MOISSONS
On a cru et on a dit que les Sauvages M ti» roicnt pas parti de la terre : c'est une erreur. H sont principalement chasseurs, à la vérité , mais tous s'adonnent à quelque genre de euttore, toas savent employw les plantes et les nrfara besoins de la vie. Ceux qui oeeupoient le pays qui forme aujourd'hui les États de In Géor* gîe, du Tennessee, de l'Alabama , du Misnsi^,
étoient sons ce ran^ plus dviUsés que iesnn> tnrds du Canada.
Chez les Sauvages, tous les travnx pnfaHoi sont des fêtes : lorsque les derniers froids éWert passés, les ftmmes simlaoles, chieasnises, natebes,s'annoîent d'une erosse de noyer, nettoient sur leur tète des corbeilles à eoBpnrtiinsnIs remplies de semailles de mais, de graine deaselon d'eau, de féYcroles et de tournesols. EHssse rendoient an champ commun, ordinaircaient placé dans une position fiMdle à défendre , sur une laiigue de terre entre deux lleui dans un cerele de collines.
A l'une des extrémités du champ, les se rangeoîent en ligne , et coaunençoient à la terre avee leur croaseï en marehant à Ions.
Tandis qu'elles rafratchiasment ainsi Faasifls labourage sans former de sillon, d'autres Indiennes les sttivoient ensemençant l'espace prépari par leurs oompagnes. Les foveroles et le grain de mais étment Jetés ensemble sur le guéret; iei quenouilles du mais étant destinées à servirde tuteurs ou de rames au légume grimpant.
Des Jmmes filles s'oecupoient à foire des eetches d'une terre noire et lavée : elles répandoieBt sur ces couches des graines de courg» et de lovnesol ; on allumoit autour de ces lils de terredes feux de bois v«t, pour hâter la germination si moyen de la fumée.
Les saehems et les jongkurs présidoient sa travail; les jeunes hommes rddoient autour da champ commun et chassoient lesoiseanz par ieais
cris.
rAns.
La fête du blé vert arrivoit au mois de jsfn :
VOYAGE EN AMÉRIQUE
(m cneilloft une certaine quantité de mais tandis que le grain étoit encore en lait. De ce grain, alors excellent, on pétrissoit le tassomanony, espèce de gâteau qai sert de provisions de guerre oa de chasse.
Les quenonilies de mais, mises bouillir dans de Feau de fontaine, sont retirées à moitié cuites et présentées à on feu sans flamme. Lorsqu'elles mt acquis une couleur roussétre, on les égrène dans nnpoutaffon on mortier de bois. On pile le çnin en rhameetant. Cette pâte, coupée entrancfaes et séehée au soleil, se conserve un temps infini. Lorsqu'on veut en user, il sufAt de la plonger dans de Teau , du lait de noix ou du Jus d*é^ mbie ; ainsi détrempée , elle offire une nourriture saine et agréable.
TLa plus grande fête des Natchez étoit la fête dn fen nouveau , espèce de Jubilé en Thonneur du soleil , à l'époque de la grande moisson : le soleil èlf^t la divinité principale de tous les peuples voisins de l'empire mexicain.
Un crieur public parcouroit les villages , annonçant la eérémonie au son d'une conque. Il faisoit entendre ces paroles :
• Que chaque famille prépare des vases vier-
• ges, des vêtements qui n'ont point été portés; t qu'on lave les cabanes; que les vieux grains,
• les vi^ix habits , les vieux ustensiles, soient Jettes et brûlés dans un feu commun au milieu de « chaque village ; que les malfaiteurs reviennent :
• les sachems oublient leurs crimes. »
Cette amnistie des hommes, accordée aux hommes au moment où la terre leur prodigue ses trésors, cet appel général des heureux et des infortunés , des innocents et des coupables au grand banquet de la nature , étoient un reste touchant de la simplicité primitive de la race humaine.
Le crieur reparoissoit le second Jour, prescri- Toit un Jeûne de soixante-douze heui*es , une abstlneuee rigoureuse de tout plaisir, et ordonnoit en même temps la médecine des purifications. Tous les Natchez prenoient aussitût quelques gouttes d'une racine qu'ils appeloient la racine de sang. Cette racine appartient à une espèce de plantin ; die distille une liqueur rouge, violent émétique. Pendant les trois Jours d'abstinence et de prières , on gardoit un profond silence; on s'efforçoit de «e détacher des choses terrestres pour s'occuper iiDlquement de Celui qui mûrit le fruit sur l'arke et le blé dans l'épi.
