les Indiens, le second mariage , le' mariage légitime , étoit préféré par les Jeunes filles et les vieillards, et le premier par les vieilles femmes et les Jeunes gens.
Lorsqu'un Sauvage s'est résolu au mariage légal , il va avec son père faire la demande aux parents de la femme. Le père revêt des habits qui n'ont point encore été portés; il orne sa tête de plumes nouvelles, lave l'ancienne peinture de son visage , met un nouveau fard , et change l'anneau pendant à son nez ou à ses oreilles ; il prend dans sa main droite un calumet dont le fourneau est blanc, le tuyau , bleu , et empenné avec des queues d'oiseaux ; dans sa main gauche il tient son arc détendu en guise de bâton. Son fils le suit chargé de peaux d'ours, de castors et d'orignaux; 11 porte en outre deux colliers de porcelaine à quatre branches, et une tourterelle vivante dans une cage.
Les prétendants vont d'abord chez le plus vieux parent de la jeune fille ; ils entrent dans sa cabane, s'asseyent devant lui sur une natte, et le père du Jeune guerrier, prenant la parole, dit : « Voilà des peaux. Les deux colliers, le calumet « bleu et la tourterelle demandent ta fille en ma- « rlage. »
SI les présents sont acceptés , le mariage est conclu , car le consentement de Taleul ou du plus ancien sachem de la famille l'emporte sur le consentement paternel. L'âge est la source de l'autorité chez les Sauvages : phis un homme est vieux , plus il a d'empire. Ces peuples font dériver la puissance divine de l'éternité du Grand- Esprit.
Quelquefois le vieux parent, tout en acceptant lés présents , met à son consentement quelque restriction. On est averti de cette restriction si , après avoir aspiré trois fois la vapeur du calumet, le fumeur laisse échapper la première bouffée au lieu de l*avaler, comme dans un consentement absolu.
De la cabane du vieux parent on se rend au
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foyer de la mère et de la Jeane fille. Quand les songes de celle-ci ont été néfastes, sa frayeur est grande. Il faut que les songes, pour être favorables , n'aient représenté ni les esprits ni les aïeux, ni la patrie, maisquMls aient montré des berceaux, des oiseaux et des bicbes blanches. Il y a pourtant un moyen infaillible de coi^urer les rêves funestes, c'est de suspendre un collier rouge au cou d'un marmouset de l)ois de chêne : chez les hommes civilisés l'espérance a aussi ses colliers rouges et ses marmousets.
~ Après cette première demande, tout a Tair d'être oublié; un temps considérable s'écoule avant la conclusion du mariage : la vertu de prédilection du Sauvage est la patience. Dans les périls les plus imminents , tout se ddt passer comme à l'ordinaire : lorsque l'ennemi est aux portes, un guerrier qui négligeroit de fumer tranquillement sa pipe , assis les Jambes croisées au soleil , passeroit pour une vieille femme»
Quelleque soit donc la passiondu jeune homme, il est obligé d*affecter un air dlndifférçnce , et d'attendre les ordres de la famille. Selon la coutume ordinaire, les deux époux doivent demeurer d'abord dans la cabane de leur plus vieux parent; mais souvent des arrangements particuliers s'opposent à inobservation de cette coutume. Le futur mari bâtit alors sa cabane : il en choisit presque toujours l'emplacement dans quelque vallon solitaire , auprès d*un ruisseau ou d'une fontaine , et sous le bois qui la peuvent cacher.
Les Sauvages sont tous, comme les héros d'Homère , des médecins , des cuisiniers et des charpentiers. Pour construire la hutte du mariage , on enfonce dans la terre quatre poteaux ; ayant un pied de circonférence et douze pieds de haut : ils sont destinés à marquer les quatre angles d'un parallélogramme de vingts pieds de long sur dix-huit de large. Des mortaises creusées dans ces poteaux reçoivent des traverses , lesquelles forment, quand leurs intervalles sont remplis avec de la terre, les quatre murailles de la cabane.
