LANGUES INDIENNES
Quatre langues principales paroissent se partager l'Amérique septentrionale : l'algonquin cl le huron au nord et à Test, le sioux à Fouest, et le chicassais au midi ; mais les dialectes diflerait pour ainsi dire de tribu à tribu. Les Creeks actuels parlent le chicassais mêlé d^algonquîn.
L'ancien natchez n'étoit qu'un dialecte plus doux du chicassais.
Le natchez , comme le huron et Talgonquli, ne connoissoit que deux genres, le masculin et k féminin ; il rejetoit le neutre. Cela est naturel chez des peuples qui prêtent des sens à tout , qui entendent des voix dans tous les murmures, qui donnent des haines et des amours aux plantes, des désirs à l'onde, des esprits immortels aux animaux , des âmes aux rochers. Les noms en natchez ne se décllnoient point; ils prenoient seulement au pluriel la lettre kon le monosyllabe ki, si le nom finissoit par une consonne.
I^s verbes se distinguoient par la caractmstîque , la terminaison et l'augment Ainsi les Natchez disoient, T-ija, je marche; ni Tijaban^ je marchots; nùga Tija, je marcherai; ai-Aî Tija, je marchai ou j'ai marché.
Il y avoit autant de verbes qu'il y avoit de substantifs exposés à la même action ; ainsi manger du maïs étoit un autre verbe que manger du chevreuil; se promener dans une foret, se disoit d*une autre manière que se promener sur une colline ; aimer son ami se reudoit par le verbe napitilima, qui signifie j'estime; aimer sa maîtresse s'exprimoit par le verbe nisikia^ qu'on peut traduire par J« sttis heureux. Dans les langues des peuples près de la nature, les ver^
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bes sont ou très-mnltipliés , ou pett nombreux , mais surchargés d'une multitude de lettres qui en varient les significations : le père, la mère, le fils 9 la femme , le mari, pour exprimer leurs àivers sentiments, ont cherché des expressions diverses; ils ont modifié d'après les passions humaines la parole primitive que Dieu a donnée i iliomme avec Texistence. Le verbe étoit un et renfermoit tout : l'homme en a tiré les langues mree lenrs variations et leurs richesses , langues (kl Ton trouve pourtant quelques mots radicalement les mêmes, restés comme type ou preuve 4*0116 commune origine.
Le chicassais, racine du natchez , est privé de la lettre r, excepté dans les mots dérivés de Talgonqnin , comme arrego, Je fais la guerre, qui se prononce avec une sorte de déchirement de 800. Le chicassais a des aspirations fréquentes pour le langage des passions violentes, telles que la haine, la colère, la jalousie; dans les sentiments tendres, dans les descriptions de la nature, ses expressions sont pleines de charme et de pompe.
Les Sioux, que leur tradition fait venir du Mexique sur le haut Mississipi, ont étendu l'empire de leur langue depuis ce fleuve jusqu'aux montagnes Rocheuses, à l'ouest, et Josqn^à la rivière Rouge, au nord : là se trouvent les CypowoiSy qui parlent un dialecte de l'algonquin, et qui sont ennemis des Sioux.
La langue siouse siffle d'une manière assez désagréable à l'oreille : c'est elle qui a nommé presque tous les fleuves et tous les lieux à l'ouest du Canada, le Mississipi, le Missouri, TOsage, etc. On ne sait rien encore, ou presque rien de sa grammaire.
L'algonquin et le huron sont des langues mères de tous les peuples de la partie de l'Amérique septentrionale comprise entre les sources du Mississipi , la baie d'Hudson et l'Atlantique , jusqu*à la côte de la Caroline. Un voyageur qui sfturoit ces deux langues pourroit parcourir plus de dix-huit cents lieues de pays sans interprète , ^1 se faire entendre de plus de cent peuples.
La langue algonquine commençoit à i'Acadic et au golfe Saint-Laurent ; tournant du sud-est par le nord jusqu'au sud-ouest, elle embrassoit une Rendue de douze cents lieues. Les indigènes de ^ Virginie la parloient ; au delà, dans les Carollnes, au midi, dominoit ia langue chicassaise. ^'idiome algonquin, au nord, venoit finir chez
les Cypowois. Plus loin encore , au septentrion , parolt la langue des Esquimaux; à l'ouest, ia langue algonquine touchoit la rive gauche du Mississipi : sur la rive droite règne la langue siouse.
L'algonquin a moins d'énergie que le huron ; mais il est plus doux, plus élégant et plus clair : on l'emploie ordinairement dans les traités ; il passe pour la langue polie ou la langue classique du désert.