A la fin du troisième jour, le crieur proclamoit l'ouverture de la fête , fixée au lendemain.
A peine l'aube avoît-elle blanchi le ciel , qu'on voyoit s'avancer, par les chemins brillants de rosée , les Jeunes filles , les Jeunes guerriers , les matrones et les sachems. Le temple du jsolel], grande cabane qui ne recevoit le Jour que par deux portes, l'une du côté de l'occident et l'autre du o6té del'orient, étoit lelieu du rendez-vous; on ouvroit la porte orientale, le plancher et les parois Intérieures du temple étoient couverts de nattes fines , peintes et ornées de différents hiéroglyphes. Des paniers rangés en ordre dans le sanctuaire renfermoient les ossements des plus anciens chefii de la nation , comme les tombeaux dans nos églises gothiques.
^ Sur un autel , placé en fkee de la porte orientale de manière à recevoir les premiers rayons du soleil levant , s'élevoit une idole représmtant un chouchouacha. Cet animal, de la grosseur d'un cochon de lait , a le poil du blalroau , la queue du rat, les pâtes du singe; la femelle porte sous le ventro une poche où elle nourrit ses petits. A droite de l'image du chouchouacha étoit la figure d'un serpent à sonnettes , à gauche un marmouset grossièrement sculpté. On entrotenolt dans un vase de pierre, devant les symboles, un feu d'éoorce de chéoe qu'on ne lalssolt Jamais éteindre, excepté la veille de la fête du feu nouveau ou de la moisson : les prémices des fruits étoient suspendues autour de l'autel , les assistants ordonnés ainsi dans le temple :
Le Grand-Chef ou le Soleil , à droite de l'autel ^, à gauche, la Femme-Chef, qui, seule de toutes les femmes, avoit le droit de pénétrer dans le sanctuaire ; auprès du Soleil se rangeoient soocessivement les deux chefii de guerre, les deux officiers pour les traités, et les principaux sachems ; à cûté de la Femme-Chef s'asseyolent l'édile ou l'inspecteur des travaux publics, les quatre hérauts des festins, et ensuite les Jeunes guerriers. A terre, devant l'autel, des tronçons de cannes séchées, couchés obliquement les uns sur les autres Jusqu'à la hauteur de dix-huit pouces, traçoient des cercles concentriques dont les différentes révolutions embrassoient, en s*éloignant du centre , un diamètre de douze à treize pieds.
Le grand prêtre debout, au seuil du temple, tenoit les yeux attachés sur l'orient. Avant de présider à la fête, il s'étoit plongé trois fois dans
Y0YA6E EN AMÊBIQUE.
le Mlsslssipi. Une robe blanche d*éoorce de bouleau l'enveloppoit et se rattachoit autour de ses reins par une peau de serpent. L'anden hibou empaillé j qu'il portoit sur sa tète , aTolt fait place à la dépouille d*nn jeune oiseau de cette espèce. Ce prêtre frottoit lentement , Tun contre Tautre , deux morceaux de bois secs , et pron<»içolt à voix basse des paroles magiques. A ses côtés, deux acolytes soulevoient par les anses deux coupes rempiles d'une espèce de sorbet noir. Toutes les femmes , le dos tourné à Forient , appuyées d*une main sur leur crosse de labour, de l'autre tenant leurs petits enfants , décrivoient en dehors un grand cercle à la porte du temple.
Cette cérémonieavoitquelquechosed'auguste : le yrel Dieu se fait sentir jusque dans les fausses religions; l'homme qui prie est respectable; la prière qui s'adresse à la Di?iaité est si sainte de sa nature , qu'elle donne quelque chose de sacré à celui-là même qoila prononce, innocent, coupable ou malheureux. C'étoit un touchant spectacle que celui d'une nation assemblée dans un désert à l'époque de la moisson , pour remercier le Tout-Puissant de ses bienfaits , pour chanter ce Créateur qui perpétue le souvenir de la création, en ordonnant chaque matin au soleil de se lever sur le monde.
Cependant un profond silence régnoit dans la foule. Le grand prêtre observoit attentivement les variations du ciel. Lorsque les couleurs de i'auiore, muées du rose au pourpre, commeneoient à être traversées des rayons d'un feu pur, et deveuoient de plus en plus vives, le prêtre aecéléroit la collision des deux morceaux de bois sec. Une mèche soufrée de moelle de sureau étoit préparée afin de recevoir rétincelle» Les deux maîtres de cérémonies s'avanooient à pas mesurés, l'un vers le Grand-Chef, l'autre vers la Femme-Chef. De temps en temps ils s'incllnoient; ets'arrêtant enfin devant le Grand-Chef et devant la Femme-Chef, ils demeuroient complètement immobiles.