Dans les deux murailles longitudinales, on pratique deux ouvertures : l'une sert d'entrée à tout l'édifice , l'autre conduit dans une seconde chambre semblable à la première, mais plus petite.
On laisse le prétendu poser seul les fondements de sa demeure ; mais il est aidé dans la suite du travail par ses compagnons. Ceux-ci arrivent
chantant et dansant; ils apportent des iastniments de maçonnerie faits de brâ; romoplate de quelque grand quadrupède leur sert de tnielie. Ils frappent dans la main de leur ami, Baulcst sur ses épaules, font des railleries sur son mariage , et achèvent la cabane. Montés sur les poteaux et les murs commencés, ils élèvent le toit d'écorce de bouleau ou de chaume de maïs; mêlant du poil de béte fttuve et de la paille de follfr«volne hachée dafis de l'argile rouge, ils enduisent de ce mastic les murailles à rextériesr et à l'intérieur. Au centre ou à l'une des ext»mités de la grande salle, les ouvriers plasteot cinq longues perehes, qu'ils entourent d'herbe sèche et de mortier : cette espèce de eôoe devknt la cheminée , et laisse échapper la fumée par une ouverture ménagée dans le toit. Tout ce travail se fait au milieu des brocards et des chants satiriques : la plupart de ces chants sont grossîen; quelques-uns ne manquent pas d'une certaiM grâce :
n La lune cache son front SOUS un naage ; eUe «est honteuse , elle rougit; c'est qu'elle sort di « lit du soleil. Ainsi se cachora et rouginu . . k « lendemain de ses noces, et nous lui diroas : « Laisse-nous donc voir tes yeux. »
Les coups de marteau-, le bruit des truelles, le craquement des branches rompues , les ns, les cris, les chansons, se font entendre au loin, et les fanùlles sortent de leurs villages pour prendra part à ces ébattements.
La cabane étant terminée en dehors, on la lambrisse en dedans avec du plâtre quand le pays en fournit , avec de la terre glaise au défaut de plâtre. On pèle le gazon resté dans l'iotériear de rédiûce : les ouvriers , dansant sur le sol humide, l'ont bientôt pétri et égalisé. Des nattes de roseaux tapissent ensuite cette aire ainsi que les parois du logis. Dans quelques heures est achevée une hutte qui cache souvent sous un toit d*écorce plus de bonheur que n'en recouvrent les voûtes d'un palais.
Le lendemain on remplit la nouvelle habitation de tous les meubles et comestibles du propriétaire : nattes, escabelles, vases de terre et de bois, chaadièfBt, sceaux, Jambons d'ours et d'orignaux , gâteaux secs , gerbes de mais, pUntes pour nourriture ou pour remèdes : ces di*' vers objets s'accrochent aux murs ou s*étakot sur des planches; dans un trou garni de cannes éclatées , on Jette le mais et la folle-avoine, l^s
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ittsmuiMiiU de pâebe, de chasse, de guerre et d'agriculture , la crosse du labourage , les pièges , les filets laits avec la moelle intérieure du faux palmier, les haoïeçoas de deuts de castor, les arcs , les flèches, ke casse-tétes, les haches, les eiNiteaox, les armes à feu , les eomes pour porter la poiidre, les cfalchikoués, lestaoïbourios, les fifres, les celumets, le Al de uerfode chevreuil , la toile demiMeroudebouleett, les plumes, les parles , les colliers , le uoir, Tasur et le vermilloQ postf la parure , une multitude de peaux , les sues tannées , les autres avec k un poils ; tels lont les trésors dcmt on enrichit la cabane.
Hait Jours avant la célébration du mariage , la Jeime femme se retire à la cabane des purlûeatkHie , lien séparé où les femmes entrent et restent trois ou quatre Jours par mois , et où elles Toot fiiire leurs couches. Pendant les huit Jours Ae retraite , le guerrier engagé chasse : il laisse le gibier dans Tendroit où il le tue ; les femmes le I umnaisnt et le portent à la cabane des pa> rcsits poor le festin de noces. Si la chasse a été kenne, en en tire un augure favorable.
