LANGUE ALGONQUINS
Juin, Juillet, Août, Septembre,
Octobre, Novembre , Décembre, Janvier, Février,
Mars I Avril,
Mai,
la lune des fraises. . . . .
la lune des fruits brûlés .
la lune des feuilles Jaunes.
la luoe des feuilles tombantes .
la lune du gibier qui passe.
la lune de la neige ....
la lune du PeUt-Esprit . .
la lune du Grand-Esprit .
la lune des aigles qui arrivent .'
la lune de la neige durcie.
la lune des raquettes aux pieds
la lune des fleurs
Hode I min-quisls.
Mikln-qulsis-
Watbeboqul-quisis.
Inaqul-quisis.
filna-hamoHiuisis.
Kaskadino-qutsis.
Manlto-quisis.
Kitcl-manito-quisis.
Wamebinni-quisis.
Ouabanoi qui^ls.
Pokacdaqulml-qulsis.
Wabigonquisis.
Les années se comptent par neiges ou par fleurs : le vieillard et la jeune flile trouvent ainsi le symbole de leurs âges dans le nom de leurs
années.
CALBNDBIER NATUBEL.
En astronomie, les Indiens ne connoissent guère que rétoile polaire; lis rappellent V étoile im-^ mobile; elle leur sert pour se guider pendant la nuit. Les Osages ont observé et nommé quelques 'Constellations. Le Jomr, les Sauvages n*ont pas besoin de boussole ; dans les savanes , la pointe de rherbe qui penche du côté du âud; dans les forêts , la mousse qui s'attache au tronc des arbres (lu côté du nord, leur indiquent le septentrion et le midi. Ils savent dessiner sur des écorces des cartes géographiques où les distances sont désignées par les nuits de marche.
Les diverses Ihnites de leur territoire sont des
' BeltramL
VOYAGE EiN AMÉRIQUE.
fleuves, des montagnes, un rocher où l'on aura conclu un traité, un tombeau au bord d*une forêt, une gruttedu Grand-Esprit dans une vallée.
' Les oiseaux, les quadupèdes, les poissons, servent de baromètre, de thermomètre, de calendrier aux Sauvages : ils disent que le castor leur n appris à bâtir et à se gouverner, le carcajou à chasser avec des chiens ,'parce qu'il chasse avec des loups, répervier d*eau à pêcher avec une huile qui attire le poisson.
Les pigeons, dont les volées sont innombrable8,le8 bécasses américaines, dont le bec est d'Ivoire , annoncent l'automne aux Indiens ; lès perroquets et les piverts leur prédisent la pluie par des sifflements tremblotants.
Quand le mauka wis , espèce de caille , fait entendre son chant au mois d'avril depuis le lever jusqu'au coucher du soleil , le Siminole se tient assuré que les froids sont passés; les femmes sèment les grains d*été : mais quand le maukawis se perche la nuit sur une cabane , Thabitant de cette cabane se prépare à mourir.
Si l'oiseau blanc se Joue au haut des airs, il annonce un orage; s'il vole le soir au-devant du voyageur, en se Jetant d'une aile sur l'autre, comme effrayé , il prédit des dangers.
Dans les grands événements de la patrie , les jongleurs affimnent que Kitehi-manitou se montre au-dessus des nuages porté par sou oiseau favori, le wallcon , espèce d'oiseau de paradis aux ailes brunes , et dont la queue est ornée de qua- ^ longues plumes vertes et rouges.
, Les moissons, les jeux, les chasses, les danses , les assemblées des sâchems , les cérémonies du mariage , de la naissance et de la mort , tout se règle par quelques observations tirées de l'histoire de la nature. On sent combien ces usages doivent répandre de grâce et de poésie dans le langage ordinaire de ces peuples. Les nôtres se réjouissent à la Grenouillère, grimpent au mât de cocagne, moissonnent à la mi-août, plantent des ognons à la Saint-Fiacre, et se marient à la Saint-Nicolas.
MÉDECINK.
La sience du médecin est une espèce d'initiation chez lèrSauvages : elle s'appelle la grande Médecine ; on y est affilié comme à une franc-
maçonnerie; elle a ses secrets, ses dogmes, lei
rites.
Si les Indiens pouvoient bannir du traitemeat des maladies les coutumes superstitieuses et ks jongleries des prêtres, ils connoltroient tout ce qu'il y a d'essentiel dans l'art de guérir ; on pourroit même dire que cet art est presque aussi avancé chez eux que chez les peuples civilisés.
Ils connoissent une multitude de simples pro* près à fermer les blessures; ils ont l'usage da garentoguen, qu'ils appellent encore adasoutchenza, à cause de sa forme : C'est le gimenf des Chinois. Avec la seconde éoorce du ^ai»afr», ils coupent les fièvres intermittentes : les racioo du lycnis à feuilles de lierre leur servent pour faire passer les enflures du ventre ; ils emploifiot le bcllis du Canada, haut de six pieds, dont la feuilles sont grasses et cannelées, contre la gaigrène; il nettoie complètement les ulcères, soit qu'on le réduise en poudre, soit qu'on l'applique cru et broyé.