Des torrents de flamme s'échappoient de l'orient, et la portion supérieure du disque du soleil se montroit au-dessus de l'horizon. A l'instant le grand prêtre pousse l'oah sacré , le feu jaillit du bois échauffé par le frottement, la mèche soufrée s'allume, les femmes, en dehors du temple, se retournent subitement et élèvent toutes à la fois vers l'astre du jour leurs enfants nouveauxnés et la crosse du labourage.
LeGrandHChef et la FemmeCbef boivent kaorbet noir que leur présentent les maîtres de eérémonies ; le jongleur communique le feu aux ce^ des de roseau : la flamme serprate en suivant icnr spirale. Les écorces de chêne sont alluméessv Tautel , et ce feu nouveau donne ensuite une onvelle semence aux foyers éteints du village. Le Grand-Chef entonne l'hymne au soleiL
Les cercles de roseau étant consumés et le eaa> tique achevé, la F«nme-Chef sortoit du tem^, se mettoit à la tête des femmes, qui, toutes gées à la iile, se rendoient au champ de la moisson. Il n'étmt pas permis aux homnes de les suivre. Elles alloient cueillir lespremièns gerbes de mais pour les offrir au temple, et pétrir avec le surplus les pains azymes du baa^ de la nuit
Arrivées aux cultures , les femmes arradMM dans le carré attribué à leur fiunille un ccrliifl nombre des plus belles gerlies de mais, plante superbe , dont les roseaux de sept pieds de bnteur, environnés de feuilles vertes et sunaoalis d*on rouleau de grains dorés, ressemblent à es quenouilles entourées de rubans que nos payHinés consacrent dans les ^lises de village. Da milliers de grives Ueues, de petites colombes 4e la grosseur d'un merle, des oiseaux deriiièfe, dont le plumage gris est mêlé de brun , se posedt sur la tige des gerbes , et s'envolent à l'approdie des moissonneuses américaines, enti^emeat fichées dans les avenues des grands ép^ La renards noirs font quelquefois des ravages omdérables dans ces champs.
Les femmes revenoient au temple, portant kf prémices en faisceau sur leur tète; le grand prêtn recevoit l'offrande, et la déposoit sur i'antd. On fermoit la porte orientale du sanctuaire, et ras ouvroit la porte occidentale.
Rassemblée à cette dernière .porte lorsque ie jour alloit clore, la foule desslnoit un crofasaot dont les deux pointes étoient tournées vers le soleil ; les assistants , le bras droit levé , présoitoicfll les pains azymes k l'astre de là lumière. Le Joa* gleur chantoit l'hymne du soir; c'étoit l'éloeB du soleil à son coucher : ses rayons naissmts avoient fait croître le mais, ses rayons mcorsali avoient sanctifié les gâteaux formés du grain de la gerbe moissonnée.
La nuit venue, on allumoit des feux; ou fai* soit rôtir des oursons, lesquels, engraissés de raisins sauvages, offroient à cette époque de
rannée un mets exceUoit. Oa mettoit griller sur d€s charbons des diodes de savanes , des perdrix noires , des espèces de faisans plus gros qjae ceux d*Ëaiope. Ces oiseaux ainsi préparés s*appeloient la nmurUure des hommes blancs. Les boissons «Iles fruits servis à ces repas étoient l'eau de smikx, d^érable , de plane , de noyer blanc , les pom- OM de mai , les plankmines , les noix. La plaine icsplendissoit de la flamme des bûchers ; on entadoit de toutes parts les sons du chichikoué, dn tambourin et du fifre , mêlés aux voix des ^BBsmrs et aux applaudissements de la foule.
Dans ces fêtes , si quelque infortuné retiré à réeart promenoit ses regards sur les Jeux de la ylaiae , un sachem Talloit chercher, et s'informoit A laeause de sa tristesse ; il gsérissolt ses maux, a'Us n*étoient pas sans remède , ou les soulageoit A moins, s'ils étoient de nature à ne pouvoir ilair.