Eoftn le grand Jour arrive. Les Jongleurs et les principaux sachems sont invités à la cérémonie. Une troupe de Jeunes guerriers va chercher le marié chez lui ; une troupe déjeunes filles va pareinement diercher la mariée à sa cabane. Le ample promis est orné de ce qu'il a de plus beau en plumes, en colliers, en fourrures, et de plus éclatant en couleurs.
Les deux troupes, par des chemins opposés, surviennent en même temps à la hutte du plus -vieux parent. On pratique une seconde porte à cette hutte , en face de la porte ordinaire : environné de ses compagnons, Tépoux se présente à l^une des portes ; réponse , entpurée de ses compagnes , se présente à l'autre. Tous les sachems de la fête sont assis dans la calMine , le calumet ^ la bouche. La bru et le gendre vont se placer sur des rouleaux de peaux à Pune des extrémités de la cabane.
Alors commence en dehors la danse nuptiale ^ntre lés deux choeurs restés à la porte. Les Jeunes filles, armées d'une crosse recourbée, imitent les divers ouvrages du labour; les jeunes guerriers font ta garde autour d'elles , Tare à la nain. Tout à coup un parti ennemi sortant de la forêt s'efforce d^enlever les femmes, celles-ci jettent leur boyau et s'enfuient ; leurs frères vo-
lent à leur secours. Un combat simulé s'engage ; les ravisseurs sont repoussés.
A cette pantomime succèdent d'autres tableaux tracés avec une vivacité naturelle : c'est la peinture de la vie domestique, le soin du ménage, l'entretieu de la cabane , les (plaisirs et les travaux du fqyer; touchantes occupations d'une mère de famille. Ce spectacle se termine par une ronde où les Jeunes fllies tournent à rebours du cours du soleil , et les Jeunes guerriers , selon le mouvement apparent de cet astre.
Le repas suit : il est composé de soupes, de gibier, de gâteaux de maïs, de canneberges, espèce de légumes; de pommes de mai, sorte de fruit porté par une herbe; de poissons, de viandes grillées et d'oiseaux rôtis. On boit dans les grandes calebasses le suc de l'érable ou du sumac , et dans de petites tasses de hêtre une préparation de cassine , boisson chaude que l'on sert comme du café. La beauté du repas consiste dans la profusion des mets.
Après le festin, la foute se retire. Il ne reste dans la cabane du plus vieux parent que douze personnes, six sachems de la famille du mari , six matrones de la famille de la femme. Ces douze personnes, assises à terre, forment deux cercles concentriques; les hommes décrivent le cercle extérieur. Les conjoints se placent au centre des deux cercles: ils Uennenthorizontalement, chacun par un bout, un roseau de six pieds de long. L'époux porte dans la main droite un pied de chevreuil; l'épouse élève delà main gauche une gerbe de mais. Le roseau est peint de différents hiéroglyphes qui marquent l'âge du couple uni et la luiie où se fait le mariage. On dépose aux pieds de la femme les présents du mari et de sa famille , savoir : une parure complète , le jupon d*éeorce de mûrier, le corset pareil, la mante de plumes d'oiseau ou de peaux de martre, les mocassines brodées en poil de porc-épic , les bracelets de coquillages, les anneaux ou les perles pour le nez et pour les oreilles.
A ces vêtements sont mêlés un berceau de Jonc, un morceau d^agaric, des pierres à fusil pour allumer le feu, la chaudière pour faire bouillir les viandes , le collier de cuir pour porter les fardeaux, et la bâche du foyer. Le berceau fait palpiter le cœur de réponse , la chaudière et le collier ne l'effrayent point : elle regardé avec soumission ces marques de Tesclavage domestique.
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Le mari ne demeure pas sans leçons : nn casse-téte , on arc , une pagaie, lui annoncent ses devoirs : combattre , chasser et naviguer. Chez quelques tribus , un lézard^ert , de cette espèce dont les mouvements sont si rapides que l'œil peut à peine les saisir, des feuilles mortes entassées dans une corbeille , font entendre au nouvel époux que 4e temps fuit et que Thomme tombe. Ces peuples enseignent par des emblèmes la morale de la vie, et rappellent la part des soins que la nature a distribués à chacun de ses enfants.