L'hédisaron à trois feuilles, dont les flew rouges sont disposées en épi , a la même verti que le beliis.
Selon les Indiens, la forme des plantes a ta analogies et des ressemblances avec les difimtes parties du corps humain que ces plantes nal destinées à guérir, ou avec les animaux maiCusants dont elles neutralisent le venin. Cette observation mériteroit d'être suivie : les peuples simples, qui dédaignent moins que nous les indications de la Providence, sont moins sujets q« nous à s'y tromper.
Un des grands moyens employés par les Sauvages dans beaucoup de maladies, ce sont les bains de vapeur. Ils bâtissent à cet effet une cabane qu'ils appellent la cabane des sueurs. Elle est construite avec des branches d'arbres plantée! en rond et attachées ensemble par la cime, de manière à former un cône ; on les garnit en d^ hors de peaux de différents animaux : on y ménagr une très- petite ouverture pratiquée contre terre, et par laquelle on entre en se traînant sur les genoux et sur les mains. Au milieu de cette étuvc est un bassin plein d'eau que l'on fait bouillir en y jetant des cailloux rougis au feu ; la vapeur qui s'élève de ce bassin est brûlante, et en moins de quelques minutes le malade se couvre de sueor.
La chirurgie n'est pas a beaucoup près aussi avancée que la médecine parmi les Indiens. Cependant ils sont parvenus à suppléer à nos las-
VOYAGE EN
tnimeuts par des inventions ingénieuses, lis entendeut très-bien les bandages applicabies aux fractures simples ; ils ont des os aussi pointus que des laocettes pour saluer et poui* scarifier les membres rbumatisés ^ ils sucent le sang à Taide d*une corne, et en tirent la quantité prescrite. Des courges pleines de matières combustibles auxquelles ils mettent le feu leur tiennent lieu de ventouses. Ils ouvrent des ustions avec des nerfe de chevreuil ; ils font des siphons avec les Yessies des divers animaux.
Les principes de la botte furoigatoire employée quelle temp» en Europe, dans le traitement des Doyés, sont connus des Indiens. Ils se servent, à cet effet, d'un large boyau fermé à Tune des extrémités , ouvert à l'autre par un petit tube de bois; on enfle ce boyau avec de la fumée, et Ion fait entrer cette fumée dans les intestins du uoyé.
Bons chaque famille on conserve ce qu'on appelle le sac de médecine ; c'est un sac rempli de numitous et de différents simples d'une grande poissaoce. On porte ce sac à la guerre ; dans les camps c'est un palladium, dans les cabanes un dieu Lare.
Les femmes pendant leurs couches se retirent i la cabane des purifications; ellesy sont assistées par des matrones. Celles-ci, dans les accouchements ordinaires, ont les connoissances suffisantes; mais dans les accouchements difficiles, elles manquent d'instruments. Lorsque l'enfant se présente mal et qu'elles ne le peuvent retourner, elles suffoquent la mère , qui, se débattant contre la nM)rt, délivre son fruit par l'effort d'une dernière convulsion. On avertit toujours la femme en travail avant de recourbr À ce moyen ; elle n'hésite jamais à se sacrifier. Quelquefois la suffocation n'est pas complète ; on sauve à la fois l'enfant et son héroïque mère.
La pratique est encore , dans ces cas désespérés , de causer une grande frayeur à la femme en couches ; une troupe de jeunes gens s'approchent en slleuce de la cabane des purifications , et poussent tout à coup un cri de guerre : ces clameurs échouent auprès des femmes courageuses, et il y en a beaucoup.
Quand un Sauvage tombe malade, tous ses parents se rendent à sa hutte. Ou ne prononce jamais le mot de mort devant un ami du malade : Toutrage le plus sanglant qu'on puisse faire à un homme, c'est de lui dire : « Ton père est mort. »
AMÉRIQUE. zn
Mous avons vu le côté sérieux de la médecme des Sauvages , nous allons en voir le côté plaisant, le côté qu'am-oit peint un Molière indien, si ce qui rappelle les infirmités morales et physiques de notre nature n'avoit quelque chose de triste.
Le malade a-t-il des évanouissements , dans les intervalles où on peut le supposer mort , les pa* rents , assis selon les degrés de parenté autour de la natte du moribond , poussent des hurlements qu'on entendroit d'une demi-lieue. Quand le malade reprend ses sens les hurlements cessent pour recommencer à la première crise.
Cependant le jongleur arrive ; le maladie lui demande s'il reviendra à la vie : le jongleur ne manque pas de répondre qu'il n'y a que lui, jongleur, qui puisse lui rendre la santé. Alors le ma* lade, qui se croit près d'expirer, harangue sespa« rents , les console , les invite à bannir la tristesse et à bien manger.