La Qioisson du maïs se fait en arrachant les
goki, oa ea les coupant à deux pieds de hau-
torsor leur tige. Le grain se conserve dans des
4iBtRS0a dans des fosses garnies de roseaux. On
flBide aussi les gerbes entières; on les égrène a
JDesare que Ton en a besoin. Pour réduire le mais
«a (arine , on le pile dans un mortier ou on l'écrase
Atre deux pierres. Les Sauvages usent aussi de
moalins à bras achetés des Européens.
La moisson de la folle-avoine ou de riz sauvage suit immédiatement celle du mais. J*ai parlé ailleurs de cette moisson '•
BiCOLTB DU SUCBS D*BRÀBL1.
La récolte du suc d'érable se faisoit et se fait encore parmi les Sauvages deux fois l'année. La dernière récolte a lieu vers la fin de février, de rnarsou d*avril , selon la latitude du pays ou croit ^ ^érable à sucre. L'eau recueillie après les légères gelées de la nuit se convertit en sucre, en la faisant Ix)uilHr sur un grand feu. La quantité de SQcre obtenue par ce procédé varie selon les qualités de Tarbre. Ce sucre , léger de digestion , est d'iine couleur verdâtre , d'un goût agréable et un Fu acide.
La seconde récolte a lieu quand la sève de l'ar- ^t^e n'a pas assez de consistance pour se changer ^Q suc. Cette sève se condense en une espèce de niélasse, qui, étendue dans de l'eau de fontaine, ^^re une liqueur fraîche pendant les chaleurs de »'éJé.
* Dans In Naichez.
CaATEAVBRUB^D. — TOME IV.
On entretient avec grand soin le bois d'érable de Tespèce rouge et blanche. Les érables les plus productifs sont ceux dont i'écorce parolt noire et galeuse. Les Sauvages ont cru observer que ces accidents sont causés par le pivert noir à tête rouge , qui perce l'érable dont la sève est la plus abondante. Ils respectent ce pivert comme un oiseau intelligent et un bon génie.
A quatre pieds de terre environ , on ouvre dans le tronc de l'érable deux trous de trois quarts de pouce de^rofondeur, et perforés du haut en bas pour faciliter l'écoulement de la sève.
Ces deux premières incisions sont tournées au midi; on en pratique deux autres semblables du côté du nord. Ces quatre taillades sont ensuite creusées, à mesure que i*ar)ire donne sa sève, jusqu'à la profondeur de deux pouces et demi.
Deux auges de bois sont placées aux deux faces de Tarbre au nord et au midi , et des tuyaux de sureau Introduits dans les fentes servent à diriger la sève dans ces auges.
Toutes les vingt- quatre heures on enlève le sUc écoulé ; on le porte sous des hangars couverts d'écorce; on le fait bouillir dans un bassin de pierre en Técumant. Lorsqu'il est réduit à moitié par l'action d'un feu dair, on le transvase dans un autre bassin , où Ton continue à le faire bouillir Jusqu'à ce qu'il ait pris la consistance d'un sirop. Alors, retiré du feu, il repose pendant douze heures. Au bout de ce temps on le précipite dans un troisième hassin , prenant soin de ne pas re« muer le sédiment tombé au fond de la liqueur.
Ce troisième bassin est à son tonr remis sur des charbons demi-brûlés et sans flamme. Un peu de graisse est Jetée dans le sirop pour rempôcher de surmonter les bords du vase. Lorsqu'il commence à filer, il faut se hâter de le verser dans un quatrième et dernier bassin de bois, appelé ie refroidisseur. Une femme vigoureuse le remue en rond, sans discontinuer, avec un bâton de cèdre , Jusqu'à ce qu'il ait pris le grain du suore. Alors elle le coule dans des moules d'écorce qui donnent au fluide coagulé la forme de petits pains coniques : l'opération est terminée.
Quand il ne s'agit que des mélasses , le procédé finit au second feu.
L'écoulement des érables dure quinze Jours , et ces quinze Jours sont une fête continuelle. Chaque matin on se rend au bois d érables , ordinairement arrosé par uneourant d'eau. Des groupes d'Indiens et d'Indiennes sont dispersés aux pieds
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des arbres; des Jeunes gens dansent et Jouent^ à différents Jeux ; des enfants se baignent sous les yeux des saehems. A la gaieté de ces Sauvages, à leur demi-nudité, à la vivacité des danses, aux luttes non moins bruyantes des baigneurs, à la mobilité et à la fratcbeur des eaux, à la vieillesse des ombrages, on croiroit assistera Tune de ces scènes de Faunes et de Dryades décrites par les poètes.
Tain Tcro in numerum FaanoMitie ferasqae vldcre» Ludere. *