Les deux époux enfermés dans le double cercle des douze parents, ayant déclaré qu'ils veulent s'unir, le plus vieux parent prend le roseau de six pieds; il le sépare en douze morceaux , lesquels il distribue aux douze témoins : chaque témoin est obligé de représenter sa portion de roseau pour être réduite en cendre si les époux demandent un jour le divorce.
Les Jeunes filles qui ont amené réponse à la cabane do plus vieux parent l'accompagnent avec des chants à la hotte nuptiale : les jeunes guerriers y conduisent de leur côté le nouvel époux. Les conviés à la fête retournent à leurs villages : ils jettent, en sacrifice aux manitous, des morceaux de leurs habits dans les fleuves, et brûlent une part dé leur nourriture.
En Europe, afin d'échapper aux lois militaires, on se marie : parmi les Sauvages de l'Amérique septentrionale , nul ne se pouvoit marier qu'après avoir combattu pour la patrie. Un homme n*étoit Jugé digne d'être père que quand il avoit prouvé qu'il saoroit défendre ses enfants. Par une conséquence de cette mâle coutume, un guerrier ne commençolt à jouir de la considération publique que du jour de son mariage.
La pluralité des femmes est permise ; un abus contraire livre quelquefois une femme à plusieurs maris : des hordes plus grossières offrent leurs fënames et leurs filles aux étrangers. Ce n'est pas une dépravation , mais le sentiment profond de leur misère, qui pousse ces Indiens à cette sorte d'infamie; ils pensent rendre leur famille plus heureuse, en changeant le sang paternel.
Les Sauvages du nord-ouest voulurent avoir de la race du premier Nègre qu'ils aperçurent : ite le prirent pour un mauvais esprit; ils espérèrent qu'en le naturalisant chez eux , ils se ménageroient des intelligences et des protecteursparmi les génies noirs.
L'adultère dans la femme étoit autrefois puni
chezlesHurosspar la mnitflaliciidona:oDToiloit que la faute restât gravée sur le visage.
En cas de divorce , les e&lants sont adjogcsà la f enune : chez les ani maux , i c'est la femelle qui nourrit les petits.
On taxe d'incontineDce une grosse la première année de son mariage; dk prend quelquefois le suc d'une espèee dénie poir détruire son fruit trop hâtif : eqpendant (iDCOBséquences naturelles aux hommes), one Icobk n'est estimée qu'au moment oà elle devicDt nèrt Comme mère, die est appdée aux défibéiatk» publiques; plus elle a d*enfants, et sortoot de fils, plus on la respecte.
Un mari qui perd sa femme épouse la sœor de sa femme quand elle a une sœur ; de mtee qQ*w fenune qui perd son mari épouse le firère de» mari s'il a un frère : c'éttMt à peu près la loi tfbénienne. Une veuve chargée de beaucoup tfcoteis est fort recherchée.
Aussitôt que les j^remiers symfiàaa de h grossessesedéelarent, tous rapports cessent ealR les époux. Vers la fin du neuvième mois, li fenune se retire à la hutte des purificatioBi,« elle est assistée par les matrones. Les homnes, sans qp excepter le mari, ne peuvent entrer diss cette hutte. La fenmie y demeure trente oaqnrante jours après ses couches, selon qu'eUeaisis au monde une fille ou un garçon.
Lorsque le pèrea reçu la nouvelle de bnaii' sauce de son enfimt , il prend un calumet de piix dont il entoure le tuyau avec des pampres de vigne viciée, et court annoncer rheureosenoQ* velle aux divers membres de la famille. U serval d'abord chez les parents maternels, parce qv l'enfant appartient exclusivement à la mèrt S*approchant du sachem le plus âgéf après n^ fumé vers les quatre points cardinaux; il loi présente sa pipe, en disant: « Ma femme est mère.* Le sachem prend la pipe, fume à son toor, et oit en 6tant le calumet de sa bouche : « Est-ce en guerrier? »
Si la réponse est affirmative, le saefaemftne trois fois vers le soleil ; si la réponse est oégatitei le sachem ne ftime qu'une fols. Le père est r^ conduit en cérémonie plus ou moins loin, scltf le sexe de l'enfant. Un Sauvage devenu pèw prend une toute autre autorité dans la natioojSi dignité d'homme commence avec sa patemite.