Le huron étoit parlé par le peuple qui lui a donné son nom, et par les Iroquois, colonie de ce peuple.
Le huron est une langue complète, ayant ses verbes, ses noms, ses pronoms et ses adverbes. Les verbes simples ont une double conjugaison , l'une absolue, l'autre réciproque; les troisièmes personnes ont l&s deux genres , et les nombres et les temps suivent le mécanisme de la langue grecque. Les verbes actifs se multiplient à l'infini, comme dans la langue chicassaise.
Le huron est sans labiales ; on le parle du gosier, et presque toutes les syllabes sont aspirées. La diphthongue ou forme un son extraordinaire qui s*exprime sans faire aucun mouvement des lèvres. Les missionnaires ne sachant comment l'indiquer, l'ont écrit par le chiffre 8.
Le génie de cette noble langue consiste surtout à personnifier l'action , c'est-à-dire à tourner le passif par l'actif. Ainsi l'exemple est cité par le père Rasle : « Si vous demandiez à un Européen « pourquoi Dieu l'a créé, il vous diroit : C'est « pour le connoltre, l'aimer, le servir, et par ce « moyen mériter la gloire éternelle. «
Un Sauvage vous répondroit dans la langue huronne : « Le Grand-Esprit a pensé de nous : n qu'ils me connoissent , qu'ils m*aiment , qu'ils « me servent , alors je les ferai entrer dans mon « illustre félicité. »
La langue huronne ou iroquoise a cinq priacipaux dialectes.
Cette langue n'a que quatre voyelles a, e, t, Oy et la diphthongue 8 , qui tient un peu de la consonne et de la valeur du w anglois ; elle a six consonnes, h^ky n^ r, s, i.
Dans le huron , presque tous les noms sont verbes. 11 n y a point d'infinitif; la racine du verbe est la première personne du présent de l'indicaUf.
Il y a trois temps primitifs dont se forment
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tuiu Ici ttutrcA : le présent de Tiadicatif , le pré-* terlt Indcfliil , ci le futur simple afQrmatif.
11 n'y a presque pas de substantifs abstraits; al on en ti*ouve quelques-uns, lis ont été évidemment formés après coup du verbe concret, en mmlillunt une de ses pei-sonnes.
1-e huiH)0 a un duel comme le grec, et deux preniUM'es personnes plurielles et duelles. Point d'auxlllttli'e pour conjuguer les verbes; point de participes; point de verbes passifs; on tourne par lartif : Je suis aimé y dites : On m'aime , etc. Point de pix^noms pour exprimer les relations dans les verbes : elles se connoissent seulement imr riultiale du verbe que Ton modifie autant de différentes ft>is et d'autant de différentes maniéreM qu'il y a de relations possibles entre les différentes pei'Honnes des trois nombres , ce qui est enin^ne. \ussl ces relations sont-elles la clef de la lan^ue. l«orsqu'on les comprend (elles ont des iomK^ lUes) , on n'est plus arrêté.
tue sinxularité, c'est que, dans les verbes, liMi Un|)Oratlfs ont une première personne.
'roun les mots de ta langue huronne peuvent 44i (MMuposer entre eux. Il est général, à quelques i<\ocptions près, que l'objet du verbe, lorsqu'il hVMt pas un nom propre, s'inclut dans le verbe même, et ne fait plus qu'un seul mot; mais alors le verbe prend la conjugaison du nom ; car tous les noms appartiennent à une conjugaison. Il y en a cinq.
Cette langue a un grand nombre de particules cxplétives qui seules ne signifient rien , mais qui, répandues dans le discours, lui donnent une grande force et une grande clarté. Les particules ne sont pas toujours les mêmes pour les hommes et pour les femmes. Chaque genre a les siennes propres.
Il y a deux genres , le genre noble , pour les hommes, et le genre non noble, pour les femmes et les animaux mâles ou femelles. En disant d'un lâche qu'il est une femme, on masculinise le mot femme; en disant d'une femme qu*eile est un homme, on féminise le mot homme,
La marque du genre noble et du genre non noble , du singulier, du duel et du pluriel , est la même dans les noms que dans les verbes, lesquels ont tous, à chaque temps et à chaque nombre, deux troisièmes personnes noble et non noble.
Chaque conjugaison est absolue , réfléchie , I
réciproque et relative. J'en mettrai ici unexem* pie.
Cotij%gawm akwime.
Ikiseiii. — U iiato, eto.