On couvre le patient d'herbes , de racines et de morceaux d*écorce; on souffle avec un tuyau de pipe sur les parties de son corps où le mal est censé résider; le jongleur lui parle dans la bouche pour conjurer, s'il en est temps encore, l'esprit infernal.
Le malade ordonne lui-même le repas funèbre : tout ce qui reste de vivres dans la cabane se doit consommer. On commence à égorger les chiens, afin qu'ils aillent avertir le Grand-Esprit de la prochaine arrivée de leur maître. A travers ces puérilités , la simplicité avec laquelle un Sauvage accomplit le deraier acte de la vie, a pourtant quelque chose de grand.
En déclarant que le malade va mourir, le jongleur met sa science à l'abri des événements, et fait admirer son art si le malade recouvre la santé.
Quand il s'aperçoit que le danger est passé, il n'en dit rien , et commence ses adjurations.
Il prononce d^abord des mots que personne ne comprend; puis il s'écrie : « Je découvrirai le (( maléfice ; je forcerai Kitehi-Manitou à fUir « devant moi. »
Il sort de la hutte; les parents le suivent; il court s'enfoncer dans la cabane des sueurs pour recevoir l'inspiration divine. Rangés dans une muette terreur autour de l'étuve, les parents entendent le prêtre qui hurle , chante , crie en s'accompagnant d'un chichikoué. Bientôt il sort tout nu par le soupirail de la hutte , l'écume aux lèvres, et les yeux tors : il se plonge, dégouttant
VOYAGE EN AMÉRIQUE
de sueur, dans une eau glacée , se roule par terre, fait le mort, ressuscite, vole à la hutte en ordonnant aux parents d'aller Tattendre à celle du malade.
Bientôt on le voit revenir , tenant un charbon à moitié allumé dans sa bouche , et un serpent dans sa main.
Après de nouvelles contorsions autour du malade, il laisse tomber le charbon et s'écrie : « Ré- « veille-toi, je te promets la vie, le Grand-Esprit n m*a fait connottre le sort qui te faisoit mourir. > Le forcené se Jette sur le bras de sa dupe , le déchire avec les dents , et ôtant de sa boudie un petit os qu'il y tenoit caché : « Voilà, s'écrie-t-il, « le maléfice que j'ai arraché de ta chair ! » Alors le prêtre demande un chevreuil et des truites pour en faire un repas , sans quoi le malade ne pourroit guérir : les parents sont obligés d'aller surle-champ à la chasse et à la pèche.
Le médecin mange le dtner ; cela ne suffit pas. Le malade est menacé d'une rechute , si l'on n'obtient, dans une heure, le manteau d un chef qui réside à deux ou trois journées de marche du lieu de la scène. Le jongleur le sait; mais comme il prescrit à la fois la règle et donne les dispenses , moyennant quatre ou cinq manteaux profanes fournis par les parents, il les tient quittes du manteau sacré réclamé par le ciel.
Les fantaisies du malade , qui retient tout naturellement à la vie, augmentent la bizarrerie de cette cure : le malade s'échappe de son lit, se traf ne sur les pieds et sur les mains derrière les meubles de la cabane. Vainement on l'interroge; il continue sa ronde et pousse des cris étranges. On le saisit : on le remet sur sa natte ; on le croit en proie à une attaque de son mal : il reste tranquille un moment , puis'il se relève à Timproviste, et va se plonger dans un vivier ; on l'en retire avec peine; on lui présente un breuvage : • Donne-le à cet orignal , » dit-il en désignant un de ses parents.
Le médecin cherche à pénétrer la cause du nouveau délire du malade. « Je me suis endormi, « répond gravement celui-ci , et j'ai rêvé que j'a- « vois un bison dans l'estomac. » La famille sembleconsternée; mais soudain lesasslstantss'écrlent qu'ils sont aussi possédés d'un animal : l'un Imite le cri d'un carribou, l'autre, l'aboiement d'un chien, un troisième, le hurlement d'un loup; le malade contrefait à son tour le mugissement de son bisQu : c'est uq charivari épouvantable. Ou
fait transpirer le songeur sur une infusion de sauge et de branches de sapin; son imaginatioQ est guérie par la complaisance de ses amis , et il déclare que le bison lui est sorti dn eorps. Ces folies, mentionnées par Charlevoix, se renouvellent tous les jours chez les Indiens.
Comment le même homme , qui8*élevoit sihaat lorsqu'il se croyoitan moment de mourir, tonlb^ t-il si bas lorsqu'il est sûr de vivre? Gomment de sages vieillards, des jeunes gens raisonnables, des femmes sensées, se soumettent-ils aux capriocs d'un esprit déréglé? Ce sont là les mystères de l'homme, la double preuve de sa grandeur et ds sa misère.