Après les trente ou quarante jours de pon*' cation , l'accoudiée se di^ose à revenir à sa ci«
bane : ks parents s'y rassemblent pour imposer un nom à renfant : on éteint le feu; on Jette au Yent les aneîennes cendres du foyer; on prépare un bûcher composé de bois odorants : le prêtre ou Jongleur, une mèche à la main, se tient prêt à allumer le feu nouveau : on purifie les lieux d'alentour en les aspergeant avec de l'eau de fontaine.
Bientôt s'avance hi jeune mère : elle vient scnle, vêtue d'une robe nouvelle; elle ne doit rien porter de ce qui lui a servi autrefois. Sa mamelle gauche est découverte; elle y suspend son enfont complètement nu; elle pose un pied sur le senll de sa porte.
Le prêtre met le feu au bûcher : le mari s'avance et reçoit son enfant des mains de sa femme. Il le reoonnott d'abord et l'avoue à haute voix. Chez quelques tribus les parents du même sexe que l'enfiint assistent seuls aux relevailles. Après avoir baisé les lèvres de son enfant, le père le remet au plus vieux sachem ; le nouveau-né passe aiod eatre les bras de toute sa famille : il reçoit ia bénédiction du prêtre et les vœux des matrones.
On procède ensuite au choix d'un nom : la mère reste toujours sur le seuil de la cabane. Chaqoe famille a ordinairement trois ou quatre noms qui reviennent tour à tour ; mais il n'est Jamais question que deceux ducûté maternel. Selon l'opinion des Sauvages, c'est le père qui crée rame de l'enfant, la mère n'en engendre que le corps ' : on trouve Juste que le corps ait un nom qai vienne de la mère.
Qnand on veut faire un grand honneur à Tenfuit, on lui confère le nom le plus ancien dans sa fsmille : celui de son aïeule, par exemple. Dès ce moment l'enfant occupe la place de la femme dimt il a recueilli le nom ; on lui donne en lui parlant le degré de parenté que son nom fait revivre : ainsi un oncle peut saluer un neveu du titre de granéCmère; coutume qui prêteroit ao rire, si elle n'étoit infiniment louchante. Elle rend , poar ainsi dire , la vie aux aïeux ; elle reproduit dans la foiblesse des premiers ans la foiblesse du vieil âge; elle lie et rapproche les deux extrémités de la vie, le eommencement et la fin de la fiimille; elle communique une espèce d'Immortalité aux ancêtres , en les supposant présents an milieu de leur postérité; elle augmente les soins que la mère a pour l'enftnce par le souve-
nir des soins qu'on prit de la sienne : la tendresse filiale redouble l'amour maternel.
Après l'imposition du nom , la mère entre dans la cabane ; on lui rend son en&nt qui n'appartient plus qu'à elle. Elle le met dans un berceau. Ce berceau est une petite planche du bois le plus léger, qui porte un Ut de mousse ou de coton sauvage : l'enfant est déposé tout nu sur cette couche; deux bandes d'une peau moelleuse l'y retiennent et préviennent sa chute, sans lui ûter le mouvement. Au-dessus de la tête du nouveauné est un cerceau sur lequel on étend un voile pour éloigner les insectes, et pour donner de la fraîcheur et de l'ombre à la petite créature.
J'ai parlé ailleurs ' de la mère iQdienne; J'ai raconté comment elle porte ses enbnts ; comment elle les suspend aux branches des arbres; comment elle leur chante; comment elle les pare, les endort , et les réveille; comment, après leur mort, elle les pleure; comment elle va répandre son lait sur le gazon de leur tombe , ou recueillir leur âme sur les fleurs *•
Après le mariage et la naissance, il conviendroit de fiarler de la mort , qui termine les scènes de la vie ; mais J'ai si souvent décrit les funérailles des Sauvages, que la matière est presque épuisée.
Je ne répéterai donc point ce que J'ai dit dans Alala et dans les Natehez relativement à lama» nière dont on habille le décédé , dont on le peint , dont on s'entretient avec lui, etc. J'i^outerai seulement que, parmi toutes les tribus, il est d'usage de se ruiner pour les morts : la famille distribue ce qu'elle possède aux convives du repas funèbre ; il faut manger et boire tout ce qui se trouve dans la cabane. Au lever du soleil, on pousse de grands hurlements sur le cercueil d'écorceoù gît le cadavre; au coucher du soleil, les hurlements recommencent : cela dure trois Jours , au bout desquels le défunt est enterré. On le recouvre du mont du tombeau ; s'il fut guerrier renommé , un poteau peint en rouge marque sa sépulture.
Chez plusieurs tribus les parents du mort se font des blessures aux Jambes et aux bras. Un mois de suite , on continue les cris de douleur au coucher et au lever du spleil , et pendant plusieurs années on accueille par des mêmes cris l'anniversaire de la perte que l'on a faite.
1 ^/ofo, le GiniedH Chrittianinne , les Natehez, elc, * Voyez, pourrédacBttondescDfanU, la lettre ci-dessus, * pag. 363.
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VOYAOE EN AHÉEIQUE.
^ ÂtttU.
Qimd «n Sauvage meort riiiTer à la chasse, son corps est conservé sur les branches des arbres; on ne loi rend les derniers hooneors qu'après le retour des guei'riers an Tillage de sa tribu. Gela se pratfquoit Jadis ainsi chez les Mo8> eoYites.
Non-seulement les Indiens ont des prières, des cérémonies différentes, selon le degré de parenté , la dignité , l*âge et le sexe de la personne décédée, mais Ils ont encore des temps d'exhumation publique ■ , de commémoration générale.
Pourquoi les Sauvages de rAmérique sont-ils de tous les peuples ceux qui ont le plus de vénération pour les morts? Dans les calamités nationales, la première chose à laquelle on pense, c'est à sauver les trésors de la tombe : on ne reconnott la propriété légale que là où sont ensevelis les ancêtres. Quand les Indiens ont plaidé leurs droits de possession, ils se sont toujours servis de cet argument qui leur poroissoit sans réplique : « DironsHDOUs aux os de nos pères : « Levez-vous et suivez-nous dans une terre étrao- « gère? » Cet argument n'étant point écouté, qu'ont-ils AJt? ils ont emporté les ossements qui ne les pouvoient suivre.
Les motifiide cet attachement extraordinaire à de saintes reliques se trouvent facilement. Les peuples civilisés ont , pour conserver les souvenirs de leur patrie, les monuments des lettres et des arts; ils ont des dtés, des palais, des tours, des colonnes, des obélisques; ils ont la trace de la charrue dans les champs par eux cultivés ; leurs noms s<mt gravés sûr l'airain et le marbre ; leurs actions conservées dans les chroniques.
Les Sauvi^es n'ont rien de tout cela : leur nom n'est point écrit sur les arbres de leurs forêts; leur hutte, bâtie dans quelques heures, périt dans quelques instants; la simple crosse de leur labour, qui n*a fait qu'effleurer la terre , n'a pu même élever un sillon ; leurs chansons traditionlielles s'évanouissent avec la dernière mémoire qui les retient, avec la dernière voix qui les ré» pète. Il n'y a donc pour les tribus du Nouveau- Monde qu'un seul monument : la tombe. Enlevez à des Sauvages les os de leurs pères, vous leur enlevez leur histoire, leur loi et Jusqu'à leurs dieux ; vous ravissez àces hommesdans la postérité la preuve de leur existence comme celle de leur néant
MOtfiSOllS, PÊTES,
RÉœLTE DE SUCRE D'ÉRABLE,